Souffrances et espérances arméniennes

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Son premier voyage en Arménie fut un choc. De ce voyage naîtra une étonnante complicité avec la jeune guide arménienne qui l'accompagnait, concrétisée dans un ouvrage écrit en commun. Les deux auteurs s'associent à nouveau pour nous livrer leurs perceptions des réalités arméniennes, ses splendides paysages de montagne, sa culture millénaire, son peuple pétri de qualités humaines, malgré la blessure ancienne et profonde, pas encore refermée, qui l'accable.
Publié le : mardi 15 mars 2016
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EAN13 : 9782140004117
Nombre de pages : 218
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Son premîer voyage en Arménîe fut un choc. Un peït pays de montagne enclavé et entouré de voîsîns hosïles ; une sîtuaïon géopolîïque parïculîère ; le génocîde împunî d’un peuple martyr quî aTend toujours, plus de cent ans plus tard, que jusïce se fasse. Et malgré ce contexte quî ne prête pas à sourîre, les gens quî vîvent là sont încroyablement accueîllants et aTachants.
jeune guîde arménîenne quî l’accompagnaît, concréïsée dans un ouvrage écrît en commun, puîs des lîens plus forts de type parents/ ille, entretenus et consolîdés au fur et à mesure des nombreux voyages eFectués par la suîte en terre sud-caucasîenne. Les deux auteurs s’assocîent à nouveau pour nous lîvrer leurs percepïons des réalîtés arménîennes, ses splendîdes paysages de montagne, sa culture mîllénaîre, son peuple pétrî de qualîtés humaînes malgré la blessure ancîenne et profonde, pas encore refermée, quî l’accable. La souFrance est toujours là, parfoîs învîsîble et enfouîe au plus profond des êtres, parfoîs ressortant plus neTement sur les vîsages marqués et teîntés de mélancolîe ; maîs l’espérance l’est tout autant, chez ceTe populaïon courageuse et jamaîs résîgnée quî croît
» en 2014, aux édiIons l’harmatan.
Illustraïon de couverture : Nîna Karapéïan, arïste peîntre, membre de l’Unîon des arïstes peîntres d’Arménîe.
ISBN : 978-2-343-08507-4 20
Zarouhie Gasparyan et Marc Girard
Souffrances et espérances arméniennes
souffrances
et espérances arméniennes
Zarouhie Gasparyan et Marc Girard
souffrances et espérances arméniennes
© L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08507-4 EAN : 9782343085074
introduction
î je vous dîs : trente mîe kîomètres carrés, moîns de troîs S mîîons d’abîtants, des rontîères ermées presque tout autour, savez-vous de que pays je pare ? Non ! Pas a Begîque ! Pas ce pat pays, pus peupé et dîsposant de rontîères ouvertes ! Beaucoup pus oîn à ’est et au sud ! Et j’ajoute, dernîer îndîce, que son peupe a été vîctîme d’un génocîde !... ’Arménîe, ouî, c’est bîen ’Arménîe.
Aussî petît soît-î, ce pays n’a pas toujours été de cette dîmen-sîon et de cette ragîîté. Son îstoîre, très ancîenne, remonte à des mîénaîres avant Jésus-Crîst et des dynastîes de roîs et de prînces s’y sont succédés au I des sîèces, sur des terrîtoîres dont es ormes et es étendues n’ont cessé d’évouer au gré des guerres et conquêtes terrîtorîaes. Dîx oîs pus grande au temps de son apogée, ee a connu des eures pus gorîeuses, un ourmîement économîque et cuture dont on peut admîrer es rîcesses dans es musées de a capîtae et dans es dîzaînes de monastères dîssé-mînés partout sur e terrîtoîre. Une Lopée de grands écrîvaîns, peîntres, artîstes et musîcîens, onorés au pantéon d’Erevan, ont écaîré e pays et e peupe arménîen de eurs taents et de
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eurs quaîtés artîstîques et enrîcî e patrîmoîne cuture armé-nîen. Une éîte de cette nature brîaît à Constantînope au début du vîngtîème sîèce. Ee sera maeureusement brusquement décîmée par es « génocîdeurs » de ’Empîre ottoman, es 24 et 25 avrî 1915, au démarrage de a grande catastrope.
Sî a natîon arménîenne a su résîster pendant ongtemps aux puîssances pus ortes et aux învasîons quî s’encanèrent par vagues successîves et sans dîscontînuer dans cette régîon tout au ong de ’îstoîre, sî ee a su préserver magré tout sa nature et son îdentîté au moment où e royaume se aîsaît pus vunérabe ou montraît des sîgnes de aîbesse ou carrément d’absence, c’est bîen parce qu’à une pérîode ancîenne (quatrîème et cînquîème sîèces), ee s’est ortîIée et dotée de soîdes pîîers, en ’occur-rence d’une reîgîon natîonae spécîIque et d’un apabet typîque de ’Arménîe.
es apôtres haddée et Bartéémy ont întroduît e crîs-tîanîsme en Arménîe dès es premîers sîèces, d’où ’appeatîon « d’Égîse apostoîque arménîenne » pour désîgner cette égîse caucasîenne partîcuîère. e crîstîanîsme s’est împosé comme reîgîon d’État à ’aube du quatrîème sîèce, avec a conversîon du roî hîrîdate ïïï par Grégoîre, en ’an 301. Peu après, ce dernîer baptîsa ’ensembe de a cour royae dans un aluent de ’Euprate. Cette abutîon ondatrîce uî vaudra e surnom de « Grégoîre ’ïumînateur », soît ceuî quî îumîne par ses actes toute a natîon arménîenne. S’înscrîvant dans a îgnée des deux apôtres, Grégoîre ut e premîer ce de ’égîse arménîenne, soît ceuî que ’on désîgne sous e vocabe « e Catoîcos ». Aînsî, dès es orîgînes, ’égîse arménîenne se construît et onctîonne comme une égîse natîonae. Bîen qu’appartenant à a vaste amîe des « Crétîens d’Orîent », ee n’en constîtue pas moîns
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un rameau îndépendant. Edcmîatzîne, quî en est e sîège, sîgnîIe « descente du Is unîque », en réérence précîsément à a vîsîon de Saînt Grégoîre ’ïumînateur, auque un être terrîIant étaît apparu pour désîgner ’empacement et a orme de a uture catédrae : « Et sur es croîx de ces quatre coonnes, s’unîrent des arcs étonnants. Et sur cea, j’aî vu un édîIce aît de nuages, en orme de badaquîn à coupoe, étonnante créatîon dîvîne. » De ce songe, narré par ’îstorîen Agatange, seus es pans et es ondatîons de a catédrae témoîgnent aujourd’uî, ’édîIce reîgîeux ayant été remanîé à maîntes reprîses. À noter que a constructîon înîtîae sur e sîte d’Edcmîatzîne s’étaa sur es années 301 à 303, sous e règne de hîrîdate ïïï et du Catoîcos Grégoîre ’ïumînateur. Bîen des sîèces pus tard, es années de régîme sovîétîque urent une parentèse noîre dans ’îstoîre de ’égîse arménîenne, caractérîsée par a décrîstîanîsatîon massîve de a popuatîon et e quasî-arrêt de a pratîque reîgîeuse. ï aut attendre ’îndépendance et 1991 pour voîr cette égîse renatre de ses cendres et prendre un nouve essor. es Idèes réquen-tèrent à nouveau es égîses et es îeux de cute réouverts, et ’on y céébraît en masse des baptêmes et des marîages reîgîeux. Ce renouveau de ’égîse arménîenne et e nouve engouement pour es sacrements permettaîent en outre ’ouverture d’une acuté de téoogîe et de sémînaîres où es candîdats à a prêtrîse se bouscuaîent.
’îstoîre de Mesrop Mactots, e ondateur de ’apabet arménîen, n’est pas moîns étonnante que cee de Grégoîre. Devenu reîgîeux, î prît part à a conversîon des popuatîons encore paennes. C’est dans ce cadre qu’î perçut a dîicuté de prêcer sans pouvoîr dîsposer d’un apabet permettant d’écrîre es textes en arménîen. ï consuta à ce sujet e Catoîcos Saak
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Partev, puîs partît en Syrîe où î passa des nuîts sans sommeî à réLécîr et à se concentrer sur a nécessîté de créer un te apa-bet. Une égende est née autour de cette créatîon. Ee raconte qu’après des temps de réLexîon reatîvement ongs et înructueux, déçu et atîgué, Mesrop Mactots se mît à prîer. Et tout à coup, î aperçut un apabet en ettres de eu quî scîntîaît dans e cîe. ïumînatîon dîvîne ou întuîtîon magîque, toujours est-î qu’î avaît trouvé ce qu’î cercaît, a perectîon d’un apabet armé-nîen spécîIque et unîque. C’étaît en ’an 405, une date vénérée des Arménîens quî ’appee « ’époque d’or ». ’apabet armé-nîen comporte trente-sîx ettres. ï ut utîîsé en cîfres jusqu’au seîzîème sîèce, es neu premîères ettres constîtuant es unîtés et es autres, à suîvre, es dîzaînes, es centaînes et es mîîers. Troîs autres ettres urent ajoutées au cours des dernîers sîèces, para-cevant cet apabet spécîIque dont es Arménîens sont sî Iers. « Notre patrîe, c’est notre angue », écrîvaît e poète contempo-raîn Vaan TERïAN. « ’Arménîe, ce n’est rîen d’autre que a angue arménîenne », ajoutaît-î, comme pour e conIrmer.
Une quînzaîne de sîèces pus tard, au début du vîngtîème e peupe arménîen a été conronté à ce qu’î convîent d’ap-peer une grande tragédîe, et même un génocîde, e premîer génocîde du vîngtîème sîèce quî s’est sodé par a dîsparîtîon massîve des Arménîens, extermînés sur es sîtes d’abattage en Anatoîe ou morts de aîm et de soî dans es déserts de Syrîe et de Mésopotamîe, des exécutîons de masse, un anéantîssement de près de 1 500 000 personnes de tous âges, vîeîards, ommes, emmes et enants. Un tîers d’entre eux seuement, ont survécu à cet oocauste, et parmî eux, beaucoup se sont empressés de trouver reuge sur des terres pus douces et pus cémentes, au sud Caucase ou en Europe. Ceux quî sont restés dans a régîon
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se sont regroupés dans un petît terrîtoîre montagneux, coîncé entre a Turquîe, a Géorgîe, ’Azerbadjan et ’ïran ; un espace contraînt de pîerres et de caîoux ne dîsposant pas de ressources nî de grandes possîbîîtés d’expoîtatîon, quî acquît une brève îndépendance en 1918 avant de devenîr a pus petîte Répubîque de ’Unîon Sovîétîque. De nouveau îndépendante depuîs 1991, ’Arménîe se caractérîse par sa aîbe superIcîe, son nombre d’abîtants peu éevé, son so rocaîeux et son sous-so peu ou dîicîement expoîtabe, ses rontîères ermées et înrancîs-sabes sur es troîs-quarts de sa pérîpérîe, son économîe can-ceante et contrecarrée par es bocus aspyxîants des voîsîns turc et azérî, un petît pays peupé de crétîens et paraîssant bîen îsoé au mîîeu de vastes étendues où vîvent majorîtaîrement des popuatîons de conessîon musumane, un petît pays quî n’a pas grand-cose à proposer aux grandes puîssances et quî ne pèse pas bîen ourd dans es rapports de orce et es écanges économîques înter-étatîques.
À ma connaîssance, jamaîs autant qu’en ce moîs d’avrî 2015, on aura paré du génocîde arménîen ! EnIn ! pourraît-on dîre. Et pourquoî avoîr attendu tout ce temps pour aîre queque cose ? Cent ans déjà, en efet, que ces événements se sont produîts dans ’Empîre ottoman ! Cent ans que ceux quî gouvernent cet « État bourreau », se sont eforcés d’expîquer et de marteer que ce quî s’est passé n’avaît rîen d’un génocîde ! Cent ans qu’îs nîent et pîétînent aègrement a vérîté îstorîque, magré es preuves accabantes et îrréutabes ! Cent ans que es descen-dants des vîctîmes, partout dans e monde, attendent que justîce soît rendue ! Cent ans que ces événements, un peu gommés par ’usure du temps, ’îndîférence et ’oubî, resurgîssent dans es pares de ’actuaîté et des médîas, pour montrer qu’on avaît
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