Sur le vif

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Les jeunes officiers des Affaires musulmanes comme les diplomates fraîchement nommés il y a 40 ans étaient encouragés par leurs chefs à rédiger certaines dépêches d'ordre ethnographique, sociologique ou culturel pour mieux faire connaître le pays de leur résidence. Ce sont ces "dépêches oubliées" qui sont livrées ici, qui se rapportent d'abord à la région de Tindouf et de la Seguiet Al Hamra puis à la Mauritanie nouvellement indépendante pour passer au Soudan, en Egypte et enfin au Yémen.
Publié le : mercredi 1 octobre 2008
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EAN13 : 9782336268354
Nombre de pages : 374
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Sur le vif

Collection Là-bas
dirigée par Jérôme MARTIN

Déjà parus: Bruno LECOQUIERRE,Parcourir la terre, 2007. Eric DESCHAMPS,La cuisine des révoltés du Bounty, 2007. J. A. MEIJN VAN SPANBROEK, Le voyage d'un gentilhomme d'ambassade d'Utrech à Constantinople. Texte présenté et annoté par C. VIGNE, 2007. Louis GIGOUT, Syracuse, 2007. Aline DUREL, L'imaginaire des épices, 2006. Henri BOURDEREAU,Des hommes, des ports, des femmes, 2006. Gérard PERRIER,Le pays des mille eaux, 2006. Fabien LACOUDRE,Une saison en Bolivie, 2006.

Arnaud NouÏ, Beijing Baby, 2005.

Marcel G. Laugel

Sur le vif
Dépêches oubliées
De la Mauritanie au Yémen

L'Harmattan

@L.HARMATTAN.2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06882-7 EAN : 9782296068827

A Carmen mon épouse A mes enfants, Anne, François, Marie-Christine, Michèle À Violette

Préface
D'un vieux carton poussiéreux, résidu d'un des multiples déménagements d'une carrière passée à l'étranger, comme une vieille relique oubliée dans un coin de grenier, je retire notes et dépêches qui me paraissent d'un autre âge. Leur lecture me replonge, avec quelle émotion, dans une période qui s'étale sur 40 ans, puisque le premier texte date de 1953 et le dernier de 1993. Le style, souvent naïf, essentiellement descriptif, se veut simple. Le récit a pour but d'informer l'administration. Ce sont des sujets d'ordre ethnographique, sociologique ou culturel. Rien de politique dans ces lignes. Avec le recul, je me pose la question: qui a pu bien lire ces « dépêches », genre qu'on ne rédige plus à l'heure des télégrammes d'analyse de situations sensibles? Peut-être des «ambassadeurs employeurs» parce qu'à l'époque, ils étaient chargés de les signer. Elles leur étaient soumises la veille de la « valise» : on pouvait savoir si elles étaient lues quand, les renvoyant à leurs auteurs, des mots et des phrases avaient été changés. Il faut reconnaître, cependant, que rares étaient les corrections de style puisqu'il ne s'agissait pas d'analyses politiques, mais simplement d'anecdotes intéressantes que l'Ambassadeur lisait sans doute avec un sourire amusé et qu'il rendait à son rédacteur sans aucun commentaire. La dépêche partait par la valise au Quai d'Orsay où, en principe, à l'arrivée, elle était lue par l'agent du Service auquel elle s'adressait. C'était pour moi, soit le Service Afrique quand elle provenait par exemple du Soudan, soit

Afrique du Nord - Moyen Orient, quant elle arrivait d'un pays arabe
de cette zone. Mais, en 48 ans de services, je n'en ai jamais entendu parler. Si, cependant, une fois. J'assurais l'intérim de Chef de Poste de Mascat (Oman), l'Ambassadeur en titre ayant dû être rapatrié sanitaire. J'étais alors Premier Secrétaire au Caire. Après quarante

jours, un autre agent du Département vint me remplacer. Je ne citerai pas son nom: c'était un arabisant extraordinaire qui, non content d'utiliser l'arabe moderne et classique de la télévision et de la presse qu'il connaissait parfaitement, pratiquait tous les dialectes d'Afrique du Nord et de la péninsule arabe qu'il parlait avec une aisance stupéfiante! J'étais devant lui en constante admiration, et nos conversations étaient savoureuses. Un jour nous étions venus à nous interroger si le Quai, c'est-à-dire notre Direction générale, nous connaissait. Mon ami ne se faisait guère d'illusion sur son cas. Certes, il était connu des arabisants, étant donné sa science en matière linguistique, mais les arabophones à l'époque étaient peu nombreux! En revanche, me dit-il: « toi tu es connu ». Étonnement non feint de ma part: « pourquoi» ? « Pour la qualité de tes dépêches, mais surtout à cause d'un texte que je te laisse deviner ». Je lui citais alors tous les rapports à caractère politique que j'avais rédigés à partir du Soudan et du Caire, mes deux derniers postes. Il me répondit chaque fois par la négative pour, en fin de compte, m'avouer que c'était la dépêche sur « La mort d'Oum Kalsoum ». Dans l'énumération que je venais de lui faire, j'avais évidemment oublié de lui parler d'un texte qui, pour moi, ne représentait aucun intérêt majeur. Certes, cela tenait du hasard. La dépêche s'était trouvée sur la pile des documents arrivés du Caire par la valise. Le directeur d'Afrique du Nord et du Moyen Orient, Ambassadeur respectable spécialiste des pays arabes et notamment de la Syrie, était très au courant de sa zone. Sans doute, en jetant un premier coup d'œil sur ce texte, il n'aurait pas continué à le lire, si précisément, il n'avait pas été d'actualité. Il le lut, et ne trouvant personne autour de lui, sortit de son bureau pour aller demander à ses adjoints qui était le rédacteur du papier signé par l'Ambassadeur, mais dont on pouvait deviner qu'il n'en était pas le rédacteur. Mes initiales en tête de page auraient pu le mettre sur la piste, mais cela ne lui disait rien. Tombant sur mon ami, il comprit qui j'étais et ajouta: « Voilà le type même de dépêche que je souhaiterais lire tout le temps! ». En racontant cette histoire très anecdotique, j'ai une pensée émue pour 8

Oum Kalsoum, cette grande dame de la chanson arabe à la voix inimitable. Une question m'obsède cependant. Pourquoi publier des textes aussi vieux dans le temps, alors que le monde a beaucoup évolué? Dans quelle mesure, par exemple, les Réguibat suivent encore leur droit coutumier? Sont-ils restés ces grands nomades, dont la vie consistait à parcourir mille kilomètres par an avec leurs familles à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux? La sécheresse n' a-t-elle pas décimé leur cheptel? Ne se sont-ils pas sédentarisés autour des agglomérations algériennes ou mauritaniennes? Leurs coutumes ancestrales n'ont-elles pas évolué à la suite d'une mondialisation plus subie que désirée et de l'arrivée de transistors et de moyens de communications de notre siècle. Dans ce même ordre d'idées quid de l'évolution des tribus nilotiques, Nuer, Dinka, Chilouk, des populations des monts Nuba que l'Islam a dû « habiller» ? Les Fuzzi Wuzi ou Hadendawah ont-ils gardé leur magnifique chevelure? Et EIAzhar, cette université prestigieuse, n' a-t-elle pas évolué en 40 ans? Certainement, sur tous ces sujets, ces dépêches vont apparaître obsolètes, mais elles représentent un témoignage vécu, de véritables clichés photographiques pris sur le vif à une époque pas si lointaine, mais déjà très éloignée. Leur publication, je l'espère, aura le mérite de ne pas faire tomber dans un oubli total ces civilisations du désert ou d'Afrique, chères au cœur des Français qui ont essayé de comprendre ces pays dans leur diversité.

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Portrait d'un jeune nomade de la tribu des Reguibat Legouacem

Janvier 1953

Tindouf et sa région
Éclairage Cette note date de janvier 1953. Elle donne un aperçu de Tindouf et de sa région à l'époque. Elle s'attarde à situer la géographie de la zone puis passe très vite à des réflexions sur les Réguibat, la population nomade de cette contrée. Elle enchaîne ensuite sur les sédentaires, les Tadjakant. La dualité nomadesédentaire, qui se traduisait par un antagonisme latent, était à l'époque vécu comme un phénomène normal de société. Est décrite ensuite la vie d'un peloton méhariste dont la tache consistait à administrer le pays et à maintenir la paix entre les tribus rivales en leur enlevant toute velléité de recourir aux rezzous du siècle précédent. Situation géographique Occupée seulement en 1934 par les troupes du Général Trinquet et peu accessible par voie de terre jusqu'à l'ouverture en 1945 d'une bonne route partant d'Agadir, Tindouf n'a pu acquérir le prestige des

grandes oasis du Sahara Central - El Golea, Ouargla, Adrar ou Timimoun - plus proche d'Alger.
Rien d'ailleurs, ne prédispose Tindouf à être un des hauts lieux du tourisme saharien. La palmeraie, par manque d'eau, est chétive. La « hamada» l qui l'environne est d'une monotonie désespérante. Les grands nomades Reguibat - les fameux « hommes bleus» - n'y viennent nombreux qu'en de rares occasions, ou lorsqu'une extrême sécheresse, les contraint à se transformer momentanément en terrassiers dans les chantiers d'assistance. Bien qu'elle soit promise à un bel avenir économique depuis qu'a été découvert, en 1950, le gisement de fer de Gara Djebilet, la région de Tindouf n'est encore qu'une« marche militaire» couvrant,
(I) Hamada: plateau rocailleux aux communications faciles.

face au Maroc et aux territoires espagnols, le Sahara Occidental. Ce rôle que lui assigne la géographie a pris plus d'importance depuis que se sont affirmées avec force, du côté marocain, des revendications territoriales fort précises sur le Sahara Occidental. L'Annexe de Tindouf recouvre un territoire immense qu'habite une population très clairsemée de nomades Réguibat dont les campements se déplacent au gré des pluies. C'est seulement à Tindouf qu'on trouve une population relativement fixe; les Tadjakant qui avaient autrefois un monopole presque absolu du commerce caravanier dans le Sahara occidental; les Arabes Cheraga venus de l'Est; les anciens militaires retraités de la Compagnie Méhariste du Touat. Alors que l'occupation militaire s'était limitée jusqu'à des temps récents à Tindouf, des impératifs nouveaux ont fait surgir du sol, à proximité immédiate d'une frontière non encore officiellement délimitée, des postes qui ont surtout pour mission de surveiller la frontière avec le Maroc: Oum El Achar, sur la piste impériale nOI

(Agadir - Saint-Louis du Sénégal, par Tindouf, Fort Trinquet, Fort
Gouraud et Atar); Hassi El Mounir dans l'Oued Zemmoul. Plus à l'Ouest, sur la piste de Colomb Béchar à Tindouf, le poste de Tinfouchy contrôle surtout un trafic routier soumis aux aléas de la distance (1.050 km de Colomb Béchar) et du climat. L'isolement de ces postes du Nord est grand. Il n'est rompu, épisodiquement, que par les avions de ravitaillement et des convois terrestres. La tâche de ceux-ci n'est d'ailleurs pas facile car deux de ces postes sont séparés de Tindouf par une profonde faille de terrain, qui correspond à la descente de la Hamada de Tindouf dans la vallée du Dra, non sans que s'interpose entre l'une et l'autre la petite chaîne montagneuse de l' Ouarkziz. Vers le Sud-Est, la platitude de la Hamada n'est interrompue, à 160 km de Tindouf, que par les petites montagnes noires et tabulaires, de Gara Djebilet où le minerai de fer presque à fleur de terre, pourra être exploité sans gros travaux de découverte. Vers l'Ouest et le Sud-Ouest, aucun accident important de terrain n'existe jusqu'aux premières falaises de la Seguiet El Hamra qui marquent, en terre espagnole, la ligne de partage des eaux entre le versant atlantique et le versant saharien. Le passage est aisé, à travers le Yetti, en direction de la Mauritanie. 12

C'est seulement vers le Sud-Est, mais très loin, que le paysage se transforme radicalement. On entre alors, avec l'Iguidi, dans le domaine des dunes qui font la joie des touristes et des grands nomades. Mais, déjà, nous sommes aux confins de l'Algérie: le poste de Chegga, qui marque la limite de l'Algérie et de l'A.O.F. est occupé par des éléments militaires de l'A.O.F. Les Réguibat Grands nomades du Sahara Occidental L'ancêtre éponyme des Réguibat est le Cheikh Sid Ahmed Réguibi. Il serait le fils de Moulay Abdesselem Mechiche. Quoiqu'il en soit, Sid Ahmed aurait été, selon la légende, le Chérif descendant de Fatima, fille du Prophète. Animé d'un prosélytisme actif, entouré de nombreux disciples, il devint un marabout dans tout le Sahara Occidental. Sid Ahmed portait toujours autour du cou une sorte de collier de cuir, au moyen duquel, dit-on, le Prophète devait le conduire au paradis après sa mort; cette corde « regba » l'aurait fait surnommer Réguibi, et ses disciples Réguibat. Sid Ahmed mourut sans laisser d'enfant. Quelques mois après, une femme mettait au monde un enfant qu'elle déclarait être le fils du Marabout. Suivant la coutume en pareil cas, le garçon reçut pour prénom le nom de son père. Certains affirment que le surnom de Réguibi ne date que de cet enfant. La tradition est unanime à admettre que ce deuxième Réguibi mourut lui aussi sans laisser d'héritier. Le même artifice permet de lui attribuer un fils posthume, appelé lui aussi Sid Ahmed Réguibi. Ce sont les enfants de ce troisième Réguibi qui donnèrent leurs noms aux différentes fractions de Réguibat. Les origines du Réguibi, on le voit, sont assez confuses. Chef intelligent et entreprenant Sid Ahmed s'enfonça dans le désert et chercha un territoire pour s'installer. Ce pays fut conquis par le fer. Le Réguibi prit femme dans une tribu berbère, les Sellam, qui était sous sa protection et en eut trois fils : Qacem, Mohamed et Amar. A la suite de contestations survenues entre ces derniers au sujet de chameaux, et en vue d'éviter de graves querelles de succession, Sid Ahmed décida de partager ses biens avant sa mort: Qacem hérita de l'Ouest de son territoire, Mohamed et Amar de l'Est. Mais il semble plutôt que la scission ne fut que très progressive et rendue nécessaire pour des raisons économiques. Possédant surtout des chevaux, des moutons et des chèvres, les 13

descendants de Qacem ne pouvaient guère s'éloigner des régions où les points d'eau sont assez rapprochés, c'est-à-dire le Zemmour, la Seguiet El Hamra. Par contre, les fils de Mohamed et d'Amar, plutôt chameliers, et de ce fait moins liés aux puits, pouvaient nomadiser plus à l'Est. Ainsi, peu à peu, deux puissants groupements se constituèrent, qui devaient toujours vivre en bonne intelligence, les Réguibat Legouacem à l'Ouest et les Réguibat Sahel à l'Est. Ces derniers nomadisent actuellement en Mauritanie. Au début du XVlIIème siècle, les Réguibat Legouacem formaient une confédération dont la puissance n'allait pas tarder à se renforcer. De nombreuses tribus se mettaient sous leur protection. Mais leurs troupeaux, sans cesse plus importants, excitaient la convoitise de leurs voisins. Obligés de défendre leurs terrains de parcours, ces pasteurs devinrent des guerriers, et bientôt, des pillards à leur tour. En 1850, ils essuyèrent une défaite face à leurs premiers adversaires les Tadjakant. A partir de 1860, date de leur écrasant succès sur la tribu des Ouled El Lob, à El Freha, leurs campagnes sont toutes victorieuses: Mohamed El Kounti en 1865, au Nord de la Seguiet ; Cheikh Abidin avec les Ouled Salem et les Ouled Moulat en 1875 ; les Ouled Delim en 1886, sont tout à tour vaincus. Tindouf est pillé en 1894. Les Tadjakant sont dispersés, puis les Ouled Ghilane sont décimés de 1898 à 1903. Mais les Réguibat ne sont réellement devenus les maîtres du Sahara Occidental qu'à partir de 1907, par leur victoire sur les Ouled Bou Sba, à Foucht (Oued El Abiodh). Cette prise de possession du Sahara fut facile grâce aux tributaires qui composaient la confédération, et qui étaient en majorité des nomades familiarisés avec le désert (Cdt A. Cauneille). Lorsque les troupes françaises pénétrèrent à Atar en 1909, les Réguibat étaient à leur apogée militaire. Après leur soumission à la France en 1934, le nomadisme changeait de forme dans ces immenses étendues pacifiées: on assistait à une dispersion des Réguibat que rien désormais n'obligeait à vivre groupés en tribus perpétuellement sur le pied de guerre. Avec la paix française, les troupeaux des Réguibat ont augmenté considérablement et certains nomades jusqu'à ces dernières années ont connu une réelle prospérité. Malheureusement, le manque quasi-total 14

de pluies depuis cette année a contribué à la perte des troupeaux et beaucoup de nomades aisés sont devenus miséreux. Toute la vie de ces éternels voyageurs est basée sur la progression des nuages qui commande leurs déplacements. Que vienne la pluie, chacun est libre d'errer à sa guise. Les pâturages sont alors abondants, les chamelles donnent un lait léger et agréable à boire. Délivré des soucis purement matériels, le nomade est alors un excellent compagnon de route, un hôte parfait. Il comprend la plaisanterie, en use bien souvent. Il al' esprit gai. Il est intelligent, ouvert, foncièrement sympathique. Esprit curieux, il est toujours à l'affût de nouvelles et a une faculté d'adaptation étonnante; mais si par nécessité, il doit se sédentariser et faire un métier comme tout le monde, son premier réflexe, une fois libéré de ces contraintes, sera de reprendre sa vie de nomadisation. Cette vie souvent rude, mais où l'on a le temps devant soi, où la fantaisie se mêlant aux choses de tous les jours, plait infiniment plus au nomade que le confort ou la sécurité d'une activité sédentaire. Le nomade sent confusément qu'il n'est pas encore trop éloigné du bonheur, la liberté. Il s'y cramponne de toutes ses forces. Les Tadjakant caravaniers du désert L'ancêtre éponyme des Tadjakant serait un certain lakani Labar. D'après eux, ils descendraient d'Abou Bakr Es Seddik, beau-père du Prophète et premier Calife de l'Islam, et seraient issus de l'illustre famille des Coraïschites. Venus d'Arabie avec les premières invasions, les Tadjakant se seraient installés dans l'Adrar de Mauritanie. En réalité, il semble plutôt que les Tadjakant soient les descendants d'une fraction d'une puissante tribu de berbères appartenant au clan des Canhâja voilés, les Lemtouna, dont le berceau était l'Adrar de Mauritanie. Convertis à l'Islam au IXème siècle, les Lemtouna se jetèrent dans une guerre de prosélytes contre les «noirs infidèles ». Un de leurs chefs, Yahia Ben Brahim El Kedali, à la suite d'un pèlerinage à la Mecque, entreprit d'enseigner le Coran à ses sujets insuffisamment instruits. Abdallah Ben Yasin fut chargé de cette tâche. Il fonda dans une île du Sénégal ou du Niger, une sorte de couvent militaire (ribât), dont les membres étaient les gens du ribât ou El Mourabitine, terme que les espagnols ont transformé en Almoravides. Après la chute de l'Empire 15

almoravide, les Tadjakant s'étant sédentarisés, fondèrent entre Chinguetti et Ouadane l'importante cité de Tinigui et celle de Togba. Cette tribu de pasteurs s'adonnait au commerce du sel provenant de la Sebkha d'Idjil. Mais des dissensions ne devaient pas tarder à s'élever entre les Tadjakant, et elles aboutirent à une guerre civile au cours de laquelle Tinigui fut réduite en cendres. Les Tadjakant se dispersèrent, les uns vers le Nord dans le Kmoul et l'Iguidi, les autres dans le Trarza et le Sud Sénégalais, ou dans le Tagant et le Gorgol. D'autres enfin se fixèrent à Tombouctou. Ils ne cessèrent de nomadiser jusqu'au début du XIXème siècle dans tout le Sahara Occidental, et sympathisèrent avec les Touareg et les Kounta. Leur histoire nous est mieux connue à partir du XIXème siècle, et elle est marquée par leur rivalité avec les Réguibat. Une première guerre victorieuse, déclenchée à la suite d'un meurtre, permit au Cheikh Mrabet Ould Belamech de fonder Tindouf en 1852, sur l'emplacement d'un ksar qui existait déjà au début du XVlème siècle. Grâce à sa situation entre le Sud marocain, la Mauritanie et le Soudan, grâce aussi à l'importance de sa confrérie religieuse, la petite cité prit un rapide essor. Très vite la population s'éleva à un millier d'habitants sans compter les esclaves. Les Tadjakant apportaient au Sultan de l'encens, des plumes d'autruches, du henné, des cuirs, de l'or, de l'ivoire, enfin et surtout des esclaves Bambara: C. Doulls en vit une caravane de 520 personnes lors de son passage à Tindouf en 1884. En échange, ils achetaient des cotonnades, du corail, des cuivres, du sucre et du thé. Devenus riches, ils s'installèrent somptueusement dans de belles maisons à étages. En vue de récupérer des animaux volés, Ahmed Degna Ould Mrabet Belamech constitua un djich formé de Beraber, de Doui Menia et d'Ouled Djerir. Malgré un succès initial, le sort des armes ne lui fut pas favorable: les Réguibat alliés aux Aït Oussa, pillèrent Tindouf et détruisirent ses défenses en Mai 1894. En 1915, une quinzaine de familles, sous la conduite d'un chef énergique, tentèrent de relever les ruines de la cité. Mais leurs caravanes étaient souvent interceptées par les Réguibat ; l'une d'entre elles, venant de Tombouctou, chargée de barres d'argent, ne parvint jamais à destination. Tindouf est de nouveau ravagé. Alors, de guerre lasse, en 1918, les Tadjakant se dispersent, et leur chef vient solliciter l'aide des forces françaises, qui ne trouvèrent à leur arrivée à Tindouf en 1934 qu'un seul homme. Trois mois plus tard, seize familles totalisant 35 personnes s'étaient réinstallées. Le chiffre actuel de la 16

population sédentaire de Tindouf est de 2.000 habitants. Ce chiffre à lui seul est éloquent quand on pense que les troupes françaises à leur arrivée en 1934, n'ont trouvé qu'un vieux jardinier. Mais la suppression des esclaves et du marché de l'or, ont ralenti les activités caravanières des Tadjakant, ces grands commerçants du désert. On compte à peu près quatre caravanes par an qui partent de Tindouf jusqu'à Tombouctou et Gao en passant par Taoudeni et qui reviennent six mois ou un an après. Au départ, les chameaux sont chargés de thé et d'étoffes, du Khount, le tissu bleu des chèches qui a donné le nom aux « hommes bleus ». Au retour, les chameaux portent des chargements d'encens en pains très appréciés dans les maisons des Tadjakant de Tindouf et qui se vend plus de 1.000 francs le kilo. Quelques tapis, tentures et figurines en bois d'ébène viennent compléter le chargement. La sebkha de Tindouf est également exploitée par les Tadjakant qui vendent de grandes plaques de sel sur le souk animé de ce petit centre où sédentaires et nomades commercent en bonne intelligence. La vie d'un peleton méhariste La « Caravelle» a déjà sillonné le ciel saharien et, demain, le Berliet 600 Chv empruntera les pistes du désert. Le nomade continue, cependant, à se déplacer à chameau. C'est à chameau qu'on peut le visiter, le contrôler, le secourir. Le peloton méhariste conserve sa raison d'être. Les Unités méharistes ont été créées en 1902 par le Général Laperrine. Un peloton se compose uniquement de nomades du pays qui s'engagent pour une durée variable. Ce sont des commissionnés. La nouvelle recrue doit acheter son chameau, son équipement et pourvoir à sa nourriture. La mission première du peloton méhariste est de maintenir un contact étroit avec cette population d'éleveurs que sont les Réguibat, toujours à l'affût des pluies et des zones de pâturages. Cette vie de nomadisation demande de la part des Chefs comme des hommes une endurance à toute épreuve, une patience qui n'a d'égale que la foi dans l'œuvre pacificatrice de la France dans ce pays. L'aube. C'est le moment où on peut distinguer «un fil blanc d'un fil noir» comme il est dit dans le Coran. Le méhariste se lève, fait sa prière et prépare le feu de bois au centre duquel il a planté le 17

trépied et la bouilloire, le premier thé de la journée. Aux crépitements du bois sec viennent s'ajouter les conciliabules à voix basse des méharistes autour du feu et le bruit fait par le choc du verre de thé vide qui casse à petits coups le pain de sucre. Les chameaux ramenés par les derniers gardes des pâturages voisins sont «barraqués »(2) au milieu du carré. Le départ est sans doute le moment le plus pittoresque de la journée. Aux cris rauques des hommes qui s'interpellent se mêlent les blatèrements désespérés des chameaux qu'on est en train d'harnacher. L'activité est fébrile, chacun fait les gestes routiniers qu'ont fait leurs pères et que feront leurs enfants: pose de la selle, des sacs en cuir sur l'arrière du chameau; mise en place de chaque côté, sur les flancs de la bête, des « guerbas », genre d'outres en peau de chèvres qui retiennent la provision d'eau pour la journée, quelquefois pour plusieurs journées;

le « guech » - mot général qui désigne l'attirail complet du méhariste
une fois arrimé sur les montures, le lieutenant réunit ses sousofficiers pour donner ses ordres. L'itinéraire de la journée avec les différentes étapes est décidé. Une inspection rapide est faite alors par les cadres de tous les chameaux et, au mot de « bismillah» (au nom de Dieu), le peloton s'ébranle à pied. En avant le guide et deux éclaireurs de pointe; de chaque côté du peloton en progression des guetteurs ou « chouwaf» ; puis le peloton, avec à sa tête le lieutenant et en queue les chameaux dits de convoi qui portent la caisse des médicaments, la radio, les vivres supplémentaires, les munitions, les appareils divers.
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Un peloton en marche est silencieux. Chacun, la tête disparaissant sous le «chèche », marche soucieux en avant de sa monture: souci du chef de peloton qui pense à sa mission, aux prochaines tentes, à l'état des pâturages et de ses chameaux; souci du méhariste qui pense à sa famille qu'il ne reverra pas de plusieurs mois, aux dettes qu'il a laissées chez les commerçants du village, à l'état de son chameau, blessé hier sur les pierres de la « hamada» ; souci du guide qui a la grosse responsabilité de l'orientation du peloton. Qu'il rate le puits, qu'il tergiverse un moment pour savoir quelle sera la route la plus courte et voilà son honneur et sa réputation de guide battus en brèche.. .

e) Couchés sur le ventre les pattes repliées.

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Arrive l'heure de la pause. Le soleil est haut dans le ciel, après quelques heures de marche, chacun vérifie le harnachement, fait barraquer son chameau et saute en selle. Voilà de nouveau, le peloton qui s'ébranle, monté cette fois, et poursuit sa route au pas lent des bêtes. Les dunes de l'Iguidi sont à quelques kilomètres. Des tentes apparaissent à l'horizon. Aussitôt les hommes du campement, drapés dans leur grande robe bleue, s'approchent du lieutenant. Ces rencontres ont beaucoup d'allure. Les formules de politesse sont échangées alors pendant plusieurs minutes. Puis c'est la réception des chefs sous la tente. Les nouvelles sont échangées, les médicaments distribués, les chicayas (plaintes à caractère social ou administratif) discutées et les renseignements patiemment recueillis. Pendant ce temps, le peloton a formé « le camp» à proximité du campement et prépare le repas du midi. Le menu est le même pour toute l'année: «chourba» (pâtes à l'eau avec de la sauce tomate) le matin, « couscous» de farine avec des lentilles et des oignons le soir. De temps en temps, quand le chasseur du peloton a réussi au cours de la journée à tuer une gazelle après des heures de poursuite, un morceau de viande vient agrémenter la monotone chourba. Pendant que les uns font cuire les pâtes, d'autres pétrissent la «kesra» (galette) qui chauffera sur un feu de bois sec. La visite sous la tente est maintenant terminée. Il a fallu, assis sur les tapis, ingurgiter de nombreux verres de thé et boire le lait un peu salé des chamelles. Quelquefois, si l'étape est courte, on accepte la «diffa» (réception) complète; c'est alors une fête dans le campement: le chef de tente procède à l'égorgement d'un jeune chameau ou d'un mouton qu'il offrira à ses invités. Après les politesses d'usage échangées avec les nomades, peloton s'ébranle de nouveau et marche jusqu'au coucher du soleil. ce moment, il baraque. Après l'effort d'une longue étape, c'est meilleur moment de la journée. Pour le musulman, c'est l'heure de prière du coucher du soleil, une prière psalmodiée à haute voix. le A le la

Le camp est installé en carré et les ordres sont donnés pour la garde de nuit. Les chameaux débâtés partent de leur pas lent vers les pâturages d'alentour, les narines au vent, la lèvre dédaigneuse. Le feu de nouveau pétille et on se retrouve à trois ou quatre autour de la flamme, assis sur les «illiouich », peaux de moutons tannées. Le 19

lieutenant relève sur son carnet les impressions de la journée, les renseignements recueillis. Le sous-officier radio envoie le dernier message au chef de l'annexe qui se trouve loin, très loin. La nuit est venue. Une nuit avec un ciel tout constellé d'étoiles, un ciel que rien ne vient limiter, un ciel pour vous tout entier. La sécheresse de l'air contribue à rendre les étoiles plus proches des hommes que dans le Nord. La journée est finie. Enroulé dans son burnous (manteau sans manches), le méhariste attend le sommeil. Tâche ingrate, obscure et pourtant exaltante que celle du peloton méhariste. Les jeunes français, officiers et sous-officiers au contact des dures réalités de ce pays, savent qu'ils ne doivent compter que sur eux-mêmes. Pour les méharistes comme pour les nomades, ils représentent la France. L'âme du peloton, c'est le lieutenant. La réussite de sa mission dépendra surtout de son esprit d'initiative, de ses qualités de cœur et de courage: en un mot de ses réactions dans un pays où seul compte l'exemple donné par le chef.

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Tindouf, décembre 1954

Droit coutumier à Tindouf
Éclairage
Pour les Réguibat épris de liberté, fermement individualistes, d'un naturel frondeur, il était normal qu'ils disposent d'un droit coutumier adapté à leur forme de vie très particulière. A les en croire cependant, ils l'admettent difficilement et se disent, en tant que bons musulmans, soumis à la charia, le droit musulman par excellence. Cette étude n'a pas la prétention de traiter un sujet juridique. Elle n'est sans doute pas exhaustive mais elle tente de l'être afin de servir l'administration et de permettre aux chefs de peletons méharistes de mieux régler les cas litigieux. Si sur le plan du statut des personnes et des biens, l'application du droit coutumier est restreinte, il n'en est pas de même, comme on le verra, en ce qui concerne le droit pénal, où les législateurs sont allés au fond des choses et ont légiféré de manière orale, mais connue de tous. Car la coutume est à la base de l'organisation et de la marche de la société. Après quarante années, ces remarques sont-elles encore valables? Si les Réguibat sont restés ces grands pasteurs éleveurs de chameaux, j'aurais tendance à le penser. Sinon, ce droit coutumier est tombé dans l'oubli, dans la mesure où le nomadisme a disparu. Chez les sédentaires de Tindouf

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Tadjakant et Arab-Cheraga

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le Droit Coutumier n'existe pratiquement pas. Tout se règle devant le Fquih(3), faisant fonction de Cadi(4) qui se réfère intégralement au droit musulman.

c) Fquih

pl. Fouqaha. Juriste, mais il ne dispose d'aucune latitude pour prononcer un jugement à l'image du qadi, dont il peut être cependant l'adjoint. (4) Cadi pl. Qudat. Juge qui a tout pouvoir pour appliquer la charia.

Bien qu'adeptes du rite malékite et fervents musulmans, les Réguibat disposent d'un droit coutumier adapté à leur genre de vie particulier. Statut des personnes et des biens

- Celui

qui, récupérant un chameau, le fait travailler doit payer une amende. Si le chameau meurt, il paie le chameau.

- Celui qui vend une chamelle de méniha (prêt) la paie. S'il la vend et qu'elle meurt, il paie le double du prix. - Si un homme est trouvé dans une tente qui n'est pas la sienne, on jugera d'après son attitude. Si celle-ci est sans équivoque, l'homme est tué. Si elle prête à interprétations, il paie un jdâa Geune chameau de 4 ans). - Un homme marié, nomadisant, abandonne sa femme deux ans. Si lors de son retour ilIa retrouve mariée à un autre, le droit veut qu'il la reprenne et abandonne les enfants qu'elle avait eus du second mari. La coutume veut que celui-ci lui paie simplement la dot initiale. - Si un homme frappe sa femme, il doit selon la coutume lui offrir un chameau à égorger alors qu'il n'est pas tenu de le faire dans le droit musulman. - Un homme de qui le chameau meurt alors qu'il nomadise, prend le chameau d'un autre. En droit, il doit le payer. Dans la coutume, il ne le paie pas. Ces légères modifications qui ne viennent pas gêner l'esprit de la loi coranique sont en général acceptées par le Cadi. Au plan pénal Contrairement au statut personnel ou mobilier, ici la coutume diffère du droit non dans l'énoncé de ses lois, mais dans ses sanctions. Examinons ainsi les principaux cas de délits et les différentes diyas ou impôts du sang en droit musulman et dans la coutume réguibi. Tuer sans rnotifvalable (Harnden)

Le meurtrier doit subir la loi du talion (Rouh-bi-Rouh, âme pour âme). Sa seule ressource est la fuite. La « diya» (impôt du sang) ne 22

peut être acceptée. En fait la loi du talion n'est plus appliquée mais la tente et les biens de l'assassin sont brûlés, à l'exception de son fusil qui est remis à la famille de la victime. Tuer accidentellement (Khata)

La fraction ou l'ahel (famille élargie) du coupable aide ce dernier à payer le prix du sang. Il y a responsabilité collective. Ceux qui s'y refusent sont considérés comme hors-la-loi ou plutôt rejetés hors du clan. La « diya » s'élève 1/3 en chamelles 1/3 en chamelles 1/3 en chameaux à 100 chamelles partagées comme suit: de 4 ans (Jdaat) de 2 ans (Mint-el-Boun) de 2 ans (Bnay-el-boun)

Lorsque la fraction du coupable est décidée à payer la diya, elle offre une « Targuiba », sorte de cadeau de vassalité à l'offensé ou à sa famille, avant tout pourparler. Cette «Targuiba» varie entre 1 et 3 chameaux adultes. Ordinairement, un parent de la victime passe du sable sur la bouche, exprimant ainsi son désir de boire encore le sang dont le sol a été arrosé. Jadis, il était prévu la remise d'un esclave. Cette coutume a disparu. Le paiement de la diya demande souvent de longs délais et donne lieu à des arrangements multiples. Tuer un tiers par provocation (Insulte-Gifle) Le meurtrier doit donner tous ses biens à la famille de la victime. Cette diya se monte normalement à 300 chamelles et la fraction ne doit pratiquement pas aider le meurtrier (elle le fait pourtant souvent). Par contre si un gasmi tue un étranger, sa fraction et même toute la Confédération l'aide à payer. Viser un tiers pour le tuer mais la cartouche (Kharmch) Versement d'une demie diya au Reguibi visé. Tirer sur un tiers sans l'atteindre (R'ta) ne percute pas

La réparation (Ghelag) est de rigueur. Une Targuiba est offerte au Réguibi visé. Le responsable devra payer la Targuiba sans l'aide de 23

la fraction s'il était « Harnden », c'est-à-dire s'il a voulu tuer. Il ne faut jamais donner asile à un individu soupçonné d'un crime demeuré impuni et l'on ferme la tente sur son passage. Sortir le poignard du fourreau au cours d'une dispute Paiment d'un chameau « Hag» (adulte de 8 ans). Blessures non mortelles (Thaleb) 1. Donner un coup de poignard et déchirer la « Draa» ou égratigner la peau: La réparation (Ghelag) consiste en un paiement d'une Targuiba Blessure provoquant une infirmité: de la « diya » à payer. La Djemâa décide

2.

3. 4. 5.

Blessure légère avec écoulement de sang: la réparation (Ghelag) par le coupable consiste à payer une indemnité. Une gifle: Réparation de l'injure par une Targuiba. Blessure à l'oreille: « El Ghissas » (1e talion), c'est-à-dire qu'une partie de la «diya» est à payer. La Djemâa (1'Assemblée) décide du nombre de bêtes. Blessure aux testicules: Versement de la« diya ». Blessure à l'œil, aux deux seins: Le coupable doit verser

6. 7.
8. 9.

50 chamelles au blessé - un arrangement à l'amiable peut
également avoir lieu. Blessure à une dent : Versement de 5 chameaux « Hag ». Blessure à une molaire: « Hag ». Versement de 8 chameaux

10. Blessure à un doigt: Versement de 10 chamelles. 11. Blessure à une phalange des doigts de la main: Versement de 5 chameaux « Ahgag ». 12. Défigurer un tiers en le blessant au nez: L'assemblée décide du nombre de bêtes à payer. Le voleur paye quatre fois la valeur du vol, soit la moitié au propriétaire, la moitié à la Djemâa.

24

Faire tomber la tente d'un tiers en tirant le mat Insulte très grave et réparation doit être faite. Le « Ghelag » entre en vigueur. Le Réguibi soupçonné d'être l'amant de la femme d'un autre Il doit jurer sur le Coran de son innocence (il le fait toujours). Le mari peut lui interdire après le serment l'entrée de sa tente. L'amant pris en flagrant délit Le mari peut le tuer ou le blesser. La femme La femme peut demander et obtenir le divorce pour : impuissance du mari, manque de soins et de vêtements, coups. Dans ce cas, le divorce est automatiquement prononcé. Vagabondage de chameaux La coutume qui a trait au vagabondage de chameaux est appliquée fréquemment chez les Réguibatt qui sont toujours en quête d'animaux égarés. Selon la tradition locale, tout Réguibi qui trouve un animal appartenant à une fraction Réguibat doit traiter l'animal comme s'il s'agissait d'une « Meniha» et jusqu'à sa récupération par le propriétaire. Le respect de la coutume consiste à soigner de son mieux l'animal égaré, à l'abreuver, à ne pas l'utiliser et à le restituer à son propriétaire sans en attendre une rétribution. Le Réguibi qui a trouvé un animal est tenu de verser quatre chameaux en remboursement s'il l'a abattu, deux chameaux s'il l'a fait travailler. Obligations pastorales Il est interdit de souiller une « daya» (mare) et l'abreuvage des animaux doit se faire au moyen d'un « hod» (outre en peau de bête). Tout manquement à ces directives, se paye par une amende qui varie d'un pain de sucre à un chameau adulte. 25

Découverte de camelins ou marchandises abandonnées Il peut arriver qu'à cetains moments de l'année, des caravanes soient décimées par la soif et les marchandises abandonnées. Cellesci, peuvent être conservées par celui qui les trouvera mais il est tenu de rendre la nouvelle publique et de remettre les biens au propriétaire. Ce dernier lui versera un certain pourcentage. Remaniement du Droit Coutumier Réguibatt En Juin 1952, les Chefs Réguibat ont reconsidéré leur droit coutumier. Ils ont cherché à faire approuver leur projet par le bureau des Affaires Sahariennes de Tindouf. Ce remaniement du droit coutumier proposé par Lahbib QuId BelIal et Moulay Mouichy portait sur les passages suivants: a) Prise en charge d'un chameau échappé et pension demandée à la restitution. b) Sanction infligée à celui qui ne signale pas une chamelle ne lui appartenant pas et retrouvée dans son troupeau. c) Sanction infligée à l'encontre de celui qui vend une chamelle en « Meniha ». d) Primes de gardiennage. e) Sanction infligée à celui qui entre dans une tente sachant fort bien que les hommes n'y sont pas. t) Sanctions prévues envers ceux qui enfreignent les lois de I'hospitalité. g) Paiement du sang versé (la diya) h) Rappel des sanctions concernant les divers genres et formes de coups et blessures.

26

Janvier 1955

Histoires de chameaux
Eclairage Il faudrait dire «Histoires de dromadaires », puisque les chameaux en question n'ont qu'une bosse. Mais la coutume est la plus forte et les méharistes ne parlent que de « chameaux », vocabulaire le plus couramment employé. Cette note, rédigée à Tindouf en 1955, évoque les sujets essentiels concernant le cheptel camelin. En premier lieu, la quête du chameau égaré. Cette recherche représente une part importante des activités de ces grands nomades que sont les Réguibat. Les bergers de grands troupeaux qui, seul ou à deux, doivent surveiller cent ou deux cents chameaux à la fois, se font souvent surprendre par I 'humeur vagabonde de leurs bêtes. Il est facile d'imaginer l'angoisse du berger quand, au moment du rassemblement, il s'aperçoit de l'absence d'un des chameaux dont il avait la charge! Quand le pâturage est abondant, les animaux broutent I 'herbe de nuit dans un court rayon d'action et il est aisé de les rassembler au petit jour. Mais quand le pâturage est clairsemé, les chameaux peuvent déambuler sur plusieurs kilomètres. C'est alors qu'ils s'égarent, passent dans les troupeaux d'un autre propriétaire ou recherchent un puits où leur prodigieuse mémoire les guide quelquefois à plusieurs dizaines de kilomètres de leur campement d'origine. Rentrant au campement, le berger est obligé de rendre compte à son maître qui le sermonne en conséquence. A partir de ce moment-là, le nomade est à la recherche de son bien égaré. Car il représente un capital très estimable pour peu que ce soit un chameau entier, non castré, susceptible de saillir de jeunes chamelles et de participer ainsi à la croissance du troupeau. Pour pallier à ces inconvénients inéluctables et dont tous les propriétaires de cheptel camelin sont victimes à un moment ou à un autre, les Réguibat marquent leurs

bêtes avec un fer rougi au feu, identifiant la tribu et la sous-tribu à laquelle elles appartiennent. Un chameau possède deux feux, en général l'un à droite et en haut du cou, l'autre à gauche et en bas du cou, mais ce n'est pas une règle générale comme on le verra chez les Sidi Allal qui placent leurs feux uniquement sur la partie droite du chameau. Le premier feu indique la tribu d'origine, le second l' « Ahel» ou sous-tribu à laquelle il appartient. Certains nomades utilisent d'autres signes, comme par exemple, un feu sur la cuisse droite, ou l'oreille droite fendue. Suit une conversation prise sur le vif sous une tente qui traite de chameaux égarés, puis la reproduction d'un dialogue animé qui s'engage, sur un mode ludique et sarcastique concernant les qualités et les défauts des chameaux. Pour clôre ce chapitre, il convient de mentionner la pratique de la « méniha », prêt de bienfaisance ou prêt d'honneur. Sidi Khalil, dans son « Moukhtaçar », en donne la définition suivante: « La méniha consiste à donner une chèvre, une vache ou une chamelle dont le bénéficiaire tire le lait pendant la lactation, puis qu'il rend au propriétaire ». L'emprunteur peut également recevoir en usufruit un chameau dont il se sert, utilise le poil, mais sans aller au-delà. Autrement dit, il s'agit d'un pacte d'assistance mutuelle, d'un prêt de riche à pauvre. Celui-ci peut donc disposer de quelques bêtes à sa guise à charge pour lui de verser « la zekat », impôt religieux, l'une des cinq obligations de l'Islam, à la place du proprétaire. Ce système peut être également un moyen de se couvrir contre les risques de vol. C'est une sorte de contre-assurance qui servait jadis en cas de rezou et actuellement en cas de sécheresse quand les troupeaux se trouvent dispersés sur de grandes étendues diversement arrosées par les pluies. Quant au riche, cette pratique lui permet de procéder à un placement, d'économiser le gardiennage et de faire du bien à peu de frais avec l'espoir « de gagner la récompense divine ». Le croît reste la propriété du prêteur, mais au bout de quelques années, celui-ci ignore souvent l'importance de son troupeau en donation qui s'est multiplié. Les litiges qui s'ensuivent sont difficiles à resoudre. Cependant, propriétaire comme bénéficiaire, essaient de s'entendre: le premier en se plaignant trop, risque de perdre le bénéfice de sa bonne action,. le second, s'il est malhonnête, peut encourir la colère 28

et le châtiment de Dieu. Telle est cette institution remarquable fondée sur la solidarité et la générosité et qui permet aux pauvres de jouir de la richesse des plus nantis sans humiliation.

29

Les feux des chameaux Réguibat Legouacem
Tribu Abel: Sous-tribu ou famille Abel Ahmed El Kibal Labbib ould Belial caractéristiques ~Côtédroit du cou et près de la tête et de au dessus l'antérieur droit

Sidi Allal

~1

~À droite

et en

Hamdi ould Bellal Salah ould BelIal Anbark oul Belial Abel Nouad Brahim ould Abdallah ~Abel Khief Abel Abdelbareh

haut du cou

~(

Oulad Abmed

Sid

Abel Brahim ould Ali Abel El Nahfed 0 M'hamed -...-.1 AbelNouhad 0 M'Hamed ~I Abel Moustapha 0 Hamouaha \-01 Abel Sidi Salah auld Lahcen Abel Sidi Lahcen auld Lahcen Abel Bouibeh ould Lahcen
Abel auld Sidi Salah

À droite et en haut du cou

10-

À droite et en haut du cou et le I à la base.

Côté ~,cou. gauche du
Côté droit du cou et un feu sur les

30

Tribu

Abel: Sous-tribu ou ramille

caractéristiques mâchoires inférieures droite et gauche. Oreille dr. fondue, Oreille g. étalée, (ceci pour les chamelles).

Oulad Sidi Abmed (Suite) Et Hameidnat
\.-Ir

Abel Hameidnat Abel Ahmad ould Ali Abel NaI'ssan ould Ali Abel Mouloud ould Ali
L....O

I

,

À droite et en haut du cou

Sellalka
\--SI

Abel M'sida ould Yaya

À droite et en Haut du cou

t

.....-- D I
À droite et au milieu du cou et . près de la tête.

Fadel 0 Heimed 0 Mouloud (Cheikh) Abel Quid Yaya Abel ADfar Oulad Mouguibila Oulad Abiri

'--'"

~1

Labcen ou Hamed

~1
À droite et en haut du cou

Abel Sid Ali 0 Aownar Abel Rourchat \--91

~I

AbelDaho
Abel Taleb M'hamed
Lahbib 0 Abdallah 0 Moubarik
Abel Sidi Abdallah ould Ahsen

~I Oreille dr. fendue (Chamelles)
\J

\ t......P I

Et les deux oreilles
étêtées (chamelles)

31

Tribu Jenha À droite et en haut du cou
---"

Abel: Sous-tribu ou famiDe

caractéristiques

\

Abel Salah 0 El Hadj Abel Hammoud Abel Habib 0 El Hadj Abel 0 Allal Abel Brahim Abel Al Arabi Abel Ahmed 0 M'Hamed Abel Belkacem 0 Allal

.-JJ

\,-.J

Belkacem ou Brahim
~À droite et

Sm la cuisse droite
À ~I droite et en haut

AbelSidi Salem
Hamidi ould Lahbib Brika ould Bou Ali Abdallah ould Bou Ali Moblay ould Mouichy

~I

,-,I

en haut du cou

--Abel Abdelwahab Lahbiyib Sellam I-Jlt À droite et en haut du cou Abel Suilem Abel H'Mouda Ahmad ould Brahim Abel Bou Sbest
Abel Samba Mahjoub ould Souilem Abel Cheikh Ali Abel M'Sayed
\,....J '---D

du cou

\
~I

Et un feu à la cuisse droite

L."
'-,
\\~

~\\
\( À la base du cou

Abel Ajrab
Abel El Oradi

\..-On

32

Tribu Lebouibat ~I À droite et en haut du cou

Abel: Sous-tribu ou famille Abel Chadi El Abiod Abel Md Sidi Ahmed Abel Sidi Abdallah Abel Sidi Moussa Abel Ba Bouih Abel Bouadi Abel Sida c...-II I \..-Q

caractéristiq ues

,l

-..\
\.-JI.\
......, (

Et une des oreilles fendue (chamelles) ~(

Abel Ba Ali Mokhtar 0 Louali

. --:.,

Abel Sid Abmed Ben Yaya ~\ ~o, Sidi Bou Jamaa Abel Rouba ........\ Abel Ba Bouzid ~I Abel Lahcen l...J\o Souid 0 Abderahman ~, Abel Sid Alawine

AbelDedda
Sai"dould Jownouani Abel Sidi AbdaUab Abel Smaïn 0 Boua)"a
Bouaya ould Brahim

,--,I
I"....J 0 -.AI

~,
.....,.J
1

Et l'oreille droite

Sidy M'Hamed 0 Bouadj

~, fendue

33

Lebou1bat (suite)

Abel Saleh 0 Bouih Abel Mbark ould Bouih

AbelAllalouldBouih
Abel Brik ould Boujemaa

---'

Fokra

AbelAllal
Abel Sidi M'Hamed Abel Bah Al Ayech AbelYbaya Abel Sidi BliIa Abel Brik Abel Menasra Abel Sedadra Abel Bouih Abel Sidi Mbark Mousœpha ould Jamaa Abel Lemjed Abel Sidi Mouloud Abel Targui SardouldRabah t",..l~ ,...t~

--,I
À la base du cou

---SI

,

Presque à la base du cou

\....-3 À la droite et au milieu du cou
,

\-J\ \..-J

I
!

A droite et au
~~~milieuu cou et d

.

t.

I sur la mâchoire
Abel Baya AliouldAbda1lah Lemjed ould Bouhaha
Abel R'ma Abel Telba Abel Cho\Ûnat

L.-8 \..-..A

I \ "A.
,

I , ~i I ~i

i inférieure

droite

droite

et à la

base du cou

34

Tribu Fokra (Suite) \-.S1( À droite et à
la base du cou

Abel: Sous-tribu ou famille Abel Taleb Ahmed Abel Sidi Brahim
Abel Rarsses Abel Sidi Abdallah Abel Sidi Aoumar

caractéristiques À droite et à la

~I baseducou

Reguibat Sahel
Tribu Oulad Moussa
~En haut et à

Abel: Sous-tribu ou famille
Oulad Yaggouta
Oulad El Qadai

caractéristiques

LJ
Et sur la mâchoire inférieure droite
~Et

-3

droite du cou

Nah 0 Daf(Abel Lahcen) Oulad Lahcen Mohanmeb 0 Sidi Salem ~Mubarak Sidi Hamouad 0 Sma}1oui El Bardi
~Muhamed 0 Cheikh Mubarak

I à la base du

cou

Oulad El Houssein
~Bouhaya ould Daha

I--S
Au-dessus de ~l'épaulede l'antérieur droit
Un ou deux feux à la cuisse droite

BabaHadi
Oulad Maya
Oulad Abdelwahab

r5

35

Tribu Souad

-S
À droite et en haut du cou

Abel: Sous-tribu ou famille Oulad Bou Sard Omar ould Harmouad Abel Ba Brahim Abel Khali Yahya
Abel Brahim ben Abdallah Abel Querraba Abel Abd El Hadi

caractéristiques

~I
~Et ur la 6 mâchoire infodr.

~I
~)(

~H

Aoumar ould Mohamed ~Oulad Daoud
,

A droIte et en haut du cou

~"

AbelBoya Abel Salem
Aomar ould Brahim Abel Baba Ammi Abel Dleimi
Abel Abeidi

\~
I~I
--.-:S'

I

Et/ à la cuisse dr. et 2 feux sur le nez Et à la cuisse dr.

I

Oulad Cbeikh À droite et en
~hautdu cou

.-5
.-S -5. -4
Sur le côté dr de la mâchoire inf.

Abel M'souir Abel Lebouissat

I---:$' I
\.J

Abel Omar ould Brahim Abel Baba Ali Abel El Hadj Abel Labouissat Abel Brik Abel Toushar Oulad Taleb

---5/

....:::.s-

36

Tribu Taslat

Abel: Sous-tribu ou Camille
El Bachir ould HaYmouada

caractéristiques

,~ A iteeten
haut du cou

-r~

Et

0

sur

la

mâchoire infodr.

Oulad Bou Rahim

-,'"

@

F eux d e quelques t n.b us maun .tan.lennes I
Les Oulad Amoni

-<:.

Sur le côté droit

ducou

Smacid Larlal

.. -

Surla cuissedroite Sur le côté droit du cou
Sur la cuisse droite

W
,-!>

Les Ida ou El Hadj Oulad Bou Sba Abel Hadj Les Tadjakant (Oulad Noussani)

-

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37

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