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Un brin de jasmin fané

De
133 pages
L'auteur, au moyen d'anecdotes nombreuses et diverses et dans un style coloré, nous livre ses impressions sur la saga d'un adolescent juif né en terre d'Islam et atterri en 1959 sur les rives de la Seine. Un témoignage vivant, un coup d'oeil sans complaisance sur les acteurs et figurants de la décolonisation française, et sur leurs relations ambiguës avec le monde arabe.
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Un brin de jasmin fané

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.ft

ISBN: 978-2-296-04390-9 EAN : 9782296043909

Paul Cohen

Un brin de jasmin fané

L'Harmattan

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de diffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus Monique LEROUX SERRES, L'Alphabet à l'ombre de ma mère. Geste,2007. Leao da SILVA, Jésus révolutionnaire! une condamnation politiquement correcte, 2007. Ma-Thé, Portraits croisés de femmes, 2007. Jean SANITAS, Je devais le dire. Poèmes,2007. Madeleine TICHETTE, La vie d'une mulâtresse de Cayenne. 1901 -1997, Les cahiers de Madeleine., 2007. Bernard REMACK, Petite... Prends ma main, 2007. Julien CABOCEL, Remix Paul Pi, 2007. Isabelle LUCAZEAU, La vie du capitaine Rolland (17621841),2007. Albert SALON, Colas colo - Colas colère, 2007. François SAUTERON, Quelques vies oubliées, 2007. Patrick LETERRIER, Et là vivent des hommes. Témoignage d'un enseignant en Maison d'arrêt, 2006. Annette GONDELLE, Des rêves raisonnables, 2006 Émile M. TUBIANA, Les trésors cachés, 2006 Jean-Claude LOPEZ, Trente-deux ans derrière les barreaux, 2006 Maryse VUILLERMET, Et toi, ton pays, il est où ?, 2006. Ahmed KHIREDDINE, Rocher de sel. Vie de l'écrivain Mohamed Bencherif, 2006. Pierre ESPERBÉ, La presse: à croire ou à laisser, 2006. Roger TINDILIERE, Les années glorieuses, 2006.

A mon père, à ma mère née Cohen, à Tania, à mes enfants et mes petits-enfants, à mes sœurs, à mes tantes, oncles, cousins, cousines, aux Silvera, Boccara, à ces grana d'un autre âge aux cousins Bonan et Curiel, engagés volontaires morts pour la France en 1918, et aux trente-cinq membres de la famille de mon épouse morts en déportation, sacrifiés par des barbares.

" Je , est un autre" Arthur Rimbaud

« Si les Nations préfèrent considérer que la destruction de vies individuelles et le ratage de leur histoire ne sont pas dus à elles-mêmes et à leurs propres erreurs, mais résultent plutôt d'un malheur provoqué par des forces étrangères malveillantes et, peut-être comme une malédiction nationale, le destin voire la fatalité: eh bien alors on peut dire qu'elles ont besoin de l'antisémitisme. » (Un autre, Imre Kertesz).

La Pièce de Cinq Francs

A la clinique de Mme Calvez, non loin de l'avenue de Carthage, les soins feutrés dont faisaient l'objet ces dames de la bonne bourgeoisie, petite, moyenne, ou grande, d'ailleurs, n'avaient d'égal que la fermeté toute coloniale de la maîtresse de céans. La madame en question, que je n'ai jamais eu le privilège d'entrevoir, m'inspirait en l'occurrence tout le respect que suscitaient les louanges déversées par la nuée de belles-mères soucieuses de s'assurer que le col de l'utérus de leur bru avait repris sa place et le diamètre d'une pièce de cinq francs. En vue, bien entendu, de la prochaine grossesse. Inutile de le rappeler, c'est à Mme Calvez que revenait l'immense privilège d'assister le docteur Valensi, figure de proue de la gynécologie obstétrique locale, dans ses hautes œuvres. Aider les dames Ktorza, Enriquez, Montefiore, Slama, Forti, Levy, Fiorentino, ou bien Fitoussi pour n'en citer que bien peu, à accoucher de leurs ineffables lardons qui bientôt peupleraient les préaux du lycée Carnot, ce temple sévère de la Ille République, où se forgeaient les élites de ce monde disparate. Si, d'aventure, un héritier mâle ne voyait pas le jour, c'est au lycée de jeunes filles de la rue de Russie, ou au collège de Montfleuri, que finiraient les heureuses élues. Notre Claudia Cardinale nationale n'avait pas fréquenté ces lieux mais plutôt le collège Paul Cambon, à l'origine franco-italien. Je ne sais si notre vedette y a forgé sa silhouette du tonnerre de Zeus, mais elle était représentative d'une forte communauté italienne, supérieure en nombre à la communauté française, et qui vivait un après-guerre délicat n'ayant pu réprimer les "Forza Italia" hurlés au passage des quelques rares avions transalpins dans le ciel de Tunis, occupée par les Forces de l'Axe. Ce passé, page noire de l'histoire de nos amis italiens, n'a jamais entaché l'amitié que je leur portais et le penchant que j'avais pour leur culture. Si encore les survivants des années 40 nous racontaient, débonnaires, leurs relations ambiguës avec les troupes d'occupation lors du STO, quelques cimetières recouverts d'innombrables tombes, étaient là pour rappeler qu'ici aussi, les combats avaient fait rage. 300 000 soldats de la Wehrmacht pris en tenaille par les franco-américains à l'ouest et par les Britanniques depuis le Cap Bon, durent capituler, en vérité soulagés de pouvoir échapper ainsi au front russe réputé terrifiant.

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Au lycée Carnot