Une vie, la plume à la main

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Raymond Laval nous livre à travers " Une vie, la plume à la main" ses réflexions et mémoires glanées au fil d'une vie entre son Lot natal et de nombreuses expériences à l'étranger. Issu d'une famille modeste de paysans sans éducation, Raymond connaît une irrésistible attraction pour la langue française et sa pensée. C'est aussi une ode à sa région natale, le pays de Gourdon, pour lequel il nourrit une passion toujours vive. Les pensées rebondissent entre époques, continents et sujets d'actualité au fil d'un cheminement alphabétique.  
Publié le : vendredi 20 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204985
Nombre de pages : non-communiqué
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RAYMOND LAVAL

Une vie,

la plume à la main

Récit d'un Directeur Honoraire de l'École Normale d'Instituteurs

 


 

© RAYMOND LAVAL, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0498-5

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PRÉSENTATION

 

 

 

J’ai rassemblé dans ce petit livre la mémoire d’un homme qui a été actif pendant une cinquantaine d’années. C’est une exploration de mon passé.

 

J’ai grandi dans les couches inférieures de la société. Mon père était cheminot au plus bas du grade. Je rapporte dans son portrait comment il conciliait son travail de cheminot et ses occupations à la petite ferme qu’il tenait avec ma mère. Il revendiquait surtout le statut de paysan. Ce mot lui faisait plaisir ; il l’opposait aux politiques qui le décevaient, aux financiers qu’il détestait, aux gens des villes qui faisaient des manières. C’était le temps où la campagne ne faisait pas rêver. On trimait dur, on était harcelé par la nécessité. Ma mère dont j’ai fait le portrait, avait assez à faire dans la maison ; elle participait aussi aux travaux des champs. Elle s’occupait surtout des animaux. Malgré nos difficiles conditions de vie, mes parents gardaient toujours le sentiment qu’il y avait plus pauvres qu’eux. Ils gardèrent surtout leur dignité. Dans la famille, il y avait des moments de gêne. On ne mangeait pas de la viande tous les jours ; les pommes de terre avaient été élevées au rang de plat principal. La petite maison que mes parents avaient reçue en héritage, était en fait une maison de pauvre. Elle n’avait que deux pièces ; mon frère et moi dormions dans la cuisine.

 

On n’aura l’idée de ce qu’était la campagne aux alentours des années 1930-1945 en lisant les témoignages que je rapporte : « Adieu la douceur de vivre » ou « École et église autrefois » ou encore « Une vie d’autrefois ».

 

Dès le début de mon témoignage, je célèbre « Gourdon » et le « Lot ». C’est là où j’ai mes racines. C’est là aussi que j’ai vécu mes vingt premières années. C’est l’endroit où j’ai forgé mes sentiments et mon comportement. C’est dans ce pays Bourian que j’ai puisé l’énergie qui m’a accompagné tout au long de ma vie. C’est dans la vie familiale et collégienne que j’ai accumulé des réserves de puissance qui m’ont servi dans la vie aventureuse que j’ai menée. Je me suis décrit tel que j’étais : fils et puis père, fou et puis sage, compliqué et puis disponible.

 

Je me suis fait tout seul. Dans le texte « Apprentissages », je raconte comment, adolescent, je garnissais un cahier de citations d’auteurs. J’étais attiré par le bien-parler et le bien-écrire. Certes, j’ai été élève à l’École Primaire Supérieure de Cahors où j’ai reçu une solide formation. Dans mon récit, je rapporte un jugement de Jean-François Revel sur la qualité de l’enseignement que l’on donnait dans ces établissements. Le lecteur se reportera au chapitre « Lectures » pour se faire une idée du niveau d’exigences que supposaient ces études. J’ai dépassé cet échelon, puisque je suis devenu Licencié es lettres et Inspecteur de l’Enseignement Primaire. J’ai montré beaucoup de rage pour dépasser le niveau où j’aurais pu rester. J’ai grimpé des échelons en sollicitant ma matière grise qui était élastique. J’avais de l’appétit.

 

J’ai préparé dans des conditions difficiles une licence es lettres tout en étant instituteur, et instituteur dans un village perdu, à Ladirat, dans le nord-est du département. Les liaisons avec la Fac de Lettres de Toulouse étaient difficiles. Je regagnais Bretenoux – Biars à moto, et là j’avais le train pour Brive. J’ai passé beaucoup de nuits à la gare de Brive attendant le train du matin qui m’amènerait à Toulouse. Je me chargeais d’une lourde valise de beurre, beurre que j’achetais à Ladirat et que je revendais à Toulouse, tirant quelques bénéfices de ce commerce, ce qui payait mon voyage à Toulouse. Ce qui m’a surtout servi, c’est cette fureur que j’ai mise à lire, pour apprendre, pour rêver, pour pénétrer dans d’autres mondes.

 

Dans le récit de ce qui fut ma vie, je donne une grande place à la lecture. Je rapporte les titres de quelques ouvrages qui ont fait l’actualité ; mais il est évident que j’en ai lu beaucoup d’autres.

 

J’ai marché à la découverte. Cette manière de vivre était dangereuse mais j’y trouvais de l’exaltation. Dans les pays africains où j’ai été amené à vivre (Gabon, Cameroun, Côte d’Ivoire, Congo, Brazzaville) mais aussi au Maghreb (Maroc, Algérie), j’ai vu poindre plusieurs révolutions. Dans la rubrique « Souvenirs », je raconte comment j’ai été amené à laisser un revolver sur le tableau de bord, pour répondre à un attentat possible (Maroc), comment dans un DC3 survolant Mitzic, le pilote n’a pas trouvé le terrain (Gabon), comment en Algérie, j’ai été arrêté parce que je lisais dans la voiture devant une antenne de télévision. Mais peu importait : j’étais poussé par un flux vital. Je voulais voir du pays. J’étais en quelque sorte un aventurier du quotidien. Dans tous ces pays, j’inventais une ligne de conduite par simple référence aux problèmes que je résolvais chaque jour. Je découvrais des pays bien différents de la campagne lotoise dont j’étais originaire. Dans ces pays je jouissais d’une supra-liberté. J’avais l’impression que je respirais, malgré la chaleur ambiante, un oxygène plus riche. J’avais une plus grande facilité de mouvement, surtout au Cameroun que j’ai dû quitter en raison de la révolte des Bamilékés.

 

J’ai fait beaucoup de voyages ; et d’abord en Afrique et au Maghreb ; j’ai profité de ma présence en Martinique pour aller au Mexique (1980). J’ai voulu voir la chute du mur de Berlin (1989) ; j’ai passé une semaine à Istanbul (1994) ; l’Espagne m’a beaucoup attiré : à 90 ans je suis allé, en conduisant ma voiture (ce voyage, avec beaucoup d’autres, fait l’objet d’un compte rendu), à Salou, à côté de Tarragone. Ma familiarité avec l’espagnol que j’ai appris à l’École Primaire Supérieure de Cahors, m’aidait beaucoup. Cet acquis me permettait de communiquer avec les gens du pays. Je le faisais avec beaucoup de plaisir, les Espagnols étant chaleureux. Pourquoi tous ces voyages ? Jeune, je rêvais de dépaysement et de vastes horizons. J’étais attiré par le soleil. J’ai toujours su que le soleil était une valeur sûre. Une sorte d’instinct me faisait désirer les contrées du Sud et les mers tièdes.

 

Quand je me penche sur mon passé, j’accorde une large place aux souvenirs. Je le fais avec quelque nostalgie ; ces souvenirs sont le reflet de ma vie. Ce sont des instantanés glanés au fil du temps, des notations qui maintenant sont tombées en poussière. Malgré des difficultés que j’ai traversées, j’ai toujours piloté ma vie et notamment à Wiener Neustadt où j’ai été déporté STO, et en Côte d’Ivoire.

 

Je fais une large place à ma déportation au titre du STO à Wiener Neustadt. C’était en 1943. J’avais 21 ans. J’avais tenu à cette époque-là, un journal que j’ai retrouvé. Il m’a suffi de puiser dans ces chroniques, pour faire un compte rendu de ce que fut ma vie en Autriche. Je considère, soixante dix ans après, que ce fut un exploit d’apprendre l’allemand. Ma vie à l’usine en fut transformée. On lira dans « souvenirs de Wiener Neustadt » quelle vitalité m’animait alors. J’ai connu aussi des moments difficiles en Côte d’Ivoire. Je les rapporte dans le témoignage « Souvenir de Côte d’Ivoire ». D’autres souvenirs sont dignes d’être remémorés, notamment, ma vie en Algérie (de 1963 à 1974), à Brazzaville (de 1976 à 1977).

 

« Le difficile est ce qui me plaît […]. Chaque fois qu’il y a un obstacle sur la route, cela fouette le sang et ravive le feu » (Alain). J’ai eu le sang particulièrement fouetté à Dabou (Côte d’Ivoire), où j’étais directeur d’une École Normale d’Instituteurs. J’ai été confronté à de nombreux problèmes. J’avais à faire à des professeurs qui étaient très difficiles à gouverner en fait de la chaleur, leur psychisme était fragile, ce qui réagissait sur leur comportement. L’un d’eux par exemple, imaginait entendre des voix. J’avais revêtu l’habit de chef, je voulais insuffler certain esprit, certaines méthodes. Je n’y suis pas arrivé. Peut-être aussi n’étais-je pas assez diplomate. J’étais dans la force de l’âge. Je mettais beaucoup d’énergie dans tout ce que je faisais. Par exemple, je regagnais Abidjan, qui était à 45 km, en voiture. Certains professeurs effarouchés par la vitesse à laquelle je conduisais, refusaient de venir avec moi.

 

Mon quotidien n’était pas toujours exaspérant, derrière lui, il y avait quelques fois des satisfactions. Grâce à mes voyages, j’ai pu faire quelques rencontres qui m’ont élevé au-dessus de mes tâches administratives. J’ai eu le privilège de rencontrer à Lambarné (Gabon), le Docteur Schweitzer. Dans l’article « Souvenirs du Gabon », je raconte comment j’ai pu faire la connaissance du « Grand Docteur blanc ». Il m’a offert de la bière. Il a, devant moi, joué du Bach. Il m’a dit que son idéal politique, c’était le despotisme éclairé. Il est évident que je n’étais, à côté de lui, qu’un « minus habens ». Cette visite a été pour moi une révélation.

 

Le grand docteur a été pour moi un éclaireur. Il m’a montré ce que peut la générosité. Dans d’autres circonstances, j’ai rencontré des hommes extraordinaires. De 1965 à 1974, lorsque je servais en Algérie, mon patron était Stéphane Hessel : il était proche de ses collaborateurs. On le sentait généreux, compréhensif, souriant. C’était un sourire de douceur et de bienveillance. Nous savions qu’il revenait de loin. Nous savions qu’il avait connu les camps de concentration. Nous savions aussi qu’il s’était évadé. Il avait connu l’horreur ; cela lui donnait le prestige du martyr.

 

Dans ce récit, je parle de la vieillesse ; c’est un âge que je connais bien, puisque je vais avoir 92 ans. Je prends conscience tous les jours de la finitude de l’existence. J’ai écrit trois textes. Le premier « quatre-vingts ans » est optimiste. Quand on a 80 ans, on n’est pas encore trop décrépi. On sait encore maîtriser les maladies. On a confiance en soi. Le quotidien est acceptable. J’écrivais « Le grand âge est le temps de la souveraine liberté, d’une purification qui fait aller à l’essentiel ». Dans un autre texte : « Passionnément vieux », je dis comment des vieillards luttent contre la déchéance. Ils (ou elles) ont des noms prestigieux : Jacqueline de Romilly, Henri Troyat, etc.

 

Enfin, dans un texte « Réflexions sur ma vieillesse », je dis comment je me bats tous les jours contre la paresse, le laisser-aller, la facilité, l’ennui, la sclérose intellectuelle.

 

J’ai regroupé sous la rubrique « Déjeuners » les repas que j’ai faits avec d’anciens élèves de l’École Primaire Supérieure de Cahors. Avec eux, j’avais fondé en 1978, une Amicale ; nous nous appelions des « Epésiens ». Ces repas nous permettaient de reprendre contact avec des camarades de collège que nous avions connus quelque 70 ans auparavant. Ces agapes n’avaient pas le style des repas que nous prenions dans notre vieille E.P.S., repas où nous retrouvions souvent les pois chiches et les lentilles et que nous engloutissions en quelques minutes. Nos repas de retraités étaient un peu cérémonieux. Nous connaissions grâce à ces rencontres des plaisirs que les grincheux auraient pu appeler primaires, mais qui nous paraissaient essentiels. C’était surtout une affirmation de convivialité, une parenthèse dans nos vies de retraités campagnards. Dans les villages où nous nous étions retirés, souvent il ne se passait rien. Nous n’avions pas la même imagination que Rousseau qui éprouvait de l’extase au sein de la nature. Il faut avoir la sensibilité de Rousseau pour être fasciné par les paysages. J’évoque plusieurs endroits où se tenaient ces rencontres. Celui qui avait notre préférence, c’était « Auzole », à quelques kilomètres de Cahors. Nous considérions que nous étions chez nous, parce que c’était l’établissement de la Fédération des Œuvres Laïques du Lot, car beaucoup d’entre nous étaient enseignants ; c’était en quelque sorte notre lieu symbole. D’autres villages ont été choisis ; chacun avait ses caractéristiques. C’étaient des oasis de tranquillité, des îlots de maisons rassemblés autour de leurs églises : Anglars Juillac (en 2007), Goujounac (en 2008), Masclat (en 2011).

 

L’écriture a tenu une grande place dans ma vie. Sur ce thème, je donne deux textes « On ne s’écrit plus », « Écrire, quel plaisir mais aussi quelle servitude ».

 

« On ne s’écrit plus ». Je me suis volontairement exilé de mon pays. Je n’avais que les lettres pour rester en contact avec mes enfants. Avec mon épouse, nous leur écrivions souvent : nous n’avions ni les portables, ni Internet ; nous révélions notre quotidien dans l’écriture. Le deuxième texte est plus général ; il se réfère aux difficultés d’écrire. Dans un « Paris Match » du 18 février 2009, Philippe Labro s’exclame « la douleur d’écrire me fait hurler de rire […]. Quel privilège d’inventer un univers ». Inventer un univers, c’est déjà difficile, mais inventer un univers avec des phrases qui se tiennent et avec des mots, c’est encore plus difficile.

 

Dire qu’écrire ce n’est pas une douleur, c’est avancer une contre-vérité. Il y faut une patience de bénédictins. Il y faut de la minutie, surtout quand on se sert de son stylo pour tracer les mots. Dans l’affirmation de Philippe Labro, j’ai retrouvé une pensée de « Hegel » qui s’inscrit en faux contre : « Nous n’avons conscience de nos pensées que lorsque nous leur donnons une forme objective. Vouloir penser sans les mots, c’est une tentative insensée » (Hegel).

 

Alors, pourquoi écrit-on ? On écrit pour un lever de lumière, pour un instant de grâce. Le bonheur c’est de réduire sa vie en mots. Je me suis efforcé de saisir ma vérité, je n’avais que les mots pour me découvrir tel que je suis.

 

Dans un autre chapitre, je parle de l’histoire. J’utilise un titre choc « On assomme l’histoire de France ». Je revis (après quelque 80 ans) mon passé d’écolier. Mon instituteur sollicitait la mémoire. Je dis qu’« apprendre par cœur » est une belle expression. Les seules dates dont je me souvienne ce sont celles que j’ai apprises à l’École Primaire. D’autres textes suivent. En 1999, c’était « le bicentenaire de la Révolution », etc..

 

J’ai toujours été séduit par la philosophie ; on dit que l’âge est celui de la sagesse, précisément la philosophie me permet de réfléchir aux questions essentielles. J’ai toujours aimé faire passer la pensée dans la vie de tous les jours et combler le fossé entre le transcendant et l’empirique. Lorsque je vivais à Toulouse, je participais toutes les semaines à un café philo. J’en fais un compte rendu dans le témoignage « les cafés philo connaissent un grand succès ». Sous cette rubrique je propose d’autres articles : « La conquête du bonheur », « Du découragement à l’exaltation », « Savoir dire non », « Éloge de l’optimisme », etc. J’apprécie cette phrase du philosophe Canguilhem : « La philosophie n’est pas un temple, c’est un chantier » ; c’est le chantier de nos interrogations et de nos doutes.

 

Des lettres, dans mon existence, j’en ai écrit beaucoup. Lorsque j’étais en poste en Algérie, j’en rédigeais quelques fois pour le Conseiller culturel. Pour être à un bon niveau, j’avais constitué trois dossiers de lettres que j’avais glanées dans les journaux à titre d’exemples. J’ai conservé des échanges épistolaires entre le Maréchal Pétain et le Commandant De Gaulle. Ce sont des zizanies entre eux au sujet du livre « Le soldat ». Ce sont des lettres qui datent de 1928. J’ai conservé également une lettre d’Alain Fournier à Peguy. C’était en 1972 que j’avais conservé ce document qui avait paru dans « Le Monde ». J’ai retrouvé dans ma bibliothèque un livre que j’avais consulté jadis et qui date de 1945 « L’art d’écrire une lettre » de Fernand Desmay. C’est dire que pour écrire une lettre, je suis à l’aise. Dans ce livre, j’en propose quatre. Je les cite selon les dates où elles ont été faites : « Lettre à mes petits-fils et à mes petites-filles » (1994), « Lettre à la Directrice d’un Cours Privé de Toulouse » (1998), « Lettre de la Foire de Brive » (2008), « Lettre de Toulouse » (2012).

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