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Robert-Espagne, une tragédie oubliée

De
152 pages
Simone, une jeune Ardennaise née au début de la première guerre mondiale, épouse à l'âge de 17 ans un militaire de carrière qui sera tantôt gendarme, tantôt garde républicain mobile. Jeune mère de famille, elle n'a que 26 ans lorsque le deuxième conflit mondial éclate. Elle assiste en 1940 au démantèlement de la garde républicaine mobile par les troupes d'occupation. Quatre années plus tard, elle sera témoin de l'horreur lorsque les troupes de la Wehrmacht envahissent le village meusien de Robert-Espagne dans le seul but de massacrer la population... A travers le récit de Simone, un hommage est rendu à toutes les victimes de cette tragédie.
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une tragédie oubliée

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Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de diffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus

Nazly SADEGHI, Salut le Paradis. Une jeune Iranienne dans les labyrinthes de l'Occident, 2009. Gérard GATINEAU, 30 ans de bitume ou les tribulations d'unjlic du XXe siècle dans un univers hostile, 2009. Denis PAGOT, Souvenirs d'un marin de la V République, 2009. Jean-Louis DRAIN, Des champs de blé noir à l'action humanitaire internationale (1936-1986),2009. Jo ANGER-WELLER, Les Retrouvés. Récit, 2009. Jean-Claude TRABUC, Comme un jeune arbre qu'on déracine,2009. Fernand WEBER, Malbrough s'en va-t-en guerre, 2009. Hervé TRNKA, Algérie 1956. Des Chtis en Oranie, 2009. Lucien TAUPENOT, Un médecin d'hier se souvient. Hippocrate en Bourgogne, 2009. Farid MEBARKI, Etre maghrébin et policier. La police, de l'intérieur, 2009. Gilbert-Claude TOUSSAINT, Revenir pour revivre! Algérie 1957,2009. Pauline ABBADIE DOUCE, Graines de rencontres, 2009. Marie GUICHARD, Un cancer pour deux, 2008. Yves RANTY, Aurore MACHEMY, Le triomphe de la santé. Tout malade est un bien portant qui s'ignore, 2008. Jacques FRANCK, Le vieux communiste. Parcours du militant, 2008.

Marie-Gabrielle Copin-Barrier

Ra bert - Espagne, une tragédie oubliée
Une femme de gendarme raconte

Préface de Jean-Paul Charié

L'Harmattan

DU MÊME AUTEUR Marguerite ou la Vie d'une Rochambelle, L'Harmattan, Thomas de Fqy, un siècled'histoire apicole,Entreprise Fay-aux-Loges, Loiret, 2005. sur-Rimarde, Loiret, 2008. 2001. Thomas-Apiculture, de Nancray-

BaladeauJil du tempsà Nancrqy-sur-Rimarde, Commune

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-10185-2 EAN : 9782296101852

Préface

Le sens de l'amour parental. Le sens de la grandeur d'une nation. Le sens de la mémoire et de la reconnaissance. Voilà trois des sources permanentes de cet ouvrage pour les plus anciens comme pour les plus jeunes. Quand on aime un enfant, on doit avoir le courage parfois de lui dire non. En miroir, quand Marie-Gabrielle COPIN-BARRIER retrace avec tant de si beaux détails la vie de ses grand-tantes, elle nous le rappelle à tous: si nous sommes en vie, c'est grâce à nos parents. Ils ont fait au mieux et nous leur devons d'abord de l'amour, du respect, presque du... recueillement. Aimer ses parents, aimer sa famille... ! Quand on a la chance de vivre dans l'un des plus beaux pays du monde, la France, on doit avoir souvent le courage de faire passer ses intérêts personnels après ceux de l'intérêt général. Ainsi était la vie des gendarmes sous l'occupation, la vie du sens de l'Etat: quand il faut basculer entre terroristes contre l'envahisseur ou terroristes contre les Forces françaises de l'Intérieur. Enfants de France, vous n'avez jamais connu la guerre. Vous n'avez pas vu vos parents, vos voisins, vos amis, fusillés par d'autres hommes aux ordres d'autres ambitions. Pourtant la guerre n'est jamais qu'un souvenir. Souvenez-vous en car vous êtes libres! Souvenez-vous en : jamais notre France ne restera en paix si ne rayonne pas plus et partout le sens de l'Etat, du service public, de la France. Quand on est libre, quand la démocratie et le partage des richesses restent - même avec leurs légitimes critiques -

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une réalité quotidienne, quand l'Ecole, les hôpitaux, la Justice, la culture francophone fonctionnent plutôt bien en France la preuve, ils sont enviés dans le monde entier - ayons tous le courage de ne jamais oublier. Ayant souvent l'humilité de savoir remercier, Moi-même, fils de chef de réseau de Résistance, Moi-même né en 1952 et ayant tant entendu parler de la guerre, de la Résistance, des violences et des joies de la France libre, j'ajoute ces deux propos: J'aime mon pays, parce que j'ai eu la chance d'écouter son histoire, ses combats, ses échecs et ses victoires. J'aime ce livre, car d'une petite main féminine il est écrit comme une autre et nouvelle promenade au cœur de nos fiertés, « les Français de France ». Cela ne nous empêche ni d'accueillir, ni de nous enrichir des différences, au contraire!

Jean-Paul CHARIÉ, Député du Loiret.

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Avant-propos

Simone est ma grand-tante maternelle. Petite femme au tempérament joyeux et au regard pétillant, elle a fêté ses 94 ans le 28 octobre 2008. Comme toutes les personnes ayant traversé le XXe siècle, elle est porteuse de témoignages qu'il est important de recueillir, de conserver et de publier pour contribuer au travail de mémoire. Mariée très jeune à un militaire de carrière qui fut tantôt gendarme, tantôt garde républicain mobile, Simone a passé la majeure partie de sa vie en caserne où elle a vécu au rythme des mutations de son époux. Aujourd'hui, elle côtoie régulièrement les gendarmes d'Attigny, dans les Ardennes, qui viennent très souvent lui rendre visite et à qui elle confie de nombreuses anecdotes. Toutes ne sont pas contées dans ce livre. Il n'est pas question en effet d'y relater l'intégralité de la vie de Simone, mais plutôt de faire des arrêts sur image et de pointer le projecteur sur des épisodes précis ayant marqué sa destinée, notamment au cours de la seconde guerre mondiale. Evoquer sa condition de femme de gendarme dans ce contexte si troublé met plus particulièrement en lumière les évènements tragiques qui se sont déroulés pendant cette période et dont elle a été le témoin. Témoin de l'horreur lorsque, le 29 août 1944, les troupes de la Wehrmacht ont envahi la paisible vallée de la Saulx dans la ferme intention de massacrer la population de quatre villages meusiens, dont Robert-Espagne où vivaient Simone et sa famille. La tragédie de Robert-Espagne, comme celle de nombreuses bourgades soumises aux exactions des Allemands, n'est pas connue du grand public. Avant d'écouter Simone me raconter l'horreur de cette journée, j'en ignorais tout. Le nom même de Robert-Espagne m'était inconnu et je

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me demandais dans quel pays pouvait bien se situer cette commune à la consonance bien particulière. Si Oradour-sur-Glane a marqué la mémoire collective, de nombreux villages martyrs, dont Robert-Espagne, sont tombés dans l'oubli. Seules les commémorations annuelles dans les localités concernées perpétuent la mémoire des faits et rendent hommage aux victimes. Et seul un évènement d'importance peut les extraire de l'anonymat. L'exemple typique en est Maillé dans l'Indre-et-Loire, sorti de l'ombre le 25 août 2008 grâce à la présence médiatisée de monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République française. En publiant l'histoire de Simone et en portant la tragédie de RobertEspagne à la connaissance d'un large public, j'entends mener humblement mon combat contre l'oubli. Malgré les malheurs qui l'ont frappée tout au long de sa vie, Simone n'a jamais rien laissé paraître de son chagrin. Toujours digne malgré les épreuves, elle a traversé l'existence et ses zones de turbulences sans jamais se plaindre. Toujours souriante, aimant à plaisanter, elle respire la joie de vivre et fait l'admiration de sa famille et de ses amis. Sa vie est un exemple. Comme je l'ai fait pour Marguerite\ j'évoque en détaille contexte historique dans lequel s'est déroulée la vie de Simone, que j'ai choisi de raconter à la première personne du singulier pour une meilleure proximité entre mon héroïne et mes lecteurs.

Marie-Gabrielle COPIN -BARRIER

Marie-Gabrielle Copin-Barrier, L'Harmattan, 2001.

I

Marguerite ou la vie d'une Rochambelle,

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De l'insouciance à l'angoisse

de ma jeunesse de la guerre

Le plus beau jour de ma vie

e me suis mariée par une belle journée de juin 1932 à Vaux-Champagne, une minuscule commune perdue aux fins fonds de la campagne ardennaise où j'ai passé toute mon enfance. En ce jour de noces, le village avait pris des airs de fête. Les convives impatients étaient dans leurs plus beaux atours. Sous le soleil déjà chaud de la fin du printemps, les papillons virevoltaient dans l'air doux, gratifiant les regards émerveillés d'un somptueux ballet de couleurs vives. Les fleurs exhalaient leur subtil parfum, ouvrant leur corolle en offrande aux abeilles butineuses pour les mener jusqu'à l'autel de leur précieux nectar. Le chant des oiseaux, concerto naturel d'où jaillissaient mille petites notes joyeuses, invitait au bonheur. Une fébrilité bien légitime régnait dans la maison familiale et mon cœur battait la chamade. J'avais rencontré Maurice, mon futur époux, trente mois auparavant lors du mariage de son frère Georges avec ma sœur aînée, Marcelle. A cette époque-là, je ne vivais plus à Vaux-Champagne. J'habitais depuis l'âge de quatorze ans à Rouen chez des amis de mes parents, monsieur et madame R. Les deux familles avaient fait connaissance au cours de la première guerre mondiale, à Pocancy, lors de l'évacuation des populations ardennaises vers les villages de la Marne. Etant née au cours de cet exode, le 28 octobre 1914, je connaissais ces gens-là depuis ma plus tendre enfance. L'amitié qui les liait à mes parents était née au cœur d'un tumulte et avait perduré une fois la paix rétablie. Leurs rencontres néanmoins étaient rares, et il pouvait s'écouler parfois plusieurs années avant que de joyeuses retrouvailles ne viennent consolider une indéfectible relation. Lorsque j'entrai dans l'adolescence, le couple R souhaita me prendre à son service pour aider aux travaux mé-

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nagers, de cuisine et de couture. Mes parents ne s'opposèrent pas à mon départ et je partis m'installer en Normandie sans la moindre idée de la durée de mon séjour. Le souvenir qu'il m'en reste est d'ailleurs assez plaisant. Deux ans plus tard, le 4 janvier 1930, j'étais de retour dans les Ardennes pour assister au mariage de ma sœur. Le marié avait deux frères, dont Maurice. Tous deux étaient engagés dans la garde républicaine mobile, aujourd'hui dénommée gendarmerie mobile. Avant de poursuivre mon récit, je souhaite retracer brièvement l'histoire de cette force d'intervention. Une telle démarche me semble intéressante, surtout pour les jeunes générations qui liront ce livre. Autrefois, lorsque des forces spéciales devaient être mises en œuvre pour maintenir ou rétablir l'ordre public, deux possibilités s'offraient aux autorités selon l'ampleur et la gravité de la situation: pour maîtriser les rassemblements de grande envergure, c'est toujours la troupe qui intervenait. Mais face à une foule peu nombreuse, des pelotons constitués de gendarmes réquisitionnés dans les brigades étaient envoyés sur les lieux des manifestations. Le service courant s'en trouvait bien sûr complètement désorganisé. C'est pourquoi en 1830, Louis-Philippe créa trois bataillons de gendarmerie mobile casernés à Saumur, Rennes et Nantes. Ces bataillons furent pourtant dissous en 1833. En mars 1848, vingt-quatre bataillons de garde nationale mobile ont été recrutés par le gouvernement provisoire pour maintenir l'ordre à Paris, notamment au cours de l'insurrection de juin 1849. Ils ont été dissous au cours de la même année. Adolphe Thiers, premier président de la nI" république, institua le 25 août 1871 une légion de gendarmerie mobile pour assurer la sécurité de Paris. Elle disparut elle aussi en 1885 faute de crédits. Jusqu'en 1920, ce sont donc les gendarmes qui intervenaient pour maintenir l'ordre lors des mouvements sociaux. Ils subissaient régulièrement des atta-

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ques de la part des insurgés et ont souvent accusé de nombreuses pertes en hommes. Le 18 mai 1920, un projet de création d'une force mobile composée de quatre-vingt-sept pelotons de quarante hommes (cinquante-deux montés et trente-cinq à pied) a vu le jour. Cette force chargée de la sécurité du territoire a pris le nom de gendarmerie mobile par la loi du 22 juillet 1921. Le décret d'application du 10 septembre 1926 l'a nommée garde républicaine mobile (GRM), appellation qu'elle a conservée jusqu'en 1954. Le 4 janvier 1930, Maurice et Georges portaient leur uniforme. A l'époque les gendarmes, les gardes mobiles et d'une façon générale tous les militaires se mariaient en tenue. C'était une obligation. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Cet uniforme a-t-il eu un impact sur mon émotivité d'adolescente? Aujourd'hui encore je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, Maurice et moi sommes tombés instantanément et réciproquement amoureux. Après cette rencontre, je n'étais absolument plus motivée pour repartir à Rouen et j'ai décidé de rester chez mes parents. Maurice, qui exerçait sa profession dans le Pas de Calais, s'en est allé rejoindre sa caserne. Les moyens de communication de l'époque étaient lents et peu diversifiés, et nous ne pouvions nous rencontrer qu'en de rares occasions. Pour rester en contact, nous nous écrivions. Cette relation épistolaire fut le terreau de notre amour et dura de longs mois. Je n'étais qu'une toute jeune fille, mais Maurice, de presque dix ans mon aîné, se lassa de cette situation. Il ne voulait plus se contenter d'un simple échange de missives et d'exceptionnelles entrevues. Il souhaitait vivre avec moi. En ce début de :xxe siècle, et pour un militaire de surcroît, la seule et unique façon d'officialiser une relation amoureuse était de prendre un engagement pour la vie. Alors, un beau jour, Maurice est revenu du Pas de Calais pour se rendre chez mes parents et me demander en mariage.

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