Tocqueville et ses amis

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A la publication de La démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville est célèbre comme un nouveau Montesquieu, tant son ouvrage renouvelle la science politique. Elu député, il participe activement à tous les grands débats et ne cesse de défendre la liberté individuelle, sans esprit de système ni compromission. C'est grâce au soutien de ses amis qu'il a eu la force de mener à bien ses entreprises. Mais qui sont-ils ? Et quelle influence exercent-ils sur sa pensée, sur son action politique, sur sa vie privée ?
Publié le : mercredi 15 avril 2015
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EAN13 : 9782336375670
Nombre de pages : 256
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Historiques
Christian B
série Travaux
TOCQUEVILLE ET SES AMIS Tome 1 De l’écriture à la politique
Historiques Travaux
TOCQUEVILLE ET SES AMIS
Historiques Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland
La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend trois séries : la première s’intitulant « travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique sans pour autant relever d’une démarche académique.
Série Travaux
Christian FEUCHER,Buchoz-Hilton.Ennemi-bouffon de Louis-Philippe, 2015. Bernard CAILLOT,Lafayette. De l’Auvergne à l’Amérique, 1757-1784, 2015. Yann GUERRIN,La France après Napoléon, 2014. Émilienne LEROUX,Histoire d’une ville et de ses habitants, Nantes. De 1914 à 1939,Tome II, 2014. Émilienne LEROUX,Histoire d’une ville et de ses habitants, Nantes. Des origines à 1914,Tome I, 2014.
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06145-0 EAN : 9782343061450
Christian BÉGINTocqueville et ses amis Tome 1 : De l’écriture à la politique
Articles du même auteur sur Tocqueville :
Tocqueville et l’outre-mer, in Académie des Sciences d’Outre-Mer,Présences françaises outre-mer (XVIe-XXIe siècles), sous la direction de Philipe Bonnichon, Piere Gény et Jean Nemo, Paris, Editions Karthala, 2012, Tome I,Histoire : périodes et continents, pages 757 à 803.
Tocqueville et la fracture religieuse, La Revue Tocqueville, Vol. XXXII, N° 1-2011, pages 169 à 199.
L’économie américaine selon Tocqueville à l’épreuve d’Adam Smith, La Revue Tocqueville, Vol. XXXI, n° 1-2010, pages 245 à 264.
Tocqueville et l’Algérie, La Revue Tocqueville, Vol. XXX, n° 2-2009, pages 179 à 203.
Tocqueville et l’Economie politique, La Revue Tocqueville, Vol. XXIX, n° 1-2008, pages 187 à 216.
Tocqueville et les mots, La Banque des Mots, revue de terminologie publiée par le Conseil International de la Langue Française, n° 75-2008, pages 80 à 94.
Tocqueville et Ismaÿl Urbain, Société des études saint-simonniennes, Actes du colloque de 2013, (à paraître).
 A Laurence Duboys-Fresney j’exprime mes plus vifs remerciements pour ses conseils et la documentation qu’elle m’a fournie.
A Francine, pour les conseils, les suggestions et les relectures attentives dont toutes les pages de ce livre ont bénéficié.
1. Les « preuves de lui-même dans la pensée des autres »
Tocqueville est surtout connu comme publiciste, c’est-à-dire comme quelqu’un qui écrit sur la politique et sur les problèmes de société. Sa célébrité repose essentiellement sur deux ouvrages :De la Démocratie en Amérique, publiée en deux parties dans les années 1835 et 1840, où il analyse les avantages et les dangers du progrès de l’égalité. EtL’Ancien Régime et la Révolution, publié en 1856, où il donne une interprétation nouvelle des causes et des effets de cette Révolution. Ces succès littéraires tendent cependant à masquer sa véritable ambition : s’illustrer plutôt comme homme politique. Le 25 octobre 1829, bien avant de partir en Amérique, il déclare à son ami Gustave de Beaumont : « C’est l’homme politique qu’il faut faire en nous. » Et s’il va aux Etats-Unis, ce n’est pas pour faire un « voyage d’agrément » comme a cru le comprendre un de ses correspondants, mais avec l’espoir qu’à son retour « une publication quelconque » puisse « avertir le public » 1 de son existence et fixe sur lui « l’attention des partis ». Son ambition se réalise en 1839. Il est élu député et le restera jusqu’à la fin de la monarchie de Juillet. En 1848 il rappelle à Beaumont : « La politique est devenue notre carrière. Nous avons peut-être eu tort de la prendre, mais enfin nous l’avons prise. » De 1848 à 1851 il siège comme représentant du peuple, comme on dit alors. Sur le plan local il retire de grandes satisfactions de ses fonctions
1 Tocqueville, Lettres choisies, Souvenirs, édition établie sous la direction de Françoise Mélonio et Laurence Guellec, Quarto Gallimard, Paris, 2003, (LC) : page 159 (lettre à Charles Stöffels du 4 novembre 1830). 5
de conseiller général de la Manche de 1842 à 1852, et de Président du Conseil général à partir de 1848. Pendant cinq mois en 1849, il assume honorablement les fonctions de ministre des Affaires étrangères dans des conditions difficiles. Il se retire de la vie publique après le coup d’Etat de 1851, mais le 21 février 1855, jetant un regard sur son passé, il écrit encore à Beaumont : « Si j’avais à recommencer ce quart de siècle, je ne voudrais pas faire bien différemment. »  Pendant toute sa carrière politique il se fait remarquer par un travail assidu. En témoignent ses nombreux rapports parlementaires : sur l’abolition de l’esclavage, sur le système pénitentiaire, sur l’Algérie, sur une révision de la constitution de la Deuxième République. En témoignent aussi ses discours : sur les relations avec l’Angleterre, sur la liberté d’enseignement, sur « l’esprit du gouvernement » de Louis-Philippe, sur le droit au travail, auxquels il faut ajouter ceux qu’il prononce à l’Académie française et à l’Académie des sciences morales et politiques.  Pourtant, dès 1843, il découvre combien la complexité de ses analyses limite l’auditoire capable ou désireux de les suivre et le condamne à l’isolement. Cet isolement, encore accru par son maintien froid en public et des dons oratoires médiocres, le fait cruellement souffrir et il écrira dans sesSouvenirs: « Il n’y a pas d’homme pour qui l’approbation soit plus saine, ni qui ait plus besoin que moi de s’aider de l’estime et de la confiance publiques pour s’élever jusqu’aux actions dont il est capable. » Il évoque aussi « ce besoin que je ressens sans cesse de retrouver, en quelque sorte, les preuves de moi-même 2 dans la pensée des autres . »
2 LC : page 816. 6
C’est un homme fondamentalement sociable qui a besoin d’une écoute. Il la cherchera auprès de quelques amis, dans ses conversations avec eux et dans sa correspondance. Celle-ci atteste combien la conversation tient une grande place dans sa réflexion. En maintes occasions ses lettres se présentent d’ailleurs soit comme un appel à la discussion, soit comme le prolongement, l’approfondissement d’une discussion. En fait, il réfléchit beaucoup en écrivant. En introduction à une première publication de ces lettres, Beaumont résume : « Il ne pouvait vivre sans penser, ni penser sans écrire. » Et il explique pourquoi cette publication a été entreprise: « On dit que le style c’est l’homme. Ce n’est guère vrai du style d’un livre où l’auteur s’est étudié et a mis tout son art à se montrer tel qu’il veut paraitre. Mais cela est vrai de la 3 correspondance où l’homme écrit comme il parle . »  Or comment Tocqueville parle-t-il ? Il en prévient lui-même un jour son jeune correspondant Charles Stöffels : « Il ne faut pas vous imaginer que, lorsque je discute avec vous, j’ai toujours pris soin de mûrir les idées que je jette en avant. […] Je ne crois pas qu’on doive causer avec ses amis comme on parle en public. » Il lui arrive donc de commencer une lettre avant d’avoir mûri sa réflexion. Ainsi, écrivant un jour à son traducteur anglais Henry Reeve, il « laisse tomber » au bout de deux pages une argumentation qui finalement ne le convainc pas lui-même. Ce n’est pas de la légèreté, c’est sa façon de réfléchir.  Mais, des amis de confiance, il ne s’en fait que très progressivement, et en nombre restreint. Né le 29 juillet 1805 à Paris, il est pourtant, dès l’enfance, entouré du meilleur monde. Par son père, il descend d’un Clérel qui
3 Œuvres et correspondance d’Alexis de Tocqueville publiées par Mme de Tocqueville en 7 tomes, Paris, Michel Lévy frères, années 1860 [OC(B)] : tome 5, pages 25 et 92. 7
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