Souvenirs d'un marin

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C'est dans le silence du cloître, alors que parfois le hantaient les souvenirs de sa vie d'avant, que le Père Jean-Marie Pomès rédigea ceux-ci peu à peu. Le lecteur pourra découvrir l'aventure vécue par un marin qui navigua sur les trois-mâts Amiral Courbet et Général de Charette, puis sur des navires de la Compagnie des messageries maritimes. Esprit cultivé, l'auteur a su faire revivre la vie des marins mais aussi celle des populations du Pacifique parmi lesquelles il vécut, dans une nature exubérante encore préservée des atteintes de la modernité.
Publié le : vendredi 6 mai 2016
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EAN13 : 9782140009327
Nombre de pages : 296
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JeanMarie Pomès
SOUVENIRSD’UN MARIN suivi de Récits du grand large
Souvenirs d’un marin
Jean-Marie POMÈS Souvenirs d’un marinsuivi de Récits du grand large
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09031-3 EAN : 9782343090313
Note de l’éditionLa vie a de curieux retours. Un jour que nous préparions l’éditionses livres consacrés de à l’histoire de 1 son ancienne abbaye, Notre-Dame des Dombes , le P. Etienne Goutagny me parla des cahiers de mémoires qu’un moine avait laissés. Quelle surprise quand le marin que je suis découvrit qu’avant de se retirer dans son moutier, ce religieux, le P. Jean-Marie Pomès (1891-1968),fils d’un comptable tourangeau,avait été officier de Marine, tant militaire que marchande, et que mes galons, mêmeélevés, pesaient peu à côté de ceux d’un homme qui avait connu la marine à voiles, commandé des paquebots et fait la guerre. Les monastères n’ontmanqué de personnalités jamais dont la situation avait été parfois brillante et qui, à un moment de la vie, ont tout quitté pour se donner à Dieu. Nul doute que, dans leur vie monastique, ils aient réfléchi à leur vieantérieure, mais l’écrire avec talent, c’est une autre chose. Nulle part ne pointle regret de la vie passée de l’auteur, sinon une nostalgie à la fois compréhensible et maîtrisée. 2 Dom Bernard Christol, son ancien Abbé, nous l’assure : le P. Jean-Marie Pomès fut un moine exemplaire qui, au moment de passer sans retour la porte de l’abbaye,secoua la poussière de ses sandales, pour reprendre la phrase du 1  E. Goutagny (2004)Cisterciens en Dombeset (2006)Cisterciens dans les guerres.L’abbaye N.D. des Dombes en 1870-1871, 1914-1918, 1939-1945, L’Harmattan, Paris.2 Après la fermeture de l’abbaye des Dombes, Dom Bernard s’est retiré à l’abbaye N.-D. de la Trappe, sous le nom de P. Arsène. 5
Christ (Marc, 6 : 11), en fumant sa dernière pipe, comme signed’adieu définitif à sa vie antérieure. La visite d’anciens camaradesinévitablement le P. Jean- replongea Marie dans son passé :Cesaventures gaies ou tragiques, mais toujours passionnantes, accouraienten foule, bousculant le silence de la Trappe. Elles se dressaientdevant moi, elles me reprochaient d’avoir voulu les chasserde ma mémoire, d’avoir voulu les plonger dans le néant de l’oubli,pire que celui de la mort, écrit-il.Après trois-quarts d’heured’entretien, mes amis repartirent, et le silence claustral me reprit,tout au moins extérieurement, car cette ouverture subite sur le monde avait fait remonter du fond de ma mémoire trente années devie maritime, de souvenirs mal éteints et qui m’étaient toujours chers...Tentation ? Non. L’homme était fort. Il avait affronté d’autres tempêtes. Ilen résulta ce livre, écrit par un homme cultivé qui lisait les auteurs anciens dans le texte au cours des longues traversées d’autrefois : dans un ordre d’idées différent, j’ai connu un médecin de la Marine nationale, la Royale, qui les mit à profit pour acquérir une spécialité, l’homéopathie, laquelle exige une longue réflexion. Celle du P. Jean-Marie portait sur ses fins dernières :pour un marin,nous dit-il en effet,il n’y a que deux façons de terminer sa vie sans déchoir, sans se ravaler au rang de petits bourgeois retraités, entrer au cloître, ou se retirer dans une des îles du Pacifique, et y attendre en paix la mort, en rêvant au bord du lagon bleu. J’ai choisi le cloître ou plutôt Dieu l’a choisimoi ; pour qu’il en soit béni à jamais ! Il sait que je ne regrette pas d’y être venu et que, pour rien au monde, je ne consentirais àen sortir. Ce que j’ai laissé derrière moi, cette beauté des choses àlaquelle j’ai dit adieu et qui toujours me poursuit, n’est que la perle précieuse de l’Evangile, dont la vente permet d’acquérir unebien autre beauté, celle de la souveraine, rassasiante et inamissible,
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et qui contient toutes les autres.Les choses étant dites clairement, il en résulte la description sans équivalent de la vie, depuis son entrée dans la Marine, d’un commandant de navire qui fit le tour du Monde et qui assura notamment le service des îles du Pacifique. Il témoigne en même temps de la spiritualité de son auteur, ce qui le conduisit, les circonstances politiques aidant, il faut le préciser, à « se retirer du monde » en choisissant Dieu.Etonnant livre d’un autre Pierre Loti (Jean-Marie Pomès affectionnaitMon frère Yves, roman qui orienta sa vocation maritime),à la gloire de l’artiste prodigieux qui, disposant de moyens illimités, répandit à pleines mains la beauté, sorte deCantique des Créatures à sa manière : Telle la mère qui, du port, regarde s’éloigner le navire emportant son fils missionnaire qu’elle sait ne jamais revoir, de la Trappe, je regardais le temps emporter avec lui les souvenirs de ma vie morte. Mais l’auteur précise : Vienne la mort ; le voile sera écarté, tout le passé redeviendra présent. Richard Moreau Professeur émérite à l’Université de Paris XIINB : cette édition a été réalisée par Richard, Odile et Gilles-Marie Moreau. Dans le texte, l’orthographe d’origine a été respectée pour les noms propres (Mooréa, Tuamotou, Toupapaous…). Toutes les notes de bas de page sont de l’éditeur.Pour les termes de marine, on a utilisé le livre de Gérard Piouffre :Dictionnaire de la Marine. Larousse, Paris, 2007. Nous remercions également M. Philippe Ramona, spécialiste de l’histoire de la compagnie des Messageries maritimes, qui nous a fourni l’illustration de couverture.
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1 Introduction Père Jean-Marie (Jean Pomès), moine-prêtre de Notre-Dame des Dombes (1891-1968) Peut-être est-il audacieux et téméraire de ma part de rédiger une préface auxMémoiresde notre Père Jean-Marie. Je ne l’aiconnu qu’une quinzaine d’années. A cette époque, les moines trappistes ne se parlaient que par signes, et encore... Il fallait avoir un travail commun ou être mis à la disposition d’un «officier» (chefd’emploi), pour qu’il ait, lui, l’autorisation de parler. Son aiden’avait pas automatiquement la liberté de lui répondre de vive voix. Mais j’aigardé de P. Jean-Marie un souvenir très chaleureux, je dirais même pétillant. Notre bon fr. Grégoire Bevc, un frère slovène,de l’abbaye N.-D. de 2 la Délivrance , disait de lui en souriantqu’il était bon type. Et, de sa part, c’était une belle définition.Lorsque je suis arrivé au monastère, en 1953, P. Jean-Marie tenait la porterie pendant les temps de travail. Les 1 Par Dom Bernard Christol (P. Arsène). 2  N.-D. de la Délivrance (Slovénie) : en 1880, menacés d’expulsion par le gouvernement français, les moines de l’abbaye de N.-D. des Dombes cherchèrent un refuge à l’étranger et fondèrent ainsi N.-D. de la Délivrance, dans le diocèse de Maribor. Chassés par les communistes en 1947, certains frères se réfugièrent à leur tour à la maison-Mère. Fr. Grégoire, charron de son métier, fut envoyé le 7 mars 1934 fonder N.-D. de l’Atlas, en Algérie. La guerre l’obligera à revenir aux Dombes le 26 novembre 1939. Il restera amoureusement fidèle à son monastère d’origine et refusa toujours de faire sa stabilité aux Dombes. - Pour plus de détails, cf. Fr. Etienne Goutagny, Cisterciens en Dombes. LHarmattan, Paris, 2004.
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