Tous les chemins ne mènent pas à Rome

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Emile Mihière (1922), "fervent iconoclaste", revient sur sa vie et son oeuvre, qu'il nous invite à partager. Sa vie de prêtre, puis d'ouvrier en fonderie, de pasteur, d'aide-soignant, de visiteur de prison, redevient, finalement, celle d'un pasteur. C'est aussi une vie de célibataire, d'homme marié et de père de famille, puis de veuf, et maintenant celle de compagnon. Qu'est-ce qui peut faire le lien entre toutes "ces vies" d'un alpiniste, théologien et ceinture noire aïkido ? Sans conteste : c'est l'engagement, politique, sacerdotal, syndical ou pastoral.
Publié le : mardi 1 février 2011
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EAN13 : 9782336273174
Nombre de pages : 159
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TO
US LES CHEMINS N
 
E MÈNENT PAS À 
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OME
 
 
Graveurs de mémoire Dernières parutions  Jean-Claude SUSSFELD,De clap en clap, une vie de cinéma (Récit), 2010. Claude CROCQ,Une jeunesse en Haute-Bretagne, 1932-1947, 2011. Pierre MAILLOT,Des nouvelles du cimetière de Saint-Eugène, 2010. Georges LE BRETON,Paroles de dialysé, 2010. Sébastien FIGLIOLINI,La montagne en partage. De la Pierra Menta à lEverest, 2010. Jean PINCHON,Mémoires d'un paysan (1925-2009), 2010, Freddy SARFATI,L'Entreprise autrement, 2010. Claude ATON,Rue des colons, 2010 Jean-Pierre MILAN,Pilote dans l'aviation civile. Vol à voile et carrière, 2010. Emile JALLEY,Un franc-comtois à Paris, Un berger du Jura devenu universitaire, 2010. André HENNAERT,D'un combat à l'autre, 2010. Pierre VINCHE,À la gauche du père, 2010, Alain PIERRET,De la case africaine à la villa romaine. Un demi-siècle au service de l'État,2010. Vincent LESTREHAN,Un Breton dans la coloniale, les pleurs des filaos, 2010. Hélène LEBOSSE-BOURREAU,Une femme et son défi, 2010. Jacques DURIN,Nice la juive. Une ville française sous l'Occupation (1940-1942), 2010. Charles CRETTIEN, Les voies de la diplomatie, 2010. Mona LEVINSON-LEVAVASSEUR,L'humanitaire en partage. Témoignages, 2010, Daniel BARON,La vie douce-amère dun enfant juif, 2010. M. A. Varténie BEDANIAN,Le chant des rencontres. Diasporama, 2010. Anne-Cécile MAKOSSO-AKENDENGUE,Ceci nest pas lAfrique. Récit dune Française au Gabon, 2010. Micheline FALIGUERHO,Jean de Bedous. Un héros ordinaire, 2010.
 
    
  
     
Émile Mihière        TOUS LES CHEMINS NE MÈNENT PAS ÀROME    
 
   
               
 
 
 
                               
 
 
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54266-2 EAN : 9782296542662 
TÉMOIGNAGES 
       Jai eu la chance de rencontrer Milou(Émile Mihière)lorsquil était aumônier du lycée Marcel Pagnol à Marseille.Jappartenais au groupe des « routiers » (équipe de jeunes garçons et filles du lycée) que Milou animait. Souvenirs lumineux : Milou nous entraînait vers dinoubliables aventures, randonnées dans les calanques marseillaises, descentes en skis par -15° un soirde Noël (sans remonte-pente), bivouac dans des grottes inondées, messes improvisées dans les cafés de village et bien dautres encore ! Sac au dos, nez au vent, lambiance étaitaux rires, à la réflexion, au goûtde leffort et au partageautant de cadeaux précieux pour notre vie dhomme et de femme. Encore aujourdhui: Milou,pétillant dintelligence et dhumour, obéissant avant tout aux lois du cur, nous guidetoujours, comme il nous avait guidés, vers plus de lucidité, de justice, de fraternité. Son parcours est sans compromission et connait donc bien des embûches.Mais les pépites dhumanité quil a semées font leur chemin.   Il est des rencontres qui éclairent toute une vie. Celle de Milou en est une Merci Milou, de toutcur.   Ghislaine DESCHAMPS           On ne sait, à lécouter, ce qui prévaut en lui : le militant politique, le défenseur des objecteurs de conscience, lesyndicaliste, le pacifiste obstiné Et si Émile Mihière était, avant tout, un homme de notre temps, partagé entre doute et espoir ?
 
Le doute, il lexprime dans lincipit du recueil de ses articles : «Vous navez aucune chance, mais saisissez la! » Lespoir est  Quandtout entier dans le titre du même ouvrage : « même ». Ce pasteur à la retraite a bourlingué de Suisse à Saint-Nazaire, de Marseille à Paris, se voyant écarté de mission en Afrique par une hiérarchie qui lui a évité ainsi lexpulsion au mieux,la prison ou pire. Car il ne cache rien de son engagement pour la liberté des peuples. Et quand il écrit pour laMission Populaire, leMouvement de la Paix (dont il fut dirigeant national), lUnion Pacifiste la ou Libre Pensée, il poursuit sa quête dhumanité doù il tient sa vocation religieuse. Le voici, tel Ulysse, de retour au bercail provençal après un dernier épisode douloureux : la disparition de son épouse malade. Sa nombreuse famille le réclame. Il choisit Aubagne pour y déployer ses talents : au Secours populairecomme à laccueil de jour du V80 où il dit des contes aux malades dAlzheimer, dans les Conseils de Quartier quil fréquente régulièrement, et bien sûr à la paroisse protestante où résonnent de temps à autre les prêches dun retraité peuordinaire, ceinture noire daïkido et moniteur de montagne ayant accompagné les premières montées de Gaston Rébuffat sur laiguille de Sormiou, au siècle dernier!  « Rédacteur dun journal provençal»1    Je remercie de tout cur Bruno Bérard et GhislaineDeschamps ; sans leur aide précieuse, ce livre naurait jamais pu paraître.  Milou       1Dont les noms se sontperdus dans une faille de lhistoire. 6
              
                     
PREMIÈRE PARTIE  AUTOBIOGRAPHIE 
 
    ourquoi écrire ma biographie ? À la demande de mes enfants et de quelques amisPeut-être pour expliquer mon « Quand même»1, qui recueille des articles écrits ça et là au cours de mon existence parfois tumultueuse. Quelles autres raisons ? Comme disent les Italiens : « Cosi ».  Né à Marseille dans un petit appartement au-dessus du magasin de mes parents, inscrit sur les registres détat civil le 1ermai. En réalité le gros bébé (plus de 4 kilos), extrait avec les forceps, a poussé son premier cri le 30 avril... Mais mon père (poilu de la guerre 14-18) a cru bien faire de retarder mon enrôlement dans larmée en me déclarant le jour suivant. À l », j Bonne Mèreombre de la «ai connu le Pont Transbordeur, les voitures à marchepied, les trams bondés et bruyants, les chemins de fer charbonneux et le Mistral. Mon père rêvait dêtre pharmacien, mais la guerre (la seule, la vraie, chantait Brassens) la envoyé immédiatement après le bac au front. Dans le régiment des hussards, il a notamment participé aux dernières charges à cheval. Blessé, il a récolté la Croix de guerre avec palme, médaille militaire, et les poumons gazés. Il est mort de tuberculose à 42 ans  Mes parents étaient des commerçants travailleurs, économes, et pieux. De droite naturellement, et même surnaturellement ! Jmon enfance et ma jeunesse dans ce milieuai macéré dans clérical et petit-bourgeois. À Marseille, les classes aisées mettaient leurs enfants aux Jésuites ou aux Dominicains côté garçon et les filles au Cours Bastide Les classes moyennes comme nous inscrivaient les garçons au Sacré-Curet les filles à St-Thomas-dAquin : Même sil fallait se « saigner aux quatre veines » selon lexpression, cétait un point dhonneur des familles catholiques. Les ouvriers se contentaient des écoles paroissiales. Après la mort de mon père (mai 1938, javais seize ans, année du bac), je me souviens de lhumiliation de ma mère demandant à 1 CfTextes publiés « Quand même ».. Deuxième Partie : 9
léconome du Sacré-Cur(jPremière à cette époque) « de meétais en garder en philo à prix réduit, pour que je puisse terminer chrétiennement mes études ». Chrétien Et j ! voir fautai souvenance dun grand cousin annonçant à mes tantes sa décision dépouser une « Protestante » ; ce fut un scandale ! Mes tantes étaient « femmes de conviction » dautant plus fortes quelles nétaient pas raisonnées. Cest bien Nietzsche qui a écrit : « Les convictions sont des prisons ». Et pourtant mes tantes bigotes ont capitulé quand lenfant du couple maudit est né. Comme leur neveu général, elles ne sétaient jamais rendues même à lévidence, mais le bébé a fait sauter les verrous et lorsque lenfant paraît les cursbattent à lunisson. Ces braves tantes, qui habitaient Saint-Loup, étaient différentes dans leur comportement social : la plus âgée, Mamie, qui avait travaillé dans le commerce jouait à la grande dame qui avait « du bien » et voulait être respectée. Sa principale fonction était de « garnir » lautel principal à léglise et de recevoir le curé à la maison. L Tanteautre, « », Rose connue pour son dévouement inlassable, lavait le linge au lavoir, visitait les malades, habillait les morts et, toutes les semaines, changeait les fleurs du cimetière. Mes tantes, comme beaucoup de leurs amies, accordaient une place considérable au «Quen ? Qu dira-t-onen penseront les voisins ? Que va-t-on dire de nous dans le village ? Surtout ne pas choquer, et cacher la vérité à tout prix ; sil y a scandale (mon grand-père avait, paraît-il, une fille naturelle), motus et bouche cousue ! Ce grand-père, que je nai jamais connu, était mort de chagrin quand son fils (mon père) était parti à la guerre à moins de 18 ans. En revanche, du côté de ma mère, javais un grand-père chouette ! Le seul que jai connu. Ce grand-père était mécréant. Il nallait jamais à la messe et personne nosait le lui faire remarquer. Entouré de saintes femmes pieuses et résignées, il était pour nous, ses petits enfants, le papy idéal. Nous laimions tous très fort et un séjour chez lui à la Vieille Chapelle, au bord de la mer, était un régal. Le dimanche matin, il était levé très tôt et nous le rejoignions en catimini, sans réveiller les parents : il faisait semblant de nous faire travailler au jardin. Le rite dominical consistait, vers les 7 ou 8 heures du matin, à installer sur la table de famille, le saucisson, les sardines, les oignons, les pâtés, le beurre, lesufsdurs, la salade, les fruits. Et
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