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Rennes-le-Château

De
256 pages

« J’abordais l’affaire Saunière avec des yeux neufs. J’avais ses archives à ma disposition. Je vivais dans sa maison et ma position me plaçait à l’intersection d’une foule d’informations. En face de moi, un public parfois goguenard, souvent incrédule, mais toujours curieux. Chaque jour était un nouveau défi, chaque heure de visite une nouvelle mise en scène. Je savais que j’avais conquis mon public lorsqu’on me demandait à la fin de chaque visite guidée si je n’avais pas écrit un livre sur le sujet. »

Ce livre, le voici enfin : décapant, malicieux, plein de tendresse pour un prêtre hors du commun, fourmillant de détails et de documents. L’auteur nous mène pas à pas dans le sillage d’un Bérenger Saunière intime qui nous dévoile ses secrets, jusqu’au moment où notre guide se retourne pour nous déclarer : « À partir de ce moment, je suis obligé de vous lâcher la main... »

Laissons la parole à Henry Lincoln, le préfacier : « Tous les autres auteurs, dont moi-même, n’avons saisi qu’une ombre de ce qu’était la vraie vie de Bérenger Saunière. Jean-Luc, lui, l’a ressenti. Il l’a vécu. C’est pourquoi ce livre a enfin quelque chose de plus à offrir. »

Jean-Luc Robin a connu Rennes-le-Château à l’âge de sept ans. Quarante ans plus tard, il a le privilège de se trouver au cœur du mystère dans la propriété même de l’abbé Saunière. De 1994 à 2000, il ouvre le domaine au public. Il accueille, à l’époque, plus de 12 000 visiteurs par an, auxquels il raconte une histoire qui, sans détruire la part de rêve, s’appuie sur des éléments vérifiables.


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© Éditions Sud Ouest, 2005

ISBN : 978-2-8177-0290-2

N° éditeur : 18174.01.03.04.05

www.editions-sudouest.com

Sommaire

Préface

Prologue

« Cet endroit est merveilleux »

Un prêtre en sa paroisse

Les débuts du sacerdoce

Le séjour à Narbonne

Le secret de l’abbé Bigou

Les premiers travaux

Les premières découvertes

Le sac du cimetière

Un compte en banque à Budapest

Le diable de la maison Giscard

Le goût du secret

Les faussaires

La construction du domaine

En forme d’échiquier

Les années fastes

La fin tragique de Gélis et Boudet

Le trafic des messes

Le procès de 1910

La guerre ruine l’abbé

L’enterrement de Bérenger

Marie dans la gêne

« Un secret vous rendra riche… »

Changement de décor

Un supposé pactole de 4 000 milliards

Le temps de la dynamite

Le drapeau des pirates

L’énigme sacrée

Rennes-le-Château aujourd’hui

Le phénomène « Da Vinci Code »

La piste des Habsbourg

Chronologie

Événements ayant accompagné la vie de Saunière

Remerciements

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Été 2004. Henry Lincoln, coauteur de L’Énigme sacrée, en compagnie de Jean-Luc Robin dans la librairie-atelier Empreinte, à Rennes-le-Château. Photo Philippe Marlin.

Préface

Jean-Luc Robin a un énorme avantage sur la foule des écrivains qui se sont lancés à la poursuite du fantôme de Bérenger Saunière. Il a partagé l’espace vital de Bérenger. Il a habité sous le même toit. Il a eu en main ses objets personnels. Il a parcouru ses écrits et a pu percevoir jusqu’à l’influence des changements de saison, aussi bien que le prêtre a pu les vivre. Peu nombreux sont ceux qui peuvent prétendre avoir, comme lui, absorbé une telle vérité et une telle réalité de Rennes-le-Château. Tous les autres auteurs, dont moi-même, n’avons saisi qu’une ombre de ce qu’était la vraie vie de Bérenger Saunière. Jean-Luc, lui, l’a ressentie. Il l’a vécue. C’est pourquoi ce livre a enfin quelque chose de plus à offrir.

J’ai toujours clamé que nos interprétations subjectives du mystère entourant le village de Bérenger n’avaient peut-être aucune valeur. Or, voici quelqu’un dont les vues sur l’affaire méritent notre attention. Les hypothèses de Jean-Luc sont fondées sur une connaissance à laquelle aucun d’entre nous n’a eu accès. Il est en même temps capable de nous distraire à l’aide d’un fond inépuisable d’anecdotes sur le village qui apportent une délicieuse solidité aux ombres qui hantent cette extraordinaire histoire.

Ayant personnellement consulté plus d’ouvrages que quiconque sur le mystère de Rennes-le-Château, je demande qu’on me pardonne mon manque d’enthousiasme à l’annonce d’une énième publication. Cependant, lorsque Jean-Luc m’a demandé de rédiger ces quelques mots d’introduction, je me doutais déjà qu’il avait quelque chose de différent à proposer à ses lecteurs.

Lorsque je lui demandais ce qu’il souhaitait que j’écrive, il devait me suggérer en plaisantant que je considérais son livre comme… « probablement le meilleur ouvrage écrit à ce jour sur le mystère de Rennes-le-Château » (sic).

Après tout, c’est possible et puis, en fin de compte, qui suis-je pour prétendre le contraire ?

Henry Lincoln

À mon père qui, lorsque j’avais sept ans, fut le premier à me raconter l’histoire du « curé aux milliards »

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Le village de Rennes-le-Château. Photo Laurent Theillet.

Prologue

En 1995, je pris la décision de revenir m’installer dans l’Aude, où j’avais, entre sept et douze ans, passé la partie la plus heureuse de mon enfance. Les souvenirs de cette époque étaient restés ancrés dans ma mémoire : les études à l’école Saint-Stanislas, l’écrasante chaleur des Corbières, les châteaux vertigineux que personne n’avait encore songé à baptiser de « cathares », et la fabuleuse histoire du « curé aux milliards ».

Le domaine de l’abbé Saunière venait d’être vendu par son propriétaire Henri Buthion à deux étrangers, un homme d’affaires américain en déconfiture et un journaliste hollandais de talent, correspondant du International Herald Tribune et de Time Magazine à Genève.

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Où se trouve Rennes-le-Château ?

Restaurateur de métier, j’avais signé un compromis pour l’achat d’un petit restaurant au centre de Carcassonne qui ne devait se libérer qu’en septembre. Nous étions en juin et, pour ne pas rester inactif, je cherchai dans les petites annonces un travail saisonnier. « Rennes-le-Château recherche cuisinier pour la saison. » Je composai le numéro de téléphone indiqué, rendez-vous fut pris pour le jour même, et me voici au pied de la tour Magdala qui m’inspirait, enfant, une crainte irraisonnée, puis devant la porte de la villa Béthanie, la maison du curé où j’entrai pour la première fois.

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Les environs de Rennes-le-Château

Les nouveaux propriétaires avaient mis une équipe de quatre personnes en place pour y développer un projet d’exploitation touristique. Ces gens-là s’étant présentés à moi comme les acheteurs, je n’eus aucune raison de mettre en doute leur parole. Leur façon de gérer l’établissement me parut cependant curieuse. Ils auraient voulu perdre sciemment de l’argent qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Mais après tout, il ne s’agissait pour moi que d’un travail saisonnier et s’ils avaient décidé de nourrir gratuitement la moitié du département, c’était leur problème. Je découvris le pot-aux roses lorsque, affolés par l’hémorragie financière, les véritables propriétaires arrivèrent au beau milieu de la saison.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Bob Kroon et de Bert Gerards, qui me proposèrent rapidement de prendre le poste de gérant pour tenter de sauver l’affaire. J’acceptai et demandai carte blanche. Il fallait avant tout faire déguerpir l’équipe en place, ce qui fut relativement facile.

Nos deux investisseurs avaient un projet grandiose de structure hôtelière totalement irréaliste. Grâce au ciel, ils ne trouvèrent jamais les fonds nécessaires à sa réalisation. Le site en aurait été défiguré et meurtri à tout jamais. J’avais évalué le potentiel de l’endroit et j’étais convaincu qu’il pouvait générer des revenus suffisants pour faire vivre une famille, à condition de mettre en place une exploitation raisonnable. Je proposai aux propriétaires de louer le domaine pour mon propre compte. J’abandonnai le projet de Carcassonne et me retrouvai à la tête de ma propre affaire dans le domaine de l’abbé Saunière.

Je reçus, pendant cinq ans, des milliers de visiteurs. Je me liai d’amitié avec Antoine Captier et son épouse Claire Corbu (dont le père avait possédé le domaine de 1947 à 1967), qui acceptèrent de me louer l’héritage de l’abbé : documents de toutes sortes, journal du prêtre, meubles et objets personnels grâce auxquels un musée digne de ce nom serait créé. À l’aide de cette masse de documents et aux recherches entreprises par les Captier, je me forgeai progressivement ma propre opinion. Je tiens ici à rendre hommage à l’ouvrage intitulé L’Héritage de l’abbé Saunière, qui a vu le jour sous la plume de Claire et Antoine aux éditions Bélisane et qui est, à mon avis, le travail le plus sérieux entrepris jusqu’ici sur cette ténébreuse affaire.

Le contact quotidien avec le public pendant ces cinq années, les questions qui revenaient sans cesse, l’incrédulité de certains et l’ingénuité des autres m’ont amené à présenter une histoire qui, sans détruire le rêve, tient malgré tout debout. Pour cela, il fallait s’appuyer sur des éléments solides et vérifiables. Il fallait éviter de reprendre les affirmations contenues dans les ouvrages à succès sans les avoir vérifiées. Je me rendis compte que la plupart des auteurs partaient d’une théorie préconçue et cherchaient désespérément des éléments permettant de la corroborer. Lorsqu’ils n’en trouvaient pas, ils en fabriquaient de toutes pièces. Cette démarche ne me semblait être pas la bonne et n’ayant ni théorie à révéler, ni message secret à faire passer, j’abordais l’affaire Saunière avec des yeux neufs. Il me fallait répondre à une demande du public, il fallait aussi le respecter en l’intéressant et donc ne pas céder aux facilités de l’imaginaire.

C’est le fruit de ce travail que je me propose de livrer ici. Une histoire qui s’est enrichie chaque jour de nouveaux éléments, car ma position au cœur du domaine me plaçait à l’intersection d’une foule de renseignements. L’histoire de l’abbé Saunière est bel et bien une aventure merveilleuse qui mérite d’être débarrassée de ses connotations racoleuses pour apparaître dans sa relative simplicité comme une éternelle interrogation sur notre époque.

« Cet endroit est merveilleux »

Passionnés ou simplement intrigués par l’énigme de Da Vinci Code, des millions de lecteurs ont découvert le patronyme de Saunière, personnage central du best-seller mondial de Dan Brown. Les plus férus d’histoire auront remarqué en outre les similitudes existant entre le mystère de Rennes-le-Château et l’intrigue du livre, puis du film qui en a été tiré.

Mais Da Vinci Code n’est pas le premier exercice littéraire puisant sa matière dans l’envoûtant concentré de secrets entourant une petite commune du Languedoc. Plus de deux cents livres ont été écrits, en français, sur le mystère de Rennes-le-Château et le trésor de l’abbé Saunière, sans compter les innombrables émissions de radio, de télévision et articles de presse.

Si l’on tient compte des ouvrages rédigés à l’étranger et jamais traduits à ce jour, on arrive probablement à doubler ce chiffre. Beaucoup sont des plagiats qui s’accumulent comme un terreau sur lequel grandit et se nourrit le mythe de ce village de la haute vallée de l’Aude.

Bon nombre d’auteurs pensent ingénument apporter une réponse définitive. Je n’ai pas cette prétention, tout en étant convaincu de pouvoir contribuer modestement à une approche de la réalité. Le mystère, en bien des points, restera entier lorsque cet ouvrage sera terminé.

J’ai souvent comparé le mythe de Rennes-le-Château à la forêt amazonienne où je fis quelques incursions lorsque j’habitais au Brésil. En constant renouvellement, il se nourrit de lui-même et s’enfle de jour en jour. Si l’on venait à trouver un jour une explication imparable, cela équivaudrait à déboiser le terrain et en quelques années n’apparaîtrait plus qu’un sol sableux et stérile. Ce serait bien dommage.

Notre époque a besoin de rêve. L’homme moderne veut tout comprendre, tout expliquer. Le rationalisme est venu à bout de notre capacité à nous émerveiller. C’est pourquoi un lieu comme Rennes-le-Château connaît un tel engouement. Ce genre d’endroit fonctionne comme une soupape de sécurité de l’inconscient collectif. On ne bouche pas une soupape de sécurité. Celui qui entreprendrait ce travail idiot risquerait de voir la cocotte sous pression lui exploser à la figure.

J’ai connu le village en 1957. J’étais alors âgé de sept ans. L’histoire venait tout juste d’être révélée au grand public : « D’un seul coup de pioche dans le pilier du maître-autel, l’abbé Saunière met à jour le trésor de Blanche de Castille. » Cette affirmation de Noël Corbu, qui avait hérité du domaine de l’abbé trois ans auparavant, reprise par le journal La Dépêche en janvier 1956, allait mettre le feu aux poudres. Corbu venait de transformer les lieux en hôtel-restaurant à l’enseigne de l’hôtel de la Tour. Le mystère de l’abbé Saunière entrait dans sa phase commerciale.

Les histoires de trésor ont toujours exercé une fascination irraisonnée. Qui n’a pas rêvé dans son enfance de l’Île au Trésor de Stevenson ? Qui ne s’est pas mis dans la peau de Tintin recherchant au bout du monde le trésor de Rackham le Rouge, pour le découvrir finalement dans les réserves du château de Moulinsart ?

Enfant, je n’échappais pas à la règle et lorsque le dimanche, nous montions à Rennes-le-Château en famille, je grattais la terre autour de la tour Magdala et retournais les pierres dans l’espoir un peu vain de trouver le magot.

Depuis des années, tel chirurgien de renom, tel directeur de banque, tel haut responsable de la Sûreté, tel professeur d’université, convergent l’été vers le village avec une nouvelle théorie, de nouvelles mesures, et l’assurance d’avoir enfin trouvé l’emplacement du dépôt. Pendant que leurs épouses accompagnent les enfants à la piscine de Rennes-les-Bains, ils arpentent le causse ou les forêts avoisinantes avec des mines de conspirateurs, boussole fébrilement serrée dans une main et dans l’autre la carte d’état-major surchargée de lignes qui inévitablement finissent par s’entrecroiser quelque part. Pour compléter le portrait, il ne faut pas oublier le sac à dos chargé de l’indispensable matériel de base : pelle américaine, cordes de rappel, lampes, détecteurs de métaux dernier cri et, pour les poètes… le pendule.

Une fois le point névralgique localisé en tirant une droite depuis l’échauguette de la tour Magdala jusqu’au sommet du mont Cardou, laquelle s’entrecroise avec une autre venant du village du Bézu pour se terminer sur le clocher de Rennes-le-Château, recoupée à la perpendiculaire par une troisième pour parvenir à reproduire le chrisme relevé sur la pierre tombale de la marquise de Blanchefort, les fouilles peuvent commencer (à moins que l’on ait relevé dans l’épitaphe de la même pierre tombale les éléments donnant précisément les distances à parcourir pour tomber pile-poil sur le fabuleux dépôt… et tant pis si l’on a fait ses calculs à l’aide du système métrique alors que la pierre tombale de la marquise date d’avant l’adoption de celui-ci).

À ce moment-là, deux attitudes sont généralement observées.

Soit notre Monsieur si sérieux le reste de l’année, qui ne planterait pas un clou au mur de sa maison pour y suspendre un tableau et considère le jardinage comme une activité inutilement fatigante, se transforme en taupe frénétique et extrait du sous-sol des mètres cubes de terre et de roches pour revenir le soir à l’hôtel ou au camping fourbu, brisé mais convaincu que demain le trésor sera entre ses mains.

Soit le seul fait de savoir qu’il est arrivé à la verticale de la cache provoque chez lui des troubles du comportement qui se manifestent par un effet de panique irraisonnée et le rendent totalement impuissant au bord de son trou qu’il ne creusera jamais. On le voit pour le reste de la saison vider des demis au bar du village et déclarer avec un air entendu qu’il a découvert l’emplacement. À partir de ce moment-là, on le voit aussi se mêler au cercle des « vieux chercheurs » avec un air légèrement supérieur et désabusé, une moue ironique au coin des lèvres, l’air de dire : « Vous êtes bien gentils, les pt’its gars, mais moi qui vient de débarquer, je suis bien plus malin que vous. » Jusqu’à ce qu’au cours d’une discussion il s’aperçoive qu’ils sont légion à avoir découvert le même point, sans pour autant avoir utilisé les mêmes méthodes. Alors, quelque peu dépité, il rentre chez lui, accroche finalement son tableau et ne s’occupe plus de Rennes-le-Château, au moins jusqu’à Noël. À l’approche du printemps, le démon le reprend. Il refait ses calculs et Madame, catastrophée, voit s’éloigner les vacances à Honfleur dont elle rêvait depuis toujours et se prépare à planter une fois de plus la tente au camping de Rennes-les-Bains.

Je les aime, ces chercheurs ! Beaucoup sont devenus des amis. Quelle chance est la leur d’avoir encore sept ans dans leur tête… Alors, si vous connaissez un autre endroit au monde capable de fournir une telle cure de jouvence, pointez-le moi du doigt sur une carte.

Terribilis est locus iste : « Cet endroit est merveilleux. » Merveilleux, et non terrible, comme l’interprètent les latinistes de cuisine. Merveilleux, comme nous disons encore couramment « J’ai passé une soirée terrible ! », ou encore « Cette fille est terrible », ce qui, pour autant que j’en sache, n’a jamais signifié que l’on en fût effrayé. Voila ce que voulait dire l’abbé Saunière lorsqu’il inscrivit au fronton de son église la phrase que prononça Jacob en redescendant du ciel où il était monté grâce à sa grande échelle. Autre précision qu’il convient de relever en passant : la phrase inscrite par Saunière est volontairement tronquée. Il est possible que ce soit dans le but inavoué de donner libre cours aux interprétations les plus folles – et sur ce chapitre, il peut être rassuré, car cela marche au-delà de toute espérance. La phrase d’origine se terminait par : « Car c’est la maison de Dieu. » Nous retrouvons ce mode opérationnel à plusieurs reprises dans les inscriptions dont le curé orne ses bâtiments.

Un prêtre en sa paroisse

Qu’en est-il réellement ? Quelle histoire suffisamment structurée parvient à attirer en ce lieu des milliers de visiteurs venus du monde entier ? Comment le village est-il devenu, en trente ans, cette auberge espagnole de l’ésotérisme selon certains, Mecque des chercheurs de trésor selon d’autres, et asile à ciel ouvert pour les plus caustiques ? (Et encore vous épargnerai-je le centre cosmique de l’univers, le réceptacle du Saint-Graal, l’emplacement du tombeau du Christ, le lieu de naissance du fils de ce dernier, le garage souterrain à soucoupes volantes, le seul endroit qui restera stable lorsque le globe terrestre basculera, l’antre du diable en personne, et la piste d’atterrissage des extraterrestres venus de la planète Umo…)

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1905. Bérenger Saunière pose pour la postérité sur le parvis de son église. La photo permet de mesurer sa taille (par rapport à la porte) : 1,79 mètre. Le prie-dieu sur lequel il s’appuie fait partie du fonds Corbu-Captier. Le bréviaire que le prêtre tient en main pourrait être celui avec lequel il a été enterré. Prélevé lors du transfert du corps, en 2004, il serait actuellement entre les mains de la municipalité. Collection Corbu-Captier.

J’aurais pu vous parler des petits chemins bordés de mûriers, des figuiers de bord de route, des goujons du ruisseau de Couleurs, des vols de perdrix rouges sur le causse embaumant le thym et la sarriette, des bécasses dans le bois du Lauzet et des sangliers plus nombreux que les habitants du plateau et même de cette bartavelle que j’ai levée un jour entre les genêts. Mais Bérenger Saunière est passé par là.

C’est au milieu de cette nature qu’au début de l’été 1885 (le 1er juin 1885), Bérenger Saunière, jeune prêtre de trente-trois ans, montait depuis Montazels prendre possession de sa nouvelle paroisse de Rennes-le-Château. Depuis longtemps, il en connaissait jusqu’au dernier sentier. Enfant, déjà, il y accompagnait son père à la chasse et connaissait le moindre trou d’eau où piéger les écrevisses et pêcher les truites à la main. Son village natal n’était qu’à quelques kilomètres et depuis la fenêtre de sa chambre (la maison existe toujours au centre de Montazel), il pouvait voir la crête de Rennes-le-Château où plus tard il érigera cette tour néogothique qu’il baptisera Magdala en l’honneur de sainte Marie Madeleine.

Mais, d’ailleurs, pourquoi Magdala et non pas Magdalena ?

Saunière était érudit et facétieux : Magdale en hébreu ancien signifie « tour ». Nous retrouverons souvent ce genre de clin d’œil. C’est d’ailleurs cette attitude du prêtre qui rend les interprétations multiples et confuses. Saunière s’ingénie en permanence à brouiller les pistes. Un indice de sa part n’est jamais à prendre au premier degré, car il cache généralement une deuxième, voire une troisième interprétation possible. Comme les matriochkas, ces poupées russes qui en contiennent une autre, laquelle en contient une autre, etc.

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L’église de Rennes-le-Château. Photo Laurent Theillet.

Quelles pensées pouvaient bien habiter notre prêtre sur ce chemin écrasé de soleil au milieu du chant entêtant des cigales ? Il aurait été le premier étonné, si à ce moment-là, on lui avait révélé le destin hors du commun qui l’attendait. Sans doute devait-il imaginer l’accueil qui lui serait réservé. Il connaissait les difficultés qui l’attendaient là-haut : une paroisse pauvre divisée en deux clans, ceux qui allaient à la messe et ceux qui « bouffaient du curé ».

La France elle-même était à l’époque coupée en deux. La monarchie avait failli être restaurée quelques années auparavant. À tel point que l’on avait déjà frappé monnaie à l’effigie d’Henri V, comte de Chambord. L’église catholique vivait les dernières années d’une puissance sans partage, les dons affluaient de partout et les églises, monastères, couvents et séminaires poussaient comme des champignons. Il n’y a qu’à voir dans notre paysage actuel le nombre de bâtiments religieux qui datent de la fin du xixe siècle.

Comme pour contrebalancer ce pouvoir, la révolte grondait et un anticléricalisme farouche allait aboutir dix ans plus tard à la séparation de l’Église et de l’État.

Cet état d’esprit était particulièrement vivace dans nos régions où les instituteurs, saints laïcs, dévoués serviteurs du centralisme que l’on avait surnommés les hussards de la République, combattaient le patois à coups de règle en bois.

Voilà quelle était la toile de fond qui allait servir de décor à notre curé. Bérenger Saunière, comme beaucoup de prêtres de l’époque, était farouchement royaliste et ne s’en cachait pas. À l’heure actuelle, il serait qualifié de prêtre intégriste. Mais à l’époque, il était un prêtre tout simplement, à l’image de la plupart de ses confrères qui n’auraient pas imaginé célébrer le culte autrement que selon le rituel de saint Pie V (c’est-à-dire en latin et avec un certain décorum).

L’autorité du prêtre dans un village était grande, contrebalancée uniquement par celle de l’instituteur qui cumulait souvent ses fonctions avec celles de secrétaire de mairie. De fait, ces deux personnages clés du paysage rural étaient souvent les seuls lettrés parmi la population.

D’aucuns ont écrit que Saunière avait été mandé à Rennes-le-Château par son évêque avec une mission bien précise (entendant par là qu’il était chargé de retrouver un trésor et des documents compromettants pour le Saint-Siège). Cette assertion donne d’emblée une autre envergure à notre petit curé de campagne. Certes, c’était un sujet brillant, cultivé, connaissant le latin, le grec et quelque peu l’hébreu. Mais cela était le lot de tout ecclésiastique de l’époque, car entre le petit et le grand séminaire, il s’écoulait dix ans d’études intensives. Certains prêtres des environs, tel l’abbé Boudet de Rennes-les-Bains, étaient encore plus instruits que Bérenger Saunière, et on ne leur avait pas pour autant confié d’emblée un poste de nonce apostolique.

Saunière n’était pas non plus affecté à Rennes-le-Château en pénitence de quelque extravagante conduite, comme d’autres l’ont affirmé.

La seule mission dont Bérenger Saunière fut chargé était tout simplement d’ordre pastoral. Son évêque, en bon tacticien et en parfaite connaissance du terrain, avait choisi d’envoyer dans un village difficile un enfant du pays. La famille Saunière était honorablement connue dans tout le canton, Bérenger connaissait beaucoup de gens et parlait la langue du pays, ce qui lui permettrait de vivre au sein de la population « comme un poisson dans l’eau ». Je serais étonné que d’autres considérations aient présidé à sa nomination.

Certes, les histoires de trésors cachés dans les environs de Rennes-le-Château circulaient depuis longtemps et Bérenger, comme tout le monde, avait dû les entendre à la veillée. Celle du berger Paris, en particulier, circulait depuis le xviie siècle (Paris, un pauvre berger des environs de Rennes-le-Château, était remonté un jour au village les poches pleines de pièces d’or et devant son refus de révéler d’où elles provenaient, ses compatriotes frustrés le lapidèrent). Mais si telle avait été sa préoccupation, nous l’aurions vu se mettre en chasse dès les premières semaines de son installation. Or, comme nous le verrons, les recherches, que Saunière entreprendra bel et bien, ne débuteront que quelques années plus tard et dans des circonstances bien précises qu’il a été relativement facile de vérifier.

Les sujets qui cheminaient dans la tête de notre curé, alors qu’il abordait les derniers méandres du chemin, devaient être d’ordre beaucoup plus matériel. Il savait que le presbytère était en ruine et qu’il devrait loger chez l’habitant. Contact avait d’ailleurs été établi avec la famille Dénarnaud chez qui il louerait une chambre. La maison était proche de l’église et cela devait convenir pour une installation provisoire.

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L’actuel village n’a pas débordé des limites des anciennes fortifications. Il s’est endormi au cours des siècles et aurait sombré dans l’oubli sans un certain abbé Bérenger Saunière… Photo Paul Saussez.

Plein d’enthousiasme, d’une nature solide, Saunière avait déjà l’intention de tout remettre en place aussi vite que possible, dût-il retourner lui-même les manches de sa soutane. Quant à l’église dont il connaissait l’état de délabrement, il allait s’employer à lui redonner son lustre et dans un premier temps en réparer la toiture. La mairie ne pouvait refuser d’y participer et lui-même était prêt à y laisser les six cents francs d’économies qu’il transportait dans ses bagages.

Une des affirmations les plus perfides, qui a été reprise de nombreuses fois, veut que Saunière ait choisi la prêtrise pour échapper à sa condition misérable de petit paysan. Or Saunière, s’il n’était pas encore le millionnaire qu’il deviendra, paraissait loin de se trouver dans le besoin. Six cents francs d’économies constituent une somme importante (il s’agit de francs or). Sa famille était aisée. Son père avait été maire de Montazels, directeur de la minoterie et surtout régisseur des biens du marquis de Casemajou dont le château se dresse toujours au centre du village.

Il était l’aîné de sept enfants. Son frère Alfred choisit lui aussi la prêtrise et enseigna un temps chez les jésuites (bien que ne l’étant pas lui-même, mais ces derniers étaient à l’époque en mal de cadres, suite à quelques années d’exil de l’ordre en Espagne).

Ses deux plus jeunes frères poursuivirent des études universitaires, de médecine pour l’un et de droit pour l’autre. Ce simple fait balaye d’un revers de manche la légende d’un Saunière miséreux échappant à sa condition en endossant le froc. Effectivement, si ses parents disposaient des moyens de payer des études aux cadets, ils pouvaient d’autant plus le faire pour les autres. Si Saunière, l’aîné, a choisi la prêtrise, c’est qu’il avait tout bonnement la vocation.

Sans la connaissance de cet élément et du contexte politique et social de l’époque, il s’avère impossible d’approcher de façon rationnelle l’histoire du prêtre Bérenger Saunière.

Les débuts du sacerdoce

Nous ne disposons pas de beaucoup d’éléments permettant de retracer avec précision l’existence de Saunière au début de son sacerdoce à Rennes-le-Château.