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Ici on réduit les effectifs, là on délocalise. En pleine récession le travail redevient plus précieux que jamais. La pression monte dans les structures et c'est le couple qui en fait les frais. Tensions, conflits, divorces se multiplient.
Vie professionnelle - Vie sentimentale : ce couple peut-il faire bon ménage ? Cet ouvrage met en garde les couples des pièges qui leur seront tendus, et fera ainsi triompher l’avenir, le partage, l’amour.

Le parcours de Gérard est celui d'un homme parti du bas de l'échelle et à qui tout réussit. Pourtant, un jour, il n'a plus rien, ni amour, ni argent. De la colère à la haine, sa fureur déclenche son rebond. Il pourra retrouver celui qu'il était en allant à la rencontre de ses aspirations profondes et un nouvel horizon. Son récit nous livre ses aventures et ses expériences qui sont autant de solutions. Gérard laisse à chacun(e) la liberté de choisir la sienne...


Publié le : jeudi 5 décembre 2013
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EAN13 : 9782332615114
Nombre de pages : 496
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ISBN numérique : 978-2-332-61509-1

 

© Edilivre, 2013

 

Du même auteur :

 

Éditeur

Année

– La nouvelle Allemagne de 93

(10 000 exemplaires vendus)

A. M.

1990

– Bonne chance en France

(30 000 exemplaires vendus)

FAZ*

1992

– Que coûtent les allemands ?

(20 000 exemplaires vendus)

FAZ*

1993

– Wie teuer sind Franzosen ?

(20 000 exemplaires vendus)

FAZ*

1994

– Comment bien travailler

avec les allemands ?

(40 000 exemplaires vendus)

CFACI**

1995

– Pour un sans-faute en

Allemagne !

(50 000 exemplaires vendus)

CFACI**

1996

– Nachbar Frankreich

(100 000 exemplaires vendus)

FAZ*

2000

Premier groupe de presse et d’édition allemand.

** Chambre Franco-Allemande de Commerce et d’Industrie.

Avertissements

 

 

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Citations

 

 

Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin.

Voltaire

Le verbe aimer est difficile à conjuguer :

son passé n’est pas simple,

son présent n’est qu’indicatif,

et son futur toujours conditionnel.

Jean Cocteau

 

Avant-propos

Au début, jusqu’à ses quatorze ans, Gérard portait des culottes courtes. Autour de lui plein de jolies choses à voir. Les bas Dim pour amincir et embellir les jambes, puis Barbara Gould pour affirmer le contour des yeux, puis les soutien-gorge Lou, puis les porte-jarretelles, puis les talons aiguilles, puis le maillot deux pièces. Puis vinrent Juliette Gréco, Gilbert Bécaud, mai 1968. La libération de la femme était en marche, les combats féministes aussi. Sa glorification également, avec ses pub de plus en plus osées et dénudées, le plus souvent d’ailleurs, conçues par les hommes. Souvenez-vous des calendriers Pirelli…

Puis, un peu plus tard, le MLF, la pilule, Simone Veil, Françoise Giroud, Francine Gomez, des femmes au gouvernement, le string, et puis des revendications toujours plus pointues, avec Claude Sarraute, Benoîte Groult, Ségolène Royal. Femme de pouvoir et mère à la carte, Rachida Dati n’a-t-elle pas participé à un conseil des ministres, une semaine après avoir accouché de sa fille ? Et puis, pleine de compétence et de volonté, c’est Christine Lagarde qui dirige désormais le FMI.

Les hommes se féminiseraient-ils ? Les femmes se masculiniseraient-elles ? En tout cas elles sont parties très fort à la conquête de l’égalité entre les sexes et y sont bel et bien parvenues, au point de se retrouver au-dessus de l’homme dans pas mal de domaines.

Mais qui donc veut de ce monde plat, interchangeable, où rien ne distingue plus l’homme de la femme ?

Autrefois le couple partageait une seule et même vie dont l’homme était le chef. Aujourd’hui les époux ont deux vies à gérer avec des responsabilités qui tantôt s’interpénètrent, se confondent, se chevauchent, se complètent ou pas.

Après des études toujours plus longues, des responsabilités de plus en plus élevées en entreprise comme dans les administrations et par conséquent plus présente sur le marché de l’emploi, la femme se situe désormais au même rang que l’homme dans la recherche d’un mieux être grâce au travail. Elle ne se contente plus uniquement du rôle d’épouse aux côtés de son mari et de ses enfants.

Et puis il y a ceux qui décident de rester au foyer, de mettre leur carrière en veille pour favoriser celle de leur épouse. Certains s’y plairont pour de bon…

Plus qu’un chamboulement, un véritable cataclysme non seulement pour les hommes qui voient des relations d’un nouveau type débarquer dans le monde du travail, mais aussi pour les jeunes couples en voie d’affronter et de devoir concilier vie amoureuse et vie professionnelle.

Une véritable révolution sociétale.

Pourquoi de plus en plus d’hommes ont-ils aujourd’hui peur des femmes ? Pas étonnant puisque la mutation est en train et que les changements battent leur plein.

Alors l’heure est à la créativité à la fois optimiste et forcenée dont le but est de mettre au point des solutions nouvelles pour l’équilibre du couple.

Pourtant, au beau milieu de ces bouleversements, survivent quelques foyers dits traditionnels dont seul l’homme travaille pour faire bouillir la marmite de toute la famille. De quoi s’agit-il ? Donner satisfaction à son épouse ou exciter son admiration, fierté ou penchant protecteur, offrir à ses enfants une vie plus douce ?

Sans doute l’addition de tout cela. C’est pourtant le plus souvent et d’un commun accord que ces ménages optent pour l’alternative de la femme au foyer.

Vous avez compris que ces couples se situent délibérément du côté des défenseurs de la différence qui seule, selon eux, permet de s’inscrire dans la dynamique de vie. Pour se construire pensent-ils, il faut se fixer des limites qui, comme des barrières de protection, protègeraient leur vie de famille. Grâce aux différences disent-ils, on peut retrouver l’autre dans l’éblouissement et l’amour. Les deux au boulot c’est pour eux comme un modèle ne parvenant pas à les convaincre.

Le vrai clivage entre ces deux chapelles pas seulement générationnelles, semble venir de la peur chez l’homme de savoir ce qu’il adviendra de lui s’il n’a plus à ses côtés ce formidable stimulant qu’est « sa femme » : une vraie épouse, une mère, une amante qui a du temps pour lui, qui sait lui donner envie d’avoir envie, envie d’avancer, envie d’aller au combat ! Un vrai dilemme pour la femme qui elle-même aspire de plus en plus à sa propre vie qui finit par empiéter profondément sur celle de l’homme.

Prêt pour une nouvelle répartition des tâches au sein du foyer comme pour le temps partagé auprès des enfants, il redoute néanmoins les nouvelles contraintes infligées à son épouse par un emploi du temps terrifiant qui peu à peu risque de s’emparer d’elle.

Se souvenant du modèle de sa jeunesse chez papa-maman, il a besoin qu’elle soit là pour le valoriser dans ses actions.

Tout comme sa maman veut le voir heureux en compagnie de sa dulcinée, il a besoin de se sentir capable de rendre heureuse sa compagne. Il attend d’elle qu’elle le lui dise. C’est son stimulant. L’homme qui ne se sent pas aimé risque de prendre des libertés, y compris, le doute sera permis, celles de chercher ailleurs ce qui lui manque. Son instinct primaire de chasseur veille…

Au fond de lui-même il sait qu’il a besoin que son épouse soit à ses côtés. Réaliste mais inquiet, il s’accommodera des ambitions de sa bien-aimée. L’inverse est vrai aussi. Elle a besoin de lui. Reste cependant une question primordiale : que l’un ne soit pas pour l’autre un handicap mais un stimulant et une source de motivation. Si l’un tire vers le haut et que l’autre freine, c’est le sur place assuré avec le risque que le second l’emporte sur le premier.

Combien sont-elles en effet, ces nouvelles « femmes actives » à sillonner les routes et à remplir de leur solitude, le soir venu, les chambres de certaines chaines d’hôtels, sur le chemin du client qui ne les attend pas toujours ?

D’autres parcourent le monde sans relâche, à la recherche du contrat qui leur permettra de gagner quelques points précieux dans leur tableau d’avancement. Autant de handicaps à une carrière de mère de famille.

De réunions en séminaires, de bureaux en cantines, ne foncent-elles pas vers une vie certes plus active mais aussi plus individualiste, susceptible de faire éclater le couple ?

Elles en ont pleinement conscience et s’activent à trouver des répliques.

C’est la pression économique, disent-elles, qui nous a propulsé sur le devant de la scène ; eh bien à nous maintenant, les femmes, d’attribuer de nouvelles valeurs au travail. Nous seules pourrons faire évoluer les relations de couple, et par voie de conséquence le rapport entre homme et femme.

La gente féminine ayant conquis sa place dans les états-majors et les conseils d’administration, nul doute que la tendance est bel et bien lancée et que des solutions se dessinent. En attendant que ces nouveaux styles de vie s’imposent, ce sont les mamans que l’on appelle à l’aide, y compris celles qui elles-même travaillent encore.

Que ne feraient-elles pas pour leurs petits ?

Pas un instant elles n’hésitent à mettre la main à la pâte, à sacrifier une soirée ou à renoncer à un weekend.

« Il est plus doux de donner que de recevoir ».

(Épicure)

Ce faisant, les parents découvrent que leur progéniture souffre de nouvelles endémies qui ont pour noms, urgence, incertitudes, précarité, inquiétude.

Le secteur public n’a plus les moyens de recruter. Avec les effets d’une mondialisation maintenant bien ancrée, la capacité du secteur privé à créer des emplois est devenue improbable. Fusions, acquisitions, restructurations et délocalisations provoquent à tous les échelons des bouleversements destructeurs.

Du coup, le travail redevient plus précieux que jamais. Non seulement parce qu’il faut à nouveau le soigner pour mériter sa place, mais parce que d’abord il faut en trouver, puis le conserver. La lutte fait rage en interne, dans les structures, comme on dit. La pression aussi.

Alors les rangs se resserrent et on se serre les coudes, mais la réponse de toute tête bien faite consistant à redoubler d’effort, cette ultime contention ouvre les portes au stress, à la surchauffe et au burn-out. C’est l’offrande finale avant la débandade. Vie privée, affective et sentimentale en feront sévèrement les frais.

L’épuisement et le surmenage sont de plus en plus souvent à l’origine de sombres déchirements. Le couple, tel des plongeurs à l’intérieur d’un scaphandre, tente bien de se protéger, mais sans cesse les agressions s’infiltrent dans la moindre brèche. La coque protectrice se fissure.

Gérard, après avoir été pas mal chahuté par ces tribulations des temps modernes fait partie de ceux qui ont réussi à échapper à la noyade. Balloté entre sentiments et devoirs, entre incertitudes et détermination, entre amour et obligations, il ne lâche pas prise. Son itinéraire à la poursuite de l’harmonie l’emportera, depuis les confins de la perception, jusqu’aux frontières de l’insondable.

Il y découvrira un nouveau coin de ciel bleu.

Son histoire exalte le combat contre la résignation et montre comment, à tout âge, on peut vivre différemment, hors des diagrammes de la consommation et de la productivité.

Le bien-être n’est pas simplement une affaire de richesse.

Vie professionnelle – Vie sentimentale ;
ce couple peut-il faire bon ménage ?

 

Hauts le cœur !

« Salut Youn’s ! Salamoalikoum Abdel ! Comment vas-tu Mehdi ? », lance en retour Gérard, aux commerçants qui le saluent sur son passage.

Il est neuf heures trente environ, lorsque le soleil commence à percer les embruns du matin, habituels ici. Il va faire beau temps ; le vent d’ouest souffle à peine.

C’est la fin de l’été, lorsqu’El-Jadida retrouve son calme après le grand rush de juillet-août.

D’un pas alerte, Gérard se dirige vers le tabac-journaux tenu par le brave Idris chez qui, chaque matin lorsqu’il n’est pas en vadrouille ailleurs, il passe prendre l’Équipe, le Matin et son paquet de Gauloises blondes.

Ce matin, il ne fera pas le crochet par la poste, située à deux encablures, où se niche la fameuse Boîte Aux Lettres creusée dans une muraille épaisse comme un rempart de forteresse, dans laquelle il a déposé tant de courriers restés sans réponse. A force, il avait même sympathisé avec Ahmed, l’écrivain public installé juste à côté. « Maintenant je n’ai plus rien à faire là-bas, se dit-il, plus de lettres à poster. Je m’en remets au destin ».

A une centaine de mètres, la terrasse de chez Badr’, déjà toute animée de chauffeurs de petits taxis qui s’y passent le relais de leurs Fiat Uno ou Peugeot 205, lui tend les bras pour un petit café cassé, le temps de lire les derniers exploits de son idole et enfant du pays, Sébastien Loeb.

« Quel moment exquis de liberté ! », se dit-il, tout en lançant un salut à Abdou son chauffeur favori, qui assez régulièrement conduit Gérard à la gare lorsqu’il prend le train pour Casablanca. Mzien bzef ! Comment faire tout ça, si j’étais à deux ? Pourtant ce n’est pas grand-chose ! Dans mon rez de chaussée de la maison que j’occupe depuis trois ans, il n’y a même pas une penderie pour dame ! Au fond, je n’ai jamais su donner l’espace ni trouver le temps nécessaire qu’il faut savoir consacrer à une femme. J’ai sans doute peur de souffrir à nouveau, d’avoir de nouvelles contraintes et de me sentir envahi. Je ne veux pas non plus m’installer chez une copine. J’attache trop d’importance à mon indépendance pour pouvoir vivre aux crochets de qui que ce soit. Peut-être un peu trop fier aussi. Tout bien réfléchi, je me demande si je suis capable de supporter quelqu’un autour de moi durant plus de quarante huit heures. Je m’interroge. Je ne connais pas la réponse. Maintenant, je veux une vie riche intellectuellement, sensuellement, simplement. Simple mais pas ordinaire. Cultivée mais discrète, avec un humour qui me fasse rire. Du partage et de la connivence. Cette vie-là doit bien exister quelque part. Alors, en dépit de tout, j’y crois. Je crois en mon destin ».

En plongeant le nez dans son quotidien préféré, Gérard apprend que Sébastien Loeb vient de remporter le rallye d’Allemagne après celui de Finlande. Avec sa soixante quatorzième victoire en WRC, le capitaine Loeb a repris le large au championnat du monde, avec cinquante quatre points d’avance sur Hirvonen. Son 9e titre de champion du monde – sans doute le dernier-lui semble désormais acquis le sept octobre prochain sur les lieux de son enfance en Alsace. Il aura alors totalisé 162 départs en championnat du monde, 75 victoires, 112 podiums et 874 victoires en spéciales. Associé à son complice Daniel Elena, ce surdoué du pilotage est décidément le meilleur pilote de rallye de tous les temps. Le talent à l’état pur.

Pour toujours et à jamais leurs noms resteront accolés à la marque Citroën. Sans écurie de haut niveau, pas de bon pilote. Sans voiture parfaitement au point et bien équilibrée, pas de résultats spectaculaires. Sans une équipe infaillible et cohérente d’ingénieurs, de techniciens et de mécaniciens, aucune chance d’accéder à un palmarès comparable à celui que Sébastien et Daniel ont su édifier. A l’instar de Jean-Claude Andruet associé à Biche pour Alpine, Walter Röhrl en compagnie de Christian Geistdorfer pour Audi, ou Sandro Munari avec Mario Mannucci pour Lancia, ils auront donné leurs lettres de noblesse à une discipline qui a fait son apparition en 1911 avec la première édition du Rallye de Monte-Carlo.

« L’heure tourne. Tenez garçon, voici pour mon café… ».

*
*       *

Le café de l’Océan, où l’attendent ses trois compères, Mohamed, Mostafa et Ayoub, est en vue.

Pour ce dernier dimanche de septembre ils ont décidé de faire une virée en mer. Mohamed connaît la navigation, Mostafa la côte, et Ayoub le propriétaire du rafiot. Gérard, quant à lui, espère secrètement, ne pas avoir à mettre ses mains dans le cambouis.

La mer, à chaque sortie, ouvre son large horizon comme une porte sur un monde nouveau. On part en mer avec qui l’on veut ; il suffit de savoir naviguer. C’est l’immense privilège des marins. La mer possède ce pouvoir magique de vous éloigner des contingences terrestres, des pesanteurs du quotidien, de mettre entre parenthèses les emmerdeurs, les hypocrites, quelques imbéciles et tous ceux qu’on aurait préféré ne pas rencontrer sur son chemin, d’oublier ceux qui savent bavarder de tout et de rien pour ne rien dire et nous faire perdre notre temps.

Tout comme le désert, la mer offre des moments de communion capables de passer en revue et sans complaisance, les moments de vie « qui n’en valaient pas la peine » et dont on aurait pu faire l’économie.

Comme le désert, la mer permet de purger, comme si on partait faire une vidange. En plein désert, on s’arrête au beau milieu de nulle part. Derrière une dune on ouvre la portière et on gerbe tranquillement ce qui a besoin d’être oublié, détruit, évacué.

En mer, il suffit de se pencher un peu par-dessus bord. C’est plus simple encore. Lorsque jaillissent les hauts le cœur, en vrac, inutile de chercher à les contenir. Ni la force ni l’envie. C’est le lieu et le moment de laisser le tri faire sa besogne dans le bac à souvenirs. Pour une bonne fois il en chassera les aigreurs et les chagrins.

L’amitié a permis à Mostafa, Mohamed, Ayoub et Gérard de s’apprécier, de se respecter et de tisser les liens indispensables pour faire équipage ensemble. A chacun son caractère, sa religion, son angle de vision du monde. Embarcation cosmopolite mais intéressante. Un musulman pratiquant, deux non pratiquants et un chrétien plutôt protestant. Mostafa dira que c’est grâce au destin. Sous d’autres cieux on parlerait de prédestination.

A l’heure du casse-croûte et des inévitables diversions philosophiques, les discussions sont toujours animées.

Leurs cultures générales réunies suffisent à recouvrer quelques préceptes qui ont marqué leurs esprits, surtout celui de Mohamed, qui durant ses années de jeunesse avait partagé sa vie avec une jeune française, professeur de philosophie de son état et fervente adepte de yoga. Ayoub était absorbé par son projet de mariage. Gérard passait en revue les bifurcations de sa vie.

*
*       *

Des sandwichs, il ne restait que les papiers. Les gourdes, sauf celle de Mostafa le parcimonieux qui garde toujours une goutte pour une soif qui pourrait venir, étaient vides.

Mohamed avait repris les commandes du bateau.

Tandis qu’Ayoub scrutait les poissons qui s’étaient rassemblé autour de l’embarcation et que Mostafa, à côté de lui, réajustait sa paire de jumelles, Gérard s’agenouilla de l’autre côté, à bâbord, légèrement en biais, autant pour prendre le soleil de dos que pour ne pas importuner ses amis. La gerb’attitude………

Remontèrent en lui, tel un soulagement salutaire, ces pensées giclées en l’air au-dessus de l’océan au large d’Azemour, ces méditations tenaces dont il a eu un mal de chien à se défaire depuis le carambolage entre sa vie professionnelle et sa vie sentimentale.

Le départ…(première gerbe)

« …seule solution pour me protéger contre son mépris et combattre la tristesse qui avait élu domicile en moi. Le premier puni est celui à qui arrive le malheur. Inutile d’en rajouter. Son indifférence, la distance, la déconsidération et le dénigrement n’ont pu que donner raison à mon éloignement. La torture n’est pas un antidote. Le peu d’amour-propre qui me restait, m’aura aidé à retrouver quelque part la nouvelle hospitalité dont j’avais besoin. Mon ancienne passion, subitement remontée à la surface, m’en a indiqué le cap : le Maroc. Destination : Marrakech, la porte du grand sud. La Mecque du 4x4, les pistes, les dunes, le sable, le désert, les grands espaces vierges. Jamais on ne louera assez l’importance d’un dérivatif ou d’un violon d’Ingres. Pouvoir se projeter dans quelque chose que l’on aime faire lorsque survient un bouleversement dans la vie, apporte un réconfort inestimable. Retrouver un peu de bonne humeur en se remémorant des souvenirs agréables est un excellent antidote à la sinistrose. « Cela t’aura évité d’aller à l’asile ou en prison », comme dit l’ami Mohamed. Et puis, vivre quelque part au milieu de gens moins nantis mais heureux, aide à retrouver sa dignité. Un peu de lecture aurait pourtant suffi pour l’éclairer sur le fonctionnement des hommes, des femmes, des couples. Combien de fois le lui ai-je suggéré. Il y a culture et culture ; celle des poireaux et carottes, et l’autre. La seule culture télévisuelle ne suffit pas. Tourner le dos à un grand amour, c’est déjà dur. Laisser derrière soi les enfants, la maison, les parents, les amis, est une autre paire de manches. La colère déclenche la décision. L’effort permet de réaliser. Lorsque le vase a débordé, rassembler courage et volonté est plus facile que renoncer.

En franchissant le portail, la voiture chargée, on sait que l’on ne reviendra pas en arrière. Le cœur n’y serait plus. Un retour serait plus âpre que le départ.

Tel un plongeon dans l’abîme, la rencontre avec la solitude passe d’abord par l’espoir d’un miracle, d’un geste, d’un signe, d’un appel… Une longue apnée plus hostile que bienveillante, douloureuse comme une attente sans fin qui, peu à peu, se transforme en alliée puis en amie. « Être adulte, c’est être seul », écrivait Jean Rostand. On a le droit d’en douter même si, une fois maîtrisée, la solitude permet de faire meilleure connaissance avec soi-même et de disposer enfin du temps nécessaire pour à nouveau découvrir. De nombreux échanges avec d’autres, aident à comprendre et à repousser le sentiment de culpabilité que les critiques, les humiliations et le mépris ont pu accumuler. Tout cela aide à déconstruire l’état amoureux et à se mettre au niveau de l’autre, pour moins souffrir.

J’espère pouvoir dire un jour qu’elle m’a rendu service, en me poussant à me détacher.

Si un jour, plus tard, l’envie lui prenait de retirer le couteau, elle penserait que tout est fini, alors que je serai toujours étendu à terre, blessé à vie. Comment pouvoir encore compter sur elle à l’avenir ? Comment vivre avec une femme sans l’amour en partage ? Elle était dans l’ignorance et la totale incompréhension des efforts que je déployais pour la séduire et la rendre heureuse. Je ne lui ai sans doute pas assez parlé de ma vie professionnelle. Se privera-t-elle de ses plus belles années ? Je vais essayer de faire en sorte que non. Me reviennent en boucle les paroles de Cookie Dingler :

« Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile. Être une femme libérée, tu sais c’est pasfacile ».

Rester dans son environnement constitue un avantage indéniable. Le beau rôle avec tous les avantages : le beurre, l’argent du beurre avec le fermier au grenier. Faudrait-il que je devienne une larve pour accepter un tel régime ? Personne ne sait tout sur la vie en couple, mais on peut essayer d’apprendre à condition de s’intéresser au sujet. Si on le trouve mineur, on peut le classer. Au choix. Nicole aurait-elle épuisé son énergie à vouloir changer son homme, à étouffer sa vitalité, comme pour lui attribuer quinze années de plus que son âge, ou cherchait-elle à perpétuer le schéma de ses parents ? De quelles qualités prodigieuses aurais-je du être doué pour me voir concédé un espace au sein de cette relation filiale exacerbée ? Je n’ai pas eu cette aptitude. Mea culpa ».

La probable explication…(seconde gerbe)

« Que la défaillance de nos parents ait été réelle ou fantasmée, si nous avons l’impression de ne pas avoir reçu notre dû, alors un manque subsiste en nous, que l’autre, quoi qu’il fasse, n’arrive pas à combler.

A l’inverse, celles – ou ceux – qui ont reçu plus que leur dû, ont du mal à éprouver de la reconnaissance. Le geste de l’autre est toujours « normal ». Jamais il n’est considéré comme un plus. Ce « quelque chose en plus », c’est surtout la maman qui de manière innée et naturelle, le dispense, le donne et l’offre en cadeau à son petit être sans défenses dès le plus jeune âge, sous forme d’émotions qui se traduisent par autant de caresses et de câlins. Sans le savoir, elle gratifie son bébé de sérénité, de patience et d’équilibre. Ces témoignages d’affection constitueront le capital affectif du futur jeune adulte. A son tour, il ou elle, n’aura de cesse de transmettre son affection, telle une passation de relais, à ses enfants. C’est le fil invisible mais puissant de l’attachement de l’enfant à sa maman. Plus il en aura reçue, plus la tendresse en retour durera. Aucune grand-mère, grande-sœur, cousine ou tante, si disponible et bien intentionnée soient-elles, ne seront jamais, sur ce registre, à la hauteur d’une maman. Mais que ceux qui en ont été privés se rassurent. Plus ou moins « sous-équipés » sur le plan affectif par rapport aux autres, ils partiront dans la vie, et c’est bien légitime, en quête de ce quelque chose d’étrange et mystérieux qui ressemblerait à une exploration dont ils ne connaissent pas les contours, mais dont ils soupçonnent néanmoins la délicieuse existence. Eux aussi veulent connaître cet état, à la fois grisant et trouble, fait de peurs, de surprises et d’immenses joies. Ainsi, d’initiatives en découvertes, ils feront preuve plus que d’autres, d’audace, de sensibilité et de courage pour découvrir l’amour. L’enfant devenu adulte avec « ce quelque chose en moins », cherchera impatiemment un époux ou une femme capable de combler ce vide. Ainsi, il ou elle, se mariera jeune, et fera tout pour conserver « l’autre ». Toujours et toujours ils offriront et donneront encore, avec toujours l’impression de ne jamais donner assez. Comme si ce qui leur manquait n’avait pas de prix, ils voient leurs sentiments se confondre avec l’autre pour ne faire plus qu’un. Jusqu’à l’épuisement et plein(e) d’espoir, il – ou elle – saura continuer à donner, même si la tendresse tant attendue en retour tarde à venir. Mais si ma foi, la compagne ou le compagnon devait appartenir à cet univers où l’empressement de l’autre est toujours considéré comme normal, ce serait la déception. La lassitude abandonnerait sa place au découragement et la désillusion ouvrirait grande la porte à la curiosité de voir ailleurs si le bonheur existe ».

La séduction ? (troisième)

« Le vocable « coureur de jupons » m’a toujours révulsé et fait frémir. Je ne sais dire pourquoi, mais je n’ai jamais été un dragueur. Par timidité peut-être ou par respect, mais surtout par pudeur, afin de préserver en toute circonstance une certaine réserve qui pour moi est synonyme d’une certaine classe, l’expression d’une certaine distinction. D’ailleurs, je n’en avais pas besoin. La séduction pour moi, c’est surtout s’intéresser à son interlocuteur, s’ouvrir à lui et l’écouter. La séduction pour Nicole, n’aurait-elle pas été autrefois, de me réserver de temps à autre, une petite surprise en fin de semaine, de prendre l’initiative d’une sortie le vendredi soir pour ponctuer une semaine harassante, d’imaginer un weekend en amoureux, de prendre en charge le temps nécessaire au répit et à la détente ? Malgré mon emploi du temps chargé, j’aurais pris plaisir à partager avec elle quelques moments précieux, de son initiative, qui offrent du moelleux à la vie. Bien plus prédisposée à la séduction que l’homme, comment une femme ne peut-elle succomber devant les rayons infinis de sous-vêtements sexy et affriolants qui, le soir venu, la rendent irrésistible et désirable ?

Tombé fou amoureux de celle qui allait devenir la mère de nos deux garçons, j’étais persuadé d’avoir trouvé la plus belle, la plus sage, la plus gaie, la plus équilibrée des femmes. Alors, lorsqu’un jour et sans jamais m’en avoir fourni d’explication elle se détacha, je suis tombé dans un état bizarre de flottement et de tristesse, de culpabilité et d’abandon, un curieux mélange de colère et de désespoir, qui dit-on, ressemble à de la déprime. Tout juste ai-je pu capter de ci-de là, quelque vague commentaire de son entourage m’indiquant qu’elle s’était sentie étouffée par trop d’amour, qu’elle avait besoin de respirer, de vivre libre et indépendante. C’est ce qui arrive souvent, m’a-t-on dit, aux femmes de la cinquantaine… Ce n’est donc pas de sa faute ! Le pardon s’impose ».

La confusion…(4eme)

Que ne faut-il entendre comme commentaires acrimonieux à l’égard d’un homme qui fait son sac ! Un véritable concours satirique braqué en direction d’une hypothétique jeunesse, d’une beauté divine dont le pauvre polichinelle serait la victime, comme si sa vue avait été troublée par une lumière trop vive. Contrairement à ce que pensent les femmes, ce ne sont ni l’âge, ni les rondeurs, ni le poids, ni la cellulite, ni la forme des seins, ni les vergetures, ni les rides qui le désillusionnent. Les plus séduisantes sont rarement les plus douces. Souvent elles croient que leur pouvoir est dans l’apparence alors qu’en général la plus allumeuse n’est pas la plus affectueuse ni la plus jouisseuse. Plus expérimentées avec l’âge, plus libres et plus disponibles, elles offrent des rapports d’égal à égal à la fois plus intéressants et plus naturels qu’une jeune fraîcheur, mais comme lui n’est pas à une contradiction près, il apprécie aussi qu’elle soit coquette, l’un n’empêchant pas l’autre. L’homme n’attend pas forcément de sa conjointe d’avoir le corps de la blonde Adriana Karembeu ou de Marion Jollès-Grosjean la présentatrice. Il attend d’elle de la douceur, qu’elle se montre désirable et lui offre son corps, afin qu’il puisse lui faire l’amour souvent et lui procurer du plaisir. C’est à elle qu’appartient le désir de lui donner envie d’avoir envie. De tout comme de rien. La femme qui a compris ce message gardera son homme pour toujours. Celles qui le perdent sont presque toujours celles qui n’ont pas su le retenir.

Si c’est elle qui part, il est déclaré insupportable alors qu’il est devenu pénible du jour où l’activité favorite de madame a plutôt consisté à regarder la télé en échangeant avec lui quelques baisers chastes. Du jour où elle ne va plus vers lui ou refuse ses avances, elle devient pour lui un monstre, même si elle est un canon esthétique. C’est pour lui, source d’humiliation, de rejet, de souffrance et de déchirement. Souvent aussi, la confusion existe chez elles, entre deux types d’hommes. Ceux qui offrent pour en retirer une jouissance personnelle, et ceux qui donnent pour offrir du plaisir à l’autre. C’est une différence essentielle entre l’égoïste et le généreux dont peu de femmes ont conscience. Lorsque la femme décide de devenir intermittente du sexe, sexophobe ou asexuelle, l’homme qui reste sur la touche a l’impression de subir le supplice de la castration, puis de devenir invalide.

C’est la peur de l’impuissance.

On n’est pas ici dans le registre des brutalités ou des violences qui font couler le sang mais dans d’autres, plus sournoises qui, si elles n’achèvent pas l’être agressé, polluent sa mémoire et entachent son destin. Elles ne laissent pas de traces visibles à l’œil nu mais mutilent de l’intérieur. Au moment où l’on peut croire à leur cicatrisation, elles réapparaissent sous des formes plus sourdes, profondes et diffuses. Ce sont les séquelles qui parlent. S’il est profondément blessé dans son orgueil par le manque de respect, la déconsidération ou l’indifférence, c’est la subversion silencieuse, proche de la torture psychologique, celle qui passe par la mort, une mort certes en deçà de la mort, mais entraînant avec elle dans ses ténèbres, l’illusion de la reconquête. Comment vivre auprès d’une femme dont on n’est plus aimé ? Pourtant, je l’ai aimé infiniment, aussi fort que je le pouvais. Puis la braise s’est éteinte. Trop d’eau a fini par la noyer.

Un amour qui ne se satisfait plus dans le corps à corps se vide de l’intérieur. Comment lui dire encore « Je t’aime », comment lui dire qu’elle est belle si je dois supporter son regard condescendant et suspicieux, ses éternels griefs et remontrances ? Même plus jaloux ! Si les deux partenaires ont renoncé, tout va bien. Comme pour tout ce que l’on peut partager, si les deux sont en accord parfait, c’est beaucoup mieux. Ils font non seulement durer le couple mais contribuent à son épanouissement et à sa bonne santé. Si par contre l’un des deux est frustré, ça ne peut pas bien se passer. C’est ce qui explique qu’un tiers des couples seulement est épanoui et satisfait, et qu’un autre tiers qui a renoncé à tout, vit dans la résignation et l’ennui. Fréquenter des modèles qui pour moi ne sont que de piètres contre-exemples de ce que j’aurais souhaité, n’a pas valeur de dogme. Un monde énigmatique qui m’est étranger. Pourquoi restent-ils encore ensemble ? Par manque de courage, peur du qu’en-dira-t-on, de l’inconnu, de l’insécurité ? Restent-ils unis par la pitié réciproque ? Par peur de finir seuls ? Par convenance, par intérêt, pour les enfants, pour raison économique ?… Sans doute l’addition de tout cela. Reste le dernier tiers, voire davantage, qui divorce. Laissons à chaque couple et à son ambition à vouloir être heureux, le soin d’en décider. En espérant qu’il ne soit pas trop tard… ».

Des leçons…(5eme)

« …qui aident à comprendre pas mal de choses ; par exemple que le vrai plaisir de l’homme, le vrai amour qu’il veut donner, ce qui le distingue de l’homosexuel, c’est de donner du plaisir à sa femme ; la gratifier de l’orgasme vaginal. Peut-être s’agit-il d’une hypothèse fantasque, mais elle est fort répandue. C’est un moment qui s’offre et se partage comme une communion. Le clitoridien est banal et facile : la femme peut l’atteindre toute seule. S’il ne parvient pas à lui ouvrir les portes du septième ciel, l’homme sombre dans la frustration, la colère ou la dépression. L’acharnement, généralement, ne lui donnera pas raison. Malheur à celui qui ne peut offrir ce qu’elle attend. Alors il se console en se disant qu’il l’a trop aimée, mais sans doute d’une manière gauche et malhabile, trop lourde à porter pour elle. Saturé de regrets, peu à peu il renoncera, ou cherchera à vérifier ailleurs s’il est capable d’offrir ce vertige qu’attendait son vrai amour. Son caractère en décidera. La femme, si elle n’y trouve pas son compte, ira chercher ailleurs la félicité à laquelle inconsciemment elle aspire, à moins qu’elle ne renonce à tout jamais, après l’avoir trop longtemps attendue, en qualifiant tous les hommes de cons. Une hypothèse parmi d’autres mais assez répandue. Si par contre elle sait lui parler, elle peut l’aider et ils se rendront service réciproquement. Si elle est comblée, il l’est aussi. Sinon quoi ? Absence de quête de son propre plaisir, handicap ou paresse ? Celui qui part ne le saura jamais. Sans doute l’addition des trois ».

Sans doutes…(6e)

« Devrais-je lui avouer que j’étais timide, que j’aimais « la femme », celle qui m’a fait souffrir…

Je n’étais pas misogyne ; peut-être le suis-je devenu, et un peu macho aussi ? J’avais le culot des timides. J’ai connu la terrible solitude, le doute, la colère, les rancœurs, les faux amis que sont les tranquillisants, la prison de la dépression. J’ai connu aussi le bonheur de l’avoir près de moi. Rien n’était plus beau que son corps nu. Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme comme elle, ce sont les bras de l’homme qu’elle aime.

J’espère de tout cœur qu’elle aura la chance un jour, de rencontrer ce bonheur. L’envie de poser sa main sur la sienne, de ressentir pour lui de l’admiration sinon de la considération, ou au minimum un peu d’estime ».

La découverte de soi…(7e)

« On met du temps à se connaître. Certains n’y arrivent jamais. Tant mieux pour eux, ils mourront heureux.

Plus jeune, je pensais être d’humeur égale en permanence. En tout cas, je le désirais ardemment. Plus tard, j’ai entendu parler de cyclothymie. Si celle-ci peut constituer une fragilité, la sensibilité procure un solide avantage et une chance. Où se situe la ligne de partage ?

Peu importe aujourd’hui. Avec le temps, j’ai réalisé que cette flexibilité de mon humeur était un formidable privilège me permettant de mieux me mettre à la portée de mes semblables. Mon sens aigu de l’écoute m’a pas mal aidé. En consacrant pratiquement toute ma vie aux humains et à leurs carrières, j’entrais facilement dans la peau de mes interlocuteurs. L’humeur des autres, leurs émotions, je les saisis avec finesse et les ressens avec acuité. J’ai aussi constaté sur le tard que j’étais fait pour me réveiller de mon propre chef, sans le radio-réveil qui prématurément cassait mon sommeil. Toute ma vie durant cela m’a mis un peu de mauvaise humeur, mais j’étais tellement heureux de la protéger de cela aussi. On ne peut pas dire que le réglage de la machine soit optimal, s’il autorise en permanence la volonté à prendre le dessus sur l’horloge biologique ».

Se parler…(8e...

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