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Simonne Ragouilliaux Sauvy

De
193 pages
Au lendemain de la mort de Simonne Ragouilliaux Sauvy, le présent ouvrage s'efforce de tracer les grands traits de sa vie, dont Jean Sauvy, son époux, a partagé les soixante dernières années. Cette vie a été exemplaire, par sa rigueur d'ensemble, par la générosité dont elle a fait preuve, par l'intérêt qu'elle a porté aux diverses cultures du monde et à son avenir, par les difficultés qu'elle a du surmonter et par l'arrivée de la maladie d'Alzheimer.
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SIMONNE RAGOUILLIAUX SAUVY (1922-2009)
Une Parisienne du XXe siècle en quête d’un monde meilleur

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12723-4 EAN : 9782296127234

Jean Sauvy

SIMONNE RAGOUILLIAUX SAUVY (1922-2009)
Une Parisienne du XXe siècle en quête d’un monde meilleur

L’HARMATTAN

Ouvrages du même auteur
* Katanga, 50 ans décisifs, Collection Connaissance du monde, 1961 * L'Enfant à la découverte de l'espace, en collaboration avec Simonne Sauvy (pédagogue, épouse de J. Sauvy); Casterman, Collection E3, traduit en anglais et en italien; Tournai, 1972 * L'enfant et les géométries, en collaboration avec Simonne Sauvy, Casterman, Collection E3, 1974 * Mots en rond, en collaboration avec Simonne Sauvy. (n°6 de la Collection "Les Distracts"), Cedic 1979, * L'Industrie Automobile ("Que sais-je?" n°714, Presses Universitaires), trois éditions, 22ème mille * L'automobile (Collection "Repères") Nathan, 1995 * Les Automobiles Ariès, une marque, un homme, une époque, Presses des Ponts et Chaussées, 1996 * Charles, Baron Petiet. Un grand industriel, homme de pensée et d'action (en collaboration avec Hervé Dufresne). Kronos Éditions S.P.M. Paris 1998 * Enfance et adolescence d'un petit Provençal entre les deux guerres. L'Harmattan, Paris 2003 * Un jeune ingénieur dans la tourmente. 1938-1945. L'Harmattan, Paris 2003 * La descente du Niger en pirogues. L'Harmattan, Paris 2004 *Comment rendre plus attrayant l'enseignement traditionnel. L'Harmattan, Paris 2004 * Mon parcours dans le siècle. 1947-2001. L'Harmattan, Paris 2006 * Un médecin de campagne peu ordinaire. Mon père, le Docteur Jules Sauvy (1879-1957). L'Harmattan, Paris 2004 * Jean Rouch, tel que je l’ai connu. L'Harmattan, Paris 2006 * La maladie d’Alzheimer vécue à deux. L'Harmattan, Paris 2006 * Ô ! Temps, suspends ton vol (en Collaboration avec Alain Schvartz). L'Harmattan, Paris 2007 * Conte de la lune bleue. L'Harmattan, Paris 2009 * Sur les traces du Décaméron de Boccace.. L'Harmattan, Paris 2010. * Sept livres pour la Jeunesse, Casterman, Hachette, L'Harmattan (dont trois en collaboration avec Olivier Sauvy, fils de J. Sauvy). Traduction de certains d'entre eux en portugais et en italien

Pourquoi cet ouvrage ?
Mon épouse, Simonne SAUVY, née RAGOUILLIAUX, est décédée, dans la Maison de retraite médicalisée Claire Demeure de Versailles, à 87 ans, le vendredi 13 novembre 2009, à la suite d’une défaillance cardiaque qui a mis un terme, sans douleur, à la longue maladie d’Alzheimer dont elle souffrait depuis plus de dix ans. Simonne, (dont le prénom s’orthographie avec deux « n » , en raison d’une fantaisie du rédacteur de son acte de naissance), a été enterrée, sans cérémonie, le 19 novembre 2009, au Cimetière de Triviaux à Meudon, ville où je réside, moimême également en maison de retraite. Son fils, Olivier, âgé de 55 ans, et moi-même, étions auprès d’elle, très peu de temps avant sa mort . Les jours suivants, alors que j’étais encore ébranlé par les épreuves que je venais de vivre et profondément ému par les marques de sympathie que la défunte et moi-même avions reçues de toute part, je décide d’entreprendre, avec l’aide d’Olivier, la rédaction d’un document qui s’efforcerait d’évoquer la vie, exemplaire à beaucoup d’égards, de cette femme « à nulle autre pareille », dont la mémoire mérite, nous semblait-il, d’être conservée. Nous disposons pour cela, en plus de nos souvenirs respectifs, souvent notés au jour le jour en ce qui me concerne, d’un témoignage écrit autobiographique de Blanche Ragouilliaux, mère de Simonne, ainsi que des lettres que la défunte m’écrivait lors de nos déplacements professionnels respectifs nous éloignant l’un de l’autre. Ce sont de précieux documents que j’ai fort heureusement conservés. Jean SAUVY 7

Jalons significatifs sur le parcours de vie de Simonne Sauvy

Première partie De 1922 à 1989

Une jeune fille issue d’un milieu social modeste et profondément imprégnée par celui-ci Je commence par le témoignage de la maman de Simonne, car il évoque de façon saisissante et parfois émouvante, le milieu social qui fut celui des parents de Simonne et le climat familial que fut le sien, au cours de ses jeunes années. Document autobiographique, rédigé en 1981 par Blanche Ragouilliaux, maman de Simonne, alors qu’elle était veuve et résidait à Tréloup « Je viens d'entrer dans ma quatre-vingt troisième année, ce qui représente une vie bien longue ». Née d'une famille pauvre, habitant Paris. Mes parents ne s'entendaient pas et, durant toute mon enfance, j'ai assisté à des scènes de ménage qui empoisonnaient l'atmosphère. Cette situation, essentiellement provoquée par le manque d'argent, a attristé mon enfance. Ma mère était souvent malade et son caractère s'en ressentait, ce qui n'arrangeait rien. J'avais une sœur (Emma), plus âgée que moi, que ma mère n’aimait pas, et cela l'a marquée pour sa vie entière. De sorte que j'ai vécu mon enfance seule et traumatisée par un milieu familial malsain. Nous habitions dans une maison vétuste à Belleville où il n'y avait aucun confort, où les loyers n'étaient pas chers, et, malgré cela, nous n'arrivions pas toujours à payer le nôtre 11

en temps voulu. Notre logement était mansardé et éclairé par une "tabatière" qui me permettait, en montant sur une chaise, de voir les allées et venues nombreuses sur ce boulevard. Il y avait des omnibus à chevaux et à impériale, des fiacres et quelques autos pétaradantes. C'était ma distraction en rentrant de l'école toute proche. Puis mon père ayant trouvé un travail un peu plus haut dans le quartier, nous avons déménagé. L'appartement était plus vaste et une chambre donnait sur la rue devant un terrain dégagé qui nous permettait d'avoir une vue très étendue sur Paris. Mais la rue de Belleville monte et la rue Piat où nous habitions était en pente aussi, à cette époque, tous les transports se faisaient en camions tirés par des chevaux et je voyais ces pauvres bêtes peiner à tirer ces lourds camions et souvent tomber sur les pavés qui se blessaient dans leur chute et les cochers les fouettaient à tour de bras ; je les plaignais, ces pauvres bêtes. Lorsque j'ai eu 13 ans, ma mère est morte ; ce fut une catastrophe pour moi et j'ai dû quitter l'école et assurer à la maison les tâches ménagères, tant bien que mal. Mon père était désemparé de me laisser seule toute la journée pendant qu'il allait travailler. J'avais un oncle, frère de ma mère et beaucoup plus âgé qu'elle, qui m'a mis en rapport avec une dame veuve avec laquelle il travaillait avec mon père. Ils se sont mariés et j'ai repris une année scolaire à la rentrée. Ma belle-mère n'avait pas d'enfant et j'ai eu beaucoup de difficulté à la supporter. J'étais un peu jalouse de voir qu'elle s'entendait avec mon père alors qu’autrefois avec ma mère c'était des scènes continuelles. A cet âge difficile j'acceptais mal l'autorité dont elle usait avec moi. Bref, lorsque j'ai eu quatorze ans, elle me mit à travailler dans la maison de chaussure où elle-même était employée. Ainsi elle pouvait me surveiller, se sentant responsable de ma conduite. C'est qu'à cette époque, on ne plaisantait pas avec la vertu des filles. 12

Puis la guerre de 1914-1918 est arrivée et nous avons connu les restrictions, les queues chez les commerçants, boulanger, viande, tabacs et les bombardements, la descente aux caves et la tristesse de ceux qui avaient les leurs dans les tranchées. C'était une jeunesse gâchée et les pauvres gars qui étaient au feu, c'était bien pire. Ma belle-mère avait une grande famille qui habitait la région des combats, beaucoup venaient à la maison se réfugier, d'autres avaient aussi des amis qui les hébergeaient. C'est ainsi que j'ai connu celui qui est devenu mon mari, appelé avec la classe 16 à Saint-Cyr où il fit ses classes dans les ballons captifs, ceux-ci se trouvant à Meudon, près de Paris. Quand il avait une permission, il venait à la maison, ce qui amenait un peu de gaieté. Ensuite, il fut envoyé au Bourget, où il convoyait des avions au front, puis il partit pour la Somme. J'aimais beaucoup ce grand garçon blond et je lui plaisais mais il voulut attendre la fin des hostilités et trouver un emploi pour nous marier. Ce n'était pas facile de trouver un emploi car les premiers démobilisés avaient plus de chance que lui d'embauche et il fallait que les industries qui travaillaient pour la guerre se transforment pour la paix. De plus, il était très difficile de trouver à se loger car, même avant la guerre, l'industrie du bâtiment avait stagné, les maisons étaient vétustes, sans confort, mais les loyers abordables. J'ai tout de même trouvé un local, une grande chambre et une minuscule cuisine, où l'eau était coupée faute de réparation, sans gaz et avec des punaises. Mon mari partait à la nuit le matin car c'était l'hiver et rentrait également à la nuit car son travail était à Levallois Perret. De mon côté, je continuais à travailler car nos ressources étaient maigres et le mobilier rudimentaire. Ce n'était pas le moment d'aller seulement au cinéma. Nous nous étions mariés en octobre 1919 et j'ai eu une fille, Simonne, en mars 1922. A ce moment mes parents sont partis à Tréloup, dans l'Aisne, pays d'origine de ma belle-mère et, à Paris, nous avons pris leur 13

logement qui était quand même plus grand que ce que nous avions. J'ai donné ma fille à ma belle-mère en nourrice afin de continuer à pouvoir travailler et mon mari a trouvé un travail dans une scierie. Ayant acheté un camion aux domaines et l'ayant réparé lui-même, il se mit à son compte et fit du transport de bois. Peu après sa naissance, Simonne est confiée à sa grandmère paternelle Ainsi, en raison des difficiles conditions de vie des années d’après guerre, mais sans doute aussi à cause de la déception causée au père de Simonne par l’arrivée d’une fille, au lieu du garçon escompté, les parents de Simonne décident de confier le bébé à sa grand-mère paternelle qui réside dans un village de l’Aisne, alors dénommé Tréloup. Là, celle-ci habite une maison, modeste, mais où l’enfant qu’elle est sera plus à l’aise que dans la banlieue du nord de Paris, où vivent ses parents. De plus, la vieille dame adore l’enfant et, grâce à ses soins attentifs, elle saura se faire adorer de l’enfant. Celle-ci lui en saura gré toute sa vie, comme Olivier et moi l’avons constaté, en maintes occasions. Rétrospectivement, d’ailleurs, il apparaît que l’intermède campagnard d’environ cinq ans auquel a été tenue Simonne n’a sans doute pas eu que des effets négatifs sur elle. Elle y a trouvé un véritable foyer, dans lequel elle a été choyée, tout en étant élevée « à l’ancienne », c’est-à-dire avec souci de la discipline et des bonnes manières. Le bourg de Tréloup, dont le nom s’orthographiera plus tard sans « p » terminal, ne manquait d’ailleurs pas d’attraits, Ses maisons s’étageaient de haut en bas d’une colline dominant la rive gauche de la Marne. En dehors de quelques commerçants, la plupart de ses habitants cultivaient la vigne et faisaient souvent leur vin eux-mêmes. Deux ans après son 14

arrivée, alors que Simonne, très belle et très active, avait acquis un bon début d’autonomie, elle pu participer à la vie du village. Ainsi, eut-elle l’occasion de multiplier ses contacts sociaux, de diversifier ses activités quotidiennes et d’acquérir l’embryon d’une bonne éducation rurale, avec de solides aperçus sur la vie campagnarde. A l’approche de ses cinq ans, Simonne rejoint Paris, où elle trouve place au foyer familial Mais le placement de Simonne en un lieu situé à plusieurs dizaines de kilomètres de ses parents ne pouvait s’éterniser et, à l’approche de ses cinq ans, la fillette est appelée à venir enfin trouver sa place au foyer familial. Entre temps, celui-ci s’est enrichi d’un nouveau venu, un frère, prénommé Georges, de deux ans plus jeune qu’elle. D’autre part, le foyer a vu ses conditions de vie quelque peu s’améliorer, cette famille profitant, comme beaucoup d’autres en France, de l’essor économique d’après-guerre, dont bénéficie ce pays depuis quelque temps. Pour Simonne, le changement de vie est radical, et il n’est pas toujours facile. Le mode de vie qui est désormais le sien n’a pas grand chose à voir avec celui auquel s’était habituée la fillette. Les parents, doivent s’absenter pour leur travail respectif pendant les jours ouvrables, et ils doivent la confier, ainsi que son frère Georges, à des personnes étrangères. Par ailleurs, quand les parents sont là, la discipline qu’ils font régner est toute différente de celle, bienveillante, à laquelle recourait la grand-mère à Tréloup. Enfin, la fillette doit s’accommoder de ce frère qui lui est tombé du ciel. Naturellement, elle s’y intéresse beaucoup et elle s’en occupe fréquemment, quasi maternellement, mais elle en est parfois un brin jalouse. A l’occasion de ses six ans, elle fait connaissance avec l’école communale du quartier. Les enfants qu’elle y 15

fréquente, sur ses bancs et dans la cour de récréation, sont généralement d’origine modeste et fréquemment fraîchement immigrés en France. Si bien que, étant elle-même intelligente et très éveillée, elle n’a aucun mal à mener à bien sa scolarité élémentaire.. Mais l’établissement scolaire en question est éloigné de quelques centaines de mètres du domicile et elle doit faire très attention durant ses allers et retours, en raison des voitures automobiles, et surtout des camions, dont le nombre ne cesse d’augmenter d’année en année.. Lors d’une rentrée suivante, elle reçoit la charge d’accompagner à l’école son jeune frère. Cette tâche la valorise, mais lui donne aussi des soucis supplémentaires. Un jour, me racontera-t-elle plus tard, elle devra intervenir de ses poings contre des gaillards plus forts que son frérot, qui le menaçaient. Pendant les vacances scolaires, la grand-mère bénévole accueille les deux enfants et c’est, pour Simonne, l’occasion de parfaire sa connaissance du milieu rural. Son père lui ayant acheté une bicyclette d’occasion, elle peut, en compagnie de ses anciens copains du village, entreprendre de belles balades au bord de la Marne ou parmi les vignobles qui entourent le village. Quand le temps est beau et suffisamment chaud, elle se hasarde parfois à la baignade, mais elle n’apprécie guère le contact avec l’eau et elle n’en abuse pas. Au total, cette nouvelle vie, essentiellement citadine, mais heureusement entrecoupée de séjours campagnards, ne se déroule pas trop mal pour Simonne. L’enfant grandit normalement, trop jeune pour se soucier des problèmes qui, après une période de calme relatif au sortir de la première guerre mondiale, commencent à se manifester en de nombreuses régions du monde. C’est ainsi qu’en Europe, quatre pays, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, réagissant aux poussées et aux menaces impérialistes qu’exerce sur le monde le régime 16

communiste de l’URSS (Union des Républiques Socialistes de Russie) instauré en 1917, adoptent des régimes, eux aussi plus ou moins dictatoriaux, qui inquiètent certains de leurs voisins, notamment la France et l’Angleterre. 1929-1938 : dix ans maussades pour la France et pour Simonne Par ailleurs, en 1929, en France, alors que Simonne atteint ses sept ans, la situation économique du pays devient particulièrement préoccupante, dans le sillage du crack boursier qui se produit à Wall Street (New York), et dont les répercussions se font bientôt sentir dans une bonne partie du monde. A Paris, la famille Ragouilliaux n’est que modérément affectée et les parents s’efforcent d’assurer des conditions de vie convenables à leurs enfants. Toutefois, ils surveillent de très près leurs dépenses de loisirs, les visites au cinéma, notamment, et, quand Simonne dit à son père qu’elle voudrait apprendre la musique et devenir musicienne, il lui répond qu’il ne faut pas y songer, que le piano, c’est bon pour les familles bourgeoises, mais pas pour les prolétaires comme eux, et qu’elle devra se contenter, en matière de musique, de ce qu’on lui enseigne à l’école. En 1936, alors qu’en France une partie de la classe ouvrière manifeste son mécontentement et s’engage dans des actions revendicatives parfois presque révolutionnaires, Simonne, désormais âgée de quatorze ans et qui évolue dans le milieu populaire du vingtième arrondissement de Paris, n’est pas insensible aux éclats d’effervescence sociale dont elle est souvent le témoin. C’est également l’époque où elle commence à réfléchir à son avenir personnel et à ses orientations, scolaires et universitaires. Elle se verrait bien, après le certificat d’étude, rejoindre le lycée et préparer le baccalauréat, puis entreprendre des études supérieures. 17

Elle en parle à son père, mais celui-ci a des vues toutes différentes. Il craint, de plus en plus, que la France ne soit, d’ici peu, entraînée dans une nouvelle guerre et que ses enfants connaissent des temps particulièrement difficiles. De 1940 à 1945, Paris occupé par les Allemands, temps difficiles, pour Simonne, mais contexte politique motivant Ce n’est pas le moment, estime-t-il, d’entreprendre des études longues et coûteuses. Naturellement, son point de vue, partagé par Blanche, son épouse, l’emporte et, après l’obtention du certificat d’études, l’adolescente est mise en apprentissage en vue devenir aide chimiste. Elle fait contre mauvaise fortune bon cœur, se met au travail et commence à s’intéresser aux mystères de la chimie. Sur un bel « Agenda 1940 » qu’elle s’offre, elle note, quasi quotidiennement, le résultat des manipulations qu’on lui fait faire. Soixante et dix ans plus tard, on trouve, au fil des pages de cet album vénérable, les résultats d’une « Recherche pondérale du plomb », des « Remarques sur les appareils électriques », les détails d’une « Analyse de charbon ». Ayant été reconnue apte, elle reçoit en 1941 un emploi salarié d’aide chimiste, alors qu’elle n’a encore que dix-neuf ans et que la France, qui a perdu la guerre contre les Allemands en 1940, est occupée par ces derniers. Grâce au modeste salaire qu’elle reçoit à ce titre et à un petit complément financier que lui consent son père, elle peut quitter la maison familiale de la rue de Crimée, dans laquelle elle ne se sent pas à l’aise, et elle s’installe dans un petit studio en location, à l’autre bout de Paris, non loin du Parc Montsouris. Pour elle, commence alors une nouvelle vie. Elle bénéficie désormais d’une totale liberté. Mais, d’une part, comme c’est la cas pour la plupart des Parisiens, elle souffre des conditions matérielles de vie difficiles de l’époque, d’autre 18

part, elle supporte mal la présence des Allemands, et cela d’autant plus que sa meilleures amie, Régine, légèrement plus âgée qu’elle, est juive. Elle l’héberge clandestinement dans son petit studio, mais cela ne va pas sans lui poser bien des problèmes. Elle prend toutefois ce risque, sans trop se rendre compte de l’enjeux. Mais les choses se terminent mal. En 1944, Régine est dénoncée, arrêtée par la Gestapo et expédiée dans un camp de concentration, dont elle ne reviendra jamais. Pour Simonne, cette séparation brutale est un déchirement. Elle réagit, en décidant de rejoindre la Résistance, celle-ci devenant désormais plus active, notamment en raison des aides clandestines que lui apportent la population locale et les Alliés. Le hasard la fait tomber sur un petit groupe de jeunes Résistants qui se réclament de Trotski. Elle est d’autant mieux accueillie par ces derniers, qu’elle accepte d’installer dans son studio, qui a perdu Régine, une poly copieuse avec laquelle le groupe reproduit à la main les tracts antiallemands qu’il distribue ensuite en douce sur les marchés et dans les stations de Métro. L’accueil de cette poly copieuse par Simonne est une grave imprudence et la marque de sa part d’une certaine naïveté. Au cours d’une perquisition dans son studio, un policier français, qui agit pour le compte des Allemands, découvre l’appareil. Normalement, cela aurait dû avoir des conséquences très graves pour Simonne. Mais elle bénéficie alors d’une sorte de miracle. Le jeune policier français qui exécute la perquisition et qui découvre l’appareil compromettant, ayant sans doute remarqué la jeunesse de la locataire du studio et n’étant pas à l’aise dans son propre rôle, prend un risque grave et méritoire. Il s’arrange pour faire disparaître à la sauvette l’appareil, heureusement assez léger, sans n’en rien dire à ses supérieurs.

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