Viens, on va tuer maman

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Découvrez le témoignage poignant d'une femme sous l'emprise d'un homme pervers narcissique. Pas de coup, mais des mots et des comportements qui tuent. Un quotidien sous la violence qui va obliger cette femme à tout quitter, laissant derrière elle ses deux enfants. Garde alternée, médiation familiale, auditions des enfants, audiences : entre menaces et manipulation, cet homme parviendra à se poser en victime et à exercer sa violence en toute impunité. Faire valoir la vérité est un combat sans fin.


Publié le : jeudi 29 août 2013
Lecture(s) : 27
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EAN13 : 9782332603906
Nombre de pages : 68
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ISBN numérique : 978-2-332-60388-3

 

© Edilivre, 2013

À mes enfants, Antoine et Manon.

À toutes les femmes victimes de violences.

À toutes les femmes victimes de la justice.

Chapitre 1
Au commencement

Le poison s’écoulait lentement dans mes veines. Quand s’y était-il introduit, je ne saurais le dire. Comme une graine qu’une rencontre aurait ensemencée et qui semblait trouver dans mon enfance toute la nourriture nécessaire à son développement, ce poison envahissait aujourd’hui tout mon être. Il inhibait peu à peu mes facultés physiques et psychologiques. La fatigue ne me quittait plus et mes capacités de concentration étaient fortement diminuées. De plus en plus fréquemment il m’arrivait de lire un texte et de ne plus savoir au bout de quelques lignes ce dont il était question. Mes pensées s’échappaient, aspirées par la douleur qui me rongeait. Je ne parvenais pas à les ramener à mon travail. Je recommençais inlassablement ma lecture aux premiers mots, qui peu à peu sonnaient comme un refrain. Quand l’énergie que me demandaient ces efforts s’épuisait, je n’avais d’autre choix que de me soumettre. Je cédais à cette force qui m’emmenait inlassablement vers cette douleur qui s’était ancrée peu à peu au plus profond de moi-même. Dormir n’était plus un remède qui m’aurait permis d’échapper à ces pensées. Depuis longtemps je ne savais plus ce qu’était le sommeil. Mes nuits n’étaient plus qu’une rumination incessante. Certains jours, j’étais si lasse de ces combats permanents contre les démons de ce poison que j’en venais à souhaiter un repos éternel qui eût mis fin à toutes ces souffrances et m’eût permis tout simplement de ne plus penser à rien.

Lorsque le poison vous envahit, il le fait sournoisement. Au départ, vous ne sentez rien. Vous êtes comme un nouveau-né qui s’éveille au monde. Vous goûtez à la vie et découvrez ses parfums. Certains vous enivrent et vous avancez avec insouciance dans un monde que vous ne connaissez pas, mais que vous pensez bienveillant. La joie vous transporte. Vous savourez cette vie à pleines dents.

Un jour, un parfum vous attire plus qu’un autre. Celui-là vous rassure, il vous dit jolie, intelligente et soudain vous êtes comme un papillon sans ailes, pris au piège de ce parfum qui vous enivre et peu à peu vous asservit. Le parfum devient drogue et poison et ne vous quitte plus. Vous ne savez plus qui vous êtes, vous n’existez plus que par ce parfum qui n’est pas le vôtre, vous n’êtes plus là, envahie par ce poison qui vous dévore. Un cri intérieur vous déchire mais vous restez sans voix, rongée par la culpabilité, le doute et la peur.

Lorsque j’ai senti ce parfum, j’avais dix-neuf ans. Je venais de décider de m’orienter professionnellement vers l’intervention en milieu scolaire. Je crois que c’est le premier choix que je faisais toute seule et j’en étais fière. Mais lorsque j’en fis part à mes parents, ils ne l’approuvèrent pas. Ils entravèrent alors mon désir de me réaliser dans ce que j’aimais. Dans cette famille d’ingénieurs, je compris que je décevais. Ils me demandèrent d’assumer mes choix, souhaitaient que je trouve un emploi étudiant pour payer mes études et financer mon logement. Je suivais déjà des études au conservatoire et travailler mon instrument me demandait beaucoup d’assiduité et de temps. Avoir une activité salariée ne m’aurait pas permis de mener tout de front et je le savais. J’étais devant un mur sans porte…

La brèche qui s’était ouverte laissa le parfum s’engouffrer et je me mis à le respirer. Il était comme une voix à l’intérieur de moi, cette voix qui vous dit : « Vas-y, moi je sais ce que tu vaux, tu fais le bon choix. » « Dans ma famille on n’a pas fait d’études, disait-il, on n’a même pas le bac. Toi tu es quelqu’un d’extraordinaire, d’intelligent, tu m’épates. Allez, lance-toi ! » Cela suffisait à me redonner confiance. Je buvais ses paroles qui me rassuraient. Ce parfum semblait être ma force, celle qui allait me permettre de me réaliser. Il m’offrit son soutien financier et je m’installai rapidement avec lui.

Il me présenta à ses parents. Sa mère le décrivait comme « le vilain petit canard » de la famille : alcool, cigarettes, bagarres, difficultés scolaires, moto, vitesse. « Mais tu sais, me répétait-elle, il a un bon fond. » Elle semblait vouloir me convaincre, comme s’il lui paraissait vraiment improbable qu’une fille comme moi puisse s’intéresser à son fils.

J’avais connu cet homme dans une paroisse. À cette époque, j’étais très croyante. Nous partagions cette même foi, et pour moi, cela avait mis fin au doute qu’aurait pu susciter son comportement. Il semblait même plus attaché à la foi que moi. Il voulait une femme vierge, allait à la messe, faisait ses prières à chaque fois qu’il entrait dans son village ou dans la cuisine de ses parents.

C’était la première fois que je vivais avec un homme. Celui-ci m’expliqua qu’il y avait des boulots d’homme et des boulots de femme. « L’homme sort les poubelles et coupe le bois. » Le reste relevait implicitement de la femme. Sa mère allait dans le même sens. Elle m’expliqua ce qu’était une femme « bien », comment elle devait étendre le linge, s’occuper du ménage, cuisiner. « Un homme, on le tient par l’estomac, me disait-elle. Et il ne faut pas le laisser sortir sinon il te trompe. » Sa mère cumulait d’importants problèmes de santé : descente d’organes, diabète, problèmes d’obésité. Elle travaillait sans relâche dans le commerce qu’elle tenait avec son mari : boulangerie, restaurant, café, magasin et chambres d’hôtes. Nous allions les aider presque tous les week-ends. Mon ami s’installait au bar et servait les bières en discutant avec les clients. J’aidais sa mère dans les autres tâches. Elle ne se plaignait jamais, considérant cela comme son devoir de femme. Je découvris peu à peu la famille tout entière. Tous semblaient avoir été conçus dans le même moule. Aux repas de famille, les femmes se plaçaient d’un côté et les hommes de l’autre. Ces dernières se levaient pour servir et débarrasser pendant que les hommes continuaient leurs discussions, tout en dévisageant celles qui n’auraient pas assumé leurs tâches. Je ne peux pas dire que ces femmes n’étaient pas heureuses. Elles existaient par ce rôle qu’elles assumaient et dont elles étaient fières.

J’endossai donc ce rôle au commencement de ma vie de femme, pour respecter les traditions familiales de cet homme et parce qu’il m’accordait ce qui me semblait être de la reconnaissance, à travers des propos gratifiants : « Jamais je ne trouverai une femme mieux que toi. » Je n’avais pourtant pas connu cela dans ma famille. Mon père aidait aux tâches ménagères. Il cuisinait, passait l’aspirateur, nous emmenait à nos...

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