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Survol d'une mémoire

De
138 pages
L'histoire ouvrière est faite d'une succession de luttes et de souffrances. Des combats pour obtenir enfin la dignité qui, jusqu'à une époque récente, avait été refusée aux travailleurs. Cette histoire est peu à peu devenue inséparable de celle des syndicats. Du XIX° siècle à Mai 68, l'auteur retrace les étapes marquantes, à ses yeux, de l'éveil de la dignité ouvrière. La contestation naît d'une certaine vision de l'homme et du refus de l'insupportable. Ce survol encourage les nouvelles générations les combats de ceux qui les ont précédées.
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 Collection « Aux marges de l’écriture  Directeur de collection : Agnès Royer  Parce que peut trouver son moyen chacun d’expression par l’écrit et l’édition, Parce que d’expériences méritent d’être connues tant et ne trouvent pas de place dans l’édition, Parce que c’est la marge qui donne à la page sa respiration, Nous proposons cette collection ouverte à un grand nombre.     
Déjà parus :  La Vie jusqu’à la dernière goutte(Danièle Massardi) René Théophile Laennec(Étienne Subtil) Le Puits perdu(Elie Dermarkar) Mon insouciance de 1914 et nos angoisses de 1939 à 1944 (Adrien et Suzanne de Givenchy) Pour ce soir et demain(Elie Dermarkar) Un alphabet pour une Gabonite(Andrée Brébant-Cogniard) Peaux de Vaches et Noms d’oiseaux fable Une bourreaucratique (Chantal Ferdinand)      
  © L'Harmattan, 2011 ISBN 978-2-296-54488-8 EAN 978229654488 
 
    
                        
  
Auguste Marcon
Survol d’une mémoire
L’Harmattan
 
 
Avant-propos
  L’histoire ouvrière est faite d’une interminable succession de luttes et de souffrances. Car c’est bien à travers les luttes, souvent dramatiques, que les travailleurs sont peu à peu parvenus à construire une dignité et une liberté dont ils étaient spoliés depuis très longtemps.  cause de ces combats sans fin, les travailleurs prennent conscience de l’urgence de mettre en place une organisation qui devra dépasser le cadre de l’entreprise. C’est ainsi que l’histoire ouvrière devint peu à peu inséparable de celle des syndicats. Ces derniers jouent encore ce rôle aujourd’hui : leur vocation, si j’ose dire, est de regrouper les travailleurs et leurs problèmes sur leurs lieux de travail. Il y a plus d’un siècle, les structures patronales étaient très puissantes. Une sorte de citadelle où les dirigeants prenaient des décisions propres à maintenir l’ensemble des travailleurs dans une totale dépendance. Pour changer ces rapports de classe, complètement obsolètes, il fallait changer la société tout entière : une tâche rude et très difficile. Difficile, puisque pour transformer la société, il est admis que c’est la vision de l’homme sur ce qui l’entoure qui doit changer, pour qu’il ne se perçoive plus comme le centre de tout, qu’il prenne conscience de ses responsabilités face aux autres et qu’il réagisse contre son égoïsme inné.   
 
« J’entre dans la ville et l’infanterie débouche par pelotons des rues désertes, à travers le crépuscule du matin.  Un journaliste
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Les femmes de la Terre
 Évoquer leur vie est difficile, car leur malheur nous fait remonter loin dans notre Histoire. Gustave Cohen, écrivain un peu oublié, parlait dans ses écrits d’un personnage de château, coureur de filles, pas celles des pauvres, mais plutôt celles des aristocrates qu’il admirait : Chrétien de Troyes. C’est un personnage peu présent, dont on parle peu et qui pourtant est à l’origine d’une œuvre littéraire importante. Poète, il est l’auteur d’ouvrages copieux et difficiles à lire, mais surtout l’inventeur du roman. De fait, il fut imité. Toutefois, il s’attacha à faire connaître la culture européenne de son époque. Gustave Cohen n’eut de cesse d’établir des comparaisons ; d’abord il compara Chrétien de Troyes à Balzac, ce qui n’est pas peu dire. Ensuite, à l’auteur russe Tolstoï, avec certes, de très belles expressions. On dit même qu’il fut le miroir de la révolution russe en 1917, d’autres un peu plus proches de Chrétien de Troyes dirent qu’il fut le miroir de la société féodale française. Qu’importent finalement les comparaisons puisque, pour moi, il est un personnage atypique qui ne peut entrer dans des clichés, ceux qui avaient cours à son époque.  un moment de sa vie, Chrétien de Troyes délaisse les belles dames et les princesses pour se pencher sur le sort fait aux filles du peuple. Du château et des fastes somptueux qui s’y déroulaient, il nous emmène dans l’humble demeure du vavasseur dont les deux filles sont vêtues d’une tunique en jute troué. «Il a eu ses héros, de grands princes parmi lesquels figurent les Plantagenêt en 1158 tels qu’Érec et Énideroman écrit en vers octosyllabes où il donne à, l’amour et à l’aventure une place privilégiée. Chrétien s’in-téresse à tout : aux vêtements, aux étoffes, aux armes que
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portent ses héros, sans oublier de parler de la vannerie ou du harnachement des chevaux. Mais encore à l’architecture des villes flamandes. Puis il change de ton et c’est à partir de ce retournement qu’il devient pour moi un personnage intéressant. L’art, Chrétien en a l’habitude, pour l’avoir souvent fréquenté dans les ateliers d’Arras ou de Troyes, là où de pauvres ouvrières tissaient de belles tapisseries et cousaient les orfrois1 s’honoraient les chambres et dont salons des belles dames, des ornements finalement très somptueux. Tout comme les décors des salles des chevaliers, un luxe fait de la misère du peuple. «Il y a lieu de revenir un instant sur ce curieux tableau de la misère naissante, du prolétariat naissant de l’industrie du luxe, soie, tapisserie, orfrois, alors en formation dans les grandes villes de l’Artois, de Flandre et de Champagne. Chrétien, malgré ses tendances aristocratiques, ne cherche pas à dissimuler sa pitié pour celles dont le travail crée de la richesse et du bien-être sans qu’elles-mêmes y prennent part. Il y a l’accent d’une grande revendication dans cette plainte émouvante où s’exhale leur misère, plainte qui fait penser aux auditrices et aux lectrices de Chrétien de quelle sueur était trempé l’or pourfite de leur cotte ou de leur bliaut. (G. Cohen) DuXIe auXIXe de quelle évolution nos aïeules siècle, ont-elles bénéficié ? Très peu en bien, surtout en souffrances ; rien ou si peu ! Les vieux héritages du passé avaient modelé les hommes en les influençant très largement. Quant à la Révolution, elle prenait en compte le destin des femmes, leur rôle dans la société, mais sans rien changer en profondeur puisqu’elle dénie à la femme tout rôle réel dans le domaine politique. L’Église catholique n’a jamais beaucoup accepté de donner aux femmes un rôle positif au travers de responsabilités réelles et de premier plan. Il
                                                 1. Broderie, parement brodé d’or notamment des vêtements liturgiques.
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