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Rougecoquine

De
60 pages

Suite à un accident, l'existence personnelle et professionnelle de Mlle Chamallow est bouleversée. Elle décide alors de livrer l'aventure complexe de sa vie au plus grand nombre.
Rougecoquine est le deuxième volet de la trilogie de ses aventures.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-07387-0

 

© Edilivre, 2017

Prélude

Rougecoquine est la deuxième partie d’un triptyque ouvert par Rosecoquine. Il sera clos par vertecoquine. Ces trois opus retracent les aventures de la vie de Mlle Chamallow, bouleversée suite à un accident. Cette préface a atteint le but visé. Entrons dans le vif du sujet : la vie de mademoiselle Chamallow.

Rougecoquine

 

Dans le train Paris-Marseille, samedi 21 novembre, 2015.

Me voici en première classe en « ID Zen ». Ce sont ces nouveaux billets électroniques. Les prix ne signifient plus rien : « ID Zen » s’oppose en théorie à « ID Zap » et est censé être destiné aux voyageurs qui veulent le calme. Il s’avère cependant que les bavardages vont bon train, ce qui m’exaspère car je suis fatiguée. Une femme parle au téléphone et, si elle continue, je lui demanderai gentiment d’aller dans le couloir.

La boucherie parisienne du maintenant plus que tristement célèbre Bataclan, qui signe peut-être le début d’une troisième guerre mondiale, m’a meurtrie, comme une nouvelle cassure. Pourquoi tant de haine et de violence ? Pourquoi en vient-on à tuer arbitrairement ? Mourir pour des idées, l’idée est excellente, comme dit Brassens, mais je persiste à ne pas vouloir mourir. Je veux vivre dans un Paris libre. Je suis contente de quitter un peu Paris pour la cité phocéenne, voir Max la Menace, il va peut-être faire un bon petit plat, lui qui cuisine si bien.

Paris, mercredi 9 décembre 2015

En attendant mon élève d’anglais du mercredi soir, j’ai commencé à remplir les dossiers pour postuler aux finances publiques françaises – seule administration publique qui, à ma connaissance, recrute des personnes en situation de handicap à des postes de catégories A et B. Je veux donc postuler, essayer d’y entrer même si ma fatigue me fait craindre une éventuelle inaptitude. Je ferai tout mon possible si, par extraordinaire, ma candidature devait être retenue ! Je n’ai plus confiance en moi.

Jeudi 17 décembre 2015

Il est sept heure trente du matin et j’ai rendez-vous à 10h00 avec la Pr Oignon à la Salpêtrière. Je ne l’aime plus, son service de réadaptation m’a remis debout mais elle a critiqué le fait que je ne veuille plus d’attelle ni de canne. Elle me déprime tellement elle est négative, elle a dit qu’elle ne confierait pas ses enfants à une professeur cérébro-lésé, comme moi, alors que j’occupais ou je venais de démissionner de mon poste d’enseignante certifiée d’anglais il y a trois ans, j’avais pris mon travail trop tôt après l’accident et j’ai dû arrêter à cause de la fatigue mais, n’en déplaise à cette dame, j’ai toujours encouragé mes élèves et quand d’anciens élèves me croisent dans la rue, ils ne m’évitent pas ; ils me disent ce qu’ils deviennent et sont plus ouverts qu’elle. Elle ne comprend même pas pourquoi le latin est important pour moi. J’ai l’impression qu’elle me prend pour une incapable et une idiote. A terme, si je continue à la voir, ce sera uniquement parce qu’elle remplit vite les dossiers MDPH. Bon je vais me doucher, c’est crevant mais il le faut !

Paris, jeudi 24 décembre 2015.

Une voiture va venir me chercher pour célébrer Noël dans la belle famille de ma sœur. Je mets une robe de cocktail et de ce fait je me sens plus audacieuse que jamais, je suis excitée comme une puce, heureuse de faire la fête et d’oublier le décès de Patrick et le Noël que nous avions partagé l’année dernière, tous les deux à savourer des huîtres. Il mettait un point d’honneur à les ouvrir lui-même. Quel homme !

Samedi 26 décembre 2015

« Madame,

Je viens de m’apercevoir que j’ai manqué la séance de balnéothérapie du 23 décembre dernier et vous prie de m’en excuser.

En dédommagement, je vous envoie un chèque de vingt euros : je ne veux pas être un poids pour la sécurité sociale.

Je tiens à vous expliquer que mes difficultés de gestion de mon emploi du temps sont liées à mon handicap. Il s’agit du handicap invisible et cognitif de manque de flexibilité cérébrale et donc de mon incapacité à bien gérer les changements, notamment ceux, constants, des jours et horaires des séances de balnéothérapie. C’est pourquoi je vous demande de reprendre les séances en janvier 2016 tous les jeudis à 16h30 si possible. En seriez-vous d’accord ?

Je ne suis malheureusement pas capable – et ce, bien indépendamment de ma volonté – de gérer des changements d’emploi du temps, qui m’obligeraient à arrêter la rééducation en piscine avec vous, en dépit de son bénéfice rééducatif certain.

Je vous remercie de bien vouloir me tenir au courant de votre décision et vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année.

Chamallow. »

C’est trop dur de tout gérer, j’espère qu’elle comprendra et acceptera.

C’est épuisant : certaines difficultés se reproduisent, comme la gestion de mon emploi du temps malgré mes progrès. Je me sens en échec ; elle ne m’a même pas appelée pour me signaler que je n’étais pas venue. Si elle ne veut plus de moi comme patiente, qu’elle ait le courage de me le dire. Je me sens inadaptée à cette société où tout va trop vite.

J’ai mangé trop de chocolats hier et je souffre d’une méchante et tenace migraine qui ne part pas !

Paris, mercredi 30 décembre 2015

Je n’arrive pas encore à le croire, un message hier sur mon téléphone portable : la kinésithérapeute de la balnéothérapie accepte de me faire travailler avec un horaire fixe tout le mois de janvier prochain, elle a même décalé certains patients pour ce faire. Je suis aux anges, je vais pouvoir travailler sereinement avec elle ! Il est maintenant excessivement important pour moi de bien honorer ces rendez-vous, j’espère que j’y arriverai. La vie est un océan mouvant d’incertitudes. Je n’arrive même pas à croire que je marche à nouveau et sans canne. J’ai une journée marathon aujourd’hui puisque je dois assurer trois cours particuliers d’anglais. Heureusement que mes élèves me donnent la pêche. C’est merveilleux d’avoir des élèves fidèles qui continuent à prendre des cours avec moi en dépit de mon caractère fantaisiste. Je devrais pour ma part étudier plus sérieusement l’espagnol puisque je m’étais offert une inscription à des cours virtuels de langue pour une période d’un an. Je le fais de suite, en attendant mon premier élève de ce jour.

Paris, samedi 2 janvier 2016.

« Alors que tant de gens meurent, pourquoi faut-il que je vive ? »

Ma tête part dans tous les sens. J’ai fait les courses pour le déjeuner demain où j’invite inter alia un réfugié politique, ami de la paroisse qui a dû quitter son pays, sa femme et ses enfants. Il a tellement été traumatisé par la violence dans son pays. Il a peur de sortir.

Paris, lundi 4 janvier 2016.

Etrange phénomène que de se trouver ce matin d’une affreuse laideur, à avoir envie de se cacher. Ai-je râté ma vie car je n’ai pas fondé de famille ? Toi qui m’a quittée après l’accident de ma vie, je t’avais expliqué, à l’hôpital que je pouvais encore avoir un enfant et que j’en voulais un de toi. Remarque j’aurais fait une piètre mère. Seul Patrick avait la bonté de penser que j’aurais été une mère formidable. Inutile plainte, de toutes les façons, j’aurais eu toutes les peines du monde à m’en occuper, il est déjà si complexe de me prendre en charge. D’ailleurs, j’ai encore oublié ma carte bancaire dans la boutique d’alimentation de mon quartier, j’aurais peut-être oublié mon enfant quelque part. Un être aussi innocent ne mérite pas cela.

Je dois partir à Cœur de cinq, l’association qui accueille les personnes en situation de grande précarité, pour rompre l’isolement, nous formons une grande famille, je me sens bien avec eux, il n’existe aucun faux semblant. Je les aime tous, ils sont le signe de la faillite de la société, ils sont plus humains que beaucoup de personnes considérées comme étant « dans le moule. » Etre inséré dans une société malade n’est pas un signe de bonne santé : haine, violence, consumérisme, formatage télévisé, je préfère la vraie vie, les personnes. Je plaide pour la joie, l’amour et la paix dans le monde.

Paris, jeudi 08 janvier 2016.

Mes poils se hérissent à l’idée de devoir voir ce matin l’éducatrice spécialisée qui, contrairement à son prédécesseur, ne me sert à rien, si ce...