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Tu seras maître d'école

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À l’automne de ma vie, j’ai souhaité faire part du bonheur que m’ont procuré les mille petits d’hommes qui furent mes écoliers. Leur soif de savoir, leurs sourires complices, leur confiance sont autant d’inoubliables souvenirs, de joies (parfois de peines) partagées.

En toute simplicité, voici un condensé de mes quarante “glorieuses” au milieu de tous ces gosses, ceux des champs et ceux des villes, ceux de France et ceux d’Algérie. Quand vous tombent sur la tête d’ignobles avatars, la présence joyeuse des enfants vous aide à franchir “l’insurmontable”, à porter votre regard vers de radieux horizons. Né avant 1940, je fais partie de cette génération d’enseignants qui vécut dans le pays de ses élèves car nous n’étions pas “seulement” des instituteurs. Personnellement, cette immersion m’a permis de compenser mes grosses lacunes en sciences de l’éducation.

Au milieu du XIXe siècle, un hardi pédagogue proclama du haut de la chaire de Notre-Dame-de-Paris : “Craignez une éducation sans joie, une vie sans rires !” Cela fut et cela reste mon vade-mecum.

RENÉ JET




1956-1996 : Mes quarante “glorieuses” ?


ANNÉES 50 – Les galoches, la blouse noire et la musette ; la plume Sergent-Major, la croix “au mérite” et l’encre violette ; le lait Mendès et l’électrophone Teppaz ; L’eau vive (G. Béart), Quand on n’a que l’amour (J. Brel) ; “Je vous ai
compris” (de Gaulle, Alger 1958).


ANNÉES 60 – Brodequins et sandales, blouses de toutes les couleurs ; les grands panneaux didactiques de la MDI (Maison des instituteurs) ; le transistor et la télévision en noir et blanc à chaîne unique ; “Ils quittent un à un le pays” (J. Ferrat), les Beatles, “Mais oui, mais
oui, l’école est finie !” (Sheila) ; “Sous les pavés, la plage” (mai 68).


ANNÉES 70 – Mini-jupes, cheveux longs et pattes d’éph’ ; plus d’école le samedi après-midi, adieu jeudi bonjour mercredi ! ; le crayon à bille, la duplication à alcool, les audio K7 et les diapos ; “Le petit rapporteur” de Jacques Martin ; “Vous n’avez pas le monopole du coeur” (VGE), “La France n’a pas de pétrole, mais elle a des idées”… ou vice-versa !


ANNÉES 80 – L’informatique, les langues étrangères, le caméscope et la vidéo rentrent à l’école ; Au bout de mes rêves (J.-J. Goldman), Maman râpe, les gosses rappent ; “La force tranquille” (F. Mitterrand).


ANNÉES 90 – La semaine de quatre jours, fringues de marque, ateliers informatiques, programmation en logo et traitements de textes, concertations et projets d’école ; “Okay !” (Les Visiteurs), Foule sentimentale (A. Souchon) ; “Une France pour tous” (J. Chirac).

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En guise de préface La toute première fois La cloche a sonné. Les rangs se forment. Silencieux, bras croisés, les garçons franchissent le seuil de la classe (la petite, celle des CP CE1 CE2). Une place est désignée pour chacun. On accroche la musette au dossier de bois, on s’assoit, on croise les bras. On regarde. Devant, un grand tableau noir surmonté d’un crucifix, de chaque côté, un tableau tout aussi noir, réversible, sur pieds de bois. Le sol est en ciment, les murs blanchis à la chaux, le soleil caresse les larges baies côté sud, sud-est. Au fond, une cloison amovible en lambris per-met, les jours de grande fête, de transformer les deux classes en salle de spectacle. Des panneaux épais et cartonnés étalent en lettres noires sur fond jaune des textes touffus au style laborieux mais dont la logique implacable nourrit la lecture syllabique. C’est sobre, austère. Seule unegrande imageenluminée offre une note colorée. Elle figure la hiérarchie pyramidale de la Sainte Église où le pape tout en haut esseulé domine plusieurs rangées de subordonnés que semble porter à bout de bras l’innombrable peuple de croyants. En toile de fond, un Dieu rayonnant et puissant illumine l’ensemble. En cet instant, ce n’est pas Lui qu’observent les trente garçons. Ils ont les yeux rivés sur ce nouveau maître planté devant son bureau. Bref temps de silence qui dure une éternité. On se jauge, va-t-on s’apprivoiser ? Passé levertige de la page blanche, je ne tergiverse plus. Au travail ! Pas la peine de s’embarrasser d’instructions offi-cielles, d’élucubrations pédagogiques dont j’ignore et le A et le B. Comme au bon temps de ma gentille maîtresse de cette
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même classe : lecture, écriture, numération, opérations, pro-blèmes, conjugaison, vocabulaire, dictées suffisent à meubler un emploi du temps de six heures par jour, cinq jours sur sept. Accessoirement, de façon ponctuelle ou empirique, nous étudierons quelques rudiments d’histoire, de géographie, de leçons de choses. Le samedi après-midi, si on a bien travaillé dans la semaine, on s’adonnera aux plaisirs du dessin, du chant, de la musique, du sport… Ici, j’ai effectué mes pre-miers pas d’écolier, ici je pose mon premier jalon d’institu-teur. Il faut d’abord rassurer les petits de 6 ans, dépaysés et empruntés dans leurs blouses neuves d’écoliers débutants. À l’un, je demande : « Lève-toi ! » Interrogateur et inquiet, il ne bronche pas. « Mets-toi debout, voyons. » Même attitude. J’insiste : « Allons, choume-ta ! » Aussi sec, le voilà planté comme un cierge. Il a pigé. Il me sourit. En parlant gallo, c’est tellement simple de se comprendre… On n’aura de cesse, cependant, de traduire ce langage si coloré en français correct, à défaut d’être châtié. Le rythme de croisière est vite acquis avec ses réussites, ses échecs, ses moments drôles. Quel bonheur d’éveiller ces gosses de la campagne aux savoirs scolaires, eux qui sont déjà si riches de connaissances agrestes ! J’ai à peine 17 ans et me voici propulsé sur un piédestal qui me vaut les saluts respectueux de ceux-là même avec lesquels j’ai eu maille à partir du temps de mon enfance écolière qui connut quelques tours pendables. Il me faut maintenant tenir mon rang, m’informer, me former. Un maître d’école se doit d’avoir de la tenue, du savoir-vivre, être documenté, cultivé… Autant de domaines où j’ai presque tout à apprendre. Quand, à l’automne 1956, Budapest est écrasée par les chars soviétiques, le châtelain du village daigne m’aborder dans la rue pour connaître mon opinion. Quel honneur de la lui donner !… Lui qui hurlait « Pied à terre ! Pied à terre ! » lorsqu’au retour de l’école, je traversais sa propriété à bicyclette.
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Quant à ma tenue vestimentaire, elle est comme celle de tous les maîtres débutants issus de milieu modeste. Propre mais simple. Très simple. Pour mon premier anniversaire d’enseignant, les enfants (sans doute guidés par quelques mamans) m’offrent unechemise du dimanche”. Mon manque évident de formation pédagogique, comblé en partie par les stages et l’expérience, me fera longtemps cruellement défaut. La passion des gosses, le bon sens m’aide-ront à gommer cette carence. Il n’empêche : je me suis tou-jours considéré comme un supplétif, un “harki” de l’Éduca-tion nationale. Voici donc l’autobiographie de mes quarante “glorieuses” (?). Encore un livre sur l’école ! direz-vous. C’est plutôt un regard porté sur les enfants que j’ai tenté d’instruire et d’édu-quer avec mes (petits) moyens, mais avec bonheur et enthou-siasme !… et sur ces activités péri et para scolaires qui m’ont fait connaître et apprécier le milieu dans lequel grandissaient nos petits d’hommes. Instituteur catho, j’ai connu le secta-risme et, sans doute, l’ai-je pratiqué à mon corps plus ou moins défendant ! Par souci de confidentialité et de respect, j’ai modifié les noms de personnes et de lieux. M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, les enfants emploient à leur insu des apocopes, un bien grand mot qu’ils ignorent : le professeur est devenu le prof, l’instituteur : l’instit… Personnellement je me suis toujours défini comme maître d’école. Outre le fait qu’on n’a pas encore “apocopé” cette appellation, je la trouve plus élégante et surtout plus vraie. Le maître, du latin magister, est celui qui dirige “en bon père de famille”. Bonne lecture, René JET
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