Vague à l'âme

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Madeleine, aide-soignante, est victime d’un accident du travail, comme malheureusement nombre de ses collègues. Handicapée, isolée, peu à peu envahie par l’ennui et le sentiment d’inutilité, elle ne peut s’empêcher de ressasser.

Mais forte de ses expériences de soignante et de son inébranlable foi en la vie, elle s’efforce de trouver les ressources pour reprendre goût au quotidien et faire définitivement taire le frelon dans sa tête.


Après Vous, l’amie, qui relatait la naissance d’une amitié aussi inattendue qu'essentielle, Madeleine Petitpantalon nous montre une fois encore combien la vie est précieuse.

Publié le : vendredi 1 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782955484739
Nombre de pages : 68
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1. Retoursur l’amie
Vous,l’amie que je tutoie maintenant. Il faut que je teraconte…Te souviens-tu le jour où je t’ai demandé de coucher notre histoire sur des pages.Ce soir-là, tu m’as conseillé de revoir ma copie afin de changer tous les prénoms cités dans le livre. Je t’ai nommée Kiou comme le surnom que t’avait donné tonamie « Alzheimer ». Mon image de soignant est ternie par le vulgaire et vieillot nom du début du siècle dernier, celui de Madeleine. Voilà le livre terminé, je te l’offre. Pauline est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Kiou, son amie de toujours, l’aide sans relâche au quotidien. Au fil des visites pour les soins d’hygiène, une amitié inattendue et hors normes naît entre cette amie dévouée et Madeleine,l’aide-soignante. Cet essai n’a pas été retouché,il est sorti de mes entrailles et je n’ai riencorrigé. Les personnes qui ont lu ce premier jetd’écrivain me demandent de tes nouvelles, ilsveulent te connaître et me comprendre à travers mes textes. Je te renouvelle ma demande de publier un autre ouvrage et de garder mon personnage préféré, Kiou. Merci, mon amie, je peux continuer mon histoire avec ce lien, car les lecteurs sont restés sur leur faim. Je rencontre Anna le jour de la balade hebdomadaire : « Madeleine, je dois te tirer les oreilles, tu aurais pu choisir un prénom moderne pour toi dans ton livre. L’amie Kiou porte un prénom de star américaine, un surnom dynamique, moderne, plein d’entrain et attirant. Toi, pourquoi adopter ce Madeleine ? Tu as mal choisi. Un prénom moderne et actif aurait été plus approprié. » Je vais tout t’avouer. Ce choix est un hommage à ma grand-mère, et Madeleine est celle que Brel attend dans sa chanson,et j’aime Brel. J’emprunte ce prénom et peut-être que le grand Jacques me retrouvera quand moi aussi je rejoindrai ma sœur et ma grand-mère dans l’au-delà. Ma grand-mère est une petite bonne femmed’un mètre quarante,avec des cheveux coupés courts et grisonnants. Ce personnage montre plusieurs facettes avec ses enfants, ses réactions et son langage sont autoritaires et volontaires. Quand je suis seule en sa compagnie, son attitude et sa façon de me parler me surprennent. Ma mémère agit avec moi comme avec sa copine, nous avons une grande complicité. Elle peut initier toutes sortes de discussions. Elle trouve des phrases pour enchaîner et déjouer avec d’autres idées à sesgoûts. Une femme de quatre-vingt-quinze ans qui commence à devenir sourde est une légende vivante dans sa ville. Lors d’une course de côte, une voiture l’a fauchée. Elle a dû subir une amputation vers douze ans. Durant toute sa vie, mémère amarché avec une jambe articulée qu’elle dépose près de son lit le soir pour se coucher. Ses yeux bleus ciel éblouissent ses interlocuteurs et elle sait en jouer. Sa gouaille de Parisienne et son phrasé appartiennent à un autre temps. Ce petit bout de femme a divorcé à quaranteans après son dixième accouchement. Elle m’a toujours raconté qu’elle s’était séparée de mon grand-père,car elle ne voulait plus d’enfant.
Mardi, je lui rends visite, elle m’avoue ne plus supporter les autres et vouloir en terminer avec sa vie devenue trop longue. Tout en me montrant une personne déambulant, elle me dit ne plus accepter sa condition de pensionnaire de maison de retraite. Elle ne veut plus partager les repas dans la salle commune, les autres vieux la répugnent. Ils bavent, sont sourds et parlent fort. J’approuve son choix et lui laisse l’idée de sa mort sans la retenir. Je l’accompagne dans son mal-être et dans sa conviction d’être arrivéeau bout de son chemin. Je passe l’après-midi avec elle, et comme d’habitude je ris de ses histoires, elle se moque des gens et des situations, en dépit de la situation. C’est une bonne femme agréable et comique, elle garde un esprit jeune et apprécie la compagnie. Dans la conversation, elle me glisse que les aides-soignants l’aident pour sa toilette, il y a même un homme qui vient la débarbouiller, elle se sent ragaillardie en sa compagnie, elle le préfère aux autres. Au soir, je la quitte. Elle a un grand sourire et remue sa main comme elle l’a toujours faitpour me dire au revoir. Une semaine après cette discussion, ma grand-mère ferme sa valise ets’en va rejoindre sa petite Mireille, morte enfantvictime d’une maladie. J’aurais aiméte dévoiler, Mémère,mon intérêt pour l’écritureque tu ne partes, je suis avant certaine que ton regard envers mon livre aurait été bienveillant. Voilà, Anna, pourquoi ceMadeleine me tient tant à cœur, mon choixde ce prénom contribue à faire vivre encorece petit bout de femme. J’aspireà cette ressemblance avec sa vieillesse tant entourée. Mémère joviale qui ne se plaignait presque jamais, attirante, vivant au jour le jour sans penser au lendemain, et parlant et riant comme tout à chacun en se moquant. Sa vie sans exprimer detracasserie futile m’offre un modèle idyllique.
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