Rendez-vous aux Jardins Éphémères

De
Publié par

A peine installés, les jardins ouvriers du Vernay sont-ils appelés à disparaître ? Une méchante rumeur court dans les potagers de la zone industrielle de Feyzin. Rhône-Poulenc, propriétaire des lieux et employeur de nombreux jardiniers aurait mis en vente ses terrains, en friche pour la plupart, y compris les 20000m2 cultivés du Vernay. Les auteurs rencontrent ces jardiniers, partagés entre découragement, révolte et petit bonheur de faire pousser fleurs et légumes.
Publié le : dimanche 5 juin 2016
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9782140013157
Nombre de pages : 236
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
hagnard
et FéDéic C
Aès Hardy et FéDéic Chagnard
Rendez-vous aux JardinsÉphémères
ConVersations potagères
Rendez-vous aux Jardins Ephémères Conversations potagères
Agnès Hardy et Frédéric Chagnard Rendez-vous aux Jardins Ephémères Conversations potagères
L’Harmattan
Déjà publié par Frédéric CHAGNARD - Cinq jours sur terre,éditions Baleine, coll. Canaille/Revolver, 1998 ; - Le cabinet fantôme de Monsieur Criquette,éditions Deleatur, coll. Sous la cape, 2014 ; - Le vieux au rolleiflex,éditions Deleatur, coll. Sous la cape, 2014 ; - Grosse patate,Editions Deleatur, coll. Sous la cape, 2014 ; - Un tout petit rêve,Editions L’Harmattan, coll. Écritures, 2014. © L'Harmattan, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN :978-2-343-09378-9EAN :9782343093789
 Le 15 mai 2014 au matin, nous retournons dans le Couloir de la Chimie, banlieue sud de Lyon, et découvrons au bord de la zone industrielle de Feyzin ce qu’il reste des jardins ouvriers du Vernay.  A la place des 65 potagers avec leurs petites cabanes, la friche, dense et immense, s’est installée et a tout recouvert. Au bord de la route, les très invasives renouées du Japon dominent. A côté d’elles, dans la tranchée sans doute creusée pour dissuader les gens du voyage d’y pénétrer, prolifère une roselière.  Dans ces jardins disparus a prospéré, sans doute très vite, tout un bois de jeunes peupliers. Il cache presque les grandes torchères de la raffinerie. Toutefois, dans les broussailles impénétrables, parmi de grands massifs de ronces et un épais fouillis de lianes de clématites géantes, subsistent quelques traces des anciens potagers d’ici, de grands rosiers, des iris, quelques figuiers, des amandiers, un abricotier.  Seul un petit chemin moussu tapissé de jolies prêles traverse la friche vers le nord. Il mène à un mini terrain de football visiblement délaissé, situé, il nous semble, sur l’ancien parking des jardins.  Juste derrière, l’ancienne petite route d’accès longe le haut mur de béton gris couronné de barbelés de l’usine Air Liquide. Le fond de cette impasse est jonché de monticules de gravats, de matériaux de construction, ou plutôt de démolition, de vieilles planches, de pièces de voitures, de bidons, de flaques noires d’huiles de vidange, de tas de vêtements terreux et de godasses. Une décharge sauvage.  Nous sommes en train d’enregistrer l’ambiance sonore des lieux lorsqu’un homme d’un certain âge se gare près de l’ancienne entrée des jardins. Il se met déjà en quête d’une trouvaille à glaner parmi les détritus. Nous discutons un instant : Agnès Hardy : Vous trouvez votre bonheur là-dedans ?
7
Le glaneur : C’est-à-dire, on trouve des… c’est pas bonheur… c’est… Des fois, on trouve… AH : Au hasard… Le glaneur : Voilà. Un petit truc… Moi souvent, je ramasse des jolis morceaux de bois, sinon le reste… C’est uniquement le bois, sinon le reste, c’est tout esquinté. Y’en a qui viennent pour chercher… du cuivre apparemment… C’est les gitans qui font ça… Ouais, mais bon, c’est… c’est dommage quoi… A un moment donné, ils ont fait une barrière derrière pour… je crois qu’ils ont fait un petit stade, un genre de stade par là… AH : Oui, je l’ai vu… Mais visiblement personne ne joue, il y a de l’herbe… Le glaneur : Ca a poussé de l’herbe, y’a personne qui vient quoi… dommage… AH : C’est tout en friche et on ne voit plus rien du tout… Le glaneur : Ah oui… AH : Si, on voit encore quelques rosiers, quelques figuiers, des arbres fruitiers… Le glaneur : Ils ont abandonné… AH : Et en quelle année, vous ne vous rappelez pas ? Quand est-ce qu’ils ont fermé définitivement ? Le glaneur : Oh c’est… pff… moi, j’ai déménagé, j’habitais en 72-73 à Feyzin, et après j’ai déménagé… je me rappelle plus quelle année exactement ils ont fait ça… AH : Parce que moi, les jardiniers, je les ai connus en 97… Et on leur disait déjà : « Vous n’en avez peut-être plus que pour deux ou trois ans… » Le glaneur : Ah ouais… Moi, je sais qu’en 72-73… AH : Ca commençait. Le glaneur : Y’avait des jardins, y’avait des gens, on venait avec eux… On était des jeunes, on venait avec eux et tout… J’ai pas d’idée quelle année exactement ils ont arrêté… AH : Définitivement… Le glaneur : Ah oui… Ils ont fermé après, ils ont fait des barrières… Mais bon, c’est… les gens, les gens… AH : Une tristesse… Le glaneur : Ah oui oui oui… AH : Ce qui est fou, c’est le nombre de peupliers, ils ont poussé partout. Le glaneur : Ouais, c’était un joli endroit…
8
AH : Il y avait une soixantaine de jardins au moins… Le glaneur : Je sais pas exactement le nombre… C’était joli avant. Avant, c’était joli.  Des jardins fantômes du Vernay, il nous reste aujourd’hui plusieurs cahiers manuscrits, une trentaine de planches contacts noir et blanc et plus de 40 heures d’enregistrement sonore, la matière de ce livre. Des notes de repérage, des photos et les voix de Paul, Gérard, Emile et Mireille, Abdallah, Basile, Brigitte et Marceau, les jardiniers.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.