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Souvenirs de guerre d'Algérie

De
152 pages
Les souvenirs racontés ici concernent les années 1957 et 1958. Intellectuel, l'auteur était partisan de la décolonisation et profondément hostile à la torture. Patriote critique mais discipliné, il refusa d'accomplir des fonctions autres que celles auxquelles il fut employé. La lecture de la presse algéroise pendant la bataille d'Alger, son détachement à l'état-major divisionnaire de Bône, sa présence dans un bureau chargé administrativement de l'application des "pouvoirs spéciaux" lui firent observer de près la brutalité systématique de la répression.
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JeanMarie Mathieu
Souvenirs de guerre d’Algérie
Un intellectuel sur le terrain face à la répression
Graveurs de Mémoire Série : Récits / Maghreb
Souvenirs de guerre d’Algérie
Graveurs de mémoire Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques.Déjà parus Duhard (Jean-Pierre),C’est long une vie pour se souvenir de tout, 2013. Nottara (Paltin),Entre la croix et le croissant, Les Notaras, une grande famille de Méditerranée orientale, 2014.Mesu’a Kabwa (Luabeya),Une jeunesse congolaise : de Luluabourg à Kinshasa, 2013. Charbon (Paul),L’aventure des frères Pathé, Du coq au saphir, 2013. Frélaut (Jean),Le Graveur et le petit Renard, Lettres d’un Artiste du Livre à ses Amis Éditeurs (1939-1948),2013. Fellrath-Bacart (Francine),Terrains vagues, 2013. Nguyen Ky(Nguyen),Saigon après 75, une histoire oubliée, 2013. Ebner (Olivier),Venu de Bucovine, Itinéraire d’un survivant raconté par son fils, 2013. Ces huit derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Jean-Marie MATHIEUSouvenirs de guerre d’Algérie Un intellectuel sur le terrain face à la répression
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02997-9 EAN : 9782343029979
Introduction
Ce qui s’est appelé successivementÉvénements d’Al-gérie, Opérations de maintien de l’ordre dans les départements d’Algérieet enfinGuerre d’Algérie(expression employée d’ail-leurs non-officiellement presque depuis le début), s’est dé-roulé du premier novembre 1954 à 1962, sans qu’on puisse fixer de date terminale exacte : le 19 mars est la date du ces-sez le feu, qui fait suite aux accords d’Évian signés la veille, mais le règlement de la guerre française d’Algérie n’est pas alors terminé. Comme tous les garçons de ma génération, j’ai fait vingt-sept à vingt-huit mois de service militaire, dont l’essentiel en Algérie. Laguerre d’Algérieconsistait ce-pendant officiellement dans l’utilisation de l’Armée pour lemaintien de l’ordreet, du coup, nul militaire n’a été gardé là pendant les huit ans d’opérations. Même la plupart des militaires de carrière ne furent employés en Algérie que pour certains séjours. Cela augmente la diversité des expé-riences de chacun.
En ce qui concerne mon service militaire, il a com-pris environ deux ans de séjour en Algérie, d’abord aux 1 EOR ,c’est-à-dire à une école d’officiers de réserve, celle de Cherchell, puis dans l’Est Constantinois. La particula-
1. Lesigle EOR désignait à la fois uneÉcole d’Officiers de Réserveet unÉlève Officier de Réserve. Assez illogiquement, on employait généra-lement le pluriel pour évoquer sa présenceaux EORdans l’une de ces écoles.
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rité de mon séjour en Algérie est mon détachement pen-dant près de dix-huit mois à l’état-major de la ZEC (Zone Est Constantinois) à Bône (à présent Annaba). La ZEC lon-geait la frontière tunisienne jusqu’au Sahara. Ce qui peut donner pour d’autres quelque intérêt à ces souvenirs per-sonnels est la situation intermédiaire que j’ai ainsi occu-pée pendant un temps assez long en Algérie, dans un état-major de zone, échelon territorial militaire correspondant en principe à une division : cette période, qui comprend toute l’année 1958, est celle sur laquelle je m’efforce de centrer ces souvenirs. Cette position que j’occupais alors permettait d’avoir encore des contacts avec la réalité, tout en ayant des échos qui provenaient des échelons plus éle-vés. Ajoutons que j’étais dans un bureau chargé de l’ap-plication despouvoirs spéciauxet que l’année 1958 est celle d’un certain tournant de la guerre d’Algérie.
Cinquante ans et plus sont passés : aussi faudra-t-il également, au passage, rappeler au lecteur non spéciale-2 ment informé la situation et ce que j’étais alorset quelle était la situation. Quant à mes souvenirs de guerre d’Al-gérie proprement dits, ils peuvent, en dépit de mes véri-fications, comporter encore des erreurs dues à l’âge et au temps, à l’oubli ou à l’affectivité; les erreurs peuvent en-core être dues à une ignorance mal comblée : chacun doit donc se demander si cette ignorance ne peut pas conduire à la fabulation ou à la paramnésie. Mais, bien qu’on ne manque pas d’exemples de faux souvenirs, plus ou moins arrangés ou inventés, et allant parfois jusqu’à reposer sur des faux, même dans des livres plus ou moins récemment
2. J’aiutilisé en partie un texte ancien qui répondait à un question-naire portant surL’École normale supérieure et la guerre d’Algérie. Dans les passages que j’ai repris, j’ai voulu éliminer ce qui ne me paraît pas d’intérêt général tout en corrigeant des erreurs matérielles. Il reste ce-pendant des éléments qu’on peut juger trop normaliens, mais c’était ma situation au début de la Guerre d’Algérie.
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3 publiés ,je ne pousserai pas la méfiance à l’égard de moi-même jusqu’au point où elle bloquerait l’apparition de tout souvenir. Ajoutons que les piècesofficiellespeuvent être aussi trafiquées que les témoignages privés. On sait que la critique historique a commencé par la critique desfausses chartes. À l’historien, si ces souvenirs que je rédige aussi pour un public plus large l’intéressent, d’user judicieuse-ment de critique.
3. Neremontons pas jusqu’à des faux datant de plus d’un siècle et célèbres dans l’Histoire d’ailleurs de types divers (dépêche d’EMS, affaire DreyfusPour des témoignages erronés ou falsifiés plus récents, on. . .). a noté certaines vanteries de crime dans les souvenirs d’Aussaresses de 2001 (Paul Aussaresses,Services spéciaux : Algérie 1955-1957, Paris, Perrin) . Et le journal d’un officier publié par son fils l’été 2012 a des chances d’avoir été entièrement forgé par ce fils - voir les deux articles successifs et en sens opposés parus les 12 et 27 septembre 2012 dansMe-diapartsous la signature d’Antoine Perraud, le second article concluant au faux.
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ChapitreI
LaToussaint1954
Premier novembre 1954
C’est dans le train, au retour d’une retraite du groupe tala(groupe catholique, selon l’argot des normaliens de la Rue d’Ulm) à l’abbaye de Saint-Wandrille que, avec les autres normaliens catholiques qui participaient à cette re-traite, j’ai appris ce qui s’était passé en Algérie le pre-mier novembre 1954. Mes réactions se sont exprimées, ex-térieurement ou intérieurement – je ne sais plus, paral-lons, bon : ça recommence; et je ne crois pas que les sen-timents aient été bien différents parmi les camarades qui lisaient eux aussi les journaux dans ce train; l’impression que je rapporte ici est donc celle d’une guerre d’Indochine qui recommence ailleurs, en dépit de la façon dont, pour l’Afrique du Nord, les problèmes de Tunisie semblaient en bonne voie de règlement. Dans cette retraite de quelques jours chez les moines, dont nous partagions certains exer-cices, nous nous préoccupions assez peu d’autre chose que de formation religieuse ou de spiritualité, le tout coupé de promenades seul ou à quelques uns dans le parc de l’ab-baye. La lecture des journaux qui nous apprenaient les évé-nements du 1er novembre 1954 en Algérie fut pour nous une surprise.
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