Quinze secondes pour une vie

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Lorsque Timéo naît, il lui manque à peu près quinze semaines de gestation et nul ne sait s'il va survivre ou pas... Ni ses parents, ni les médecins. Tout ce qui suit sa naissance est le fruit d'une bataille qu'il a menée de toutes ses forces, du haut de ses huit-cent-dix grammes...

Sa maman le verra quinze secondes à peine avant qu'il ne soit pris en charge par l'équipe de réanimation pédiatrique. Elle attendra même plusieurs jours avant de le prendre dans ses bras...

Ce livre signe la découverte d'un monde parallèle, semblable à une fourmilière où gravitent des blouses blanches, roses, vertes ou bleues, poursuivant toutes le même objectif : accompagner et soigner ces petits naufragés de la naissance.


Publié le : lundi 4 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334040082
Nombre de pages : 168
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-04006-8

 

© Edilivre, 2016

 

Préface

L’arrivée d’un bébé impose les félicitations… cependant ta naissance à 5 mois et demi de grossesse m’aura empêché de les accepter durant plusieurs semaines.

Cette histoire est la tienne, petit bonhomme arrivé trop tôt au monde. Du haut de tes 810 grammes et de tes 31 centimètres, tu nous as portés avec force et courage, dignes d’un petit guerrier, face au combat le plus difficile qui soit.

Cette histoire, j’ai décidé de te l’écrire pour ne pas oublier le moindre détail et aussi pour faire partager ce qu’a été notre lutte quotidienne à tes côtés.

Il est difficile de se mettre à la place de quelqu’un lors de certains évènements graves, on imagine bien la douleur, mais je trouvais important de coucher sur le papier toutes les étapes que nous avons traversées et la vie que nous avons eue durant de longues semaines, afin d’apporter des réponses aux questions que personne n’a parfois dignement osé nous poser.

Lorsque tu seras grand, tu auras l’avantage de ne pas te souvenir de ces mois à l’hôpital alors que nous, nous n’oublierons jamais. Quel que soit ton destin, tu pourras dire haut et fort que tu as fait ce qu’il y a de plus difficile sur terre, tu as gagné le combat de la vie et nous ne t’en remercierons jamais assez !

Petite histoire de notre (ta) famille

Ton Papa et moi nous connaissons depuis 1998 et sommes mariés depuis 2000, nous avons déjà chacun un enfant d’un premier mariage, Mélanie née en 1980 du côté de Papa et Thomas né en 1993 de mon côté.

Depuis 1999, nous avons voulu un enfant ensemble, nous sommes passés par des traitements médicaux très lourds pour nous aider dans cette quête mais à chaque tentative, c’était un échec cuisant, chaque début de grossesse s’étant soldé par une fausse couche (5 au total), toujours plus amère à chaque fois.

Ma grossesse était très surveillée du fait de ces antécédents, mais rien ne pouvait présager de cette arrivée soudaine… moins de 10 jours avant ta naissance, j’avais rencontré mon gynécologue qui justement trouvait que tout était « normal » et que tu évoluais très bien.

*
*       *

Notre « remariage » fait que tu as une famille un petit peu plus nombreuse que les autres enfants, tu as trois Mamies, Gisèle, la Maman de ton Papa, veuve depuis l’an 2000, Mauricette, ma Maman, et Nicole, la compagne de ton Papi Jean-Pierre, divorcé de ma Maman depuis plusieurs années.

Côté Papi, donc, Papi Jean-Pierre, car ton autre Papi est décédé comme je l’écris plus haut, et que ni Mamie Gisèle ni Mamie Mauricette n’ont « refait leur vie ».

Tu as 2 tontons et 2 taties, 3 cousins et 5 cousines, pour les uns près de chez nous dans le sud-ouest, pour les autres en Normandie.

*
*       *

Il y a quelques jours, ton Papa est rentré d’urgence à l’hôpital car il faisait une infection très grave qui a fait monter sa température à 42°C, sa tension à 22 et sa glycémie à presque 3.5 grammes (ton Papa est diabétique).

Personne ne saura jamais si le stress occasionné par cette hospitalisation aura été un des éléments déterminants sur ton arrivée soudaine… Cette question, tout le monde se l’est posée, ton Papa le premier, mais peu importe, la vie est ainsi faite…

A partir de là, je suis donc seule à la maison avec Thomas ton grand frère, qui vit avec nous. Mélanie, la fille de Papa est grande et indépendante, elle vit du côté de Perpignan.

Nuit du 4 au 5 Avril 2007
« Inquiétudes »

Il est 23 heures, je me couche avec une inquiétude, il me semble que tu n’as pas bougé depuis le milieu d’après-midi…

D’habitude, je n’y pense pas puisque dès que je me couche pour la nuit, tu te mets à gigoter très rapidement sauf que ce soir, ce n’est pas le cas. Je prends vite les livres spécialisés sur la grossesse que j’ai à mon chevet, je vois qu’il est fréquent que durant plusieurs heures un fœtus ne bouge pas pour diverses raisons, je suis légèrement rassurée… Je m’endors difficilement mais je me dis qu’on verra ça plus tard.

2 heures du matin, je me lève pour faire pipi, quand je reviens au lit, toujours pas de mouvements, là je ne trouve pas ça normal du tout. A cette heure-là, je suis souvent réveillée par tes galipettes et quand je touche mon ventre, tu réponds rapidement à mes caresses, là, rien !

Papa n’est pas là car hospitalisé depuis 5 jours, Thomas dort profondément (normal à cette heure-ci…)

Je descends doucement au bureau voir sur Internet ce que je peux trouver qui me réconforte ou qui m’inquiète, selon le cas… Je saisis le téléphone pour appeler l’hôpital et je compose au moins 15 fois le début du numéro de téléphone, je me dis qu’on va me prendre pour une paranoïaque, que l’on n’appelle pas les urgences pour un bébé qui ne bouge plus depuis « si peu de temps »… Et puis je le fais, je me dis tant pis, j’ose…

« -Bonsoir, je suis à 26 semaines de grossesse et je ne sens plus mon bébé bouger depuis cet après-midi… je ne sais pas si…

– On vous attend, venez de suite en maternité Madame.

– J’arrive »

Je remonte les deux étages, je reste en pyjama, je prends un change dans un sac, je ne sais pas pourquoi… je prends mon portable et son chargeur, mon sac à main. Je ne réveille pas Thomas pour ne pas lui faire peur, probablement inutilement, je me dis que je serai renvoyée à la maison avant même qu’il se réveille…

J’arrive à la maternité, je suis immédiatement prise en charge par l’équipe présente, on m’installe en salle d’échographie, une gentille sage-femme me fait patienter quelques instants, le médecin de garde arrive.

Il a l’air énergique, je pense qu’il va se moquer de moi, il commence l’échographie… il tombe directement sur ton petit cœur qui bat la chamade…

« -Eh bien regardez, il dort tout simplement votre enfant, il fait la sieste, c’est tout, je vais vous renvoyer chez vous, n’ayez crainte. Mais avant, je vais vous ausculter.

Quelques minutes passent, il s’exécute…

– Ah, le col est ouvert d’un doigt, je ne vous laisse pas repartir et en plus, je vous envoie à Toulouse. Si votre bébé venait à naître maintenant, nous ne sommes pas en mesure ici de le prendre en charge, vous n’êtes pas assez avancée dans votre grossesse. De plus, en cas d’accouchement, si l’on devait transférer votre bébé là-bas, il ne supporterait peut être pas le trajet. Je crains un accouchement prématuré en ce qui vous concerne donc là-bas, ils vont essayer de vous garder allongée pendant 5 semaines, ce qui permettra à votre grossesse d’arriver à un terme moins risqué de 32 semaines. »

Dans ma tête tout se bouscule, je pense à Thomas qui est tout seul à la maison, Papa hospitalisé… le travail… la chienne… la maison… Je tente d’amadouer le médecin, implorant un délai pour que je m’organise, rien à faire, il est catégorique.

« -Vous n’avez pas le choix, vous allez forcément trouver quelqu’un pour s’occuper de votre fils, j’en suis certain, pour le reste, dans moins d’une heure, vous êtes partie pour Toulouse. »

Il est 4h30 du matin, j’appelle en premier lieu ma collègue et amie Carole (qui se trouve être la plus proche de l’hôpital), à qui je vais demander de venir chercher les clefs de la maison et de la voiture (garée dans l’hôpital). Puis, ta mamie Gisèle pour qu’elle vienne dans la matinée s’occuper de Thomas.

Tout se passe très vite, je suis emportée par le SMUR (camion ambulance) sur Toulouse, le médecin qui m’accompagne est celui qui s’est occupé de ton papa aux urgences quelques jours plus tôt… Le trajet dure un peu plus d’1 heure, je suis un petit peu ballottée, il y a plus confortable…

Arrivés à Toulouse, on m’autorise à me lever pour aller aux toilettes, puis je suis prise en charge par une dame charmante, à priori moins alarmiste que le médecin de Castres… Je subis une échographie, le médecin me confirme que je suis prise en charge dès cet instant pour plusieurs semaines, nécessaire à la maturation de mon fœtus encore très fragile.

L’ouverture du col annoncée n’est à priori pas très importante mais le col est « court » et c’est ce qui le dérange. Un test est fait pour voir si la poche des eaux est fissurée, ce qui serait grave, ce n’est pas le cas, ouf ! Les médecins autant que moi sommes soulagés…

Je suis transportée dans le service des grossesses pathologiques, là où les futures mamans dont la grossesse est difficile ou à risque sont hospitalisées en principe allongées, de sorte que leur accouchement soit reporté le plus possible dans le temps.

Effectivement on vient rapidement m’annoncer les modalités de mon hospitalisation, alitée durant 5 semaines, avec l’autorisation de me lever uniquement pour aller aux toilettes ou me doucher, le reste du temps, semi assise pour manger ou allongée tout court.

Je passe quelques coups de fil, notamment à ton papa pour lui annoncer la nouvelle, Thomas, pour le rassurer, toutes personnes proches afin de les informer de la situation…

Cet après-midi-là, Thomas et mamie viennent m’apporter toutes les affaires qui me seront nécessaires à ces longues semaines, de quoi lire, écrire, des films avec l’ordinateur, ma broderie… etc. Un petit déménagement quoi…

Je m’endors pour cette première nuit loin de chez moi, toute seule, avec pour seul but celui de te faire mûrir à l’intérieur de mon ventre dans des conditions optimum…

*
*       *

2 heures 15 du matin, je suis réveillée par des douleurs rapprochées, je perds du sang, j’appelle la sage-femme qui m’ausculte et me dit sentir un pied ou un coude, elle ne sait pas, par contre une chose est certaine, le travail a « commencé », il faut de toute urgence descendre au bloc pour pratiquer une césarienne car à ce stade de grossesse, c’est le moins risqué pour toi…

2h30, effectivement la poche des eaux se perce, on me descend manu militari au bloc pour pratiquer la césarienne…

La descente au bloc me semble complètement irréaliste, je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se passe ou non, disons plutôt que je comprends mais que ce qui va suivre me fait terriblement peur… Vais-je accoucher, vais-je avorter ?? Que va-t-il se passer, il semblerait que ni moi ni la nuée de personnel médical autour de moi ne soit en mesure de répondre à cette question, pour l’instant il faut agir !

Après quelques auscultations rapides, on m’annonce que la césarienne ne va pas être possible, tu es déjà trop engagé et ta jambe est palpable, donc, il va falloir accoucher par voie basse (normalement) mais très rapidement.

J’ai très peur, j’ai mal, mes contractions deviennent de plus en plus rapprochées et douloureuses, j’appréhende de te mettre au monde, je t’imagine terriblement « incomplet », j’imagine le pire… Les sages-femmes et/ou infirmières, les médecins sont très doux et me réconfortent comme ils le peuvent… il se passe quelques minutes avant qu’on m’injecte une dose d’anesthésiant pour soulager mes contractions, on me dit de pousser très vite et très fort pour aller le plus vite possible.

J’ai comme l’impression que tout est terminé, que notre histoire est finie…

A deux reprises et quelques minutes d’intervalle, je pousse, si fort que la seconde fois, tu es « expulsé » très vite, je ne vois pas grand-chose de la suite, je pleure, j’ai trop peur de voir cette « chose », je me prépare au pire, il est 4h20 du matin.

Nuit du 5 au 6 Avril 2007
« Le choc »

15 secondes ! 15 secondes, c’est à peine le temps que j’ai eu pour te voir, ma crevette, mon amour, mon bébé, avant que l’équipe médicale ne t’emporte pour te sauver, t’aider dans ce combat qui s’appelle la vie…

810 grammes, une peau toute rose et des petits membres toniques, voilà ce que j’ai aperçu de toi dans ces quelques secondes, probablement les plus intenses de mon existence. Ton tout petit poids m’a permis de ne pas te faire souffrir au passage dans mon bassin.

5 mois et demi de gestation, un peu plus de 26 semaines, voici ton âge, nous sommes le 6 avril alors que tu étais annoncé pour le 20 juillet prochain… Que dire, que penser ???

En premier lieu, je ressens un énorme sentiment de frustration, celui d’avoir échoué dans la mission qui m’avait été confiée, celle de te protéger en moi durant 9 mois, de te préparer une arrivée confortable et « normale » s’il en est.

*
*       *

Je me demande pour quelles raisons cette épreuve ? Y en a-t-il une plus valable que d’autres ?

Certes, ces derniers jours ont été lourds et intenses en émotions, ton papa hospitalisé en urgence il y a 6 jours, mes inquiétudes sur la disparition soudaine de tes mouvements dans mon ventre qui nous ont conduit ici, à 100 kilomètres de la maison, dans un centre hospitalier spécialement conçu pour les enfants, particulièrement capable de gérer les situations critiques comme la nôtre.

De suite après l’accouchement et ton départ dans une salle à coté, on me place dans une salle d’après travail, où régulièrement, on vient me voir, me prendre la tension, m’ausculter, vérifier que mon corps réagit correctement des suites du travail… Je sais que tu es juste à côté, je sens cette armée autour de toi qui te « prépare » pour aller dans le service de réanimation pédiatrique.

Vers 5h30, tu es « prêt » à partir et comme on me l’avait promis, ta couveuse va faire un bref passage auprès de moi pour que je puisse te voir quelques secondes… J’ai peine à distinguer ce qui se trouve dans cette masse de plexi glace, à la limite, je ne vois que cette chose de plastique dans laquelle tu es…

On m’explique que tu as bien « réagi » et que tu as accepté l’aide respiratoire sans problème… Tu as un tuyau dans le nez qui t’aide à respirer, je n’ai pas trop le temps de voir tout ce qui t’entoure, je te vois partir, je ne sais pas encore où mais on me dit que je te reverrai bientôt, de ne pas m’inquiéter…

A 7h du matin, je demande à récupérer mon téléphone portable pour annoncer à ton papa (qui se trouve toujours à l’hôpital) ce qu’il s’est passé dans la nuit.

Il a beaucoup de mal à croire aussi que tout se soit précipité de la sorte et je devine son désarroi de ne pas être présent avec nous, sa désillusion de ne pas avoir assisté à ton arrivée telle que nous l’avions rêvée…

D’affilée, je contacte tes grands parents afin de les avertir de la situation, nos proches et amis qui sont tous loin de nous mais si proches dans leurs pensées que j’ai un petit peu de réconfort grâce au téléphone… Je répète sans cesse les mêmes mots, tel un robot, les mêmes phrases :

Il est né, on me dit qu’il va bien, c’est un garçon, il s’appelle TIMEO…

On me demande comment je vais… je réponds que ça va mais en fait, je ne sais pas comment je vais, je suis comme un zombie, je parle de quelque chose que je n’ai pas encore réalisé, je suis dans la 5ème dimension…

Je pense que je suis dans un cauchemar, que je vais certainement me réveiller…

Vers 8 heures, je suis installée dans une chambre des urgences (dans l’attente d’être installée en maternité car je dois quitter le service des grossesses pathologiques). Je n’ai aucune affaire personnelle, à part mon téléphone portable. J’attends patiemment des nouvelles de toi, je prends une douche, je m’assoupis une petite heure et je cogite, je pense, je me questionne, je doute, j’appréhende.

Tous ces sentiments mêlés d’espoir et d’angoisse. Je ne sais pas, je ne sais plus quoi penser, je suis seule, je n’ai que ça à faire, penser. A aucun moment de ma grossesse, même étroitement surveillée, je ne m’étais imaginée ou préparée à cet évènement.

*
*       *

Il est 11 heures du matin, on me dit que je peux aller te voir enfin, tu es installé en réanimation néo natale, qu’un brancardier va venir me chercher. On m’avance un fauteuil roulant, je m’y installe et me laisse guider, dans ce voyage qui ne fait que démarrer, celui qui mène à ton service, dans le même bâtiment que le mien mais dans un autre secteur. Des couloirs immenses, des portes, des recoins, j’ai l’impression d’être dans un train fantôme, je cherche la sortie mais il n’y en a pas…

Un dernier couloir, très clair et large, nous mène au service de réanimation (qui est aussi celui des grands brûlés)… Devant la porte du service de réanimation, il y a un interphone, il faut appuyer sur le service concerné, s’annoncer et l’on nous dit si oui ou non on peut rentrer. Au cas où des soins sont pratiqués sur l’enfant à ce moment, on nous demande d’attendre.

Je suis accueillie par une infirmière qui me dit de bien me laver les mains, d’enfiler une blouse et de retirer tous les bijoux, notamment mes bagues, montres et bracelets, afin de ne pas apporter de microbes dans le service.

Après le sas d’arrivée, il y a encore des petits couloirs, bordés de box, petites chambres individuelles, dans lesquelles se trouve soit un enfant de moins de 16 ans, soit un bébé, en couveuse ou non… Beaucoup de bébés sont des prématurés en couveuse (comme toi), certains des enfants en réanimation le sont suite à des opérations ou des accidents.

*
*       *

Tu es installée dans le « box » N°28, ta couveuse est recouverte d’un drap.

Mes premiers pas dans cette pièce sont hésitants, moi, la fonceuse, la pile électrique, celle qui a toujours l’air d’assumer, je ne sais comment t’approcher, t’aborder, je suis pétrifiée…

Les deux puéricultrices qui t’ont accueilli cette nuit sont là pour me rassurer, m’expliquer les méthodes du service de réanimation et leur politique d’échange permanent avec les parents.

Tu es beau, rose et potelé, on ne te voit pas beaucoup, tu es recouvert de la tête aux pieds, ton petit nez est encombré d’un sparadrap qui tient le minuscule tube qui va à tes poumons pour t’aider à respirer.

Ton petit visage (ta tête n’est pas plus grosse qu’une orange) laisse apparaître des mimiques, parfois dues à tes pensées ou à tes rêves, d’autres en réaction avec les bruits ambiants et parfois tes douleurs que je reconnais de suite à la forme que ta petite bouche prend.

Tu pleures dans un silence assourdissant puisque tu ne peux émettre aucun son.

Tes membres sont toniques, tu sursautes, tu remues, c’est fascinant de voir qu’à peine âgé de 6 mois tu saches déjà faire tout cela. Tes minuscules doigts, tes orteils sont parfaits, tes petits bras sont galbés comme tes cuisses… Seuls tes petits yeux sont encore collés, bien qu’on perçoive derrière tes paupières de petits mouvements.

On m’autorise à te toucher, ce que je fais avec la plus grande délicatesse, sur ton front, puis sur ton bonnet. Tu parais chercher mes caresses que tu as l’air d’apprécier, cela t’apaise si vite lorsque tu pleures, enfin, je me sens un peu utile depuis le début de journée si éprouvante.

Je rencontre un médecin qui vient m’expliquer les méthodes et la politique du service de réanimation :

« Ici, quand ça va on vous le dit, quand ça ne va pas aussi, rien ne...

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