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Temps de vie et transhumance

De
158 pages
Anne Moneyron, auteur de plusieurs ouvrages, revient ici avec un ouvrage très personnel, écrit avec sa chair, labourée par sept ans d'épreuves. En sept ans, elle a perdu un sein, la vue à un oeil après une tumeur au cerveau. Ces pertes l'ont amenée aux confins d'elle-même et du monde. Fidèle à sa pulsion d'autoformation vitale, elle a transhumé à travers et au-delà de ses terres connues, avec un feu brûlant en elle. Elle en a fait, ose-t-elle dire, un chemin de fortune, un moyen d'autoformation existentielle.
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TEMPS DE VIE ET TRANSHUMANCE
  
Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau  avec la collaboration de Pierre Dominicé (Un. de Genève), Martine Lani-Bayle (Un.de Nantes), José Gonzalez Monteagudo (Un. De Séville), Catherine Schmutz-Brun (Un. De Fribourg), André Vidricaire (Un. du Québec à Montréal), Guy de Villers (Un. de Louvain-la-Neuve).  Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspon-dant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation  s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre  l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie , plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.  Dernières parutions  Volet : Histoire de vie  Maurice MAURIN, Vivre la fraternité au cur du monde , 2012.  Jacqueline DEWERDT-OGIL, Pas tout facile la vie , 2012. PETIT C., BOSSHARDT M., Itinéraire dune bibliothécaire , 2012. Christine FENAUX, Sage-femme : du corps au cur , 2011. LAURE A., Lesprit de combat. Lutte contre lhépatite C , 2011. M. CAMEY, Chirurgien de limpossible. 54 ans à lAssociation fran-çaise durologie, 2011. Jean FERREUX, Prise de ris[que]. Pamphlet autobiographique , 2011.  Julie DOLLÉ, Vaincue, parfois Résignée, jamais ! , 2011.  Jacques SERIZEL, Armelle ROUDAIRE, André de Peretti : rencontres et compagnonnages franco-marocains. Entretien avec Gaston Pineau,  2011. Yves NIGER, La roue du hamster , 2010. Jean-Pierre WEYLAND, Limparfait du subjectif , 2010. SAPHIRA X, Mémoires dune fille paumée , 2010. Anne-Marie PIFFAUT, Les secrets de Lina, Persévérance, 2010. Maurice ANDRE, Récit de vie d'un marin , 2010. Maryvonne CAILLAUX, Comme des orpailleurs. De la misère à la pauvreté, les relations comme chemins de libération , 2010.
 
Anne Moneyron            
TEMPS DE VIE ET TRANSHUMANCE
 
Carnets de voyage d’une Amazone 2004-2011
    Préface de Gaston Pineau                                                                                 
 
Du même auteur chez LHarmattan
Transhumance et éco-savoirs. Reconnaissance des alternances écoformatrices, 2003. Habiter la terre. Écoformation terrestre pour une conscience planétaire (en collab. avec Gaston Pineau, Dominique Bachelart et Dominique Cottereau), 2005. La Méthode Jean Moneyron. Une gestuelle thérapeutique de la forme , 2006.                                                    
 
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96765-6 EAN : 9782296967656
Une écobiographie de mise au monde
Après Transhumance et éco-savoirs. Reconnaissance des alternances écoformatrices (2003), Habiter la terre. Écoformation terrestre pour une conscience planétaire (2005, en collaboration) et la Méthode Jean Moneyron. Une gestuelle thérapeutique de la forme (2006), Anne Moneyron revient avec un ouvrage très personnel, écrit avec sa chair, labourée par sept ans d’épreuves : Temps de vie et Transhumance. Carnets de voyage d’une Amazone – 2004-2011 . En sept ans, chiffre parfait, elle a perdu un sein et la vue à un œil après une tumeur au cerveau. Ces pertes l’ont amenée aux confins d’elle-même et du monde. Fidèle à sa pulsion d’autoformation vitale, elle a transhumé à travers et au-delà de ses terres connues, avec un feu brûlant en elle jusqu’à devenir conscience de cendres (p17),  lavées par les eaux, emportées par les vents. Elle en a fait, ose-t-elle dire, un chemin de fortune, un moyen d’autoformation existentielle. Et la connaissant un peu, je sais que ce ne sont pas des paroles de bravade, que les mots, pour elle, doivent peser fort pour sortir. Jamais dans ces sept ans de galère, elle ne m’a parlé de sa façon de vivre ses maux. Elle les vivait en solitaire dans sa tanière. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de la voir apparaître avec ce manuscrit, comme un trophée durement gagné, de haute lutte. Acquis bio-cognitifs précieux d’une expérience liminale, aux frontières de la vie et de la mort, initiant des connaissances vitales. Pour apprendre à vivre la face nocturne de la vie, expérimentée tôt ou tard par tout le monde, il est urgent de connaître et reconnaître ces biosavoirs personnels en clair-obscur, conquis aux limites du vivable et du socialisable. Mais il est encore plus vital d’explorer plus finement la façon dont ils sont appris, initiés expérientiellement,  par contacts directs avec soi et non-soi, plus ou moins agressant et néantisant. Dans cette dure recherche expérientielle d’une autoformation existentielle (Galvani P.,2010) avec même ce qui déforme, Anne entrouvre une voie, celle qu’on peut nommer avec elle d’une écobiographie de mise au monde. Qu’est-ce à dire ?
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L’écobiographie contre la seule nosographie La volonté de poser ce récit commence en quelque sorte par la fin de la série d’incidents de mon parcours de vie en santé : le sein, puis la tête, puis l’œil… Le geste de ma main qui a écrit tous ces temps m’a conduite dans la voie d’une éco-biographie, d’une écriture qui me vient du fond et des formes d’un autre réel. Réalisation quotidienne, heure après heure, d’une vie renouvelée (p140). C’est le renouvellement de cette vie que nous fait partager ce geste d’écriture d’états-limites d’un corps blessé à mort, amputé, par l’assaut de hautes déferlantes du cours de la vie : cancer au sein, puis tumeur au cerveau et perte de la vue d’un œil. Ce corps blessé n’est malheureusement pas unique. Rien qu’en France, le cancer du sein affecte plus de 35.000 femmes, dont un tiers environ meurent. Mais comment vivent-elles cette atteinte vitale à leur humanité, leur féminité ? Comment passent-elles cette épreuve qui reste gravée dans la mémoire biologique , enchâssée dans le corps, même si l’esprit veut la chasser (p48) ? De quoi témoigne la voie écobiographique ouverte par Anne ? En quoi diffère-t-elle de l’épreuve autobiographique ? Que signifie le remplacement d’un préfixe par un autre ? Mais avant d’essayer de saisir le sens d’une écriture qui me vient du fond et des formes d’un autre réel, cette voie témoigne de l’importance vitale, performative, de l’expression personnelle des intéressées pour ne pas se faire réduire à des mutismes de patientes ; de perdre la parole sur leur vie après avoir perdu la santé ; ce qui veut dire perdre le pouvoir de réfléchir, de transiger, de dialoguer, d’agir et d’interagir à part entière. La graphie des problèmes de santé ne se réduit pas à la nosographie, la description savante du mal. Ni aux seules formes mécaniques de l’échographie et de la radiographie de l’organe atteint, compréhensibles souvent par les seuls professionnels. Ni même au remplissage de cases d’identité civile et médicale des dix premières pages du petit carnet bleu. Comment remplir les 86 pages blanches restantes avec du bios en charpie et en chamade ? Les lieux de traitements ne sont pas des lieux d’écriture, l’esprit se sauve ailleurs, l’esprit est à l’étroit, il étouffe et il n’a pas envie d’écrire sa vie (p138). Il a besoin d’air, de vents, de temps et d’espaces, de migrer, de transhumer ; de sortir de soi, de trouver d’autres sources de vie, de se relier à un autre réel. Lequel ? Une réponse peut être apportée à cette question, grâce à la tenue périodique et difficile d’un journal suggéré par un ami québécois et grâce aussi à un dialogue électronique
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entretenu avec un autre. Ils lui ont permis d’exprimer et de mettre en sens son expérience par une graphie personnelle. D’où l’importance de confidents intimes pour ne pas se faire enfermer dans la nosographie et tenter d’articuler et de mettre en sens le chaos vital provoqué.
L’écobiographie comme reliance au cosmos Anne a structuré ses chemins de fortune en les reliant aux quatre éléments des cosmogonies traditionnelles : le feu, la terre, l’eau et les vents. Sa sensibilité vive aux savoirs venant des contacts étroits avec l’environnement matériel, les éco-savoirs, n’en fait pas une reliance superficielle, mais une reliance de fond, auto-cosmogonique, générant et nourrissant à travers et au-delà du chaos immédiat. Un nouveau monde vécu, une nouvelle unité vivante, conjuguant et articulant micro et macrocosmes. Et elle le fait en double compagnonnage de grands inspirateurs et créateurs de vies cosmiques, à la portée de chacun et à la grandeur du monde : le québécois Gaston Miron avec L’homme rapaillé et le champenois Gaston Bachelard qui a ressuscité les éléments comme forces auto-cosmogoniques modernes. Face au feu qui, disaient-ils, la détruisait, elle a dû réinventer et féminiser la lutte de Prométhée : Le problème de la connaissance personnelle du feu, est le problème d’une désobéissance adroite. ( Bachelard,1937,p20 ). Pour la terre, Gaston Miron lui fournit son exergue : C’est mon affaire la terre et moi. Flanc contre flanc. Je prends sur moi de ne pas mourir. Terre où figure un dialogue transocéanique tronqué, ouvrant une faille infinie en attente de paroles. L’eau l’a aidée à plonger jusqu’au fond (p102) . Et l’écriture d’une vie, c’est l’éco-graphie des vents (p13).
L’écobiographie comme mise au monde Cette écobiographie, cette écriture de la vie à partir des reliances aux pôles énergétiques élémentaires de formation du monde, est une voie d’avenir pour réactualiser leur potentiel formateur traditionnel. L'avènement hégémonique de la modernité et de ses disciplines scientifiques a fait oublier que depuis plus de deux millénaires, les quatre éléments sont identifiés comme majeurs pour comprendre non seulement l’univers mais aussi la formation humaine. Leurs utilisations ésotériques postmodernes plus ou moins sérieuses, comme les limites des essais théoriques prémodernes de les prendre
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comme principes explicatifs uniques et universels des macro et micromondes, n’éliminent et n'épuisent pas, ni leur existence matérielle ni leur influence vitale multiforme. Vivre et survivre après cet effondrement d’un paradigme qui a quand même duré plus de 2000 ans, implique de réapprendre à comprendre leur rôle multifonctionnel. 
Vers une anthropoformation auto-cosmique De nouvelles approches postmodernes et transdisciplinaires de compréhension et de gouvernance se cherchent et se construisent. L’anthropologie élémentale est de celles-ci. Christophe Wulf commence son monumental Traité d’anthropologie historique par les Éléments – Feu, Eau, Terre, Air (Böhme Hartmut,2002,p9 – 36). Leur réintroduction pour construire une anthropologie postmoderne élémentale lui semble nécessaire en particulier pour répondre à la crise écologique provoquée en partie par leur refoulement moderne et la perte de sens cosmique qui en résulte. Il ne s’agit pas d’un simple retour du refoulé, mais d’une réactualisation du potentiel de reliance enfoui dans les éléments. La modernité industrielle nous a éloignés de la nature. « Les éléments et même notre propre corps, n’ont plus aucune évidence culturelle. Ils ne sont pas familiers, mais étrangers et pour les retrouver, il faut le vouloir » (p13) et le pouvoir. À moins qu’ils ne s’imposent d’eux-mêmes par de grandes catastrophes élémentales, collectives ou personnelles. En remettant les pieds sur terre, pour apprendre à l’habiter avec ces ressources basiques aériennes, aquatiques et calorifiques, cette voie écobiographique peut réactualiser avant qu’il ne soit trop tard, la force générative mystérieuse portée par chaque élément et leur réunion en une unité quadripartite. 
Pour tenter de comprendre le monde, toutes les cultures font appel à des systèmes classificatoires. C’est une émergence de la pensée. Par rapport à d’autres systèmes, celui des 4 éléments peut paraître simpliste. Cependant son extension historique et géographique pointe une force créative hypercomplexe, archétypale, agissante à la fois dans chaque élément et dans leur mise ensemble (Vadé Y.,1985, p273 – 282). Dans un remarquable article sur les 4 éléments : une expérience écoformatrice cruciale , Maëla Paul (2001) présente comment, d’Orient en Occident, ce symbolisme archétypal est un haut lieu de connaissance. Elle le développe comme un symbolisme
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