Tu vis, tumeur... - Tome 1

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C'est l'histoire d'un homme qui avance à tâtons dans une vie jusque-là sans surprises, bien ancrée dans sa confortable routine... Il vit seul, il semble bien, ses rêves sont devant lui, mais il ne sait les accrocher... Sa vie se déroule dans la lassitude ; fatigué de son travail, et des plaisantes et récurrentes visites de ses proches parents et de ses nombreux neveux qu'il aime tant... Il épuise ses weekends en lectures au parc Monceau et en s’asseyant sur son canapé face à la télé...

Bref, une vie tranquille, une vie sans histoires...

Jusqu'au jour où...


Publié le : jeudi 6 août 2015
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EAN13 : 9782332946003
Nombre de pages : 366
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ISBN numérique : 978-2-332-94598-3

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

A mon père, qui m’a donné le goût du lire et de l’écrire…

Et qui m’a toujours suivi à tâtons, car j’étais dans le noir…

Citation

 

« Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent. Parfois, ils leur pardonnent… »

 

– Oscar Wilde –

Echo de cloches…

C’était le lundi de pâques… Je m’apprêtais à rejoindre ma famille presque complète, chez ma sœur, en banlieue… J’étais d’une humeur intermédiaire, sans couleur, comme chaque matin, le temps que je ne me trouve une posture et des sentiments à vêtir pour la journée… A ma fenêtre sale, un gris maussade était drapé sur les toits, et un timide soleil, qui semblait hésiter entre des restes d’hiver et les promesses d’un printemps tardif, filtrait au travers… La météo n’a que très peu d’incidences sur mon état d’esprit, je crois, ça dépend… Je promène un peu mieux mon fardeau existentiel, parfois fantasmé, lorsque la lumière s’abandonne dans les belles tenues légères des Parisiennes… Il m’arrive alors de suivre du regard, avec un brouillon de sourire esquissé sur le visage, certaines démarches travaillées, légèrement vêtues… Je les regarde comme un marin suit son cap, jusqu’à ce que la foule les reprenne… Un sourire, c’est peu de chose, un brin de soleil, un brin de toilette glissé sur des cuisses hâlées, des fesses qui disent oui à gauche, puis non à droite… Indécises convoitises, elles accrochent le regard de dos, leurs tenues moulantes murmurant des mots qui invitent, dans leurs sensuelles pantomimes chaloupées… Mais de face, elles se bardent d’un visage éteint et hautain, conscientes de leur pouvoir sophistiqué, affectant de rejeter toutes approches aventureuses, avec un cruel dédain… Je ne fais qu’observer ces joliesses délicates, je me désagrège à l’idée de les aborder… Ce sont des fantasmes fugaces, épanouies en robes au soleil comme des fleurs… Les yeux en abeille, je ne peux que butiner ces nymphes apprêtées… Ce n’est pas réel… Juste un jeu d’attractivité prohibé, dont les règles m’échappent ou m’agacent… Supplice de Tantale non avoué…

Mais ce matin-là, buvant mon café dans un brouillard de fumée en volutes, je pensais à mes neveux et nièces, mes sœurs et mon petit frère… Au plaisir de les voir…

Le ronron asthmatique du petit chauffage soufflant de ma salle de bain concise résonnait depuis quelque temps déjà… Je me hâtais alors de finir le ménage studieux de mon studio… J’aime revenir chez moi dans un appartement rangé et propre… J’ai donc lavé les deux jours de vaisselle, en m’acharnant sur les reliquats de sauces variées, presque fossilisés dans le fond de mes assiettes… J’ai fait mon lit, ou plutôt j’ai paresseusement replié la couverture sur mon clic clac, sans le refermer… J’ai apporté un soin maniaque à de futiles détails, l’alignement de mes coffrets sur la table basse, le positionnement pointilleux de mes télécommandes, l’emplacement des deux cendriers, l’angle du tabouret… Et encore la disposition de chaque chose encombrant le plateau en wengé incrusté de padouk, que j’ai épousseté longuement, pour éliminer les miettes, la cendre et autres brins de tabac séchés… Un rapide coup de balai précis, une cigarette de plus, un encens brulé plus tard et j’étais sous la douche… Habillé, parfumé, lustré, coiffé aux doigts avec un excès de gel, ma bague au petit doigt… Un dernier coup d’œil dans ma glace, fin prêt…

Je suis sorti dans la rue tête baissée, les yeux sur le trottoir, dans mes pensées… J’adopte une posture naturellement voûtée, comme lestée par un insondable poids existentiel substantiel… Je me suis toujours tenu comme cela, ce qui me confère une prestance tordue, s’apparentant à une humilité démesurée, maladive même, comme un salut déférent japonais permanent pour contenance… Je suis d’une taille modeste, et cet affaissement du dos jusqu’au cou, me réduit un peu plus physiquement… Mais je l’assume pleinement, je n’ai jamais tenté une initiation forcée, un dictionnaire sur la tête, en défilant, le menton fier et le port altier, dans l’intimité de mon appartement… Je ne discipline mon maintien anarchique qu’en certaines situations précises : pour des photos de mariage, des entretiens d’embauche, lorsque je suis soumis à une importante tension, comme lorsqu’un crapaud buffle gonfle son corps sous la menace d’un prédateur ; ou encore lorsqu’une fille me sourit, lorsque je me croise dans une vitre miroir d’un immeuble, lorsque je suis captif d’une foule et que je cherche quelqu’un, lorsque je change une ampoule de plafond, lorsque je me rase sous le menton, lorsqu’un jeune m’appelle : « Monsieur, s’il vous plaît », lorsque que l’on contrôle mon identité, lorsque je sors d’une bonne nouvelle et toise les passants avec hauteur, lorsque je franchis la douane à l’aéroport, lorsque j’essaie une veste devant une jolie vendeuse, lorsqu’un proche intime me le signifie… ou encore… Je ne sais, la liste me paraît exhaustive… Le reste du temps je m’affaisse lamentablement… Ma mère n’avait de cesse de me dire : « Redresse-toi, tiens-toi droit », affectueusement… Aujourd’hui encore, de temps en temps… Mon père, lui, m’avait dit – devant ma copine de l’époque, avec son cynisme habituel, railleur et piquant – « Tu es petit et bossu ! »… Cela est presque vrai, mais ce vocable n’est pas adapté de la bouche d’un père qui s’adresse à son fils… Propos fielleux majorés en présence de l’aimée… Ce n’est pas convenable, je le crois… Cela m’avait vivement courroucé… Il était alors célibataire, et polluait mon bonheur de cette perfidie venimeuse suante de frustration… Il plastronnait devant elle en me dénigrant sans réserve, avec verve, comme si l’on était en compétition pour les faveurs d’une même femme… Conflit d’égo d’une ambivalence malsaine et freudienne… Il était seul et malheureux, je ne l’étais pas… Cette muette pensée m’avait alors provisoirement vengée, comme une paire de gants claquée, contre une joue outrageuse… Je lui ai dit, peu de temps après, pour laver et verbaliser l’affront, de front… Il avait alors bêtement ricané, comme chaque fois qu’il n’a rien à opposer ni répondre, avant d’éluder habilement, avec un vrai talent rhétorique… Constamment brillant sur la forme, admirable même, mais par instant, détestable aussi pour le fond, glissé finement et hypocritement entre les lignes… Une faconde parfois empoisonnée… J’ai pardonné une fois encore, ce comportement fat et insultant…

J’arrive au croisement, passe le boulevard dans cette rue dont je ne connais toujours pas le nom, puis je m’engouffre dans le souterrain carrelé de blanc…

Métro Malesherbes, ligne 3, dans une rame grouillante d’usagers agglutinés et renfrognés, pianotant compulsivement sur leurs smartphones, écoutant de la musique trop fort ou lisant, distraits, leurs journaux gratuits… Je n’ai pas réussi à me concentrer sur quelqu’un en particulier, pas un regard intriguant, un visage féminin avenant, ni de conversations pittoresques à épier… C’est un conglomérat disparate, une foule de jour férié dans les transports en commun, des anonymes taiseux et soupçonneux… Le temps de reprendre le fil de mon roman, et j’étais à Saint-Lazare… Mon livre à la main, j’ai sorti ma montre à gousset en cuir, et avisant l’heure, j’ai joué de l’épaule comme on se fraye une piste au coupe-coupe dans une végétation torturée… J’ai roulé une cigarette en regardant le tableau d’affichage, puis je l’ai fumée jusqu’aux ongles sur le quai, au mépris délibéré de l’interdiction, avant de monter dans mon train pour Colombes… Trois stations, le temps de quelques pages… Une voix mal assurée et suppliante est venue briser la suave harmonie sommeillante des passagers… C’étaient des mots qui s’efforçaient d’être déclamés avec force pour être convaincants, mais qui restaient gauches et hésitants… Des mots qui sentaient l’alcool que l’on se baisse pour acheter, et le tabac que l’on vous donne… Des mots comme : « Je suis désolé de vous importuner pendant votre trajet… je sors de psychiatrie, je n’ai pas le RSA, je n’ai nulle part où dormir, je n’ai rien à manger… peut-être… l’amabilité d’une petite pièce ou d’un ticket restaurant… pour manger… me maintenir propre… garder ma dignité… merci de votre attention… et bonne journée… ». Mais cette voix implorante s’est perdue dans le léger chaos mécanique du train, et a laissé place à l’indifférence feutrée et l’indignation rentrée des voyageurs… Personne n’a regardé cette ombre passer, personne n’a vu cette main fébrile qui n’osait se tendre, honteuse… Pauvre importun, tu déranges la placidité harmonieuse et silencieuse du wagon… Il y a des préceptes convenus et informels, presque protocolaires : pas d’indiscrétions tapageuses… Si quelqu’un parle fort, on se retourne vers lui, désapprobateurs, si en plus un autre quelqu’un parle fort pour quémander, on se détourne ostensiblement de lui, modérément outrés…

Je me suis demandé pourquoi l’on entendait toujours ces mêmes phrases, cette litanie courbaturée ? Existe-t-il une formation expérimentale, dans les centres d’accueil pour désœuvrés, où l’on enseigne cette pathétique ritournelle ? Possible que cette pauvre élocution se transmette plutôt dans les rues, sur des bancs de hasard, une maigre pitance sous le manteau, une couche de cartons et un mauvais rouge vinaigré à ses pieds pour seuls biens… C’est culturel, comme dans tout microcosme social, les anciens transmettent aux novices… Ou alors, c’est tout bonnement dans les rames qu’ils découvrent ces refrains en usagers, avant d’être à leur tour dans le besoin… Mais c’est assez inefficace apparemment… Les gens paraissent blasés et privés d’empathie, face à ces nombreuses sollicitations permanentes, ces mêmes redondances main tendue… Je donne régulièrement quelques euros au jeune d’un pays de l’est, posté devant le Franprix de ma rue… Pourquoi lui ? Je ne saurais le dire… Parce qu’il a l’air aimablement perdu, parce qu’il est tout à la fois respectueux, gêné et reconnaissant, ou encore parce que je me convaincs qu’il ne peut trouver d’emploi ; parce qu’il est sincère dans sa détresse, parce que je transpose malgré moi les vicissitudes de mes vingt ans tourmentés dans son regard dépossédé… Alors je lui donne de l’argent à chaque fois, ce qui flatte mon geste lorsqu’il me rembourse d’un sourire contrit et introverti… Je me sens alors vivant… Donner c’est exister, et échapper un peu à soi… C’est peut-être lui qui me donne en définitive, car il m’apporte un luxe identitaire facile, celui de se croire bon l’éclipse d’un instant… On donne pour recevoir, toujours… Celui qui le dénie est privé d’introspection sincère, ou est profondément débonnaire…

Le malheur d’autrui ne nous touche pas, ou si peu, on ne conçoit que le sien, fondamentalement individualistes que nous sommes… On ne se projette pas… On ne connaît que ce que l’on vit, l’imagination a ses limites… Il faudrait pouvoir passer une nuit avec pour seule couverture le noir sans lune d’un hiver mordant, pour pouvoir enfin donner à celui dont c’est le funeste quotidien…

Le meilleur endroit pour faire la manche est incontestablement, selon moi, devant les supermarchés… Les gens culpabilisent de sortir avec des sacs ventrus de victuailles, et donnent plus facilement… La culpabilité est un fameux ressort…

Mais lorsque les gens son cueillis, fatigués, au retour du travail, dans le métro, ils doivent penser que ce démuni pourrait travailler comme tout le monde, comme eux notamment, qui cotisent déjà suffisamment pour les abondantes caisses de solidarité sociale… « Il a deux bras, deux jambes, il peut travailler ! »… Phrase que l’on entend d’une certaine majorité, étroite du porte-monnaie comme de la pensée… Je donne volontiers à ce jeune, mais jamais à cette Roumaine assise, à l’angle du boulevard Malesherbes, devant la bouche du métro… Elle voit passer la vie à hauteur de genoux, qui filent sans la voir vers d’égoïstes préoccupations… Elle en est devenue une sorte de mobilier urbain, toujours exagérément recroquevillée, au même endroit, immobile, invisible : un genou n’a pas d’œil…

J’en étais là de mes pensées stériles lorsque mon train est arrivé en ville… Je n’ai rien donné non plus à cette infortune ignorée… Un cure-dent dans la conscience, non une banderille, on survit chaque jour à ces petites piques… Seul le jeune du Franprix garde mes faveurs, c’est assez pour mon confort moral sélectivement altruiste… A chacun sa probité, confronté à la misère humaine, je la côtoie, je la vois, mais je ne fais rien non plus, comme tout un chacun…

Il m’est arrivé une fois, à Toulouse, de faire un semblant de manche… Je n’avais plus de monnaie pour m’acheter du tabac, et mon compte en banque anorexique avait vomi mes derniers francs sur mon découvert abyssal… La carte s’était éjectée, moqueuse, des lèvres du distributeur comme un enfant tire la langue… J’ai eu l’idée incertaine de me tenir devant les distributeurs de tickets, dans le métro du Capitole… J’étais alors un étudiant non assidu, mais avec une bonne tête honnête, relativement bien mis… Je feignais l’empressement, et demandais alors aux jeunes une monnaie de complément pour l’achat d’un billet, afin de me rendre à la fac du Mirail… Je gardais, au fur à mesure que l’on me donnait, la même pièce en main pour recommencer l’aimable subterfuge… En dix minutes, j’avais capitalisé, au-delà de tout espoir, deux paquets de roulé, l’équivalent d’une quinzaine d’euros actuels… Malgré cette déconcertante facilité et cette technique lucrative, je n’ai jamais recommencé… Ce n’est pas bien de mentir et de flouer de jeunes ingénus, tout en raflant la mise des vrais miséreux…

Mais tout fumeur fait l’aumône chaque jour : « T’as pas une clope, s’il te plait ? », « Vous avez du feu ? », c’est acquis… Petites manches édulcorées des nicotineux nécessiteux…

J’ai roulé une cigarette tout en marchant d’un pas vide mais impavide, les presque dix minutes, cerné d’une poignée d’autochtones variés, jusqu’au pavillon de ma sœur.

Je suis arrivé un peu en retard, tout le monde était là déjà… J’ai été reçu par la sautillante bonne humeur sur-vitaminée et teintée d’affection ludique de mes neveux chéris… Un dans les bras, mon filleul, Gaby, puis une étreinte enthousiaste frisant l’exaltation hystérique, plus bas contre moi, c’est Mario, dans un verbiage profus et des questions embrouillées, déjà, et ordinairement en retrait, mais tout aussi content, c’est Samuel… Je délaisse momentanément les trois garçons turbulents pour embrasser Magali, ma sœur venue d’Angleterre pour les vacances… Elle conserve ses douces joues à bisous, et ses yeux pétillants d’une bonne humeur coquine… Je salue mes beaux-frères, dans leur flegme jovial habituel, puis Cécile, l’aînée de la fratrie, notre hôte adorable et respectée, fédératrice et joliment parée, ses charmes déployés, mais distinguée… J’avise ma belle-sœur et lui fait la bise tendrement… J’embrasse mon père, en tentant d’éviter la petite baffe, aussi affectueuse que rituelle, qu’il n’a de cesse de me gratifier à chaque fois… J’honore mon petit frère de la même manière, mais je n’appuie pas trop mon geste, car il n’aime pas ça… Cet élan volontaire, mon père doit le tenir de son père, que je n’ai pas connu, qui lui-même devait le tenir du sien… Une bienveillance à l’italienne, une habitude transmise par le sang… C’est tout ce qui subsiste de mon grand-père, avec quelques anecdotes fantasques caricaturées par les ans… Tous mes neveux et nièces sont là, sept en tout, ça rigole en anglais, ça chahute en français, et lorsque ça punit, des fois, c’est en hollandais… Mon beau-frère Barthold est Néerlandais… C’est compliqué, vaste belle-famille aux origines diverses (néerlandaises, anglaises et portugaises), qui viennent compléter nos métissages, italien de mon père, et vietnamo-martiniquais, de ma mère… On moque obstinément Barthold, avec mon frère, sur son accent appliqué, dénaturant les expressions avec effort, ce qui le laisse dans un mutisme las… Il nous arrive aussi de singer cette langue sans voyelles, ça fait rire ses garçons, presque moins que nous-mêmes…

C’est bon ce brouhaha court sur pattes et débraillé, c’est bon le sourire de mes sœurs réunies plaisantant avec ma belle-sœur, la réserve amusée de mon frère surveillant ses filles, l’ironie en costume de mon père, sa cravate mal nouée, ses traits d’esprit et ses saillies mal coiffées… Mon père est peu porté sur son apparence, sauf depuis quelque temps… Il est très second degré, même si je ne tolère son cynisme que difficilement, avec le temps… C’est bon de les voir tous…

Rideau…

Douleurs pourpres…

J’ai tout juste le temps de tomber ma veste, et de ranger ma sacoche en cuir hors de portée des petites mains curieuses, qu’une douleur fulgurante, terrible et sans nom, m’étreint avec une violence jamais connue au bas ventre, sur le côté gauche… Je feins un instant d’aller bien, mais la douleur s’intensifie, et un rictus crispé me déforme le visage… Je le vois dans les yeux de mon frère et lui dit d’une voix chétive que ça va, avant qu’il ne me pose la question… J’essaie toujours de tenir un rôle, de jouer le jeu et d’échanger d’un air léger, détaché, mais ma main est déjà rivée au creux de mon ventre, comme l’on tient un oiseau blessé… Je sors de scène et me dirige vers les toilettes, continuant subrepticement de bâillonner ma douleur… Ça m’obsède et m’élance comme si mon cœur battait au mauvais endroit, et qu’à chaque impulsion, quelque chose se déchirait à l’intérieur, dans une indicible souffrance montant crescendo… Je me déboutonne avec une faible nonchalance, presque apaisé de pouvoir au moins soulager ma vessie… Mais je suis pris alors d’une terreur qui supplante ma douleur, en constatant, subjugué par l’effroi, que je suis entrain d’uriner une sorte de sang vicié, impur, nuancé de marron… Sans discontinuer… Un demi-litre peut-être, moins ou plus, on s’en fout, je pisse du sang putain !!! Qu’est-ce qui m’arrive ? Je fais un bilan précaire de ce que pourrait être mon état de santé, au vu de cette douleur qui me tenaille les entrailles et de ces urines impropres… Mais mes connaissances médicales sont tristement indigentes… Je me rajuste précipitamment, dans les effluves de ce sang coulant à flot dans mon esprit hémophobe… Qu’y a-t-il de plus sensible chez un homme, si ce n’est la vue du sang et l’idée de sa verge blessée, souillée par un liquide sacrilège qui n’est pas censé sortir par là, jamais, jamais putain ! C’est quoi ce bordel !?! Fuck off ! J’ai peur, je ne suis plus qu’une terreur sourde bardée de questions… Qu’est-ce que quoi ? Je sors avec une gravité qui serre les dents, rhabillé d’une peur nouvelle… Je me domine pour paraître encore un certain temps avec ma famille, les miens, mon sang, j’urine du sang, tellement… C’est quoi ? J’ai mal au ventre… Ce n’est pas l’appendicite, déjà opéré, c’est quoi ? Du sang en plus, j’ai mal… Je décide enfin de rentrer, mu par une panique rouge sang… La main toujours au bas ventre, comme greffée, je simule un ton sans assaisonnements – un ton fade, rehaussé avant dressage, du léger sel de ma contrariété – pour ne pas les préoccuper autant que je le suis : « Je vais rentrer, j’ai mal au ventre, je ne sais pas ce que c’est… ». Voilà tout… J’embrasse tout le monde à regret, tendrement… Magali repart demain en Angleterre, je ne la reverrai pas avant plusieurs mois, je suis tristesse, mais la douleur mêlée de perplexité m’assiège à présent, elle dicte sa loi et impose, je rentre…

Sur le chemin du retour, je bafouille dans ma souffrance inédite, dans le souvenir de ce sang… L’idée de mon appartement, de mon antre, n’est que d’un pâle réconfort… Je ne regrette déjà plus ma famille, je suis égoïstement blotti tout contre ma douleur, seul, comme j’aime à l’être souvent, seul je rentre…

Arrivé chez moi, je me défais de mes affaires avec négligence, elles glissent au sol et gisent autour de moi comme des armes après une bataille… Je reste interdit, puis je m’étends sur le lit, et m’abandonne à Elle… Mon esprit s’immobilise, pris, happé par ce mal… Je ne suis plus qu’un battement de cœur affolé, une tachycardie oppressée… J’ai mal, et lorsque je me livre à cette douleur envahissante et acharnée, elle devient plus forte encore… Elle oppresse et envahit tout, elle vibre en moi, elle vit… Je fume une cigarette pour me détendre, et duper ce mal en moi qui pose davantage de questions qu’il ne m’apporte de réponses… Et puis ce sang qui coule…

Je ne sais penser ce que c’est…

Le temps file doucement, laborieusement, les minutes s’égrainent, et le mal s’installe… Je bois un verre d’eau fraîche… Je m’allonge… Je n’ai pas mangé… Je n’ai pas faim… Je finis ma cigarette, j’allume la suivante et la télévision, pour que mon esprit s’embrume d’inintéressants programmes d’après-midi, des feuilletons pour séniors, sur fond de couleurs délavées et jaunâtres… Mais les choses me parviennent un peu floues, en brèves inepties et images saccadées, avec du son en hoquets… Les plans s’enchaînent et le sens de tout cela m’échappe, mon attention est ailleurs… J’ai mal et je voudrais mentaliser autre chose, ne pas capituler, être fort, me battre… Je joue nerveusement avec ma bague, je la fais tourner sur mon doigt… Je roule une cigarette alors que la précédente fume encore dans le cendrier presque plein…

Je zappe, je fume, j’ai mal… Je me lève douloureusement pour aller me soulager avec appréhension, des relents de sang me reviennent en images, comme des cris imbéciles à la montagne vous reviennent à l’oreille, inchangés et répétés… Du sang en écho… « Du sang… Du sang… Du sang… ». Je me contracte devant l’orifice, comme l’on retient sa respiration avant un verdict… La peur me fige, et puis je n’ose considérer ce qui s’écoule en clapotis réguliers dans le fond de la cuvette… J’ouvre les yeux, anxieux, et c’est encore du sang, du sang toujours, avec certes une légère nuance dans le rouge… C’est du sang plus… net… Si le lagon turquoise a quelque chose d’apaisant par rapport aux eaux saumâtres et polluées d’un fleuve, je le suis un instant… Mais pourquoi ? C’est du sang, du vrai sang, je saigne du pénis en un flot ininterrompu… Mes toilettes sont maculées d’hémoglobine… J’ai fini mon ouvrage et je constate que quelques menues gouttes, éparses et criantes, ont échappé à ma vigilance et sont tapies, sournoises, sur le pourtour du haut de la cuvette… Même si je relève toujours la lunette et que j’essuie toujours machinalement la faïence ensuite, je mesure à présent qu’il y a inévitablement des dépôts indésirables, et qu’il est préférable de les nettoyer systématiquement, visibles ou non… Surpris de penser cela, je tire la chasse sur ce spectacle désolant…

On reste fermement soi-même en toutes occurrences, même dans la douleur la plus tenace, même dans le sang le plus inquiétant… Comme ces femmes, bouleversées d’une peine larmoyante, indiscutablement intègre, qui interrompent l’émoi profond mouillant leurs joues pour se tamponner délicatement la lisière des yeux avec un mouchoir de papier, afin que leur maquillage ne coule pas… Pour être femme avant tout, belle et impeccable en toute éventualité, avant de nouvelles lacrymales supplications, soignant leur image, encore, toujours, se ventilant inutilement les yeux avec les mains, comme si ce geste vain allait sécher leur émotion surjouée… Une gestuelle apprise par mimétisme… Je déteste retrouver chez l’une, les usages d’une autre… Moi, c’étaient les gouttes pourpres maculant mes toilettes, et mon souci pathologique et atavique du propre, même dans le sang… C’est terrible d’être soi des fois… Des larmes dignes et une douleur pourpre mais propre…

Je refais le bilan, je me perds à tâtons dans des tentatives de diagnostics insensés… Le mal au côté du bas ventre est lié au sang, forcément… Il y a quoi par là ? La vessie c’est plus bas, au centre, je crois… A gauche, il y a peut être le rein… Est-ce que le foie est à droite ? Oui, le foie est à droite… J’ai souvenir que l’on me l’avait palpé, il y a quelque temps, avec une mine désapprobatrice ponctuée d’un : « Il est gros… » : en gros, trop de goulot… Pour le reste je n’ai aucune certitude… Je suis incapable d’arrêter une décision, comme un bandit manchot imbécile, qui tournerait à l’infini sans s’arrêter…

Je retrace mon hygiène de vie déplorable, ces années passées à fumer une cigarette avant l’autre, puis l’une après l’autre, tout cela noyé de whisky jusqu’à s’évanouir à demi plus qu’à s’endormir… Avec les inévitables pituites, dans les petits matins qui tournent, les sons qui hurlent et le crâne hébété… Est-ce que l’heure est venue de payer l’adition de mes addictions, le lourd tribut de mes sourds abus ?… C’est probablement sans rapport aucun… Je rallume une cigarette inconsciente…

Je suis retourné m’assoupir devant quelques éructations incohérentes d’images et de bruits, toujours incapable de suivre le fil de ces obscures intrigues soporifiques et sans effets marquants sur mon mal… J’ai roulé une clope sans en prendre conscience, avant de l’avoir aux lèvres, et de l’allumer avec mon lourd briquet Dupont rassurant… Je l’ai caressé paisiblement, avec une délicatesse fétichiste… J’ai joué avec le mécanisme d’ouverture en me berçant du petit bruit métallique du capot… J’aime l’avoir en main, cela m’apaise comme un doudou dans les bras d’un enfant qui s’ensommeille… J’aime consulter mes initiales gravées, vantardes, sur le côté, j’aime me rappeler la valeur choquante qu’il a, j’aime le toucher, le manipuler et le chérir… J’ai toujours aimé les beaux briquets depuis que je fume, j’en ai eu quelques uns de respectables, mais j’ai mis du temps à pouvoir m’offrir celui-ci, mon Graal dispendieux… A chacun ses quêtes imbéciles… Je le bichonne et le nettoie avec une presque tendresse précautionneuse… J’en ai trois différents de la même marque à présent… J’ai plusieurs petits objets idolâtrés : mes briquets Dupont, ma montre Camel Trophy, mon stylo plume Mont Blanc, ma bague népalaise en argent et mes couteaux Laguiole, passion que je partage avec mon frère, les lames 440 en métal satiné et brossé, manches en bois précieux, magnifiques, tout à fait magnifiques… Je lui en ai offert un, et lui deux… Un en ronce de bruyère et un plus petit en ébène avec le concours de ma sœur, qui complètent celui en buis, un de mes bois préféré…

Mon frère était venu me voir lorsque j’habitais encore Toulouse, et m’avait proposé, plus tard, de le conduire – d’un air à demi-impliqué qui m’avait notablement intrigué – dans un de nos deux magasins de couteaux favoris… Une fois sur place, il m’avait proposé de choisir, pour mon anniversaire… Je voulais un manche en ronce de bruyère depuis longtemps… On l’a commandé, il l’a payé… Adorable petit frère… Je l’ai reçu après son départ, il ne l’a vu que plus tard, à Paris… C’était un très beau cadeau…

On a beaucoup de goûts communs : avant tout ce que l’on appelle « la bouffe du mercredi », plat que l’on préparait enfants lorsque l’on n’avait pas école et que ma mère n’était pas là, et où l’on se permettait certaines libertés créatives sans surveillance… Recette déposée… On fait chauffer le riz déjà prêt dans une poêle trop beurrée, puis on casse des œufs dessus… Le tout cuit en se mélangeant délicatement, c’est divin… Mais on n’en consomme quasiment plus aujourd’hui, c’est un plat de fin de frigo et de commémoration nostalgique… Ou encore la même sensibilité pour les objets disparates en aluminium brossé ou anodisé, ordinateur, électroménager… Egalement les films aux scènes cultes qui nous font vibrer de concert, les yeux presque mouillants d’un transport partagé… Et encore un certain humour bien à nous… Lorsqu’on était plus jeunes, on a porté à tour de rôle les mêmes modèles de chaussures… On a les mêmes chaînes stéréo… On aime tous deux les Petit Suisse trop sucrés, ou plus précisément le sucre au Petit Suisse… Il faut que ça croque sous la dent, c’est le projet… Et chose anecdotique et étrange, on ne sait pas prononcer correctement le mot « sucre », justement… On le prononce « suggrre » ou « sukkrre », c’est bizarre… Il avait fait le test avec la reconnaissance vocale de son smartphone, et avait multiplié les tentatives infructueuses avec ce mot terrible, mais sans succès… C’était la blague entre nous, forcément, alors il m’a fait essayer, d’un air mutin, par défi… C’était planté d’avance normalement, c’est notre mythologie commune, on est dyslexiques du mot : on le prononce en dérapant sur le R et en déguisant vocalement le C en autre chose d’inintelligible, qui tente de ressembler à ce même phonème, mais en désespérément bégayé… Cela m’est arrivé d’avoir à répéter pour obtenir ce mets aimé mais innommable… Alors je me suis appliqué devant son téléphone, concentré comme jamais, et souriant déjà à mon frère pour ce fiasco annoncé… J’ai bien détaché les syllabes, appliqué, scolaire, comme à l’oral du bac français que je n’ai pas passé, et lentement « su-cre »… Attente palpitante, petite fraction de seconde suspendue au regard amusé de mon frère, et le logiciel a reconnu le mot exigeant… Verdict technologique : mon frère 0, moi 1… Il a essayé immédiatement après, aussi surpris que vexé, sous mes encouragements d’hippodrome et mes conseils avisés… Je pouvais le coacher à présent, j’étais légitime, j’avais réussi l’épreuve fatidique… « Décompose, respire, tu peux le faire, fier frère, j’ai confiance… Allez ! C’est maintenant qu’il faut prouver ! Fais-le ! » Il a réussi aussi… Désormais, tous deux, avec de la volonté, on peut dire « sucre » correctement et faire la nique à un Samsung, comme l’on passe la douane crânement avec deux grammes de cocaïne… On peut blouser les contrôles à képis comme un bête logiciel… L’assurance… Mais pour le tous les jours, ce n’est pas acquis… Un orthophoniste coucherait son roi sur l’échiquier du labeur à fournir, boudeur, et abandonnerait la partie et ces cas incurables à un confrère plus chevronné, une sommité en somme, un expert par ses pères adulé…

J’étais toujours avachi devant la télévision, en fond, fumant et percevant toujours indistinctement les exhalaisons déstructurées qui me parvenaient par bribes, du fond de ma torpeur, du fond de ma douleur… J’ai laissé une chaîne au hasard… Les yeux fermés, j’essayais de penser à autre chose, mais rien à faire… Douleur obsédante et lancinante, plantée en moi, comme un drapeau sur une terre désormais conquise… Elle s’installait et colonisait mon bas ventre, et je sentais déjà que cela allait durer… Je ne saurais dire pourquoi, mais tout ce que j’ai pu balbutier comme manière de pensée construite ce jour-là, c’est que cela commençait seulement… Je me suis crispé plus encore, en prenant conscience de cela…

J’ai commencé à me contorsionner en gémissant piteusement, comme un petit chiot malade sur un bord de trottoir… Franchement insupportable et résolument suspect… J’ai fini par saisir mon téléphone, déterminé, après consultation des numéros d’urgence en carton imprimé sur mon compteur électrique, et j’ai appelé le Samu… Après quelques sonneries, uniquement, j’ai plissé la voix pour que ma douleur soit perceptible, ma détresse audible, et qu’ils m’envoient au plus vite des secours, une équipe médicale, quelqu’un… « L’adresse, oui, mon nom, du sang dans mes urines, du sang, douleur au ventre aigüe, l’étage, j’ai mal, du sang, couloir droite porte droite, j’ai mal, du sang, oui, le code de la première porte, celui de la deuxième après la cuvette… euh, la courette, j’ai mal, je me tords de douleur, le numéro, porte vitrée, vite, du sang, à tout de suite, merci beaucoup, oui, j’attends, merci »…

Je n’ai jamais appelé le 15 avant, j’ai été transporté une fois d’urgence à l’hôpital, mais c’est ma mère qui m’y avait emmené, en compagnie de Magali… J’avais alors une quinzaine d’années, et je m’étais gravement brûlé en allumant un tas conséquent de broussailles de jardin, après l’avoir exagérément soûlé d’essence, comme un pyromane en plein cérémonial déviant… Paradoxalement inconscient du danger, alors qu’un accident similaire, mais moins grave, était arrivé à mon oncle une semaine plus tôt… Il s’était brûlé l’avant bras, à l’essence aussi, pour allumer un barbecue… Je le savais, mais j’ai pris mon Zippo, je me suis baissé tout près de l’amas imbibé, et j’ai allumé la flamme au contact d’une branche détrempée… Les émanations ont explosé tout contre moi, alors qu’un brasier furieux de quelques mètres jaillissait… J’ai eu un mouvement de recul réflexe, mais le mal était fait… Mon frère, qui était derrière moi, a d’abord rigolé franchement, comme si l’on avait fait une nouvelle grosse bêtise bien grasse… Mais il a compris, par mon silence ahuri, que j’étais blessé… Brûlé au deuxième et troisième degré, sur les jambes, les bras et le visage… Je portais alors une casquette, un tee shirt de coton (bien heureux, car le nylon en brûlant colle à la peau), un bermuda et des pantoufles… Toute la peau à nu a souffert de ce retour de flammes… J’étais noir taché de rouge… J’étais pressé cet après-midi d’été, car je devais rejoindre en mobylette, des potes en ville, après cette frêle corvée anodine… J’ai utilisé l’essence pour gagner du temps, imbécile adolescent impatient… J’ai souvenir d’une douleur terrible sur tout le corps, plus de sourcils ni de poils ou cheveux, tout ce qui dépassait des vêtements a brûlé… Heureusement que mon frère n’a rien eu, je n’aurais su assumer cette responsabilité coupable… Le voisin, qui était environ à deux cent mètres de notre maison, a dit avoir alors senti ses volets trembler par le souffle… Impressionnant ! Grosse bêtise ! C’est peut-être la dernière de mon enfance… Il y en a eu bien d’autres après, des graves aussi, des délictueuses, mais celle-là était magistrale, spectaculaire ! Après cet attentat réussi, mon frère a été prévenir ma mère ou le bruit l’a alertée… Toujours est-il qu’elle m’a immédiatement transporté aux urgences, non sans avoir copieusement engueulé mon père, l’envoyant sèchement effectuer une abstraite corvée aussi absurde qu’incompréhensible, prétextant qu’il ne réagissait pas assez promptement à son goût… Elle considérait qu’il ne savait pas prendre soin de nous, cela malgré son inconditionnel amour… Il ne paraît pas… ancré aux choses tangibles de la vie, c’est un cérébral lunaire, un intellectuel déphasé du réel… Il lui est arrivé d’oublier ma sœur, petite, sur le toit de sa voiture… Il l’avait posée là comme un sac pour se libérer les mains et chercher ses clés, puis avait démarré, absent, oubliant son bagage de quatre ans, tranquille et étrangement serein… Il commençait à rouler, sous les cris hystériques de ma mère, courant, furibonde, jusqu’à la voiture, « Ta fille, sur le toit, tu es fou ! Mais comment tu peux… tu es fou… fou ! »… C’est mon père, distrait définitif… L’histoire a bercé notre enfance de rires complices qui cristallisaient la légende paternelle… Ma mère nous disait d’un air désemparé : « Il plane… ». On a grandi dans cette formule, avant d’en mesurer la vérité atténuée…

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