Survivre à la violence humaine et à la perte d'un enfant

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À travers ce récit véridique, l'auteur vous livre son destin tragique de femme bafouée et de mère meurtrie. Après toutes ses souffrances, le chemin de la médiumnité s'ouvre pour cette femme extraordinaire.


Elle mettra ce don, ainsi que ses connaissances et sa compassion, au service des autres.


En juillet 2011, elle tombe dans le coma. Lors de celui-ci, elle aura la révélation d'écrire le livre que vous tenez en main. Cette démarche lui permettra de se libérer complètement de ce passé douloureux.


Aujourd'hui, elle peut enfin poursuivre sa route en tant que femme libre et en toute sérénité. Par ce livre, elle souhaite aider toutes les personnes qui vivent des situations semblables ou difficiles.


Publié le : vendredi 1 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334102087
Nombre de pages : 166
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ISBN numérique : 978-2-334-10206-3

 

© Edilivre, 2016

Survivre à la violence humaine et à la perte d'un enfant

 

 

Ayant quitté ma maman et ma sœur à cause des méchancetés et des brimades que je subissais quotidiennement, je suis allée habiter chez une camarade quinze jours, j’avais un copain Jean Lambert qui me proposa avec l’accord de ses parents d’habiter chez eux. La police passait toutes les semaines pour prendre de mes nouvelles. Voyant mes souffrances, ils m’ont conseillé de me marier pour me libérer de ces atrocités. Cela m’avait fait réfléchir et nous avons pris ensemble la décision de nous marier à nos dix-huit ans.

La maman de Jean était d’accord mais à une condition que Jean continue de lui donner son salaire pendant un an. Ils avaient de gros problèmes financiers, mais elle avait promis de contribuer aux frais vestimentaires de son fils.

Nous nous sommes mariés le 22 août 1959 à Tubize.

Nous travaillions à la tuilerie d’Hennuyère du lundi au samedi. Le trajet était long et très fatiguant.

Le travail était très lourd. Grâce à nos efforts, nous sommes parvenus à faire quelques économies. De ce fait, Jean décida d’acheter une moto, pour moi c’était une bonne idée, mais il voulait la roder tout seul pendant une semaine. Je n’étais pas d’accord, car il me proposa de continuer à vélo. Offusquée, je l’ai regardé fermement lui disant qu’il n’en était pas question. Malgré notre conversation, Il était parvenu à la prendre seul une journée. En rentrant le soir, je lui ai demandé des explications concernant le changement de vitesse de la moto. Pourquoi dit-il ? Parce que je veux aussi rouler !

A l’âge de quinze ans, j’étais allée chez une voisine et en sortant j’ai été témoin d’un accident, c’était une collision entre une voiture et une moto. Le motard avait été projeté par-dessus la voiture. Quand les policiers sont arrivés sur les lieux, Jeanne, ma voisine, leur dit que j’avais été témoin. Mais qu’elle n’était pas présente. En réalité, elle ne voulait pas s’en occuper. Peut-être avait-elle une crainte de témoigner. Je fus donc la seule à être convoquée au tribunal. J’ai expliqué clairement comment l’accident s’est déroulé. L’avocat du motard m’accompagnait au procès face à la partie adverse. Au début je me demandais pourquoi, j’avais un avocat contre moi vu mon âge, je n’étais jamais entrée dans un tribunal. Puis j’ai compris que l’avocat adverse défendait l’autre personne.

A l’intérieur de moi, je me suis dit : « Attend, moi j’ai bien vu que la voiture avait renversé la moto. » En regardant alternativement le juge et l’avocat adverse, j’ai expliqué tout en détail. Et j’ai terminé ma description en leur disant : « C’est comme ça que cela s’est passé. » Le monsieur de la moto a fini par gagner. Je décris cette histoire car elle sera importante pour la compréhension de la suite du récit. Ce monsieur habitait pas très loin de chez nous.

J’ai redemandé à mon mari qu’il m’explique les vitesses de la moto car je souhaitais faire un tour. Il a refusé. Alors, j’ai décidé de la prendre et de partir seule. Arrivée un peu plus loin, j’ai calé le moteur de la moto. Le motard qui avait eu l’accident était justement là. « Il m’a reconnue malgré les quelques années passées. Comment ne pas se souvenir de cette petite fille de quinze ans qui ne se laisse pas faire au tribunal pour défendre une personne accidentée. »

Soudain il me crie : « Madame, attention ! » Je lui ai répondu : « Ça va aller Monsieur. » J’ai continué mon petit tour. Arrivée sur l’autre chemin, j’ai vu le fermier conduisant son troupeau de vaches. Angoissée, je me suis demandé ce que j’allais faire ; le troupeau de vaches était au milieu de la route. Le fermier s’est dit : « cette femme va foncer dans mes vaches. »

Si vous aviez vu à quelle vitesse il a fait aller son troupeau sur les côtés. Heureusement, je suis passée au milieu et je m’en suis sortie indemne sans heurter une seule vache. Mon mari, qui était un peu plus loin, avait vu ce que je venais de faire. Il s’est énervé violemment contre moi, essayant de me dissuader de prendre encore les deux roues. Mais rien à faire, je ne lâcherais pas. « Jean demain, je t’accompagne en moto au travail. Si tu refuses, je pars seule ». Il a enfin compris que j’étais capable de le faire.

Nous sommes restés un moment chez ses parents. Mais douze mois plus tard, j’ai décidé de chercher une maison. Il y en avait une petite qui était disponible au « renard », petit hameau de Tubize, justes quatre pièces. J’ai téléphoné à la propriétaire, qui a accepté de nous la louer. Nous n’avions presque rien : « juste un lit, une petite garde-robe, un feu qui ne chauffait presque pas, une table, quelques chaises, un fauteuil, deux cuillères, deux fourchettes et deux couteaux. » Mais au moins nous étions chez nous. Entre-temps ma belle-mère est décédée.

Le plus jeune frère de Jean est venu habiter avec nous. Je lui ai donné un horaire d’heures de rentrée. Mais il ne l’a pas respecté. Il rentrait toujours très tard. Je me souviens qu’un jour, j’avais cuit des pommes de terre, mais j’avais oublié d’ajouter du sel. Son frère mangea le premier et ne dit rien. Par contre mon mari s’est de nouveau énervé sur moi.

Nous n’avions d’aide de personne, nous devions sans cesse nous débrouiller seuls.

Mon beau-père travaillait dans un dépôt de marchandises destinées aux magasins à Bruxelles. Il cherchait du personnel. Je suis allée m’inscrire et j’ai été engagée.

Après le décès de sa femme, mon beau-père est venu habiter Quenast.

Comme il n’habitait pas trop loin de chez nous, j’étais allée lui rendre visite. A mon arrivée, « il mangeait sa tartine avec une tasse d’eau. » Surprise de voir cela, je lui ai demandé pourquoi il la mange avec de l’eau. C’est à ce moment que j’ai compris qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir plus. Il devait rembourser les funérailles de sa femme. Touchée, je lui ai proposé de laver son linge quotidiennement et de lui préparer ses tartines pour le travail. Ses enfants habitaient pas très loin de chez lui et ils auraient pu s’en charger.

A cette époque, je travaillais au magasin avec mon beau-père. Un jour, j’ai laissé tomber un paquet sur mon pied. Je n’ai rien dit à la patronne.

Le soir, de retour chez moi, mon pied et la jambe ont commencé à gonfler. Le lendemain, je n’ai pas pu me présenter au travail. J’ai téléphoné au docteur. « Madame, vous devez rester une semaine avec la jambe étendue. Je reviendrais vous voir dans quelques jours. »

Trois jours plus tard, j’ai reçu la visite du docteur. « Je ne lui ai pas ouvert la porte. » Je n’aurais pas osé lui dire que je n’avais pas d’argent pour le payer. C’était une erreur de ma part. Je sais qu’il aurait accepté d’être payé la prochaine fois. J’ai toujours en moi cette peur d’enfant : la honte de manquer d’argent. Je préférais encore ne pas me faire soigner.

Je suis restée une semaine chez moi. La patronne a refusé de me reprendre. Pour elle, j’étais restée absente trop longtemps. J’étais responsable de ne pas avoir déclaré qu’un paquet était tombé sur mon pied.

Je ne me suis pas découragée. Quand je serai bien rétablie, je chercherai un autre travail. Je ne pouvais pas me permettre de rester sans travailler. C’était impossible pour moi de me soumettre à la domination d’un homme. Pour l’entendre dire : « Tu ne travailles pas, donc tu n’as rien à dire ? »

Je suis allée acheter le journal. J’ai cherché dans les annonces et j’en ai trouvé une qui informe que Novak à Bruxelles engage du personnel.

Je suis allée me présenter et j’ai reçu immédiatement mon contrat pour commencer le lendemain. Je fais toujours la route avec mon beau-père. Tous les jours, je lui offre son petit dîner. La vie n’est pas facile pour nous-mêmes. Je le respecte pour ce qu’il a fait pour moi. Chez Novak, je gagne bien ma vie. Cela nous permet de nous installer plus confortablement. Alors que je travaillais depuis trois mois, un soir en rentrant chez moi, je constate que mon mari n’était pas à la maison. Où pouvait-il être ? Je réfléchis : « Celui-là est sûrement au café. »

J’ai fait la route à pied de Tubize à Hennuyères. Il était en effet au café avec d’autres collègues de l’usine. Il était saoul. Je lui dis : « Jean, il faut revenir. » Il était à moto. Je voulais conduire, mais il a refusé. Alors, j’ai décidé de m’assoir derrière lui sur la moto pour rentrer. Je ne peux dire comment nous sommes arrivés chez nous sans accident. Il roulait le plus souvent au milieu de la route.

Arrivé chez nous, il a commencé à discuter. Je n’ai pas répondu. Il est devenu violent et il a arraché l’évier du mur. Puis, il est monté dans la chambre pour la détruire. Je n’ai pas réussi à le calmer. J’ai téléphoné à son père pour lui demander son aide. A son arrivée, mon mari ne l’a pas laissé entrer. C’est Zulma, la femme du café en face, qui est arrivée à le maitriser. Toute cette violence parce qu’on lui avait dit à la tuilerie que les femmes qui travaillaient à Bruxelles étaient des coureuses. Comment est-il possible de se laisser monter la tête comme ça ? Il pouvait venir me surveiller à Bruxelles. Je savais bien que je ne faisais rien de mal. Malgré toute cette souffrance, j’ai continué à travailler chez Novak.

Un jour, en rentrant chez moi, j’ai trouvé Jean en pleurs. Que se passe-t-il encore ? « J’ai perdu ma paye ou alors, on me l’a volée. » Décidément, il ne manquait que cela, alors qu’on avait déjà très dur.

Je n’habitais pas très loin de maman. Je ne me sentais toujours pas le courage de lui rendre visite. Il me faudra du temps pour oublier le mal qu’elle m’a fait et qu’elle a laissé me faire par ma sœur. Un de mes frères est arrivé chez moi, nous faire un petit coucou. Il avait trouvé un billet de cent francs. Il me l’a donné, puis est retourné chez maman. Une demi-heure plus tard, il est revenu me demander de lui rendre le billet de cent francs. Il en avait sûrement parlé à maman et elle l’a obligé de venir les rechercher.

Un mardi, Jean et moi, nous étions descendus à Tubize à moto. Mon mari devait faire des courses à la rue de la déportation. Moi, je suis restée à la chaussée de Mons faire les miennes. On s’était donné rendez-vous à la gare. Il y avait déjà un moment que je l’attendais. J’étais inquiète de son retard. Quand il est enfin entré dans la gare, je fus soulagée. Je lui ai demandé ce qui s’était passé. Il m’a répondu : « J’ai eu un accident. » Là, ma première parole a été : « et la moto ? » Lui, il n’avait rien puisqu’il était là. Mais la moto, était complètement détruite. Nous avons souvent évoqué ma première parole : « et la moto ? » Nous étions dans l’obligation d’en acheter une autre.

Nous avions décidé de faire une petite promenade, quand soudain, Jean me dit : « Je n’ai plus d’essence. » Nous étions dans une montée. Je le regardais pousser. « Arlette, me dit-il, vous pourriez m’aider. » « Non Jean, quand on veut une moto faut savoir qu’il faut mettre de l’essence. » Sur la route, nous avons rencontré un voisin. « Vous êtes en panne Jean ? » « Oui je n’ai plus d’essence. » Le voisin lui a demandé : « Vous avez déjà mis la réserve ? » Mon mari n’était pas au courant qu’il y avait une réserve.

Moi, qui ne peux pas me taire, je lui dis : « Jean Lambert quand on veut une moto, faut savoir qu’il faut mettre de l’essence à temps et qu’il y a une réserve. » Après nous avons eu des fous rires en pensant à cette réplique. C’était une nouvelle, il ne devait sûrement ne pas savoir comment il devait faire, aussi trop fier de me le demander.

Un de mes beaux-frères travaillait pour un dépôt de bières. Il devait faire la route tous les jours. Une après-midi, il est passé chez moi. « Arlette, je suis à l’avance sur ma tournée. Je suis passé de faire un petit bonjour. Est-ce que je ne te dérange pas ? » Je lui ai offert une tasse de café. Nous avons parlé un peu de son travail et du mien. Je venais de terminer de mettre mes portes en couleurs. J’étais fière d’avoir fait quelque chose dans la maison. Je lui ai dit : « Regarde, j’ai mis les portes en couleurs dans toutes les pièces. Veux-tu les voir ». Oui, je sais que tu es fière quand tu peux améliorer ta maison. « Je lui ai montré, sans penser qu’il aurait pu imaginer autre chose. Quand nous étions à l’étage, il me dit : « Et maintenant si je te jetais sur le lit ? « Je l’ai regardé : essaye seulement. Je crie et je te flanque une gifle dans la figure. Maintenant, tu peux partir. Je ne suis pas une pute comme on a voulu le faire croire. »

A vingt deux heures, quand mon mari est rentré de son travail, je lui ai raconté ce qui c’était passé avec son frère. Jean à fait comme si cela ne le dérangeait pas. Pour moi ce n’était pas une réaction normale. Quelques années plus tard, il m’accusera de vouloir abîmer des ménages. Ce fût une grande surprise quand il m’a dit : « Chez nous cela se fait en famille. » Je suis restée sans voix. A quoi devais-je encore m’attendre.

Le week-end nous allions chez Zulma, le café en face de chez nous. Les hommes jouaient aux cartes, les femmes discutaient entre elles. En ce temps-là c’était comme ça. Nous n’avions pas les moyens de sortir.

Un mercredi, je vois arriver mon frère avec un tableau que mon papa avait gagné. Cela représentait l’ancienne place de Bruxelles avec la diligence. C’est pour toi me dit-il. Je le regarde, que va dire maman ? Il m’a répondu : je suis sorti sans me faire voir. Maman le savait-elle ? Je n’en sais rien.

Je suis toujours restée en contact avec Flore et Emile, deux camarades de ma maman. Ils m’ont toujours accueillie à bras ouverts. Ils m’appelaient toujours. » La petite Arlette. » Eux aussi devaient sûrement savoir certaines choses que j’avais subies. Je me souviens que Flore disait que j’avais eu une enfance malheureuse. Je comprends maintenant ce qu’elle voulait dire. Je vous remercie Flore et Émile de l’accueil que j’ai toujours reçu chez vous.

Le docteur passait chez moi une fois par mois. Ce jour-là, Jean était parti travailler au petit jardin que nous avions un peu plus loin. J’avais laissé la porte ouverte. J’étais dans l’autre pièce et je chantais. Quand soudain j’entends crier. C’était le docteur, je n’avais pas entendu la sonnette. « C’est vous madame qui chantez comme ça ? » « Oui docteur. » J’étais un peu gênée. Je pensais souvent à ce que ma sœur disait quand je chantais : Arrêtez, vous chantez faux. Elle ne supportait rien de moi. A chaque fois ses paroles me revenaient. « Je vous félicite madame. Il faut continuer. » Merci docteur.

A ce temps-là, je travaillais toujours chez Novak. J’ai décidé de dire au chef que j’allais arrêter de travailler. Il ne comprenait pas pourquoi. Durant mon préavis, il me demandait tous les jours la raison de ma démission. Nous sommes contents de votre travail Arlette. J’ai menti en disant que je ne supportais pas les voyages en train. Je ne voulais pas lui dire que c’était à cause de mon mari et des médisances.

Quand je rentrais le soir c’était toujours des discussions. Il continuait à écouter ses collègues qui lui faisaient croire qu’on était des coureuses parce qu’on travaillait à Bruxelles. J’aurai dû lui dire : Jean si cela ne vous plaît pas tant pis. Moi je ne quitterai pas un travail que j’aime. Tous ces problèmes à cause de la méchanceté de certaines personnes ! C’est ainsi que j’ai terminé avec regret mon travail chez Novak.

Le lendemain, en route pour la tuilerie, je suis allée trouver Roger le chef. Je lui ai dit : « demain, Roger, je reviens travailler ici. » Il m’a regardé étonné. Roger j’ai quitté mon travail à Bruxelles à cause de Jean. Je ne peux me permettre de rester sans travail. Je te comprends Arlette. Tu peux commencer demain. Merci Roger.

Un soir, mon mari et moi sommes partis au cinéma. Nous étions en vespa. Au retour, mon mari s’est énervé sur moi sans raison. Il m’a dit : « Je vais vous jeter en bas de la moto. » J’ai callé mes jambes, afin de ne pas tomber. Il freinait, puis accélérait. Mais je suis restée sur la moto.

Un jour, alors que je me promenais, j’ai rencontré une ancienne voisine Simone. Bonjour Arlette comment vas-tu ?

– Bien merci.

– Comment va ton bébé ?

Je suis tout étonnée.

– Quel bébé ?

J’étais surprise de ce qu’on avait bien pu lui dire.

– Ma sœur est sûrement venue vous dire que j’étais enceinte.

– Oui Arlette.

– Là Simone, il est encore à venir. Je pense qu’elle ferait mieux de se taire. Moi je ne me suis pas mariée parce que j’étais enceinte ; mais elle oui. »

Je n’ai absolument rien envers ces personnes. Mais je pense qu’il faut parfois réfléchir avant de dire des mensonges.

– Oh excuse-moi Arlette.

Mon beau-père a fait la connaissance d’une dame qui habitait Bruxelles, il est allé habiter chez elle.

Nous avons déménagé pour aller habiter dans la maison qu’il occupait à Quenast. Elle était un peu plus grande.

A la tuilerie, ils ont décidé que les membres du personnel qui le désiraient, pouvaient donner du sang. Mon mari me dit : « Arlette je vous défend d’en donner. Jean, je vais donner du sang comme les autres. » Et je suis tombée dans les pommes. Naturellement les hommes sont venus te le dire. Tu étais en colère et tu avais raison. Mais quand je disais je vais le faire, personne ne pouvait m’en empêcher.

Je travaillais toujours à la tuilerie. A vingt-deux ans je me retrouve enceinte. J’ai travaillé le plus longtemps possible. Je remercie mon mari d’avoir fait attention pendant ces quatre années. Toutes ces pilules, je ne les supportais pas.

J’ai été malade durant toute ma grossesse. Je ne désirais pas prendre des médicaments. J’avais trop peur d’avoir un enfant handicapé. J’avais toujours des envies de pêche. J’en mangeais quatre kilos par semaine. Je ne suis jamais allée chez un gynécologue. Une dizaine de fois pour une visite chez mon docteur traitant ; c’est tout.

La date de l’accouchement était prévue pour le trente septembre. Le vingt-quatre, les voisins ont remarqué que j’avais les jambes très gonflées. « Arlette fait attention, tu as sûrement de l’eau pour qu’elles soient gonflées de cette façon, va voir un docteur. »

J’ai appelé mon mari : « Jean, je vais à la clinique passer une visite. » Il me demande la raison. « Je désirerais avoir l’avis d’un docteur. Prépares-toi. J’arrive de suite. »

Mes voisins me demandent : Comment vas-tu aller à la clinique Arlette ? En moto ! J’ai dû rire en voyant leurs têtes. « Arlette, fais attention. » Me disent-ils.

Nous voilà partis ; Quenast-Braine-le-Comte. Sur la route, je pensais : « Arlette tu vas accoucher à ton arrivée à la clinique. » Nous n’avions pas de belles routes comme maintenant.

Arrivés à la clinique, je passe la visite. Le docteur me dit :

– madame, demain vous êtes ici.

– Non-docteur, c’est pour le trente. Nous sommes seulement le vingt-quatre.

– Comment êtes-vous venue madame ?

Je le regarde avec un petit sourire : « en moto docteur. »

Il fallait voir sa tête, quand il a regardé l’infirmière en disant : Ce n’est pas possible !

– Si docteur.

– Comment aller vous retourner ?

– Comme je suis venue docteur.

– Madame, demain matin vous êtes ici. Si vous avez de fortes douleurs, venez de suite à la clinique.

– Oh docteur, il y a encore quelques jours.

Il avait raison, le lendemain matin, je me lève avec mon mari. Il est parti au travail. Cinq minutes après son départ, j’ai commencé à avoir de fortes douleurs. J’ai demandé à la voisine de téléphoner au patron de Jean pour qu’il revienne. Il l’attendait sur la porte : « Monsieur Lambert, faite demi-tour, votre femme va accoucher. »

Je suis rentrée à sept heures. Je souffrais beaucoup. La sœur accoucheuse, voyant qu’elle n’y arriverait pas seule, a demandé l’aide du docteur. Mon fils, tu as poussé ton premier cri à vingt-deux heures quarante-cinq.

Pendant mes douleurs, Jean était près de moi. Il n’arrêtait pas de fumer. Il me disait : « un enfant pas deux. » La sœur lui demande : « Voulez vous une tasse de soupe monsieur ? » « Non merci. » « Je n’ai jamais vu ça. », dit la sœur. Mon mari avait rempli un grand cendrier de mégots.

Le docteur aurait dû me garder la veille à la clinique. Mon fils pesait trois kilos neuf cent cinquante. Mon accouchement a été très dur. Ce sont des souffrances qu’on oublie vite. Il était en bonne santé. C’est la plus belle chose que l’on désire.

Nous l’avons appelé Serge. Certaines nuits, il pleurait. Une infirmière plus âgée lui apportait un biberon d’eau sucrée. « S’il pleure madame, c’est parce qu’il a faim. » Une nuit que tu pleurais, une jeune infirmière est arrivée. Elle est partie avec toi. J’entendais toujours pleurer. Je suis allée la trouver. Je lui demande où est mon fils ? Elle ne répondait pas. J’ai ouvert toutes les portes. Tu étais là avec d’autres bébés qui pleuraient. Je t’ai repris, je regarde l’infirmière : « si vous ne lui préparez pas un biberon d’eau sucrée, je le fais moi-même. » Elle me répond : « Ça commence bien ! » Elle t’a fait le biberon. Je t’ai repris près de moi. Tu as dormi toute la nuit.

Ton baptême s’est fait à la clinique.

Quand nous sommes rentrés à la maison, je suis allée à la ferme pour avoir tous les jours du lait de la même vache. Je n’ai plus eu de problème avec toi.

Ton parrain était le plus jeune de mes frères et ta marraine Lucienne la sœur de papa.

Mon mari a quitté la tuilerie et est allé travailler à la carrière. Il travaillait toutes les nuits. Au début, j’avais un peu peur toute seule avec mon fils. Puis, je me suis habituée.

Un matin, au moment de te donner le bain, je vois que ton petit zizi était tout gonflé et bleu. Je suis allée téléphoner au docteur, il est arrivé. Papa est revenu entre-temps. « Préparez des linges dits-il. » Il regarde mon mari « Il faut tenir votre fils pour qu’il ne bouge pas. » Oh mon Dieu ! C’était terrible de voir toute cette infection. Mon mari s’est senti défaillir. Le docteur le couche sur le divan. Il me dit : « Vous madame, vous avez intérêt de tenir le coup. Tenez bien votre fils. » A ce moment, je me suis dit : « Arlette tu dois tenir pour ton fils. » Quand c’était fini, je suis sortie. Je sentais que je devenais malade. Je me sentais de plus en plus mal et je suis rentrée. Quand le docteur m’a vue, il me dit : « ce n’est pas possible. On ne sort pas quand on devient malade. » Il a fait lever mon mari du divan. C’était à mon tour de me coucher.

Oh mon fils, tu nous as fait peur ! Après, on devait te décalotter une fois par semaine. Quand c’était le jour, mon mari et moi on se regardait. « Qui va le faire ? Jean c’est vous l’homme. Faites attention à ne pas lui faire trop mal. » C’était la même discussion toutes les semaines.

Tu as commencé à marcher à un an et demi. Tu es tombé. Tu avais peur. Je ne t’ai pas forcé. Quelques mois plus tard, j’étais dans une autre pièce que toi, je te vois arriver. Tu marchais sans te tenir. J’étais fière de toi.

Un après-midi, je devais aller au jardin. Tu voulais venir avec maman. « Non Serge, il pleut trop fort. » Tu me regarde et arrache un morceau de tapis. J’ai frappé une fois sur ta main ; pas très fort. « Serge, ça tu ne peux pas faire. » Je t’ai expliqué la raison et tu n’as plus jamais touché à rien. Si on ne leur fait pas comprendre, ils pensent que c’est normal.

Des amis passaient de temps à autre chez nous avec leurs enfants. Ceux-ci étaient parfois très difficiles. Ils grimpaient sur le divan. Mon fils venait me dire tout bas : « Moi, je ne fais pas ça. » C’était pour me faire comprendre « Pourquoi laisses-tu faire ça ? » Il avait raison.

Tous les jours, j’allais faire une promenade avec mon fils.

Mes deux belles sœurs Andréa et Lucienne habitaient un peu plus loin de chez moi. J’étais descendue pour faire des courses avec Serge. Andréa était devant chez elle. Je lui dis bonjour, elle ne me répond pas. Cela c’est passé trois fois de suite. Pourquoi pas de réponse ? Je n’en sais rien. On ne joue pas de cette façon avec moi. Tu ne me réponds pas. Je ne discute pas, comme on dit. Si tu veux me dire bonjour, ce sera toi qui le dira la première.

Un jeudi, je décide de faire des courses, je passe chez Lucienne, la sœur de mon mari. Elle pleurait. Je lui demande pourquoi. Elle me dit : « Je me...

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