Quand verrai-je ta Pâques ?

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A travers l'histoire singulière d'un homme, depuis son enfance heureuse à la campagne jusqu'à son expérience complexe au séminaire à Paris, ce livre est le récit d'un abandon et d'un déchirement familial sans retour.

Mais c'est aussi un témoignage qui nous concerne tous. Au fur et à mesure de nos expériences heureuses ou malheureuses, nous prenons conscience du rôle prépondérant de nos familles dans ce qu’a été et ce qu’aurait pu être notre vie.

Bien plus qu’une biographie inachevée, ce parcours est la recherche d’une sagesse et d’une spiritualité : l’histoire étant méditation, l’impensable éclairant la pensée, le singulier dévoilant l’universel : la pesanteur et la grâce.



Ce livre est une réflexion sur la vie qui invite quiconque et particulièrement ceux qui auront été touchés à le relire et à réfléchir sur toute vie humaine.

« Nos familles sont les étoiles de notre vie. Elles nous éclairent le chemin mais parfois nous en éloignent et nous isolent. Si leur scintillement nous parvient toujours, elles sont souvent mortes depuis longtemps… »
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Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999990989
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 1 Une fête de famille C’est aux limites nord de Mestré, notre domaine du Val de Loire, que j’aime marcher et rêvasser. La Gélande, tout en longueur, bordée d’une haie sauvage, s’étend sur une vingtaine d’hectares. Son flanc en pente douce descend vers le pré des Neuf-Boisselés, humide, regorgeant de sources et saigné de deux ruisseaux : celui qui s’échappe de la vanne près du moulin et celui, au courant plus fourni, venant de la fontaine d’Évrault, située au cœur du village à deux kilo-mètres. Vers le nord, le village de Montsoreau, et vers le sud, Mestré. Cette perspective est celle que préfère ma grand-mère Yvonne, dite Bonne-Maman. Au loin, la propriété apparaît selon les saisons et les éclairages comme une « villa romaine », aime-t-elle à dire. Mestré est formé d’une succes-sion de bâtiments qui se ceinturent les uns les autres. Peu d’ouvertures à l’ouest : l’été, du fond de la Gélande, on aperçoit seulement les deux fenêtres nord de la chambre de Grand-Père et de Bonne-Maman. L’hiver, lorsque noyers et lilas ont perdu leurs feuilles, on devine entre les deux grands cèdres quelques fenêtres de cette façade de la fin du e XVIIIsiècle. La luminosité parfois forte et orageuse des pays de Loire éclaire ce beau tuffeau coiffé de hauts toits bleu d’ardoise. Ce cadre est le berceau de ma famille, le lieu où je
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vis depuis que je suis né, entouré de ceux qui me sont le plus chers au monde : mes grands-parents, mes parents et mes sœurs. La quiétude de mon quotidien de petit garçon de neuf ans est tout juste troublée par l’excitation de la réunion de famille qui se prépare. Nous organisons une grande fête pour les noces d’or de Grand-Père et Bonne-Maman. Il va y avoir les oncles et tantes et tous les cousins. J’ai un peu le trac car je joue le rôle d’un marchand d’oies dans une petite pièce où il faudra deviner une charade :À la joie de cin-quante ans de bonheur… Mais j’ai encore le temps d’aller relever les lignes à anguilles que j’ai mises dans les étangs et de passer par la ferme pour prendre la bourriche qui sent trop fort le poisson et la laisser dans le cellier, me dis-je tout en cassant deux noix l’une contre l’autre entre mes mains. Ce serait bien d’avoir un beau poisson à montrer à mes cou-sins. Le problème, c’est qu’il y a la messe avant le déjeuner, je dois me dépêcher ! Je regarde une dernière fois l’étendue de la Gélande et je vois tous les visages qui ont marqué ces lieux. Ces labou-reurs notamment que mon père, Dominique, me décrit sou-vent, et dont les puissants chevaux de trait tiraient avec vio-lence un soc de charrue trop lourd. Leurs ruades soudaines provoquées par quelques piqûres de taons, le terrorisaient et revenaient souvent hanter ses cauchemars d’enfant. Cette terre, la plus riche de Mestré, a connu bien des épreuves : la sueur des hommes, les orages couchant les blés en l’espace d’une heure, les bêtes vêlant leurs petits mort-nés…
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De là où je suis encore, près du haut bouquet de meri-siers, la haie est bien droite et plus épaisse qu’en arrivant au tilleul, celui de l’entrée à gauche du grand portail. Il y a là une série de terriers de lapins qui me rappellent nos chasses avec Geoffroy, mon ami de toujours, et Coco, notre dernier furet dressé pour attraper le lapin de garenne. Les gratis sont nombreux : il doit y avoir plusieurs portées… Au prochain week-end, nous viendrons de bonne heure avec Coco… Je presse le pas car mon programme est chargé. Dans un claquement d’ailes, un ramier soudain s’échappe du faîte d’un noyer envahi par le lierre. Il jaillit à quelques mètres de moi, plonge vers les prés et disparaît à nouveau de l’autre côté de la haie. Le pigeon, quel animal merveilleux ! Depuis que mon oncle Vincent m’a offert, il y a deux ans, pour mes sept ans, un couple de pigeons cauchois, j’en élève dans le petit pigeonnier de la cour. J’aime croiser les couples, je les connais un par un. Je plume et prépare soigneusement les pigeonneaux. Leur vente me permet de me faire de l’ar-gent de poche et de renouveler ainsi mon matériel de pêche et de chasse. Parfois, le long d’un chêne de la Garenne, dans une futaie silencieuse, je grimpe le long du tronc à travers le lierre et prends dans ce petit plateau de branchettes les deux œufs tièdes qu’un ramier vient d’abandonner. Je les trans-porte précautionneusement dans un peu de coton pour les glisser ensuite sous le ventre déplumé d’une de mes pi-geonnes qui couve depuis quelques jours. Cette année, je commence aussi un nouvel élevage en achetant de jeunes tourterelles à la vieille Noémie, qui habite le joli village de Candes. – Tiens, v’la le marchand de tour’trelles ! s’exclame-t-elle en me voyant pénétrer dans sa petite cour sale et puante.
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