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Veilleurs de vie

De
161 pages
Dans ce monde morose où l'on nous serine la crise sur tous les tons comme pour justifier notre manque à vivre, lire ces récits biographiques et poétiques est une bouffée d'oxygène. Les récits de Marie-Odile de Gisors peuvent faire écho, résonance en chacun de nous parce qu'elle puise ses ressources d'écriture à l'essence même de la vie. De l'ensemble de ces textes ressort la force de l'expression de la vie inscrite au sein d'une humanité qui nous habite tous et illumine les moments intenses de celle-ci.
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Sommaire
Remerciements ............................................................................... 7 PRÉFACE....................................................................................... 9 Nous sommes tous veilleurs de vie ...........................................17 L’aube des temps.......................................................................19 Va en paix !....................................................................................21 Dans la fulgurance de l’instant..............................................27 Il s’éloigna sans avoir semé ses graines de mort… .................29 Que Dieu le bénisse ! ...................................................................31 Des berceuses vieilles comme le monde...................................35 « Vous avez trouvé les mots ! » ..................................................39 « Elle a fermé les yeux sur mon poème. ».................................43 Tissage Métissage.....................................................................47 « Ce n’était rien qu’une petite flamme… » ...............................51 Elle arrivait d’un lointain pays… ...............................................57 Une éléphante, vestale du feu de la vie .....................................63 « Toi, tu as autre chose à faire… »............................................67 La pulsation de la vie ...................................................................73 Cœurs à cœurs hors classe ......................................................77 « Jamais je n’ai été aussi contente de voir une prof… » .........81 « Un jour, je le sais, je me donnerai… la vie. » ........................87 C’était son corsage blanc qui me guidait dans la nuit. ............95 « Rien que de voir votre visage dans le couloir… » ..............101 Une minute de silence ...............................................................105 File le temps... .............................................................................108 L’Espagne du cœur.................................................................111 L’Espagne du cœur ....................................................................113 Mais tu es trop jeune encore pour jouer les amoureuses….115

Sages femmes ...........................................................................125 Rencontre d’âme dans un train de nuit...................................127 « Mon petit… Mon tout petit… » ..........................................131 Porteurs de pollens..................................................................135 Il est des rencontres flamboyantes ..........................................139 A chaque saison, elle revient se faire caresser le cœur en douce. ...........................................................................................141 « Porteurs de pollens »...............................................................147 La plus belle histoire ..................................................................155 Ouvrages cités.............................................................................159

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Remerciements

Je tiens à remercier Gaston Pineau pour cette belle aventure de l’édition. toute ma reconnaissance au père Michel pour toute sa patience et son aide précieuse.

PRÉFACE
Dans ce monde morose où l’on nous serine la crise sur tous les tons comme pour justifier notre manque à vivre, lire ces récits biographiques et poétiques de Marie-Odile est une bouffée d’oxygène permettant de Laisser émerger les mots pétris des années d’enfance les mots qui font place au ressenti les mots qui font image les mots qui deviennent mots-passerelles vers le cœur de soi et le cœur de l’autre au cœur même du cosmos En effet, les récits de Marie-Odile peuvent faire écho, résonance en chacun de nous parce qu’elle puise ses ressources d’écriture poétique à l’essence même de la vie. Elle y puise une force poétique apte à étreindre le monde car la parole poétique est essentielle et c’est pourquoi ses courts récits ne sombrent jamais dans l’anecdote mais nous parlent de « moments intenses » qui sont des « épiphanies » autrement dit des « révélations » au sens étymologique du mot. Ces moments intenses illuminent le caractère personnel et peuvent même signifier un tournant dans la vie d’une personne. Ellemême nous en donne l’exemple dans son texte adressé à son père « Va en paix » qui me semble un texte central dans la mesure où la tragédie d’un homme va éveiller chez elle l’importance d’être « une veilleuse de vie » pour soi et les autres. Bel exemple de « résilience » qui, selon Boris Cyrulnik, permet de transformer, de métamorphoser les émotions, tout en refusant la résignation à la fatalité du malheur. On découvre ainsi qu’un être humain peut à la fois souffrir de la 9

disparition d’un être cher et en même temps sentir en soi l’émergence d’une liberté intérieure qui incite à aller au-delà de soi, justement en tant que « veilleurs de vie ». Tout est résumé dans cette belle phrase de la fin de ce texte : « Depuis l’aube de mes temps, je perçois la détresse, le désespoir au cœur des êtres et je leur tends désespérément la main, la plume, les couleurs de la vie pour les aider à s’enraciner, qu’ils ne s’envolent pas comme toi, qu’ils s’ancrent dans notre bonne vieille terre où il fait si bon vivre. VIVRE Va, je ne t’en veux point ! » Cette volonté de vivre est d’autant plus affirmée avec force qu’à la fin de son texte, à l’instar de ses autres textes, MarieOdile emploie le pronom personnel « je » alors que pendant la majorité des pages elle utilise le pronom personnel « elle » ce qui peut surprendre le lecteur, notamment lorsqu’il va lire cet autre texte biographique intitulé « Mais tu es trop jeune encore pour jouer les amoureuses… » où elle nous parle merveilleusement de ses premiers émois amoureux et de la naissance de son amour pour l’Espagne. Parler de l’intime de soi, c’est retrouver l’émotion enfouie, c’est sans doute pour cela que Marie-Odile commence son texte comme un conte : « Elle arrivait du grand Nord, pâlichonne, gringalette, tous pétales repliés sur un cœur qui avait déjà tant souffert en silence… ». Le ton est donné, comme si était sous-entendue la sempiternelle formule du conte « il était une fois… » ! Dans le livre coordonné par Afifa Bererhi intitulé L’autobiographie en situation d’inter culturalité, j’écrivais, à propos de l’une de mes recherches en sociolinguistique sur les contes et récits de vie : « Le conte parle des hommes tels qu’ils sont à telle époque… il implique l’enchevêtrement des différentes voix discursives qui croisent leurs dimensions narratives, institutionnelles, affectives et culturelles comme les trames variées d’un tissu complexe » (Alger, 2004, p. 531). On retrouve bien dans les différents textes de Marie-Odile ces différentes voix discursives d’hommes et de femmes qu’elle a côtoyés aussi bien dans l’institution scolaire que dans l’environnement 10

culturel français ou espagnol, véritable creuset interculturel et créatif pour cette « éveilleuse d’écriture » Comme par une volonté de distanciation de soi par rapport au récit biographique, par un désir d’universalité, elle commence chaque récit à la troisième personne. L’effet littéraire est des plus intéressants dans la mesure où à la fin de chaque texte surgit avec d’autant plus de force le « je » personnel. Notons cependant que lorsqu’il s’agit d’une poésie comme « File le temps », elle emploie spontanément la première personne dès les premiers vers : « Tisserande, je quitte le métier, je lâche la chaîne et la trame j’ai relié les fils invisibles de générations de visages à la trame du temps qui passe… » Cette poésie est comme le point d’orgue de ses textes sur l’école. L’intitulé du premier texte « Jamais je n’ai été aussi contente de voir une prof », reprend l’expression d’une élève lorsqu’elle vit son professeur venir lui rendre visite alors qu’elle venait d’être enfermée à l’hôpital psychiatrique, visite qui permit à Marie-Odile de lancer un appel dans sa classe pour trouver une famille qui puisse l’accueillir. Parce que dans les ateliers « Espaces de parole », chacun est invité à exprimer ce qui l’étreint au plus profond et à écouter l’autre dans son essence, se développe une solidarité humaine peu coutumière de nos institutions scolaires ni même de la société dans son ensemble. Dans ses textes, elle montre aussi qu’elle ne s’est pas contentée d’une écoute attentive mais a su faire de ces Espaces de parole des « éveilleurs d’écriture » car les « moments intenses » sont aussi comme le dit Francis Lesourd « des moments privilégiés de la formation existentielle » (2004). Dans ses ateliers d’écriture, Marie-Odile emmène les participants dans la nature retrouver la vibration des sens, la 11

palpitation des émotions au cours de moments vécus intensément qui vont servir de révélateur permettant à chaque être humain de se dire dans toute sa profondeur. Il est assez significatif que Marie-Odile se définisse comme « veilleuse » voire « éveilleuse » ou mieux « réveilleuse » se référant ainsi à Gaston Bachelard pour qui « la rêverie cosmique » nous permet d’aller au fond de son « essence », bref de l’essentiel de la vie. Un paysage peut nous chavirer, nous ravir dans une sorte de conscience cosmique. De tels moments intenses renvoient aussi à des heures propices où l’oiseau de l’œil sait accommoder ciel intérieur, paysage intérieur et extérieur. Pas étonnant que de ses poèmes comme celui intitulé « Il est des rencontres flamboyantes » ressorte cette force de l’expression poétique de la vie ! Parmi ces rencontres flamboyantes, plus particulièrement dans ce beau pays d’Espagne qui lui tient tant à cœur, il y a ce moine de l’abbaye de Silos dont elle nous parle dans le texte « A chaque saison, elle revient se faire caresser le cœur en douce ». Dans ce texte, elle nous parle de ce retour après de nombreuses années (elle y était venue pendant son voyage de noces) dans ce merveilleux monastère roman blotti au cœur des montagnes de Castille, accompagnée de cinq femmes de son atelier d’écriture qui, nous dit-elle, « écrivaient pour tenter de trouver un chemin vers le cœur de leur citadelle intérieure ». Lors de ce retour, elle nous narre cette rencontre avec un moine poète qui, après l’avoir reçue personnellement, déclame à ces femmes un poème avec tout l’élan de son feu intérieur : « elles étaient émues jusqu’aux tréfonds du corps, émerveillées. Jamais elles n’avaient rencontré une telle intensité, une telle palpitation de vie… » et elle termine en faisant allusion à sa propre vie, par cette réflexion : « Qui sait ce qu’elle serait devenue si elle n’avait pu nicher son cœur à l’abri de ce haut chêne rempli de tendresse rugueuse quand la tempête a fait rage dans sa vie dévastant tout sur son passage. C’est là qu’elle trouva la vaillance de poursuivre la tâche d’éveilleuse. » Ces « veilleurs de vie » dont nous parle MarieOdile dans chaque texte, sont aussi des « passeurs » belle 12

métaphore poétique que nous retrouvons notamment dans son texte « Porteurs de pollen », texte qu’elle commence, à l’instar des autres, à narrer à la troisième personne et ce n’est que lorsqu’elle écrit l’échange avec son ami Juan, cloué sur son lit qu’elle change de pronom personnel en employant le « je » répondant au « tu » de son interlocuteur. Cela donne encore plus de force à son rôle de « passeuse », « tisseuse de liens » entre deux poètes éloignés dans l’espace terrestre mais si proches grâce à sa médiation qui permettra à Juan de mourir dans la sérénité après avoir dialogué par poème interposé avec ce moine poète de Silos qui accueillera ses cendres sous « le cyprès le plus chanté d’Espagne », dressé dans le cloître du monastère de Santo Domingo de Silos. Dans une société où il est si difficile de parler de la mort, il est rare de lire un texte d’une telle sérénité face à celle-ci. Son intensité rappelle celle du poème « Elle a fermé les yeux sur mon poème ». Lors d’un atelier d’éveil à l’écriture, l’une des participantes a pu, grâce à la médiation de Marie-Odile, trouver la force intérieure de se rendre au chevet de l’une de ses amies qui était en train de mourir d’un cancer. Elle lui a écrit un poème d’adieu qu’elle est allée lui lire dès la sortie de l’atelier. On voit combien il est important de développer l’expression libre et profonde de chacun pour qu’elle puisse faire vibrer et enluminer tous les moments intenses de la vie, dont la mort fait paradoxalement partie. Au Xème siècle le poète chinois Hou Shan n’écrivait-il pas : La vie va et la nuit vient L’eau coule et les fleurs se fanent Aujourd’hui, je sais que mes narines Sont tournées vers la terre. L’expression du langage humain qu’est la poésie du sens mystérieux de l’existence est ici ramenée à son rythme essentiel et ce livre de textes poétiques constitue une exploration de ces « savoir-passer » cruciaux tout au long du chemin de notre vie.

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De l’ensemble de ses textes ressort la force de l’expression poétique de la vie inscrite au sein d’une humanité qui nous habite tous et illumine les moments intenses de celle-ci. Christian Leray
CREDILIF-Université de Rennes Membre du CA de l’Association Internationale des Histoires de vie en Formation (ASIHVIF)

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Tisser l’humanité
Tisser l'humanité au point de croix au point de joie maille après maille Tisser l'humain au cœur de notre chair Tisser le velours de nos voix qui s'entrecroisent Tisser la soie des regards cœur à cœur ébouriffé âmes entrelacées toutes antennes vibrantes aimantées La belle ouvrage