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Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples

De
374 pages
Né l'année de l'indépendance du Liban, en 1943, le docteur Kamel Mohanna a un parcours complexe : études de médecine en France, militant au sein de l'Association des étudiants arabes, défenseur de l'indépendance algérienne, il rejoint le Dhofar dans les années 60 où il participe à la marche des "médecins aux pieds-nus", puis retourne au Liban au milieu des camps de réfugiés palestiniens, et fonde en 1979 l'association médico-sociale Amel. Son itinéraire est emblématique de toute une génération d'Arabes qui s'est investie dans l'action à la fois nationale et humanitaire.
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Dr. Kamel Mohanna
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Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples : les choix difficiles
Dr Kamel Mohanna Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples: les choix difficiles Traduit de l'arabe par Danielle Saleh Écrit par Chawki Rafeh Révisé et introduit par Dr Ibrahim Baydoun Préface par Georges Corm
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01594-1 EAN : 9782343015941
Préface
Un homme d’honneur et de compassion
Kamel Mohanna n’est pas un homme ordinaire. A rencontrer ce médecin à l’air affable et toujours souriant, on ne peut se douter de tout ce que cache cette riche personnalité d’aventures extraordinaires ou hors du commun. Conté ici par son talentueux biographe, Ibrahim Baydoun, et Chawki Rafeh, c’est l’itinéraire complexe d’un Libanais, né aux confins du sud de son pays que nous découvrons ici. En effet, dès son enfance, il fut de ce fait un témoin privilégié du drame palestinien dès sa naissance. Ce drame se déroule derrière la frontière toute proche de la maison familiale, sitôt que l’Etat d’Israël est créé. Il assiste ainsi à l’apocalypse dramatique pour les habitants séculaires de ce territoire, brusquement abandonnés du monde entier à l’exil ou l’occupation brutale.
Le récit de ces années d’enfance explique en grande partie l’itinéraire mouvementé de notre futur médecin. Celui-ci quitte son village puis son pays, une fois ses études secondaires terminées pour partir en France faire des études de médecine. Pour cet homme qui est animé de la compassion, après ce qu’il a vu dans son enfance, la médecine est un choix rationnel, elle permet de sauver des vies humaines, de soigner des blessés pris sous le feu de violences aveugles et dépossédés de leur terre et de leurs biens. Le choix de la France est sûrement dicté par le fait qu’il s’agit de la patrie des droits de l’homme et des Lumières et donc de la justice et de l’humanisme.
Ses études ne l’empêchent pas alors de commencer une vie de militant au sein de l’Association des étudiants arabes en France dont il devient un dirigeant. A cette époque, au cours des années soixante du siècle dernier, il faut faire face à l’injustice et aux violences de la guerre de libération nationale algérienne qui soumet la population de souche aux pires traitements et tortures aux mains de l’armée
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française. Il faut continuer aussi de proclamer haut et fort le droit des Palestiniens à leur patrie et à un Etat souverain. Il a alors maille à partir avec les autorités françaises qui tentent de contenir l’agitation des étudiants arabes en France, dont les militants «pro-arabes »sont étroitement surveillés. Il vit dans la crainte de l’expulsion. Les pages de la biographie consacrée à cet épisode de la vie de Kamel Mohanna nous restituent bien le monde de cette jeunesse ardente de nombreux pays arabes qui fait ses premiers pas dans le militantisme politique. Tous souffrent alors de voir la patrie des droits de l’homme s’éloigner des nobles principes qu’elle a donnés au monde, tentant de faire taire les voix de ceux qui sur son territoire militent en faveur de l’indépendance du peuple algérien.
Diplômé de médecine, toujours soucieux d’alléger la souffrance humaine, notre jeune militant part alors pour le Dhofar, contrée escarpée et montagneuse au sud de la Péninsule arabique, où s’est développé un mouvement de résistance armée à l’oppression coloniale anglaise, alliée du Sultan d’Oman. Il y exerce sa profession avec ferveur dans les conditions difficiles de ce milieu géographique et humain pauvre et déshérité. Il s’éprend de l’une de ses belles combattantes qu’il laissera derrière lui à son grand chagrin, lorsqu’il rentre au Liban.
Car très vite les graves évènements qui affectent son pays le rappellent au Liban, déstabilisé par les représailles militaires israéliennes massives suite aux opérations de guérilla que mène la Résistance armée palestinienne à partir du Liban, qui a émergé après la défaite spectaculaire des armées arabes face à Israël en 1967. Il allège les souffrances des blessés partout où il peut, jusqu’au jour où il est lui-même victime de bombardements indiscriminés dans la banlieue de Beyrouth en 1976, lors de la bataille de Tell El Zaatar, alors qu’il exerce son apostolat médical, dans un déluge de fer et de feu.
Ses amis parviendront à le faire évacuer sans trop tarder, ce qui lui sauve la vie. Aussitôt remis sur pied, il reprend son métier de sauveur d’hommes, crée des dispensaires et centres médicaux dans les régions les plus touchées par les hostilités et les combats. Il fonde aussi l’association humanitaireNajdeha pour but l’amélioration des qui conditions de vie des habitants des camps palestiniens du Liban. En
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1979, il fonde l’association médico-socialeAmel. Cette association va vite se rendre célèbre par ses activités de création de dispensaires, de centres médicaux, d’hôpitaux de campagne, de maternités, de centres de protection maternelle et infantile et de centres de réhabilitation pour personnes atteintes de handicap physique dans les régions les plus déshéritées. L’objectif ambitieux du docteur Mohanna est de garantir aux plus démunis l’accès à la santé, mais aussi une formation professionnelle que leur fournit l’association. Il est aussi très actif durant toutes ces années de violences et de malheur pour son pays, aussi bien pour envoyer des blessés être soignés à l’étranger que pour œuvrer à la réhabilitation physique des handicapés. Ceci lui donne l’occasion de collaborer avec diverses ONG européennes, telles que Médecins sans frontières ou Médecins du Monde.
Il devient du fait de toutes ces actions admirables, un personnage public respecté de tous, au Liban comme à l’étranger ; il devient aussi une cheville ouvrière du monde associatif libanais et arabe et une figure familière des grandes ONG humanitaires internationales. Il s’intéresse alors aux questions du développement de façon générale et à tout ce qui touche à la santé publique. L’associationAmel, à qui il se consacre corps et âme, développe partout au Liban ses implantations, ses programmes de santé préventive, les activités d’artisanat qu’elle encourage, notamment dans les zones rurales, ses formations professionnelles pour la jeunesse, mais aussi des formations à la citoyenneté et aux droits de l’homme.
Notre héros sera aussi tenté de s’investir en politique, en se présentant par deux fois à des élections législatives au cours des années 1990. Il tâtera alors de la férocité des mœurs politiques de son pays, que n’ont pas adoucies quinze années ininterrompues de violences sans aucune repentance de la part des chefs de milices libanaises responsables de tant de morts, d’estropiés et de disparus. Heureusement, l’entrée de cet honnête homme en politique lui sera barrée, car il ne possède guère les «qualités »requises pour cela, à savoir, la ruse, le mensonge, la brutalité, l’absence de respect des autres.
Kamel Mohanna est aujourd’hui dans son pays une icône du dévouement, de l’action citoyenne, de la compassion et de l’énergie au service des plus pauvres et des plus déshérités, mais aussi de ceux qui
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