Robert Davezies

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Ayant été compagnon d'un des réseaux dont fit partie Robert Davezies, prêtre comme lui, l'auteur, Jean Lajonchère, a décidé de le faire connaître du grand public, notamment à travers les correspondances qu'il entretint avec celui qui fut militant de l'indépendance de l'homme, de tous les hommes, au nom de sa foi, la foi en l'Evangile, et qui essaya aussi de faire la révolution dans l'Eglise.
Publié le : mercredi 1 octobre 2008
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EAN13 : 9782296209190
Nombre de pages : 156
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ROBERT DA VEZIES
Prêtre~apôtre de tous l£s hommes de la libération dans la société et l'Eglise

@L.HARMATTAN. 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com difl'usion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.h ISBN: 978-2-296-06633-5 E~:9782296066335

Jean Lajonchère

ROBERT DAVEZIES
Prêtre-apôtre de la libération

de tous les hommes dans la société et lEglise

L'HARMA TT AN

Du même auteur

Le "curé Rouge". Le "Père Histoire
VIe

Ed. l'Harmattan Ed. Arts, Fleurs d'Auvergne. d'Auvergne. et vie Ed. Arts, Fleurs de

Rémi".

des évêques des confiseries anciennes

Histoire
VIe

Ed. Arts, Fleurs de d'Auvergne.

Recettes

des confiseries de vie

Ed Arts, Fleurs Histoire

du "Collectif

pour une Eglise du peuple" au Portugal

La révolution

des Œillets

en coLLaboration «Echanges et Dialogues» ou «la mort du clerc». Ed. l'Harmattan «Actes complets d'Echanges et dialogue» en 3 volumes 1500 p. Ed. l'Harmattan, repris par Golias

Jean Lajonchère 27avenue de la Joselle - 63510 Malintrat 04 73 61 21 22 - email: jean.lajonchere@wanadoo.fr

Rohert

Davezies,

prêtre,

il est parti "heureux" comme il l'a dit lui-même à la veille de sa mort, même s'il appelait enfin avec force cette mort au milieu de ses souffrances. Né à Tarbes en 1923, il est décédé le 23 décembre 2007 à l'hôpital St-Louis à Paris.
Ses obsèques ont été célébrées par une cérémonie religieuse en l'église St-Jean Baptiste de la Salle selon sa volonté explicite, toujours à Paris, le 28 décembre, et son corps inhumé le lendemain dans ses Pyrénées natales. Selon sa volonté aucune publicité ne fut donnée à cet évènement, où seuls quelques amis intimes y avaient été invités. Toujours discret dans sa vie, il voulut le rester dans son départ, demandant à Nils Anderson, son «ami mécréant» de veiller à ce que ses volontés soient respectées,

ne voulant qu'aucune récupération ne soit faite de lui à cette occasion ni par l'Eglise romaine d'aujourd'hui, ni par une utilisation politico-médiatique de sa vie.

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Seuls étaient présents ses frères, sa famille, ses amis intimes des moments les plus intenses de la lutte pour la libération de l'homme: - ses compagnons de lutte pour la libération de l'Algérie: les algériens du FLN de la Fédération de France de l'époque, dont certains avaient partagé la prison avec lui à Fresnes; les rares français courageux du réseau de soutien à cette lutte de libération.

- ses amis prêtres des différents courants, des différentes périodes de sa lutte avec eux pour faire la révolution dans l'Eglise.
- Denise, une des fidèles de ces prêtres en quête de vérité, qui l'accompagna jusqu'au bout, comme elle en accompagna tant d'autres. - et, au moment de la mise en terre, l'évêque de Tarbes, invité afin de signitler que sa foi de prêtre était intacte, même s'il appelait encore cette Eglise à retrouver le chemin de l'Evangile, Eglise qu'il a en vain interpellée de nombreuses fois, avec d'autres, durant son existence. De ce jour, il me reste simplement en souvenir, ce visage impassible mais paisible avant que le cercueil ne se referme sur son corps déserté par la vie. Je crois que les seules paroles profondes l'ont été par Nils Anderson, l'éditeur de son livre, édité en Suisse le 27 mars 1961 : "Le temps de la Justice". Voici les paroles que Nils Anderson prononça avant mise en terre dans les Pyrénées le 28 décembre 2007. sa

Robert, Comme tllL~lJ dOllhaité, tll ed de retollr dan.! ce paYd qlli n~l ceddé d'être prédent en tOl: ce paYd oÙ Led I7wntagned

3

proched façonnent

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qui en avaœnt be.fOin,étaMifdant ain!i là oÙ iln Ji avait que dilence, de.!dialogued irremplaçaMe.!.
Le courage, en cOl~fomlité avec ton engagement était cho.1e naturelle. Au-delà de croyant,
dalL.!

de.! différence.!, tu a.! tendu la

main car, pour to~ iln Ji avait pa.! de liberté perdonnelle liberté de /(ZlLtre.

La ju.Jtice, rejetant le méprit, tu en ad jait ton ldéal parce que, je te cite: "1'étaMÙlement de la vœ, elle e.!t la conditwn de la JlMtice e.Jt la ClJfl{)itÙm néced.!aÙ'e de la pair.:. Tèlle edt

la vérité la plw pro};Jfl{)e de notre "œ'~ L'abné.qatÙm, fuyant ce monde de paillette.! qui nou.! entollre, ré..!elvé à l'égard ded honneur.l, attentif au.X:be.fOinl de chacun, tu 'LI .land cedJe donné de ta per,fOnne, dan! jamait

veiller à tOl:à ton bœn-être, à ta danté.
Selon ton vi!a.qe, malicœu.r.: Oll irrité, on percevait te.! den-

timent.l. Peu .len.!iMe au mot de "moderne" qui fleurit partout aujourd'hu~ tu lui pre/érai! le mot de "pro.qrè.!':car danJ mo{)erne il y a mode et ce qui eJt mode ne peut être que fugit~;; alord que dand progrèd, il y a projet, ce mot que tu 4

aflectionnai}.
Fraternité, courage, )lMtice et ahnégation, une Vlepleine-

ment accomplie, toute defidélité il ce en quoi tu croyaif, une l'le au terme de la quelle tu flOU,!aJ dit le,j pitt.! heau,,,: motJ il entendre :je par'! heureu,r:.

Rohert, il fWlMfaut continuer et d'autre,/, aprè'! nou'!, continueront, flOlM,!avonJ que ulegrdlon rechantera ,: 171erci il toi, cber vieu,xf;'ère, pour tant (}'amitié partagée. NA.

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De Robert Davezies, je ne dirai que quelques mots:

pétri d'Evangile,

il était prêtre



à Tarbes,

il était

français.

Il a essayé toute sa vie de dialoguer avec l'Eglise pour qu'elle retrouve ses valeurs de foi et d'amour et a essayé de faire retrouver à notre république les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. En vain, me semble-t-il. Encore qu'il a aidé des peuples à recouvrer leur indépendance et des milliers de prêtres à continuer de vivre dans la lutte et l'espérane.

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LA PROMULGATION DES CIEUX.
Prédication de Jean-Baptute. I~fe 1 1-8 - Le J 1-18.

DU ROYAUME

En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, qui prêche dans le désert de Judée en disant: "Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche". C'est bien lui qu'a désigné cet oracle du prophète Isaïe: Une voix: crœ dand le dé..fert : Préparez aplaniMez le ehel71Ùzdu SeziJlzew; ,led dentœr,j.
avait un manteau de poils de chameau et un pagne

Ce Jean

de peau autour des reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage. Alors s'en allaient vers lui Jérusalem, et toute la Judée, et toute la région du Jourdain, et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés. Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit: "Engeance de vipères, qui vous a suggéré de vous soustraire à la Colère prochaine? Produisez donc un fruit qui soit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-même: "Nous avons pour père Abraham". Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Pour moi, je vous baptise dans l'eau en vue du repentir; mais celui qui vient derrière moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne d'enlever ses chaussures; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le Feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire; il recueillera son blé dans le grenier; quant aux baies, il les consumera au feu qui ne s'éteint pas.

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Mais il était aussi français, République qui a pour devise: "liberté, égalité, fraternité".
C'est au nom de ces deux principes, ces deux idéaux qu'il s'est toujours battu. donnant tout son temps, ses forces, son amour, en paroles et en actes. Né en 1923 donc, à Tarbes, il y rentre au grand séminaire le 20 octobre 1945, où il restera six ans (moins deux trimestres passés au séminaire de la Mission de France à Lisieux). Entré moi-même au grand séminaire de Clermont-Ferrand à Chamalières, j'ai retrouvé en lui les mêmes motivations: devenir prêtre c'était servir Dieu, un Dieu créateur, Amour, qui ne demandait qu'une chose: aimer les autres, selon le commandement mille fois répété par l'apôtre Jean, qui rabâcha jusqu'à ses vieux jours: "Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l'Amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu car Dieu est Amour". 1er épître de St-Jean 47. Et plus loin, réinsistant: Si quelqu'un dit: "j'aime Dieu, et qu'il déteste son frère qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas". 1er épître de St-Jean 1/20. Ordonné prêtre, vicaire à Lannemezan, il demanda à être détaché dans une association de prêtres, appelée "la Mission de France", pensant qu'il pourrait mieux avec eux partager la vie des hommes. leur lutte pour la fraternité au sorti d'une longue guerre (celle de 1939-45). Hélas, la France, qui pourtant venait de se libérer d'un joug d'asservissement avait déjà oublié son idéal de libération, favorisant le capitalisme qui réexploitait massivement les ouvriers et ne rêvait que de nouvelles conquêtes, refusant la liberté à ceux qu'elle revendiquait pour siens, les Algériens entre autres.
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S'ensuivit "la lutte des classes" et la lutte de conquête d'indépendance de pays qui avaient tous combattu pour la France: en Indochine. en Afrique Noire, ou en Afrique du Nord. Un idéal de "communisme", au sens noble du terme, se répandait à travers le monde, même s'il fut hélas déformé, lui aussI. L'Eglise romaine, qui de son côté, ne rêvait que de retrouver un certain pouvoir, prit le parti des puissants contre les pauvres. des dominants contre les dominés. Elle en oublia son idéal de partage. de justice, pourtant proclamé fortement par l'Evangile. Led Béatituded. Mt 5 "Voyant les foules, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples vinrent auprès de lui. Et prenant la parole, il les enseignait en disant: "Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux". (Les pauvres ou humbles sont disponibles pour le Royaume). Heureux les doux. car ils recevront la terre en héritage. Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

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si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux: c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers".

Heureux êtes-vous

Entre les prêtres et chrétiens épris d'idéal et ceux avides d'honneur et de pouvoir, l'Eglise choisit ces derniers. Rome interdit les prêtres ouvriers, ceux qui partageaient le vie et donc les luttes des hommes pour un monde meilleur. C'est dans ce contexte que Robert Davezies arriva à Paris en octobre 1953. Il constata que Rome n'interdisait aux prêtres que le travail ouvrier, celui des masses exploitées, et non pas les autres emplois: enseignants, chercheurs, banquiers, voyagistes, bibliothécaires, etc, et que ce choix était politique: couper le prêtre des masses. . . Et qu'en plus toute activité syndicale. politique était également interdite aux prêtres, l'épiscopat, lui, faisant la politique avec le Pouvoir, et Rome se la réservant encore plus, se réclamant d'un état temporel, contrairement à l'Evangile, (Jésus ayant rejeté clairement le pouvoir temporel), et voulant imposer ses idées au monde entier, sans respect ni des autres religions, ni de ceux qui n'en avaient pas. Robert Davezies, faisant des études de chercheur au CNRS, n'était donc pas compris dans ceux qui étaient condamnés, mais ses camarades l'étaient, parce qu'ouvriers, parce qu'''engagés''. Il vécut intensément ce moment là, fortement analysé dans le livre files prêtres ouvriers" paru aux éditions de Minuit, fin 1954. sans auteur déclaré... et pour cause!

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Ses contacts, ou plutôt ceux de ses amis prêtres-ouvriers l'amenèrent à rencontrer les étrangers, les Algériens notamment, en proie au racisme, à l'exploitation, à la répression, et tout naturellement il apporta son soutien moral, d'accueil, de liaison, de relais financier, à ces hommes épris de justice et pourchassés tant en France qu'en Algérie. Pendant ce temps, le gouvernement français, "tous partis politiques confondus", décida d'ignorer ce qui se passait dans ce qu'on appelait encore les départements français d'Oran, d'Alger et de Constantine où un peuple était broyé sous l'injustice, chassé de ses terres, et exclu même de toute couverture sanitaire ou sociale. La France décida même d'envoyer là-bas le "contingent", c'est-à-dire tous les jeunes de l'époque pour y "maintenir l'ordre". Plus de 2 500 000 jeunes français, dont moi, sont ainsi partis, à l'aube de leurs vingt ans, pour 18, puis 24 et enfin 30 mois entre 1954 et 1962. La censure sévissait, et les rares journaux qui parlaient de ce qui s'y passait: arrestations, passages à tabac, viols, tortures, exécutions, furent très souvent "saisis", c'est- à-dire interdits. "Témoignage Chrétien" par exemple, qui essaya de relater ce qui s'y passait, mais aussi "Le Monde", "L'Express", "Le Nouvel Observateur". Quelques français, quelques "pieds-noirs", quelques militaires même, essayèrent de dire la vérité: en vain. Il était interdit de parler de guerre, et Robert Davezies, entre autres, fut arrêté pour son soutien à cette lutte de libération, même s'il était pour la concorde et ne toucha pas une arme. Il s'en expliqua au président du tribunal chargé de le juger
par contumace, car, averti de son arrestation imminente,

il

avait quitté

la France

en 1958.

Il

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