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Scènes de voyage à Amsterdam

De
97 pages
Les oeuvres nous prennent et nous emmènent sur de nouveaux chemins. Comment ne pas se laisser faire, se laisser conduire, tendre la main à cet univers. Van Gogh, Rembrandt, Vermeer et bien d'autres encore figurent parmi les personnages d'une histoire qui se déroule dans les rues d'Amsterdam, le long des quais, au cours d'un voyage.
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Scènes de voyage à Amsterdam

Du 111ê111eauteur

COlnmerce et développement: Editions l'Harmattan, 1990

le cas des céréales,

Chronique d'un citoyen ordinaire, Editions l'Harmattan, 2000

Le développement en projets: conceptionréalisation-études de cas Editions l'Harmattan, 2002 puis nouvelle édition en 2005 Relations internationales: penser autrement Editions l'Harmattan, 2003

Questions d'Europe Editions l'Harmattan,

2004

Stéphane MADAULE

Scènes de voyage à Amsterdam

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2006 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

L'HARMATTAN,

ITALlA

s.r.l.

Via Degl i Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Konyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC http://www.librairieharmattan.com harmattanl @wanadoo.fr ISBN: 2-296-00294-3

EAN : 9782296002944

Le premier jour

Un très large et très long com"dor fait suite à l'entrée principale. Le lieu immense fait rif/ice de chœur, de sanctuaire dédié aux pièces mqjeures. Le prestige naturel que lui donne sa dimension exceptionnelle est encore rehaussé par la présence de l'œuvre la plus réputée du musée, (( La ronde de nuit )), le tableau mythique de Rembrandt qui date de 1642. La garde cÙ)zle fait sa ronde de nuit dans les rues d'Amsterdam, certes année de filsils, mais en bel uniforme. Les personnages ne se situent pas tous sur le même plan ni à la même hauteur, à la dijférence de beaucoup de représentations de ce tYpe, particulièrelnent prisées à cette époque. Ici, Rembrandt casse cet alignement monotone qui détruit les 1Jisages.Les têtes des personnages habitent l'ensemble du volume de la toile, au premier plan, au second plan, en haut, plus bas et sont éclairées de lnanières dijférentes. En son centre, la netteté du trait se polarise sur deux personnages: le capitaine de la troupe en habit noir et surtout son
lieutenant en habit blanc~J14ste à ses côtés.

La

lUlnière paraît

descendre de nulle part

et laisse dans la

Pénombre d'autres parties du tableau. Cette lumière est prqjetée sur l'habit blanc cassé du lieutenant qui est resplendissant de beauté, resplendissant de finesse par l'application prise à peindre dans le détail ses petites broderies, ses petits liserés bien alignés. Ce personnage qui n'est pourtant pas le chef de la troupe a été choisi par le peintre pour concentrer l'attention. Il se détache du groupe. Par cOlnparaison, le capitaine à ses côtés qui comme tous les grands bourgeois de cette époque souhaite sejàire représenter en chapeau a1JeC belles Inoustaches, est habillé d'un costume sOlnbre, comme le reste de

de la troupe. Il n'a pas le droit à la lUlnière qui semble mystérieusement réserlJéeà son plus proche a4joint. Au second plan, derrière quelques autres bourgeois bien sombres, il y a bien cette petite figurine de femme qui capte l'étincelle, une étincelle lUlnineuse comlne échapPée de nulle part. Que fait-elle au Juste tard le soir dans les rues d'Alnsterdam, au sein de cette assemblée masculine? Quel peut être son rôle, sa destinée? Cette lJaleureuse équipée n 'aspire-t-elle pas alJant tout à nous jàire ressentir sa force, son pouvoir? Et pourtant, elle est là, toute frêle. Elle accompagne la troupe. Les personnages sont en habit de céréJnonie. En dentelles, mais prêts à faire le coup defusiL Nous somJnes au XT/IIème siècle et la lJille est aux mains de riches bourgeois qui souhaitent iJnlnortaliser leur réussite en prenant la pose delJant le pinceau recherché de ReJnbrandt, COJnlneles nobles le faisaient à cette même époque dans toute l'Europe. On exhibe son rang par la magnificence de l'habit. A l'époque, Alnsterdam est au centre du commerce mondial. La cOJnpagnie des Indes rqyonne à tralJerS toutes les mers. Cette lJille constitue peut-être la dernière Cité-Etat, après Venise, à poulJoir dominer de sa puissance, de sa richesse et de son luxe l'Europe toute entière. Et ce ne sont pas des rois ou des reines qui sont à la tête de cette inlJincible armada, mais de riches bourgeois lJenUSde Jnultiples pqys et qui se sont fixés ici, presque sur l'eau. Le nouveau Jnonde est dfjà en Jnarche. Non celui des gentilsholnJnes de la Cour mais celui des comJnerçants industrieux, futurs JnaZlres du Jnonde. Le tableau exprllne tout cela. Il élJoque ce que l'on pourrait appeler les prélnisses du capitalisJne qui grâce à l'accuJnulation distingue quelques heureux élus. Plutôt que de Jnettre en place de noulJelles conlJentions, ils n'ont de cesse de se Jnettre à singer les aristocrates. Le bourgeois se l)eut à la place du prince. Une noulJelle race de seigneurs règne sur la l)ille J'J2aisconserl)e .ryfJlboliquement les mêmes habits. Le clair-obscur suggère néanJnoins la jragilité de cette ascension. COJnme dans toute J'Jliseen scène, on passe très lJite de l'ombre à la IUJnière. Il n a pas vraiJnent de situation acquise. Cet éclairage puissant et sélectif' ne s'attarde que sur quelques-uns. Ce ne sont pas obligatoireJnent les plus gradés, les plus .fOrts, les chefs qui ont ce !ype d'honneur. Le peintre choisit

y

lui-même de couronner quelques élus qui ne sont pas obligatoirement ceux qui trioJnphent le plus dans la lJie.

8

En regardant encore et tOtt/oursce Inagnijique tableau aux larges proportions, JOene peux ln 'elnPêcherde penser à la célèbre toile de Gqya, (( Le Tres de Mqyo )). Le Jeune fusillé espagnol inondé de clarté estface au peloton d'exécution j;"anfais des troupes d'occupation de l'Empereur Napoléon. Une bande année déambule dans les rues de la ville. Une lumière puissante lJient s'abattre sur le condamné qui delJient le héros malgré lui.
Cette assotiation entre les deux œuvres est peut-être tout à fait incongrue. Est-ce pure coïncidence? Gqya a-t-il été injluencé par la peinture

hollandaise, une peinture qui s'est épanouie dans des lieux qui sont demeurés très longtemps en prise alJeCl'influence espagnole? Dans mon esprit, ces deux peintres semblent tout à coup parler d'une même lJoix,
elnprunter le Inêlne chelnin. D'un côté, une exécution et un condalnné qui capte l'attention,. de l'autre, un lieutenant qui selnble attirer tous les regards. Ils sont tout deux héros: l'un Inalheureux, l'autre au faîte de sa gloire. Ces deux tableaux racontent une hiJloire, une action, un mOU1Jementet la rapidité du passage de l'ombre à la lumière. S'agit-il pour cette ronde de nuit d'un engouement passager qui correspond à l'air du telnps ou d'une attirance plus durable? Les enthousiaJ/nes soudains ne Jont paifozj que des miroirJ facileJ de nOJ interrogations contemporaines et quelque peu égocentriques. CertaineJ
OeU1JreSJont placéeJ sur le delJant de la scène car elles nous parlent de nous-

mêmes. C'est égalelnent le cas pour ce Rembrandt Inais pas uniquement. Cet attrait selnble se pelPétuer et dépasser les modes. On peut parler de chef d 'œU1Jre.

Mais avant de s'exalter, de s'échapper au contact des oeuvres, il a fallu se frotter à la froidure d'un lnatin d'hiver à Paris. Le réveil n'a pas encore sonné. Je tourne et me retourne dans le lit depuis longtelnps déjà. A côté de moi, Sylvie dort encore d'un sOlTI1neil profond. Nous partons tous les deux pour Alnsterdam. Bien entendu, ce 11' st pas la lneilleure manière e de faire des rencontres. Dans ces cas-là, le couple se suffit le plus souvent à 9