Tout ça, ça m'énerve, et toi ?

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Alain Noel est né en 1952 en Lorraine. Il y a grandi, entouré de l'affection de ses parents et de ses frères et sœur. Il quitte ce pays minier rigoureux pour découvrir la Charente-Maritime à la fin des années soixante. Dix années l'éloignent de la région mais il la retrouve avec plaisir dans la douceur de vivre et le bonheur de Barbezieux pendant vingt ans. Aujourd'hui installé à Fouras, profitant pleinement de sa retraite avec sa famille et ses amis, il redécouvre le plaisir d'écrire que sa vie consacrée au monde industriel lui a interdit si longtemps.

Alain Noel, c'est un caractère entier doublé d'une grande sensibilité, il nous dit avec infiniment de plaisir ce que parfois nous n'osons même pas murmurer.


Publié le : lundi 30 septembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332622358
Nombre de pages : 122
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-62233-4

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

A Martine qui partage ma vie, mes joies, mes énervements et mon enthousiasme.

Sans ses encouragements et son amour, ce livre n’aurait pas existé.

A mes petits-enfants pour qui j’ai voulu laisser cette trace d’optimisme, de courage, de fantaisie et d’espièglerie.

Avant-propos

Un jour, une très sérieuse enquête américaine mettra en évidence que l'énervement est un des facteurs d'allongement de l'espérance de vie. Comme j'ai toujours été plutôt en avance, n'en déplaise aux retardataires, et pour pouvoir vivre longtemps, j'ai choisi de m'énerver en observant mon quotidien qui doit bien ressembler au tien de temps en temps. Mais tu verras bien en me lisant que l'énervement tourne assez facilement à la dérision, à l'ironie, et en tout cas à l'amusement. Bonne humeur et humour sont de mise tout au long de ce premier livre. En tendant l'oreille entre deux pages, tu pourrais même y trouver quelques éclats de rire. Et j'attends tes commentaires et tes motifs d'énervement qui empoisonnent délicieusement ta vie sur mon blog : http://alainnoel17.canalblog.com

+3 dB gratuits

Ce n’est pas si fréquent, les suppléments gratuits. Ou alors, il y a de l’embrouille dans l’air.

A l’antenne, en live : « Madame, Monsieur, boooooonjour ! » Tu te dis qu’à la suite tu vas sûrement entendre : « Elle est fraîche, ma sardine, elle est fraîche ». Eh non, à la suite ce sont les grands titres de l’actualité qui défilent, avec des intonations bien placées, pour te faire remarquer ce qui est bien important. « Il n’était auparavant jaaaaaaamais… Le voici donc deeeeee loin… il a donc eu droit à une iiiiiiimmense ovation… » Eh bien moi, je ne vais pas me lever de mon fauteuil pour lui en faire une. Ça finit par me prendre la tête, les envolées des speakerines de l’info. On peut tout de même parler normalement, normalement. Les grandes envolées lyriques, tu les espères plutôt à l’Opéra ou au Festival d’Avignon. Un supplice, les infos.

Mais ce n’est pas tout… Tu es là, tranquille, tu as pris soin de régler le volume de ton média préféré et Paf ! Le Paysage Audiovisuel Français se transforme sans que tu en aies fait la demande. C’est ça l’évolution de la technique. On sait à ta place ce qu’il te faut. C’est pour ton bien, tu comprends, pour ne pas que tu demeures niaiseux, pour que tu sois dans le coup, pour que tu ne passes pas à côté de l’essentiel, du vital, du nec plus ultra, du smart, du lounge, du buzz ! Si tu ne veux pas passer pour un imbécile, un demeuré, un ringard, regarde bien ce que la hausse du son t’annonce ! C’est l’heure de la pub ! Les réclames ! Même si tu ne les réclames pas. Alors, il faut que ça gueule, il faut surtout que le téléspectateur soit attiré par ce qui passe sur la fenêtre à images. Alors tu attrapes ta zapette et tu vérifies si le réglage « limiter le son automatiquement » est toujours actif. Parce que ces petits salopards seraient bien capables de te modifier ça à distance, et s’ils ne peuvent pas le faire aujourd’hui, attends-toi à ce qu’ils le fassent un de ces jours. Le réglage est toujours actif, mais n’active rien. Il t’a fait croire que. On te fait croire des tas de choses dans les réglages personnalisés. Ne cherche pas, c’est râpé. Tu es désormais le jouet du PAF. Tu es devenu Paf’Toy. Paf dépendant, Paf soumis, Paf facile. Pas facile !

La solution, tu te dis d’abord : « mais p… ça m’énerve leur pub de m… ! » Puis tu récupères la zapette et tu coupes le son. Et là tu te réjouis de voir que les promoteurs du dernier Star, Méga, City (et j’en passe et des moins bons encore) – Burger à la mode, tu as réussi à leur clouer le bec. Et puis tu vas vider l’eau du bocal… en silence. Tu vas sortir le chien, si t’as un chien. Juste avant de sortir, tu jettes un œil vers ton écran, une femme lascive, une goutte descend lentement sur sa nuque : c’est du numéro cinq. Des coquelicots ? Quelle odyssée dans l’espace audiovisuel ! Une baignoire ? J’adore !

Heureusement – pour l’instant seulement – la télé ne parvient pas encore à te coller l’odeur. Essaye d’imaginer un peu les mélanges subtils que ça pourrait donner, entre le canard qui a besoin d’aller aux WC, le pneu tout fraîchement sorti de son moule, le café des hauts plateaux servi sur ton plateau-repas alors que tu n’en es qu’à l’apéro, la couche-culotte bien remplie qui ne fuit pas grâce aux élastiques là et là, les lasagnes « nouvelle recette » qui viennent te pourrir ton saumon à l’oseille… le papier d’Arménie conseillé par la cousine Nathalie ne pourrait suffire.

Sinon il y a la poubelle, tu retrouves à la même heure (ça, c’est marrant, non ?) tes voisins qui font la même chose. En fait, à part peut-être les américains, il n’y a pas grand monde devant l’écran au moment des pubs. Parce que ça nous énerve les pubs, parce qu’on sait ce qu’on a à faire, parce qu’on n’a pas les moyens de partir toutes les semaines pendant quinze jours à Agadir ou à Megève, même si la montagne ça vous gagne, même si Blanche-Neige et Mickey et Dingo t’accueillent personnellement à Eurodisney. La mère Denis méritait notre confiance mais déjà on se doutait bien qu’il y avait une embrouille et puis l’eau du lavoir, moi, ça me travaillait fortement la vessie et m’obligeait à faire fonctionner le robinet. Tout petit déjà.

Selon Wikipédia : La publicité est une forme de communication, dont le but est de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.). Mon œil ! La publicité est une forme d’agression caractérisée, dans une forme telle qu’elle fait fuir les cibles visées. Et ça marche ! Les marques payent très cher des minutes de pubs que personne ne regarde. Ohé les imaginatifs ! On dirait bien que vous êtes en manque. A force de forcer sur les doses… Faudrait voir à voir, faudrait voir à changer vos scénarios, le pitch n’est pas bon, les acteurs fadasses. Les mises en scènes réchauffées comme le hachis Parmentier, ça va un temps.

En étant bien attentif, tu t’aperçois qu’il n’y a pas que dans les pubs que le son est sauvagement et subrepticement monté d’un cran. Là, il doit s’agir d’en offrir toujours un peu plus pour le même prix – quelle générosité – afin de te télétransmettre gratuitement une dose de stress et montrer que l’émission en question vaut son pesant de cahuètes. Dans les hôtels ou les immeubles mal insonorisés, le son amplifié venu du voisin doit sans aucun doute t’inciter à zapper pour ne pas rater le truc important. C’est à celui qui gueulera le plus fort, il forcera à l’unanimité. Une panurge dans laquelle il n’y a plus de place pour un son normal.

Bien entendu, j’ai fait un courriel au CSA. Pour réclamer la liberté de protéger mes pauvres tympans et mes yeux fragiles et innocents. Et pour dire qu’en échange d’une redevance, on devrait nous devoir un minimum de respect. « C’est un sujet sur lequel nous travaillons ». C’est la réponse qui m’a été faite, il y déjà plusieurs mois.

J’imagine assez bien qu’un jour prochain tu auras des « pop-up » sur au moins un quart de ton écran, à tout moment, dans le cadre de n’importe quelle émission. Je vois bien, sur une émission culinaire, apparaître une pub sur le dernier produit miracle contre les mycoses des ongles des pieds ; sur une émission religieuse, la bande-annonce d’un film porno ; sur un concert classique, Johnny crève l’écran brusquement pour annoncer son dernier album ; sur une retransmission de patinage artistique, notre cher Nelson brusquement interrompu par le dernier clip de Joe Starr ; ou inversement le talk-show du soir quand on n’est pas couché perturbé par la météo de l’inaudible Catherine Laborde, qui énerve Jolie-Maman et pour le coup nous oblige à monter le son de 3dB !

Et ça, ça m’énerve. Et toi ?

Un délicieux millefeuille

Tout va trop bien ? Eh bien oui, Madame la Marquise, tout va beaucoup trop bien. La France continue à mener grande vie, on reste figé dans nos paradigmes. C’est quoi un paradigme ? C’est une sacro-sainte habitude que l’on conserve par confort, par refus du changement, pour ne pas perdre ses privilèges. Quand je dis « on », je ne parle pas de toi. Toi, sauf à faire partie du petit pourcentage de compatriotes privilégiés, tu as appris à te serrer la ceinture. Ou tout au moins à trouver des économies à faire quand ça devient nécessaire. Il y a ceux qui nous gouvernent, il y a toi, il y a moi, il y a ton beau-frère Gaston qui n’arrête pas de râler au café du Commerce, de refaire le monde, de refaire la France, de jouer au Playmobil et au pingouin. Toi, tu as du GBS : le Gros Bon Sens, celui qui te dit que tu ne peux pas dépenser plus que ce que tu ne gagnes. Mais pour nos dirigeants, ce n’est pas pareil. Bien au contraire, depuis que notre brave et grand Charles avait trouvé le mot juste, la chienlit a envahi notre administration. Non seulement la classe politique n’a pas réduit la voilure, mais elle a rajouté des mâts, des spis, des cerfs-volants au vaisseau institutionnel. Une chienlit on ne peut mieux organisée, c’est paradoxal !

Mais il faut bien préserver les emplois et construire les retraites de nos très « chers » hommes politiques. Alors on entasse les couches : il y avait la commune – trente-six mille – avec son maire, son conseil municipal, son secrétaire de mairie, bref le machin que tu connais bien pour y avoir fait tes vaccins quand tu étais petit au siècle dernier (je ne te dis pas le mélange de l’odeur de l’éther avec celle des encres des tampons, j’en connais plus d’un qui s’est enfui en courant, à moitié à poil, dans les rues de son village). Pour les plus jeunes, la mairie c’est l’endroit où l’on se précipite en catastrophe le trente-et-un décembre pour s’inscrire sur les listes électorales. Ou pas, pour les plus conscients d’entre nous.

Oui mais voilà, la commune, ça ne suffit pas. Alors on ajoute une couche : la communauté de communes. On appelle ça une EPCI. D’ailleurs, tu as remarqué, on ne l’a pas appelée, elle est venue toute seule ! Tu te rends compte, tu n’es plus tout seul dans ton joli patelin de France, avec des petits chemins qui sentent la noisette, où tu avais la paix de la taxation : tu fais aussi partie d’un Etablissement Public de Coopération Intercommunale ! Ça va saigner ! Z’ont intérêt à coopérer, les demeurés du village d’à côté qu’on n’a jamais pu encaisser. J’imagine le jour où l’on va créer une intercommunalité entre Nancy et Strasbourg, entre Bordeaux et Toulouse, entre Biarritz et Bayonne !

Pour mieux nous embrouiller, il y a des noms différents selon l’humeur et les circonstances : communauté urbaine, parce qu’on n’est pas des bouseux quand même dans les villes, communauté d’agglomération, pour bien montrer qu’on n’est pas une petite ville de rien du tout ; syndicat d’agglomération nouvelle, parce que c’est nouveau ; syndicat de communes, sûrement en référence aux nombreux défilés de printemps et d’automne, et les syndicats mixtes parce que là on doit aussi sûrement trouver quelques patrons qui y ont élu domicile.

En fait, on trouve surtout des élus, venus dans ces EPCI pour défendre leur bout de gras. Parce que forcément après chaque réunion, on boit, on mange et c’est nous qu’on paye, comme disait Coluche. Avant il se fendait déjà bien la poire, mais s’il avait connu les EPCI, il serait sûrement mort de mort naturelle : mort de rire.

D’autant qu’à la liste tu peux rajouter d’autres machins bizarres comme les zonages (tu vois, tu comprends mieux aussi pourquoi il y a des zonards…) : les unités urbaines, le zonage en aires urbaines, les zones d’emploi (ah bon ? comme dirait Roselyne), les bassins de vie (ça c’est sûrement pour les vieux qui ne peuvent plus se lever) et enfin, comme chez mon boucher qui a toujours un train d’avance, le découpage infra communal en IRIS. Et là, c’est du lourd, du très lourd, du genre que même Fabrice Luchini n’a jamais imaginé. On t’a saucissonné (c’est pour ça que je parlais de mon boucher) en quartiers, sans faire de quartier, tu es devenu un IRIS. Et ça, c’est la sous-couche. Il nous reste à imaginer la sous-couche suivante, l’îlot, ou le pâté… c’est d’ailleurs ce que ça commence à sentir. On est loin du petit chemin qui sent la noisette.

Allez, on remonte, accroche-toi, ce n’est pas fini, prend des vitamines et du viagra, parce ce que la...

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