Une Carioca heureuse à Paris

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Nous, les gens de Rio de Janeiro, sommes très fiers de notre « ville merveilleuse ». On y souffre, mais on l'adore. Je n'imaginais pas, quand j'ai quitté le Brésil au printemps 2004 pour ma première mission à l'étranger, qu'une autre ville pourrait lui faire concurrence dans mon cœur.

Paris m'a reçue aux bras aussi grands ouverts que ceux du Christ rédempteur ; j’y fus heureuse dès le premier jour. L’idée m’est venue de créer un blog, pour partager avec mes compatriotes, mes impressions sur cette ville qui fait depuis toujours rêver les Brésiliens.

Cet opuscule est le recueil de quelques-uns de ces écrits. Il s’agit de mes impressions, mes sensations, mes émotions, vécues dans cette ville et ce pays qui est la France, qui ont su se faire une place dans mon âme de Carioca.


Publié le : vendredi 19 septembre 2014
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EAN13 : 9782332786722
Nombre de pages : 72
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ISBN numérique : 978-2-332-78670-8

 

© Edilivre, 2014

Cuatro piernas y un corazón… brisé

Nous avions déjà dansé ensemble avant, tu m’avais demandé mon origine, j’avais répondu à tes brèves questions tandis que nous dansions. Ce soir-là, tu m’as invitée une nouvelle fois, et tu te rappelais que je suis Brésilienne. Nous avons moins parlé que la première fois. Nous n’étions pas curieux l’un de l’autre, puisque nous n’étions là que pour danser. Mais il s’est passé quelque chose. Le tango semblait entrer insidieusement dans mes veines, les cordes ont dominé. C’est vrai que cette présentation-là était différente de l’habituelle, puisqu’il y avait un orchestre. Normalement on danse au son d’un CD de qualité douteuse. L’orchestre m’a transportée. Et nos corps se sont rapprochés, nos pieds ont trouvé le compas et nous avons communié la magie du tango argentin.

Pour moi, surprise totale. Enchantement. Tu ne le sais pas, mais je suis un miroir, mon comportement reflète mon état d’esprit, pour le bien et pour le mal. Tu t’es aperçu de mon envolée et tu t’es aussi laissé prendre. De sorte que tu n’as dansé avec personne d’autre ce soir-là, qu’avec moi. Et quand j’ai annoncé mon départ, tu m’as demandé mon numéro de téléphone. Nous avons convenu de nous retrouver pour danser, et il en a ainsi été. Le phénomène s’est reproduit. En vérité, tu as trouvé la façon de me guider, et j’ai trouvé la façon de te suivre. Je n’ai pas trouvé étrange, dégoûtant ou envahissant le contact étroit de nos corps collés des joues aux cuisses. Christian m’a dit que c’était joli de nous voir danser.

Mais alors, comme dans les contes de fées, l’enchantement s’est cassé, mis en éclats dans des morceaux. Dans l’anxiété de répéter la magie, j’ai envoyé un message sur ton portable sur le cours de tango électronique. Peut-être dans l’attente de la même transcendance, tu m’as rappelée pour me dire que tu irais au cours. Nous ne savions pas d’avance… Là, nous n’étions pas quatre jambes aux battements d’un seul cœur. Nous étions une paire en apprenant une nouvelle figure. Et tu n’as pas compris immédiatement. Quand j’ai demandé à l’assistante du professeur de t’éclairer, ton sang a bouilli. Mon cœur s’est glacé. À partir de là, tu n’étais que critique. Critiquant le professeur, l’accusant d’être trop argentin, tandis que toi-même étais exagérément français. Exaspéré, tu m’as accusée de manquer d’équilibre, d’axe, de notion de dialogue corporel (ça alors !). Immédiatement j’ai compris. Les douze tintées ont sonné et tout est revenu à son état naturel, c’est-à-dire deux étrangers l’un pour l’autre. Tout ce que nous savions était le prénom et le numéro de portable. La tête emplie du champagne du 31 décembre, je t’ai envoyé un message de bonne année, auquel tu as répondu deux jours plus tard… à trois heures du matin.

Ensuite, silence. Répéter cette magie est devenu pour moi une obsession, une nécessité physique, comme quand on mange et que plus tard la faim revient ; ou quand on se réveille d’une nuit bien dormie et qu’à la fin de la journée on sommeille à nouveau. Pour calmer le manque de « notre » communion, je suis sortie tous les soirs, en parcourant les milongas de Paris, à la recherche d’un autre partenaire avec qui je pourrais répéter cette extase. En vain.

Bye bye, Brésil

(Le lendemain de la défaite du Brésil contre la France lors de la Coupe du monde de football 2006)

Hier, à la fin du match de football, j’ai entendu ce commentaire d’un supporteur français : « Avec cette victoire, tombe par terre la théorie de la conspiration, largement défendue par les Brésiliens et disant que le résultat de la Coupe de 1998 a été acheté. » Il a raison. Car les deux équipes ont répété la formule. Les Français ont joué très bien, alors que les Brésiliens ont fait une très mauvaise prestation.

Dans le bar, les supporters étaient en nombre équilibré : moitié Français, moitié Brésiliens. Parmi les Français, il y avait 80 % d’hommes ; du côté brésilien, la même proportion de femmes. Au moment des cris de guerre, le tambour du groupe brésilien de musique devait aider nos voix féminines.

Chaque fois que Zidane touchait le ballon, les Françaises chantaient « Allez Zizou ! ». Étrangement, à ces moments-là les hommes se taisaient. Est-ce qu’ils n’aiment pas Zidane ou est-ce qu’ils pensent que supporter un joueur c’est une affaire de femme ? Je ne sais pas. Les hommes chantaient le fameux refrain « Allez les bleus ! », la Marseillaise et une petite musique énervante : « Ils sont où, ils sont où, ils sont où les Brésiliens ? », question que nous nous posions aussi.

Il y avait quelques Anglais et une poignée de Portugais, qui n’arrêtaient pas de crier « Allez Brésil ! », chacun y allant de son accent. Les Brésiliens se rendirent bien vite compte qu’il n’était plus possible de chanter « Adieu, les bleus ! » et lancèrent toute leur fureur sur Parreira1. Quand l’image de l’entraîneur apparut sur l’écran de télévision, on entendit un retentissant « Va te faire f…, fils d’une p… », dûment accompagné du roulement du tambour. Les Français restèrent bouche bée.

À la fin du match, les Anglais, qui avaient déjà bien bu, parvinrent à s’endormir au milieu des cris des rues, les Portugais avaient les yeux écarquillés (de peur, je crois) et les Français… eh bien, les Français se contenaient comme ils pouvaient car presque tous, dans ce bar-là, étaient accompagnés d’une Brésilienne en pleurs.


1. Carlos Alberto Parreira, entraîneur de l’équipe brésilienne de football à l’époque.

Les livres et les odeurs

Les livres influent sur mon odorat. Depuis que j’ai lu deux livres de l’anglais Peter Mayle sur la Provence, je n’ai pas tenu en place tant que je ne suis pas allée visiter cette région de la France. Je suis rentrée avec un énorme sac de feuilles de lavande, que j’ai mises dans un pot juste à l’entrée de mon appartement. C’est la première odeur que je sens aujourd’hui en arrivant chez moi.

En début de semaine, j’ai commencé à lire L’Odeur, de l’Indienne Radhik Jha, dont l’héroïne...

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