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Katherine Pancol
Une si belle image
Jackie Kennedy 1929-1994
Éditions du Seuil e 27, rue Jacob, Paris VI
CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES
Coll. M. Thayer / Magnum: 1, 2, 3 Tony Frisell / Magnum: 4 haut Archive Photos: 4 bas Keystone: 5, 6 haut Interpress: 6 bas Archive Photos: 7 haut Keystone: 7 bas Archive Photos: 8 haut Ron Gallela / Sygma: 8 bas
ISBN978-2-02-106760-6
©ÉDITIONS DU SEUIL,NOVEMBRE1994
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
«Le destin, c’est le caractère.» Novalis
Le 25 novembre 1963, devant un parterre de chefs d’État, de têtes couronnées et de personnalités de toutes nationalités, sans oublier les millions de téléspectateurs rivés à leur poste, Jacqueline Bouvier Kennedy fut élevée au rang de mythe. Ce n’était pas un jour de pardon pour la veuve du Pré-sident. Depuis l’instant terrible où elle avait reçu la tête ensanglantée de son mari sur son tailleur Chanel rose, elle n’avait qu’une idée: montrer à la terre entière «ce qu’ils avaient fait». Quelle que fût l’identité des assas-sins, elle ne voulait pas que ce crime horrible pût s’effacer un jour de la mémoire universelle; puisque le destin de John Fitzgerald Kennedy s’était brusquement arrêté à Dallas, à l’angle d’Elm Street et de Houston Street, elle allait, elle, se charger de poursuivre le cours de l’Histoire et le faire entrer dans la légende qui lui avait été refusée de son vivant. Ce jour-là, elle mit l’Amérique en position de pénitente stupéfaite, torturée par le remords, glacée par l’effroi. Elle voulut que le pays se traîne trois pas derrière le 9
UNE SI B ELLE IMAGE cercueil de son Président comme une épouse soumise. Elle voulut que le monde entier se tienne à ses côtés et lui donne raison. Ce n’était pas un jour de pardon. Ni de communion. Ni de réconciliation. C’était un jour de défi. C’était le jour du sacre d’un homme dont on aurait peut-être oublié, avec le temps, le rôle et l’image. Et par là même, le jour du sacre de sa femme, veuve sou-veraine, et de ses deux enfants. Ce jour-là, et pour longtemps encore, tous ceux qui n’étaient pas des Kennedy sont devenus des nains. La mise en scène raffinée et cruelle voulue par Jacque-line Kennedy eut pour effet de mettre tous ceux qui y avaient assisté dans leur tort. Comme une héroïne de Racine, elle acceptait son sort mais en rejetait la faute sur les autres, tous les autres, qui, dans sa douleur, devenaient des ennemis. La tendresse infinie qu’elle montra ce jour-là envers ses deux enfants, tendresse qu’elle afficha et souligna même, elle qui détestait exhiber le moindre bout de sentiment en public, n’était-elle pas une manière de proclamer: «Regardez ce que vous avez fait. Regardez ce que vous avez fait d’une famille en plein bonheur, en plein espoir, d’une famille qui incarnait le rêve de toute l’humanité»? Ce jour-là, elle s’est construit, toute seule, un piédes-tal. Ce jour-là, tous les témoins le rapportent, embar-rassés, elle était radieuse. Et le monde entier, du plouc américain de l’Idaho 10
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