Tocqueville et ses amis

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Tocqueville poursuit une carrière politique qui atteint son apogée en 1849, quand il devient ministre. Fidèle à ses convictions, il se retire de la vie publique après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Il renonce pas à exercer une influence et revient à l'écriture avec L'Ancien Régime et la Révolution. Ses amis, toujours plus nombreux, le soutiennent dans ses périodes de doute.
Publié le : mercredi 15 avril 2015
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EAN13 : 9782336375687
Nombre de pages : 256
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Historiques
Christian B
série Travaux
TOCQUEVILLE ET SES AMIS Tome 2 De la politique à l’écriture
Historiques Travaux
TOCQUEVILLE ET SES AMIS
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Christian BÉGINTocqueville et ses amis Tome 2 : De la politique à l’écriture
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1. La vie d’un couple
Octobre 1835 : Alexis et Marie sont enfin mariés. 1 Une nouvelle vie commence pour eux . Pendant plusieurs années, elle va les laisser en partie insatisfaits. Les jeunes mariés passent ce que Hugh Brogan appelle plaisamment une lune de miel à Baugy, chez son 2 frère Edouard . Ils y restent huit mois, jusqu’en juin 1836, le décès de Louise de Tocqueville intervenant entre-temps. D’après Alexis, Marie s’est attachée à sa belle-mère. Le 11 janvier 1836, faisant part de son décès à Eugène Stöffels, il écrit : « Marie regrette vivement ma mère, qui a 3 toujours été pleine de bontés pour elle . » En juillet 1836, les jeunes mariés partent pour un voyage en Suisse. A leur retour ils prennent un appartement pour l’hiver à Paris, rue de Bourgogne. Mais laissant Marie à Paris Alexis fait un saut à Nacqueville chez Hippolyte, son autre frère, « pour affaires ». Le 3 octobre 1836, il écrit à Edouard. Il vient d’apprendre par une lettre de Marie que son père, ne voulant pas qu’elle reste seule, « compte la mener à Baugy jeudi prochain. » Il sait gré à Alexandrine, l’épouse d’Edouard, d’une attitude qui a fait naître chez Marie « un sentiment si vif et si profond qu’il ne le cède qu’à celui qu’elle a pour moi. » Mais à la gentillesse d’Alexandrine il oppose l’attitude de son autre belle-sœur qui lui cause « une irritation violente ». La nature superficielle et vaniteuse
1  Sur les relations antérieures d’Alexis de Tocqueville avec ses amis, voir tome I. 2  Hugh Brogan, Alexis de Tocqueville, prophet of democracy in the age of revolution, Profile Books LTD, Londres, 2006. 3 Œuvres complètes, tome XVII,Correspondance générale,(OC XVII) [à paraître].
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d’Emilie « la rend incapable d’apprécier les qualités supérieures d’Alexandrine et de Marie. » Emilie aime bien Alexis, elle voudrait être aimable avec Marie, mais « en dépit d’elle, le sentiment de la supériorité imaginaire 4 qu’elle s’attribue perce à tout instant . » Alexis avoue aussi à son frère: « J’aime Marie de toute mon âme, […] et pourtant je lui cause sans cesse des chagrins cuisants. […] L’espèce de tendresse exaltée que j’ai pour Marie, l’idée extraordinaire que j’ai d’elle font que dès que je la crois inférieure à une autre […] je suis tout hors de moi. » Le calme revenu, il a pitié de lui-même « mais Marie a cru y voir un sentiment profond et durable et la voilà malheureuse pour un mois. » Quelques jours après, le 10 octobre 1836, il écrit à son cousin Louis de Kergorlay : « Marie a pris dans ma famille et ne cesse de prendre dans le monde une position 5 excellente ; meilleure même que je ne l’espérais . » Et il parle du bonheur qu’il éprouve dans la compagnie d’une femme « chez laquelle tout ce qu’il peut y avoir de bien dans votre propre nature se réfléchit naturellement et paraît mieux encore ». Il ajoute : « Tant que je l’aimerai, je suis bien sûr de ne jamais me laisser entraîner à quelque 6 chose qui ne fût pas bien . » Tant qu’il l’aimera ? Le couple est de nouveau à Baugy jusqu’en décembre, puis à Paris, et ils s’installent enfin à Tocqueville. Mais ils n’y restent que jusqu’à l’automne. En novembre 1837 ils retournent à Baugy et Alexis doit aussitôt y abandonner Marie pendant deux semaines pour siéger comme juré à Paris.
4 Œuvres complètes, tome XIV (OC XIV),Correspondance familiale: pages 21 et 193-194. 5 Œuvres complètes, tome XIII,Correspondance d’Alexis deTocqueville et de Louis de Kergorlay, volume 1 (OC XIII-1) : page 407. 6 OC XIV : pages 192 à 196 ; OC XIII-1 : page 410. 6
Il est parfois maladroit. Le 25 décembre 1837 ce sera la fête du duc Charles Etienne de Damas-Crux, vénérable octogénaire, ancien pair de France et oncle 7 maternel de son père . Le19, Alexis demande à Marie de lui soumettre un « brouillon » de lettre, après quoi il le lui renverrait pour qu’elle le recopie au propre. Une lettre d’Hervé laisse entendre en termes diplomatiques à son fils que, par amour pour lui, Marie lui cache son désagrément d’être à Baugy. Alexis est désemparé. Le lendemain de Noël il répond à une lettre de sa femme: « Comme toi j’aime Alexandrine tendrement et elle m’impatiente au point de me rendre maussade avec elle. Comme toi je pense que son âme est renfermée dans un cercle au-delà duquel la tienne s’étend et s’élève infiniment. […] Vous n’êtes pas faites pour vivre habituellement sous le même toit. » Il n’est pas d’accord avec elle quand elle dit que sa famille voit sa conduite avec peine et qu’elle « l’accuse de l’influencer ». Il donne l’impression de s’en vouloir à lui-même : « Quand tu as recours à des récriminations vagues, je tremble qu’il n’existe dans ton âme des causes d’irritation plus grandes. » Mais il retourne l’argument contre elle : « Que veux-tu, Marie, […] je suis né pour n’être jamais complètement heureux et troubler nécessairement le bonheur de ce qui m’entoure. […] Ne savais-tu pas cela en liant pour toujours mon sort au tien ? » Et il lui promet que dès son retour à Baugy, ils décideront si elle peut y rester deux mois encore, ou s’ils doivent venir à Paris. Ils ne 8 quitteront Baugy qu’en mai 1838 . A Baugy, Marie n’a pas de « chez elle ».La cohabitation avec des personnes qui ont reçu une autre éducation et fréquentent un monde qu’elle ne connaît pas lui est désagréable. Certes, la maison, de construction 7 OC XIV : page 407. 8 OC XIV, pages 408 à 410. 7
récente, est confortable et bien chauffée, Mais elle n’est pas propice à l’intimité, ni à la vie privée du nouveau membre de la famille qui n’a jusque-là vécu qu’en compagnie d’une dame d’un certain âge. Alexis, lui, se plaît à Baugy où il travaille sur son livre dans une pièce tranquille. Mais elle, pendant ce temps, que peut-elle faire ? Le château n’est pas très spacieux. Quand les Edouard, qui ont déjà quatre enfants, accueillent les Alexis, mais aussi les Hippolyte, voire Hervé, la promiscuité avec une belle-famille la met inévitablement à l’épreuve. Et elle y souffre de rhumatismes. Alexis incrimine le climat humide des environs de Compiègne, mais le moral n’influe-t-il pas parfois sur le physique ? Le problème, malheureusement, est aussi à l’intérieur de leur couple. Les frictions entre deux caractères aussi affirmés que différents sont pour beaucoup dans l’insatisfaction où les laisse leur vie conjugale. Alexis et Marie se rendent en couple chez les Hippolyte en septembre 1838, pendant leur séjour estival à Tocqueville. Emilie et Marie ont dû faire connaissance à Paris en septembre 1836, à moins que ce soit à Baugy pendant la « lune de miel ». Leur rencontre a duré assez longtemps pour qu’Alexis puisse être alors frappé par ce sentiment de « supériorité imaginaire » de sa belle-sœur. Mais elle a été assez brève pour qu’il considère l’antipathie entre les deux femmes comme superficielle, sinon il n’aurait pas programmé une visite de trois semaines à Nacqueville en 1838. Le 9 octobre, Alexis tient à Kergorlay un discours plus véhément que dans sa lettre à Edouard deux ans auparavant, sur le « défaut de sympathie » entre Emilie et Marie. Les qualités et les défauts des deux femmes « sont profondément opposés ». 9 « Emilie ne rêve que salon, tentures, voitures . » 9 OC XIII-2, page 47. 8
L’année 1839 est celle d’une campagne électorale, de l’élection à la Chambre, des débuts du parlementaire et de la dernière main mise à la deuxièmeDémocratie. Alexis ne tarit pas d’éloges sur sa femme. Le 7 mars 1839, il écrit à Eugène Stöffels qu’il ne se laisse pas griser par son succès électoral, et que la rencontre avec Marie est la plus grande bénédiction que Dieu lui ait accordée : « Tu ne peux te figurer ce qu’elle (Marie) est en temps de crise. Cette femme si douce devient alors ferme et énergique. Elle veille autour de moi sans que je m’en aperçoive. Elle adoucit, calme, fortifie mon âme au milieu des agitations 10 qui la laissent sereine . » Elle lit la deuxièmeDémocratie dans la traduction de Reeve dont son mari est« extrêmement satisfait ». Le 12 avril 1840 celui-ci déclare au traducteur: « Quant au mérite même du style, dont je suis moins juge, Mme de Tocqueville m’assure qu’il est très bon, ferme et net dans ses allures, tel, en un mot, qu’il convient à un livre de 11 Philosophie et de Politique  Mais l’amour n’est pas tout dans sa vie. Il y a aussi les amis et la politique. Le 14 juillet 1840, nouvelle confidence à Eugène : au bout d’un peu plus d’un an d’expérience parlementaire, il réalise « le prix des émotions » qu’apporte la vie privée. Dans la politique il ne trouve rien de « pur », de « désintéressé », de « généreux ». Il y manque des choses « sans lesquelles il ne pourrait vivre » et qu’il ne peut trouver « qu’auprès de ma femme et de deux ou trois amis qui sont restés à peu près ce que nous étions il y a dix ans ».
10 Tocqueville, Lettres choisies, Souvenirs, édition établie sous la direction de Françoise Mélonio et Laurence Guellec, Quarto Gallimard, Paris, 2003, (LC) : pages 441-442. 11 Œuvres complètes, tome VICorrespondance anglaise, vol. 1, Correspondance avec Henry Reeve et John Stuart Mill, Gallimard, Paris 1954 (OC VI-1) : page 59. 9
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