Quelques vies oubliées

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Ces "Quelques vies oubliées" font ressurgir, sous forme de "récit romancé", les souvenirs d'une enfance sauvage, vécue au sein d'un petit village vendéen. Aux personnages que l'enfant a côtoyés, sont associés la découverte du monde des adultes, celle de la mort, ainsi que le souvenir des massacres de la Révolution, des troubles de l'occupation allemande et de la Libération. L'auteur relate son enfance dans ce livre, écrit en grande partie à deux voix avec la complicité de son père, disparu avant la fin de ce projet d'écriture.
Publié le : dimanche 1 avril 2007
Lecture(s) : 295
EAN13 : 9782336262901
Nombre de pages : 167
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Quelques vies oubliées

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L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr @L'Harmattan,2007 ISBN: 978-2-296-02457-1 EAN:9782296024571

François SAUTERON

Quelques vies oubliées
Une enfance vendéenne

Récit romancé

L'Harmattan

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, d'un intérêt éditorial certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion large, celle-ci se faisant principalement par le biais des réseaux de l'auteur. La collection Rue des Ecoles a pour principe l'édition de tous travaux personnels, venus de tous horizons: historique, philosophique, politique, etc.
Déjà parus

Patrick LETERRIER, Et là vivent des hommes. Témoignage d'un enseignant en Maison d'arrêt, 2006. Annette GONDELLE, Des rêves raisonnables, 2006 Émile M. TUBIANA, Les trésors cachés, 2006 Jean-Claude LOPEZ, Trente-deux ans derrière les
barreaux, 2006 Maryse VUILLERMET, Et toi, ton pays, il est où ?, 2006. Ahmed KHIREDDINE, Rocher de sel. Vie de l'écrivain Mohamed Bencherif, 2006. Pierre ESPERBÉ, La presse: à croire ou à laisser, 2006. Roger TINDILIERE, Les années glorieuses, 2006. Jacqueline et Philippe NUCHO-TROPLENT, Le moulin d'espérance,2006. Sylviane VA YAB OUR Y, Rue Lallouette prolongée, 2006. François CHAPUT, À corps et à cris, 2006. Cédric TUIL, Recueil d'articles sur Madagascar, 2006. Maguy VAUTIER, Vents de sable, 2006. Olivier DOUAL, Impossible n'est pas africain, 2006. Yves-Marie LAULAN, Un économiste sous les cocotiers, 2006. Louis-Marie ORAIN, Le blé noir, 2006. Stéphane MADAULE, Scènes de voyage à Amsterdam, 2006.

AVANT-PROPOS

Mon père atteignait les quatre-vïngt-dix-neuf ans lorsque je lui proposai d'écrire à deux voix le temps de mon enfance. Lui, si prompt d'habitude, hésita, puis après réflexion, se lança dans cette aventure avec enthousiasme. Il sortit de l'armoire du salon sa petite machine à écrire et chaque jour rédigea quelques pages. n était aveugle et souvent son doigt s'égarait sur le clavier. Je le retrouvais toutes les trois semaines, et nous commentions alors nos écrits respectifs avec passion. Sa mémoire sans faille, très exceptionnelle, restituait avec précision un temps qui n'était plus. Hélas, la mort l'emporta avant la fin de notre projet, ce livre lui est donc dédié. Roman, récit? Presque tout est exact, mais pour ce presque nous avions décidé de le nommer: RECIT ROMANCE.

Cette envie de ranger me prend brusquement, même au milieu de l'hiver, pour occuper le temps qui se traîne, et l'âge m'a enlevé tant et tant de plaisirs... J'ai depuis peu perdu le goût des aliments, de la boisson, que va-t-il me rester? Il Y a bien longtemps, je faisais comme les autres, mon besoin de ranger, de jeter, me prenait à Pâques, en même temps que le nettoyage des vitres, lorsque le premier vrai soleil donne une irrésistible envie de renouveau. Maintenant, avec mes yeux morts, avant le reste, morts depuis trente ans, cette pulsion me prend n'importe quand. Pour la centième fois, je passe entre mes mains le contenu des tiroirs, occasion de faire renaître un souvenir, occasion de rajeunir. Mais ai-je vraiment besoin de ce déballage pour me souvenir? Cette boîte de dragées vide, témoin du baptême d'un neveu maintenant grand-père... La jeter? la garder? la garderjusqu'à quand? laisser à mes héritiers le soin d'une fin misérable dans quelque poubelle? Je reprends par le toucher possession de ma maison. - On jette? me demande Marie-Renée, ma fidèle, aide-ménagère, secrétaire, infirmière, confidente, de plus en plus infirmière d'ailleurs. - Onjette ? Evidemment, rien ne la rattache à ces deux aiguilles à tricoter qu'elle me fait palper. Moi, je les revois si bien, piquées dans l'abondante chevelure frisée de ma mère,« pour ne pas les perdre pendant la pause».

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quatre-vingt-dix-neuf ans~ si vous aviez tout gardé, on aurait bien du mal à entrer chez vous ! Elle ferait vite le vide, oh oui, mais je suis encore maître chez moi. On ne jettera pas les aiguilles. Je l'entends déplacer des petites boîtes, ouvrir la porte d'un buffet. - Eh ! bien, elle n'est pas jeune cette serviette, et pas en bon état! Elle me pose sur les genoux un lourd paquet Mes doigts gourds sentent le cuir tout sec et tout ridé. - C'est un cartable que je connais bien. C'était celui des enfants, acheté d'abord pour l'entrée à l'école de Jacques et bien entendu passé à François quand il est devenu trop petit pour les livres et cahiers de l'aîné. Oui, je Ine souviens de ce cartable laissé presque neuf à François et rapidement râpé, griffé, déchiré au cours de nombreuses bagarres... Je palpe les grosses coutures, œuvre du voisin bourrelier qui réalisait des prodiges pour le réparer, y mettre une pièce de couleur avoisinante. J'extirpe des cahiers, elle me les prend d'un geste brusque, pressée comme d'habitude. - Tous des cahiers de classe... Ah non, pas tous, il y a un dossier marqué Enfance. - Enfance?

- Dites~ à

- Oui

: Enfance, par François.

- Tiens, lisez donc un pe~ pas trop vite. Attendez que je m'y retrouve, ce sont des feuillets un peu froissés.

-

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J'ai l'impression qu'ils ont été écrits sur plusieurs années... Oui, quelques pages sont d'une écriture enfantine puis~ vite, on reconnaît le récit d'un adulte. Je commence.

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Vlan ! sais pourquoi. . . La claque paternelle tombera, impitoyable, c'est sûr. Je quitte la petite rue pour aborder la descente du foirail. Quelques maisons encore et je débouche devant la mairie. Mon cœur s'affole, mes tempes battent, j'en cours de travers, me traîne. Allez, Tob, mon chien, en avant! Pourquoi n' es-tu pas plus fort, plus grand, tu me porterais. Dans le village désert, les quelques lumières des petites boutiques donnent aux rares promeneurs des formes mystérieuses, inquiétantes. Les chiens errants, auxquels Tob, trop fatigué, ne prête nulle attention, vont museau bas, jamais rassasiés d'odeurs, reniflant le sol un peu gluant des caniveaux. Encore quelques pas, mais que cette culotte de velours lne scie l'entrecuisse! Trop petite cette culotte... J'ai peut-être grandi trop vite? - Gamin, le velours, il n'y a que cela de vrai: frais l'été, chaud l'hiver . Oui, grand-père, oui, je voudrais t'y voir toi, rhiver, avec les cuisses à l'air, rougies par le froid... Encore combien? trois ans pour avoir droit à lUl pantalon long, quatre peut-être pour être enfm reconnu comme W1 grand. Ca va claquer: Vlan ! - Tu sais pourquoi. Que oui ! Je le sais trop, encore en retard au repas. Ce soir j'ai dû battre tous mes records. Us auront dîné depuis longtemps, on ne fait pas attendre les grandsparents maternels venus de la ville voisine en visite.. J'imagine grand-père Henri la montre sortie du gousset, bien nichée à l'aise dans la paume, examinant avec soin la

- Tu

position des aiguilles, fronçant pour la dixième fois ses sourcils broussailleux c'est l'heure, c'est l'heure, après l'heure... Il va d'W1e main attentive caresser lentement ses moustaches en pointe, les effiler, tirer sur sa barbiche blanche. Il refermera doucement le couvercle de la belle montre en argent héritée de ses aïeux et passera sur le décor un pouce attendri.

- Quand

- Bonsoir, m' sieur . L'ancien garde-champêtre somnole sur le pas de sa porte, à califourchon sur une chaise dont le dossier lui sert d'accoudoir. Le garde, en vieillissant, est devenu un gnome tout recroquevillé par les rhumatismes. Une couronne de cheveux mal taillés, une barbe sauvage, d'épais sourcils surmontant des yeux chassieux, ce serait déjà assez pour nous faire peur, mais le garde, lorsqu'il se lève, montre des bras trop longs et des jambes courtes et tordues dont il traîne la droite. «Ma blessure de Verdun », affirme-t-il, mais nous savons tous que cette disgrâce provient d'une mauvaise chute dans un escalier un
soir de soûlerie, car il aime terriblement et particulièrement ce Noah qui rend fou. Cet individu place toujours à portée grand bâton noueux dont il se sert pour mères en ont fait le croquemitaine du assume avec fierté. le vin, l'affreux, de sa main un se déplacer. Les pays, rôle qu'il

- L'enfant est sage, madame? Je ne le croise jamais sans crainte, moins peut-être pour le bâton dont il nous menace, que pour sa laideur que je pense contagieuse. Je répète un «Bonsoir m'sieur », il vaut lnieux ménager ce type.
- .. . Veux. 12

Sûr qu'il m'a répondu Morveux, évidemment. Enfm lorsque je passe devant lui je suis presque arrivé, la voûà notre maison, l'une des dernières du village, juste avant la campagne. Papa est expéditif: vlan! Maman geint, e' est plus long, beaucoup plus pénible, elle se lamente sur son triste sort. Mais qu'a-t-elle pu faire au ciel pour avoir un fils pareû? Elle déroule immédiatement l'historique de toutes mes polissonneries. Mon Dieu! Comme la liste en est longue et que je la connais par cœur! Bah, la vie est belle! Un Inauvais moment à passer mais qui en valait la peine, non? Et je sais bien que depuis longtemps on ne m'arrache plus des promesses de sagesse que ma nature sauvage m'interdit de tenir.

- Allez, mon chien, allez, mon vieux Tob, file devant si tu peux! Aussi crevé que moi, hein? Rentre un peu ta
langue! Je m'arrête un instant pour étirer cette fameuse culotte et réfléchir un instant. Et si nous rentrions par denière? Par le jardin, en rampant sous les barbelés rouillés. Non, il est trop tard pour ruser, encore un effort. Ouf! La maison. On va prendre un air naturel, sans se presser. .. et le tricot déchiré? Aïe, je l'avais oublié! Attention de ne pas trop haleter. Zut! Maman. - Ah, enfin, d'où viens-tu? Encore en nage, les cheveux trempés, tu vas prendre mal. Mon père nous tourne le dos. Il écoute la radio, l'oreille collée contre le haut-parleur de la grande boîte noire posée sur une table basse. Les grands-parents sont en retrait. - Quoi? Qu'as-tu dit? Taisez-vous! Bon Dieu, silence! Mais taisez-vous

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Il se prend la tête dans les mains puis lève vers le plafond deux grands bras désespérés. Papa d'habitude si respectueux. de Dieu! Excellent présage pour moi... Maman s'écrie d'un ton de reproche:

- Allons, Feddo !
fi est terriblement nerveux depuis quelques jours, passant tout son temps devant la radio à l'écoute de cris incompréhensibles en allemand. Il se retourne encore:

- Au lit sans manger.
Chaque soir, éreinté d'une journée de courses et de jeux, j'essaie de prolonger en rêves les exploits de la journée. Nous avions une nouvelle fois réussie à sauter en marche dans le petit tram qui longe le village. e' est un tout petit train, identique à ceux qui serpentent sur les pages de nos livres d'étrennes. Un petit train à une seule voie. La locomotive d'un vert foncé, tout en angles, facile à dessiner avec sa grande cheminée coiffée d'un couvercle toujours ouvert, tire un minuscule tender où s'entassent soigneusement empilées, les quelques briquettes de charbon nécessaires à un aller et retour depuis la grande ville. Le convoi comprend un wagon de marchandises et deux de voyageurs. L'hiver, des poêles y sont à la disposition des usagers. Ce train a souvent besoin d'eau. En soufflant très fort pour reprendre son rythme, il vide rapidement un petit château d'eau construit à son intention, et nous admirons l'audace des mécaniciens debout sur le tender pour guider la manche à eau. fi passe le matin et revient le soir, mais parfois il ne va pas au-delà de notre village, et la locomotive fait alors lentement demi-tour sur une plaque tournante que les cheminots manoeuvrent en s'arc-boutant sur de grandes barres d'acier.

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En croisant la voie ferrée lors de nos courses vagabondes, nous collons une oreille contre les rails aux traverses gorgées de crésyl. Les genoux meurtris par les durs silex, nous entendons la voie vibrer au loin et estimons la distance à parcourir par le convoi, mais il nous faut souvent attendre longtemps, surtout au retour de son parcours, car le petit train a bien du mal à vaincre une légère montée, juste à l'entrée du village. fi arrive enfin, triomphant, tout environné d'une épaisse fumée grisâtre, crachant sur ses roues de petits jets d'eau intermittents. Par tous les telnps, ce convoi se dandine à travers la campagne, siffle, freine à la traversée de quelques routes où les rares camions ou voitures s'immobilisent. Nul passage à niveau ne le protège. De grandes pancartes rappellent simplement qu'il a sur tous les autres moyens de transport une priorité absolue. Il observe la lente arrivée des charrettes à bœufs, siffle joyeusement par amitié pour quelque parent, quelque paysanne au champ, quelque cantonnier, ou pour soulager le trop plein de vapeur de sa panse. Je cours après, cours, cours plus vite, encore plus vite et saute dans la dernière voiture, près du grand volant du frein. Le train siffle encore et encore. Plus vite, toujours plus vite, il m'emporte à travers un tunnel de feuillage dans de merveilleux rêves sans fm.

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Le bougre! Je lui avais pourtant défendu cent fois de s'approcher de ce train. Comment oublier l'accident de madame Jodet, la grande et belle institutrice, qui, en voulant descendre en marche devant la maison de ses parents à la Fenière, s'était retrouvée amputée d'une partie du pied gauche. Dans les années trente, les Essarts, bourg rural, comptait deux mille habitants. Bâti en bordure de la route nationale Paris / Les Sables d'Glonne, il était relié au chef-lieu du département, La Roche-surYOD, par ce petit train surnommé TortillarcL qui, empruntant souvent le bas côté de la route, pénétrait dans les champs et desservait les villages oubliés, à l'abri de quelques forêts. Au début de novembre 1932, j'ai été nommé receveur de l'enregistrement et des contributions directes pour le canton des Essarts, au cœur de la Vendée. Cette mutation, à ma demande, me comblait. Après dix années sous les ordres d'un directeur autoritaire et tatillon, j'allais enfin pouvoir travailler seul et dans ma propre maison. Je déchantai vite, aucune habitation ne se trouvait disponible, ni aux. Essarts, ni dans les grosses communes avoisinantes, comme Dompieue ou La Fenière. Au bout de trois jours de vaines recherches, je rentrai bredouille encore une fois à La Roche-surYo~ lorsque l'un des notaires des Essarts me signala une maison libre avec un beau jardin, mais le propriétaire, monsieur Guillebeau ne voulait que vendre. Il en demandait quatre-vingt mille francs.

-

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C'était excessif, elle en valait au maximum soixantedix. Elle me tentait beaucoup, j'insistai. Il fallut toute la persuasion du notaire pour que le propriétaire acceptât de me recevoir. Finalement, après avoir bien hésité, il consentit à me louer sa maison pour une année, rien qu'une année. En fait le bail fut renouvelé jusqu'à mon départ fin 1942. Il vendit alors la maison pour les quatre-vingts mille francs qu'il demandait dix ans plus tôt. Le grand intérêt de la situation résidait dans le fait que mes parents et beaux-parents vieillissants habitaient La Roche-sur- Yo~ à vingt kilomètres, et le petit train, malgré sa lenteur, permettait de nous réunir facilement. J'étais un notable, pas très considéré. Mon petit traitement ne pesait pas lourd face à la fortune des notaires, vétérinaires, médecins, héritiers de plusieurs dizaines de métairies. Non, je n'étais pas considéré, mais j'étais respecté, respecté comme représentant de la République. Il avait fallu tuer combien de Vendéens pour en arriver là, pour qu'ils la respectent cette République? Deux cents, trois cents mille? Dans cet immense génocide dont nos grands ancêtres étaient si fiers, vingt et une batailles rangées et une série de massacres de pauvres innocents! Certains avançaient le chiffre effarant de six cents mille morts. Le souvenir de ces tueries était encore intact. A ceux qui doutaient de leur ampleur et de l'état de la Vendée d'alors, il suffisait simplement de rappeler que pendant quinze ans Napoléon exempta cette province de tout impôt... Et quand on connat) les besoins de l'empereur...

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On priait encore pour les cinq cent soixantequatre femmes, enfants et vieillards brûlés vifs dans l'église des Lucs sur Boulogne. Il faut également reconnaître que les souffrances de la grande guerre avaient singulièrement rapproché les plus hésitants de cette République pour laquelle tant de sang avait coulé. J'étais assez fier de mon métier. Je deviendrai conservateur des hypothèques comme mon père. Mon beau-frère travaillait, lui aussi, dans cette administration. C'était un corps d'état bien sous tous rapports, on y entrait que sur recommandation et en versant une grosse caution. Mon père avait succédé au père de Francis Carco dans l'un de ses neufs postes successifs. Le père de Mallanné avait lui aussi gravi les échelons, receveur de troisième classe à Sens, à quatre mille deux cents francs l'an, pour y devenir conservateur des hypothèques. Mallarmé lui-même.. . Mais il avait eu la maladresse de déclarer, dès son entrée dans la carrière, que c'était le premier pas vers l'abrutissement, et il était devenu professeur d'anglais. Et s'il fallait absolument se dédouaner à gauche, Jaurès, le grand Jaurès n'avait-il pas donné en mariage sa fille unique à un receveur de l'enregistrement? Malheureusement, il en était résulté un enfant hydrocéphale, sourd-muet, paralysé... L'oncle Ourdan, l'un des frères de ma mère, quant à lui, avait quitté avec fracas cette administration lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, aidé il est vrai dans sa réflexion par des meutes d'enragés bien pensants, s'opposant aux

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