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Tout se paye dans la vie

De
314 pages
A travers les souvenirs de ses parents, Sylvie Gerche retrace l'histoire de sa famille juive polonaise pendant la guerre, la déportation et l'extermination, la fuite, le séjour mouvementé en Russie, le bouleversant retour en Pologne et enfin, l'immigration en France. L'auteur a traduit intégralement les discours de sa famille du yiddish en français en gardant l'expression de leur forme verbale. Cet ouvrage est un travail de mémoire pour que les générations à venir n'oublient jamais le passé.
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Tout se paye dans la vie

SYLVIE GERCHE

Tout se paye dans la vie
Les terribles pérégrinations d'unefamUle juive polonaise, pendant la guerre
Témoignages

Collection GRAVREUR DE MEMOIRE

L'Harmattan

cg L'Harmattan 2003
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5322-1

À toute ma famille inconnue disparue dans les camps A mes très chers parents A mes filles adorées A ma future descendance

« Plus jamais ça ! »

AVANT-PROPOS

Il

Quand je suis née, en 1950, c'était quelques années après la «guerre», celle au cours de laquelle six millions de juifs furent assassinés par les nazis allemands. Je suis la troisième de 4 filles, d'une famille juive d'origine polonaise, immigrée en France en 1947. Quand je suis née, mes parents, Rivtché et ToMé, et mes sœurs aînées, Sophie et Gisèle, âgées respectivement de 10 et 6 ans, se remettaient à peine des horreurs qu'ils avaient vécues pendant la guerre. Ils habitaient Toulouse depuis deux ans et menaient une vie d'immigrés qui ne parlaient pas lefrançais, qui travaillaient dur et qui faisaient tout pour ne pas se faire remarquer, tremblant à l'idée de se faire expulser de cette terre d'asile qui les avait généreusement accueillis. Toute mon enfance a été bercée, ou plutôt troublée par les récits et les souvenirs que mes parents me racontaient. Il ne se passait pas un jour sans qu'ils n'évoquent leur petit village de Pologne, qu'ils ne me relatent, sans cesse, la guerre, la déportation et l'extermination de leur famille, leur fuite, leur séjour mouvementé en Russie, leur bouleversant retour en Pologne à la fin de la guerre et enfin, leur immigration en France. Leur épopée, je la connaissais par cœur. Je savais d'avance, le moindre détail de chaque épisode sur lequel ils revenaient

12 inlassablement. Je finissais par écouter d'une oreille distraite, ne comprenant pas trop bien leur insistance à parler de ce passé si douloureux. Je ne réalisais pas qu'ils étaient les survivants d'une catastrophe. Evoquer tous ces gens disparus était, pour eux, une façon de les faire revivre, de les empêcher de mourir et de s'effacer de leur mémoire consciente. Enfant, j'ai souvent fait le rêve éveillé qu'un jour, on sonnerait à la porte de notre appartement, que j'irais ouvrir, et que je verrais, devant moi, un vieux couple qui me dirait en yiddish: Nous sommes tes grands parents. Nous revenons de l'enfer mais nous sommes vivants! J'étais folle de joie. Mais, plus les années passaient, plus je me disais que ce rêve ne se réaliserait jamais. La notion de grandsparents m 'a toujours été étrangère. Ils avaient été tués avant que je ne naisse. J'avais le sentiment de n'être la petite-fille de personne puisque je n'avais jamais connu mes grands-parents. J'enviais mes camarades de classe quand elles me racontaient les liens tissés avec leurs grands-parents et les moments de bonheur passés avec eux. Toute cette histoire me paraissait surréaliste. Ce passé étant antérieur à ma naissance, je n'étais pas loin d'imaginer qu'à partir de faits dramatiques mais non moins réels, mes parents avaient tissé une toile d'aventures extraordinaires dont ils étaient les héros. Je me rendais bien compte que les sentiments violents et les réactions étranges qu'ils manifestaient en évoquant tous ces lieux et ces personnes, étaient liés à la détresse qui les habitait. Bien plus tard, j'ai enfin compris qu'une part importante de leur être profond était déjà morte à ma naissance. L'anéantissement des leurs les obséderait pour toujours. Son tragique passé avait fait de mon père, un homme réservé, introverti, à la limite de la faiblesse, alors qu'il m'avait été décrit comme une forte personne, volontaire, courageuse et héroique. Ma mère, à l'enfance difficile et orpheline de toute sa famille exterminée par les nazis, était très névrosée, hystérique, caractérielle et apparemment inaffective. Oh ! bien sûr, ils ont su reconstruire une nouvelle vie, fonder une famille et une descendance. Ce fut leur revanche sur l 'histoire et la mort. Mais, finalement, ils n'ont pas vraiment vécu, ils ont plutôt survécu.

-

13 Très tôt, dès ma petite enfance, j'ai probablement intégré la culpabilité qu'ils ont dû nourrir à s'aimer, à procréer, à continuer à vivre tandis que toute leur famille avait disparu et qu'ils avaient quotidiennement côtoyé la terreur, le danger de mort et d'anéantissement. Ma jeunesse a été celle d'une enfant d'immigrés. Mes parents ne connaissaient pas le français et ne m'ont toujours parlé qu'en yiddish. C'est ma langue maternelle. Mais pour moi, c'est bien plus qu'une langue. C'est une chaîne particulière et indestructible qui me lie à mes parents, et au-delà d'eux, à toute cette famille ascendante que je n'ai jamais connue. Le yiddish, c'est aussi toute une culture, vivante, colorée, familière que j'ai fortement investie affectivement. C'est un comportement, un savoir être, une façon de vivre, de penser, de réagir, de chanter triste et gai avec la même émotion, d'hurler en parlant, de pleurer et de rire dans le même souffle, de s'insulter sans rancune, de se sentir solidaire en famille, de vibrer et de s'émouvoir à l'écoute les chansons de « Gebirtig 1», de saliver devant un hareng ou un bouillon-« lokchen 2», d'être juif ashkénaze. Parallèlement, j'ai construit ma vie en France, et en français. J'ai eu une scolarité normale. Fille de tailleur, j'ai fait, assez banalement, des études de médecine. J'ai exercé la médecine générale, me suis mariée, eu deux jilles, fait une psychanalyse. Que du classique!! Intégrée dans la société et la culture française, ce n'est que vers la cinquantaine, que j'ai réalisé, soudain, que mes parents, vieillissant, allaient bientôt mourir. Prise de panique, et dans une sorte de course contre la montre et le temps, j'ai ressenti la nécessité impérieuse de jixer par l'écriture, leur histoire et celle de leurs familles. J'ai pris conscience qu'ils m'avaient transmis un patrimoine précieux. Je devais, par un devoir de mémoire d'ordre général, mais aussi d'ordre personnel, préserver et transmettre à la jeune génération qui suivait la mienne, les trésors de souvenirs que mes parents m'avaient livrés. Il fallait que leurs pages d'histoire ne tombent
1 Mordeh 'al" Gebirtig

: Compositeur de chansons yiddish très populaires

que mes parents chantaient et m'ont apprises. 2 Lokchen : Pâtes fraîches que ma mère faisait à la main, consommées avec le bouillon, plat traditionnel yiddish

14 pas dans l'oubli. J'avais le sentiment d'empêcher, à mon échelle, que ne s'accomplisse définitivement l'entreprise de destruction et d'anéantissement des juifs d'Europe centrale, menée par les nazis.

LES NARRATEURS

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Ce livre est constitué de témoignages que j'ai recueillis auprès de certains protagonistes de cette histoire. Je les ai enregistrés pendant de longues heures, et ils ont tous manifèsté beaucoup de plaisir à se raconter et à répondre à mes questions. Chacun me livrait sa version des faits vécus ensemble et j'ai souhaité mettre en évidence la subjectivité de chacun vis à vis des mêmes évènements. Peu importaient la réalité et l'authenticité des faits. Ce qui m'intéressait, c'était le souvenir que chacun en avait, même filtré par la mémoire et le temps. Rivtché, ma mère, âgée de 89 ans, vit à Tel-Aviv. Elle a beaucoup insisté pour être le personnage central de ce livre. De fait, sa mémoire est intacte et elle s'est souvenue de détails extraordinaires de son enfance. Mon père, ToMé, mort à 90 ans, en Décembre 2001, ne pouvait plus parler au moment de l'interview. Elle l'a fait à sa place, étant ainsi sa porte parole. Se connaissant depuis plus de 70 ans, ils avaient beaucoup de souvenirs communs. Elle s'est exprimée en yiddish et j'ai traduit son discours en français. Et bien sûr, ce sont mes héros préftrés, chers à mon cœur. Lafzer, mon oncle, le « jeune» frère de mon père, 83 ans, vit à Knok/œ-le-Zout, en Belgique. Lui aussi, m'a parlé en yiddish, et il

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m'a relaté des évènements que mes parents ne m'avaient jamais révélés. Schmoulek, mon oncle, le mari de Goutcha (86 ans, la «jeune» sœur de mon père), est mort en 1995. Il a vécu avec ma tante à Roanne. Un de ses jils, Jean-Marc l'avait enregistré en vidéo, il y a dix ans. Dans cette cassette vidéo, il racontait, en français, une partie de son histoire. J'ai repris intégralement son discours. Ce qu'il racontait m'intéressait beaucoup parce qu'il avait été mobilisé avec mon père dans l'armée russe, et qu'il était le seul témoin de ce qu'ils avaient vécu ensemble. Aviva, ma cousine, jille aînée de Lisa, (sœur aînée de mon père, décédée en 1979) est née en 1935, à Kalisz, en Pologne. Elle vit à Tel-Aviv. C'est la seule de ma génération à se souvenir de nos grands parents (parents de sa mère et de mon père), et le vécu de la guerre par une petite jille de six ans était passionnant et très
touchant à entendre. Sophie, ma sœur aînée, est née en 1940 en Russie. Elle se rappelle quelques bribes de sa toute petite enfance, mais ses souvenirs deviennent plus précis à la jin de la guerre et à l'arrivée à Paris en 1947. C'est elle-même qui a rédigé les passages la concernant et ils jigurent tels quels dans le livre. Le texte foisonne de personnages et de lieux répondant à des noms yiddish, polonais, russes. Certaines expressions sont formulées dans leur langue d'origine, et traduites en français. Je n'ai pas voulu transcrire le discours des narrateurs en style littéraire et bien rédigé. J'ai volontairement gardé la forme verbale, telle qu'elle a été exprimée. J'ai même traduit littéralement des termes yiddish, qui en français, ne sonnent pas très juste. Ceux qui parlent yiddish, reconnaîtront les expressions. Ce livre est un ouvrage d'optimisme, tourné vers l'avenir. Il s'adresse aux générations d 'aujourd 'hui et de demain. Bien sûr, si la Shoah n'avait pas existé, je serais diffirente, et 1'histoire de la famille aurait été moins douloureuse. Mais, bien que marquée par ce malheur, elle me paraissait tellement riche de toutes sortes d'autres expériences, et en particulier de la culture yiddish, que, de toute façon, ça valait le coup d'en parler.

QUELQUES

REFLEXIONS

SUR LA SHOAH

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Le fardeau mortifère de la Shoah pèse, dans ma vie, depuis ma toute petite enfance. Je ne suis jamais arrivée à rationaliser le phénomène. Tous les discours journalistiques m'ont toujours faite vomir, et je ne peux pas dissocier les faits, de leur dimension émotionnelle, la folie du génocide, du risque que j'ai couro d'en devenir folle. Je hais les nazis pour la tuerie organisée qu'ils ont menée, je hais les allemands, peuple soit disant si raffiné, si cultivé, si éduqué, qui a produit à l'échelle collectivement appliquée une idéologie, aussi sauvage que débile, aussi barbare que grossière, et les qualificatifs me manquent. Même maintenant, je ne leur fais aucune confiance, même si historiquement, la réconciliation doit avoir lieu. Au fond de mon cœur, il n y a pas de voie de réconciliation possible. Je ne pourrai jamais aller en Allemagne. Je ne veux pas y aller et je n'irai pas. Je déteste la langue allemande bien que je l'aie étudiée au lycée. L'ironie de 1'histoire faisant que le yiddish est une langue très proche de l'allemand, je n'ai eu aucune difficulté en version. De fait, je parlais en yiddish en « germanisant» mes propos, ce qui rendait folle mon projèsseur, que je suspectais d'être antisémite, parce qu'elle enseignait l'allemand Forcément!

22 Mon rejet massif de toute « germanité » me protège, peut être, de toute tentative de compréhension. Je ne veux pas comprendre car commencer à comprendre, c'est commencer à admettre et cela m'est impossible. Je l'aurai toujours en moi et, toute ma vie, j'aurai mal de la Shoah. J'essaie d'expliquer à mes filles ce qui m'agite pour qu'elles sachent, qu'elles n'oublient jamais mais pour qu'elles vivent avec, mieux que moi. Avant de mourir, mon père se débattit dans une démence sénile. Il était follement agité par le souvenir de faits très douloureux vécus pendant la guerre, qu'il avait l'impression de revivre. Soixante ans après, les allemands continuaient de le torturer. C'était pathétique et insoutenable! Je crois que ma génération a encore le nez bien trop collé sur I 'histoire, au risque d'étoujJèr, pour pouvoir enfin respirer un autre air que celui vicié par le souvenir des émanations s'échappant des cheminées des chambres à gaz. Je n'ai peut être pas le courage d'affronter l 'histoire avec un grand H, dont le ventre est encore fécond de cette bête immonde. Mais je n'en ai pas envie. Je ne cherche pas à me justifier, c'est comme ça ! J'assume ma subjectivité. Je revendique le droit à la haine, à la rancune.
Plus j

y pense,

plus je me dis que c'est

inconcevable,

que « ça »

échappe à l'entendement humain, que l'acharnement des nazis à détruire des gens à cause de leur différence, avec un tel degré de cruauté systématisée ne pourra jamais trouver d'explications, quelque soit l'approche de la réflexion. Les analyses historiques, économiques, sociologiques, philosophiques et autres, de cette période ne donnent qu'un éclairage partiel de la Shoah. Les exactions criminelles et l'exercice de la cruauté individuelle et collective des allemands ne trouveront à mes yeux, aucun début d'explication, ni aucune voie de compréhension. La souffrance, le désespoir, le malheur de toute une génération en mettra sans doute plusieurs à se métaboliser, à s'éliminer et, enfin, à appartenir à l 'Histoire, pour peu qu'on ne laisse pas les négationnistes de tout bord relever la tête. Mais, en même temps, je ne vis pas en permanence avec le martyre en bandoulière. Les enfants des survivants et leurs descendants doivent puiser dans la tentative d'anéantissement qu'a constitué la

23 Shoah, la force et la volonté d'intervenir dans la société pour que « Plus jamais ça »devienne, dans l'avenir, une réalité. L'identité des juifs ashkénazes n'est pas morte. Bien au contraire. La résurgence de la langue et de la culture yiddish en est la preuve la plus tangible.

INTRODUCTION

27

Nous sommes assises dans la cuisine de son appartement à TelAviv. Sur la table, le magnétophone, et une dizaine de cassettes prêtes à capter ce trésor de mémoire et de vie qu'elle va me livrer. Rivtché, ma mère, va parler et raconter sa vie. L'enregistrement commence. Au début, elle manque de naturel, puis, très vite, oublie l'appareil et devient purement authentique. C'est en vidéo que j'aurais dû la prendre. Il faut la voir. Elle s'anime, fait des grands gestes, ses yeux expriment toutes les émotions mobilisées par le discours. C'est un spectacle. Elle se donne en représentation, elle a un public et elle adore ça. Quel plaisir de l'écouter et de la regarder raconter. Avec emphase, elle met le ton, elle pleure, elle rie, elle trouve les mots justes, les dialogues sont vivants et tout ça en yiddish. Parfois, les propos sont intraduisibles tant la langue et les mots employés chantent, pleurent et respirent. Elle dit qu'elle aurait pu être une grande comédienne et je la crois volontiers. Il faudrait qu'une de ses petites-filles, en souvenir de sa grand-mère, réalise cette envie
dont elle n 'a pu que rêver. Elle parle, s'emporte puis, parfois, censure. - Ça, il ne faut pas le mettre dans le livre. Ce sont, le plus souvent, des jugements violents qu'elle profère contre certains membres de la famille de mon père.

28 Et elle ponctue son discours par « Tout se paye dans la vie ». C'est sa maxime, son mode de pensée, sa philosophie de la vie. Elle ne croit pas en Dieu, mais elle est superstitieuse. Elle a peur d'une puissance supérieure et se dit qu'il vaut mieux l'avoir pour, que contre soi. Et pour mériter sa protection, il faut faire des « bonnes actions» dans la vie, on est toujours récompensé. Par contre, quand on ne se conduit pas bien, qu'on fait le mal, qu'on ne respecte pas les promesses faites à un mourant, le sort s'acharne et on le paye sur plusieurs générations. Et les exemples ne lui manquent pas pour étayer ses théories!

BLASZKI A VANT GUERRE

31

Mes parents sont nés à Blaszki, respectivement en 1911 et 1914. En ce début du 2(jme siècle, c'était un gros village situé dans la partie occidentale de la Pologne, à 30 kilomètres de Kalisz, dans la région de Lodz, la ville la plus connue de cette région. Ce «shtetf » abritait cinq mille habitants, dont la moitié était juive. Bien que vivant de façon intégrée, une partie de la communauté juive s'était regroupée autour de la synagogue, le bain rituel (milevé), l'école juive. Blaszki était partagé en deux parties. L'une s'appelait « Goumé rinek », la ville haute, et l'autre, «Dome rinek », la ville basse. C'était dans ce quartier qu 'habitaient la plupart des juifs. Constitué de trois rues principales, d'une place centrale, et de ruelles étroites, on y trouvait des écoles, une synagogue, une maison de prières et d'études (Beth Hamidrash), un abattoir pour le sacrifice rituel (shrita), bref, tous les lieux de culte et de pratique de la religion juive. On trouvait aussi un marché, des échoppes d'artisans et autres commerces. Il y avait aussi une salle de spectacle où se donnaient des représentations de théâtre et des projections de cinéma muet.
3 shtetl: village en yiddish, emblématique de la vie des juifs en Europe orientale avant guerre