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René Théophile Laennec

De
142 pages
La vie de l'homme qui, en médecine, il y a quelque deux cents ans, inventa l'auscultation, commence et se termine en Bretagne, plus précisément dans son extrémité Sud-Ouest, la Cornouaille : le début à Quimper, la fin à Douarnenez. Éloigné de sa terre natale, cet homme n'a cessé d'en cultiver le souvenir.
Signe particulier, pour lui tout était sonorité, tout était musique : le fracas des vagues, le cri des oiseaux, le rythme d'un galop, le bruissement du vent, les harmoniques d'un carillon, le grincement d'un parquet, l'arrêt d'un balancier. Mais aussi la criée sur le port, le rire des enfants, les inflexions d'une voix, les intonations d'un dialecte, le timbre de sa flûte, le chuchotement d'une confidence, le bonheur d'un silence.
Et cet homme, médecin savant et musicien, a imaginé que l'ouïe se mette à l'écoute du corps humain…
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ou

La passion du diagnostic exact

Parce que chacun peut trouver son moyen d’expression par l’écrit et l’édition, Parce que tant d’expériences méritent d’être connues et ne trouvent pas de place dans l’édition, Parce que c’est la marge qui donne à la page sa respiration, Nous proposons cette collection ouverte à un grand
nombre.

Déjà paru : La Vie jusqu’à la dernière goutte Le Puits perdu Mon Insouciance de 1914 et nos angoisses de 1939-1945 Pour ce soir et demain

Collection présentée par Vivre et l’écrire http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr © L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-01032-6 EAN : 9782296010321

Étienne SUBTIL

René Théophile Laennec
ou

La passion du diagnostic exact

Préface du professeur Jean-Marie Saudubray Pédiatrie, maladies métaboliques Hôpital Necker Enfants-Malades, Paris

Aux marges de l’écriture L’Harmattan

LAENNEC

iconographie : voir p. 132

La vie de l’homme qui, en médecine, il y a quelque deux cents ans, inventa l’auscultation, commence et se termine en Bretagne, plus précisément dans son extrémité Sud-Ouest, la Cornouaille : le début à Quimper, la fin à Douarnenez. Éloigné de sa terre natale, cet homme n’a cessé d’en cultiver le souvenir. Signe particulier, pour lui tout était sonorité, tout était musique : le fracas des vagues, le cri des oiseaux, le rythme d’un galop, le bruissement du vent, les harmoniques d’un carillon, le grincement d’un parquet, l’arrêt d’un balancier. Mais aussi la criée sur le port, le rire des enfants, les inflexions d’une voix, les intonations d’un dialecte, le timbre de sa flûte, le chuchotement d’une confidence, le bonheur d’un silence. Et cet homme, médecin savant et musicien, a imaginé que l’ouïe se mette à l’écoute du corps humain…
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Préface

C’est un grand honneur pour moi d’écrire la préface du livre René-Théophile Laennec ou la Passion du diagnostic exact, qu’Étienne Subtil fait paraître aux éditions L’Harmattan. Au moment où il est de plus en plus fréquent, y compris en médecine, de parler pour ne rien dire, il est en effet plus que jamais nécessaire de retourner aux sources de la médecine moderne par la lecture de la biographie d’un des médecins français fondateurs les plus admirés au monde, surtout à l’étranger. Laennec n’a pas été seulement l’inventeur génial de l’auscultation thoracique et du stéthoscope, mais aussi le père de la médecine objective donnant toute leur valeur aux signes physiques et pas seulement aux signes fonctionnels qui, avant lui, étaient quasi exclusivement pris en compte. C’est aussi le premier médecin qui ait souligné les deux qualités primordiales qui caractérisent un signe : la spécificité (« les râles crépitants secs sont pathognomoniques de la pneumonie ») et la sensibilité (« une cavité intra-pulmonaire très petite peut ne pas produire de pectoriloquie »). Ces deux notions restent à la base de tout test biologique utilisé en médecine. Après Laennec, François Magendie puis son élève Claude Bernard au Collège de France vont jeter les bases de l’autre pilier de la médecine, la médecine expérimentale. À l’heure où les progrès de la biologie cellulaire et de la médecine moléculaire permettent d’accéder aux bases biochimiques des signes cliniques, il devient de plus en plus important pour les étudiants en médecine d’acquérir et de conserver un sens aigu de l’observation clinique et du recueil des données permettant la définition de l’histoire naturelle des maladies et des phénotypes, sans lesquels toute étude du génotype est illusoire et sans objet. La médecine préventive dont l’objet est de dépister
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précocement une affection avant l’apparition de tout signe clinique tangible, ne remet pas cette démarche en cause car la prévention ne devient possible qu’après la connaissance approfondie de l’histoire naturelle des maladies et de l’explication physiopathologique des symptômes. Pour moi, dont la plus grande partie des études médicales puis de ma carrière hospitalo-universitaire s’est déroulée à l’hôpital Necker Enfants-Malades et dont la spécialité est la médecine biochimique des maladies héréditaires du métabolisme, je ressens particulièrement l’importance et l’éternelle nouveauté de la médecine clinique d’observation élaborée par RenéThéophile Laennec dans ce même hôpital. Le livre d’Étienne Subtil est court, facile à lire, bien écrit, et met en lumière tous les aspects de la personnalité de Laennec, médicaux et humains. Il replace l’œuvre de Laennec dans l’histoire générale de la médecine, mais surtout dans le contexte e du début du XIX siècle dans lequel cohabitaient les idées reçues et non vérifiées des poncifs (notamment médicaux) en même temps que le progrès des sciences et la créativité industrielle. Étienne Subtil recrée avec beaucoup de sensibilité et de talent l’atmosphère qui régnait autour de Laennec à Necker quand la fine fleur médicale de l’Europe se pressait « pour un humble apprentissage auprès du petit médecin breton qui s’adressait à elle en latin ». Les médecins anglo-saxons les plus célèbres tels Thomas Hodgkin ou William Osler sont venus et ont fait traduire le Traité de l’auscultation médiate, dont on peut par ailleurs trouver des exemplaires dans toutes les grandes bibliothèques européennes et nord-américaines, notamment à la Osler Library à l’Université McGill à Montréal (où se trouve d’ailleurs aussi le livre d’Étienne Subtil). Pour toutes ces raisons, on ne saurait trop recommander aux Doyens des Facultés de médecine ainsi qu’à tous les responsables des enseignements médicaux des premier et deuxième cycles, de faire acheter à leurs étudiants ce livre peu onéreux qui ouvre une immense fenêtre sur la médecine moderne.
Professeur Jean-Marie Saudubray Pédiatrie, Maladies Métaboliques Hôpital Necker Enfants-Malades, Paris

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Quimper : la ville dont Laennec est un enfant La maison natale (dessin de Louis Le Guennec) détruite en fin du XIXe siècle.

CHAPITRE 1 JEUNESSE BRETONNE
« Indissociablement unies, la Bretagne et la peinture : la première riche de ses réalités et de ses mythes, la seconde fascinante de présence et de rêve. » René Le Bihan, Mémoire de Pont-Aven Une enfance en plusieurs morceaux Brumes et gelées tenaces : l’hiver ne lâche pas prise en cette seconde quinzaine de février 1781. La France tout entière grelotte, y compris la Bretagne. La Bretagne, même dans son extrémité la plus à l’ouest. Loin de ces contingences climatiques, deux sujets de contemplation semblent suffire à Michelle Guesdon, épouse Laennec, accouchée depuis peu et déjà impatiente de ses relevailles. Le premier se situe dans sa propre chambre, près du lit parental : sept livres de chair rose, étroitement emmaillotées. Le regard maternel est celui de toutes les mères, mélange d’étonnement, de tendresse, d’incertitude, d’espoir, ce tout à la fois que submerge la joie. Le berceau est en bois, tout à claire-voie, muni d’un timon et de roues de taille inégale à l’avant et à l’arrière. Il ressemble au modèle réduit d’un chariot à foin, et le nouveau-né paraît s’être échappé d’un tableau de Georges de La Tour. L’autre spectacle se tient dehors : en contrebas de la maison
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familiale se prélasse l’Odet. Ce fleuve a permis Quimper, capitale de la Cornouaille. La ville lui doit la vie et le rythme de sa vie. Les eaux mêlées de sel et de douceur que poursuivent le regard et le rêve de la jeune femme vont, de Quimper à Bénodet sur la distance de cinq lieues, s’offrir en spectacle, celui d’un fleuve large, lent, majestueux, ultime adieu aux prairies bretonnes, avant l’enfouissement atlantique et l’oubli. Au rythme des marées hautes, et comme s’il était avide d’un monde qu’il ignore, l’océan s’invite à son tour jusqu’au centre-ville, remplit à pleins bords le lit de la rivière et donne à l’Odet son statut alterné de fleuve et de port de mer. René Théophile Hyacinthe Laennec est né à Quimper le samedi 17 février 1781. Il est baptisé le lendemain dimanche. L’enfant appartient par ses ascendants paternels à une bourgeoisie provinciale bien assise, pourvue non de grands biens mais de charges notariales honorables et dévouée au bien public : son grand-père avait été le maire de Quimper. La lignée maternelle est angevine, cultivée : un de ses rameaux a porté le poète Malherbe (1555-1628), un autre l’écrivain Fréron (1718-1776). La société de cette fin du dix-huitième siècle dans laquelle l’enfant va se développer est aimable, raffinée, tenant grande et digne place dans la vie publique, comme en d’autres provinces de France éloignées de Paris. La population de la Cornouaille exerce en partie les métiers de la mer, mais la majorité de ses habitants sont des ruraux. Tradition locale forte, beaucoup savent à l’occasion être chanteurs, poètes, peintres, sculpteurs, et colportent contes de fées et légendes celtes. La première langue qui berce l’enfant, placé en nourrice à la campagne, sera bretonne, avec l’accent bigouden. Théophile, car tel fut son prénom pour les siens, et non celui de René, retenu par la postérité, est le premier-né. Lui succéderont, un an et demi plus tard, Michaud puis Marie-Anne, de quatre ans sa cadette. Théophile gardera à jamais l’empreinte de sa petite enfance. Ses retours en Bretagne, trop rares à son gré, seront sa vie durant marqués d’une profonde ferveur. La douceur apparente de la vie cache mal la rigueur du quotidien et surtout son défaut essentiel : la précarité. La mort rôde, surtout la mort prématurée. Elle appartient au paysage, frappant çà et là au hasard. Les épidémies, la tuberculose, une hygiène aléatoire se conjuguent avec une absence de prévention et une médecine impuissante : l’espérance moyenne de vie à la naissance n’atteint pas vingt ans. Elle est quatre fois moindre
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que celle prévalant en France, deux cents ans plus tard. Non seulement le contrôle des naissances n’est pas à l’ordre du jour, mais, la proportion des adultes célibataires étant élevée, la démographie repose essentiellement comme partout en Europe sur les rescapés de familles très nombreuses et sur la fécondité de couples « légitimes » et prolifiques. Une « mise au monde », en elle-même, comporte un risque vital. La famille Laennec, au lieu d’une quatrième naissance paisible, va payer son tribut à la statistique obstétricale, le 15 mars 1786 : un double décès, néonatal et maternel. Théophile a cinq ans et demi, Michaud quatre ans et Marie-Anne dix-huit mois. Quand les biographes décrivent le père des trois orphelins, Marie-Théophile Laennec, juriste aux fonctions imprécises, tous rivalisent à qui lui décernera l’épithète la plus négative : « versificateur léger », « mauvais ange », « dilapidateur de patrimoine », « folâtre barbon »… Toujours est-il qu’après le drame, il ne peut faire face. Personne d’ailleurs ne songe à le lui demander. Le voici qui confie ses deux aînés à l’un de ses deux frères, Michel, prêtre de la région, et la fillette à une tante maternelle. L’époque, il est vrai, est coutumière de ce type de drames et de deuils, la solidarité familiale érigée en institution. Ainsi pendant deux ans, Théophile et Michaud vont courir sous les pommiers du presbytère d’Elliant. Mais une promotion de l’abbé Michel Laennec, nommé chanoine à Tréguier, et les tribulations ultérieures de cet ecclésiastique, bientôt réfractaire et réfugié en Angleterre, mettront un terme à ce placement. Qu’à cela ne tienne, le père des enfants se tourne vers son seul autre frère, Guillaume Laennec, médecin depuis sept ans à Nantes. La réponse est immédiate : « Ma maison, comme mon cœur, leur est ouverte. » Le recueil des orphelins Le 15 mai 1788, nous voici sur le quai de la Fosse, au sein d’un très grand port pour la France et le monde entier, port de mer au milieu des terres, ville dont l’appartenance bretonne n’est pas contestée : Nantes. Trois adultes aux allures de vigies guettent un certain Le Saint-Goustan, voilier-caboteur appareillé avant-hier et à marée haute à Quimper. Le mode de transport maritime pour ce trajet est le plus court et le plus économique. Sur le quai : le docteur Guillaume Laennec, quarante ans. Il est le recteur depuis peu, et de haute lutte, de l’université de Nantes. Son épouse, Désirée, l’accompagne ainsi que madame de Gennes, sa belle-mère, qui élargira ses fonctions de grand13

mère. Christophe, leur petit de trois ans, est resté à la maison, au cœur de la ville de Nantes, à la garde du seul domestique et en compagnie du chien et du perroquet. Les voiliers glissent, majestueux. Les équipages s’affairent, s’interpellent. Guillaume Laennec, le lutteur celte, l’antithèse de son frère, a rarement l’occasion de contempler et d’attendre. Qui sont réellement ces deux enfants ? Il n’a fait qu’entrevoir Théophile, nouveau-né, quand lui-même quittait Quimper, il y a sept ans. Leur père n’a manifestement cure de ses enfants ! Qui sont-ils ?… Mais voici le bateau à quai ! Deux frimousses jaillissent. Émotion, larmes. Théophile est bien plus fluet que Michaud, son cadet ; ses yeux sont bleus et les cheveux des deux garçons ont encore le goût du sel et les parfums du large.

La mort visitant une pauvre famille, dessin de Clotilde Issert, d’après Le Guerchin (XIXe siècle)
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