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Tourbillon

De
94 pages
"Le grand malheur de la Guinée est d'avoir une mémoire cabossée ou de ne pas en avoir du tout". La violence de cette répression d'Etat qui s'est abattue sur notre pays de l'indépendance à nos jours a produit des dommages profonds. Aminata Barry, l'auteur, tente le pénible exercice d'expliquer ce qui est arrivé à des milliers de mamans et d'enfants qui ont eu à répondre de la responsabilité politique du régime de Sékou Touré.
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L
E TOU
 
RBILLON
 
Mémoires Africaines   Lhistoire se construit à partir des acteurs, petits ou grands. Cette collection reçoit les témoignages ou les récits de tous ceux qui ont contribué à façonner notre présent.   Déjà parus    TETE Godwin, Omer Adoté. BAUDIN Marcel, Les derniers Méharistes . MATALA MUKADI Tshiakatumba, Dans la tourmente de la dictature. OSTROWSKI L. Zygmunt, Soudan, coulisses dune guerre oubliée BAKARY Djibo, Silence, on décolonise ! Itinéraire politique et syndical d'un militant . BASSOM Nouk, Le Quartier Spécial - Détenu sans procès au Cameroun . DUPAGNE Yannick,  Coopérant de l'éducation en Afrique ou l'expérience camerounaise d'un directeur de collège . NDEGEYA Vénérand,  Répression au Burundi, Journal d'un prisonnier vainqueur . N'GANGBET Kosnaye Michel, Tribulations d'un jeune tchadien de l'école coloniale à la prison de l'indépendance . NYONDA Vincent de Paul,  Autobiographie d'un Gabonais, du villageois au ministre .   
 
 
  
 
L E
 
Aminata Barry        R
OTUBILLON
La dérive autoritaire  
  
                       
 
 
                              
 
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96507-2 EAN : 9782296965072  
 
 
        Je dédie ce témoignage à mon cher pays, la Guinée, qui a longtemps souffert de ses fils
 
INTRODUCTION
Lécriture est un exutoire qui permet dévacuer toutes les meurtrissures de lâme comme un trop-plein qui déborde, tel du pus jaillissant dune plaie longuement couvée dans le but de se soulager. Elle permet également de saffranchir des tutelles qui nous étouffent. Aussi, jai choisi le témoignage, avec la puissance de ses marques extérieures. Jai choisi de témoigner face à une tragédie qui na pas encore fini de hanter nos consciences et de troubler notre sommeil. Jai choisi déclairer des entailles qui ne se referment pas. Jai choisi de témoigner en me plaçant sous langle de la victime « jus sanguinis », celle que lon devient par le biais de la filiation. Tous les témoignages sur le drame du Camp Boiro, émanent des rescapés eux-mêmes. Ces preuves écrasantes sont répertoriées dans la littérature de la douleur. Heureusement que ceux qui ont vécu ce martyre ont eu le courage de le faire. Je leur rends hommage, eux qui ont souffert dans leur dignité, leur chair, leur pudeur, leur honneur, leur intégrité physique. Eux dont lintérieur fut profondément et impunément violé. Je les salue, je leur dis merci. En ma qualité dhéritière de feu Elhadj Diawadou BARRY, ils ont toute ma reconnaissance, eux qui ont fouetté ma conscience, eux qui ont secoué ma torpeur, celle qui enferme dans un oubli coupable, ils mont donné la force de mener un combat sans merci pour les droits de lhomme et contre limpunité. Le grand malheur de la Guinée est davoir une mémoire cabossée ou de ne pas en avoir du tout.
 
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La violence de cette répression dÉtat qui sest abattue sur notre pays, de lindépendance à nos jours, (je préfère placer le curseur à partir de lindépendance, car cette violence de sang remonte à plus loin), a produit des dommages profonds qui minent cruellement le quotidien des victimes. Le fait de savoir, quun être cher (dans mon cas, un père), est enfoui quelque part dans un charnier, ne permet pas de faire le deuil de la personne disparue. En effet, il est dit dans toutes les Saintes Écritures que lâme du défunt ne peut reposer en paix que lorsque tout le cérémonial jusquà la sépulture a été accompli. Il se trouve que dans ce pays, les répliques sanglantes sont devenues monnaies courantes, remuant incessamment le couteau dans la plaie. Limpunité engendrera toujours la récidive. Je vais messayer à ce pénible exercice, pour tenter dexpliquer ce qui est arrivé à des milliers de mamans et denfants, qui ont eu à répondre de la responsabilité politique du fait dautrui, une bizarrerie du régime de Sékou Touré. Mais je dois auparavant redire toute ma reconnaissance à une grande dame, Madame BA Timbo Oumou de nationalité malienne que jai connue à loccasion de la reprise du dossier « Raoul Follereau » domicilié en mon étude. Au cours dune causerie tout à fait anodine, elle me conseilla décrire un livre. Mon côté tonique avait retenu son attention je crois, mais aussi certaines douleurs que jexprimais et les difficultés liées aux problèmes rencontrés dans ma profession, compte tenu de lenvironnement dans lequel baignait la Guinée. Et tous ces aspects lavaient poussée à mencourager. Elle avait des arguments : les femmes africaines qui sortent de lordinaire ne sont pas nombreuses à témoigner
 
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de leur parcours; les thèmes dont elles semparent, traitent généralement de la condition féminine ; de la pesanteur sociale, de la victimisation éternelle liée à leur condition de femme. « Vous avez des choses dun autre genre à raconter  faites-le. » Je crois que le déclic est venu de ce contact précieux. Ce livre nest certainement pas un chef-duvre. Il se veut lécho de la douleur cruelle émanant du silence de lÉtat. Ce nest pas une uvre littéraire, mais la dictée dun vécu. La narration est un exercice difficile. Jai voulu être vraie en tenant à restituer des faits de la façon la plus authentique possible. Jai voulu faire ma propre thérapie.   
 
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