Vivre avec le mal de mère

De
Publié par

Sous la forme originale d'une autographie, qui consiste à parler de soi à la troisième personne, l'auteure nous invite à parcourir son histoire d'enfant et de femme maltraitées. Isolée, Julie culpabilisera dès son plus jeune âge à la place de son bourreau, pensant mériter cette violence. A l'âge adulte, elle s'inscrira dans des scénarios de vie qui viendront confirmer sa croyance, jusqu'au jour où la menace d'une mort imminente viendra la réveiller, pour l'enjoindre à dissoudre son conditionnement.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782336265254
Nombre de pages : 165
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Vivre avec le mal de mère
ou Qu’est-ce qui fait courir Julie ?

Marie-France Rothé

Vivre avec le mal de mère
ou Qu’est-ce qui fait courir Julie ?

Préface du Dr Régis Gros-Didier

© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12025-9 EAN: 9782296120259

A ce que j’ai de plus cher au monde, mes enfants. A ma petite-fille Léna, en pensant à son combat. A tous ceux et celles qui ont cru en moi et m’ont secourue. A la victoire du bien sur le mal.

SOMMAIRE

PRÉFACE............................................................................9 AVANT-PROPOS .............................................................13 chapitre 1 JULIE ET SES PARTENAIRES .......................................15 chapitre 2 LE PARDON .....................................................................67 chapitre 3 LE PRIX DE LA GUÉRISON...........................................87 chapitre 4 LA JUSTICE....................................................................133 chapitre 5 QU'EST-CE QUI A FAIT COURIR JULIE ? .................147 NOTES.............................................................................153

7

PRÉFACE
Contrairement à l'autobiographie, qui consiste à parler de soi à la première personne, ce récit de vie nous est présenté à la troisième personne. Un style que, le philosophe et psychanalyste, JeanBertrand Pontalis nomme autographie. Par cette formule où le « il » se décrit alors que le « je » s’écrit, l’auteur prend la bonne distance pour nous faire partager son histoire d’enfant et de femme maltraitées. Les traumatismes de la prime enfance ont la vie dure et l’enfant carencé d’amour, aussi. Toute sa vie, tout son être sera en tension vers la réparation de ses manques. Sans répit, il cherchera à combler ce déficit. Dès sa conception, nié dans son propre destin et dans sa singularité, méprisé dans son « je » jamais fusionné avec une mère aimante, rejeté dans son identité en aucun cas reconnue, encore moins acceptée, son pronostic vital sera en jeu. Il conviendra alors de trouver sur sa route des êtres capables de l’écouter, le recevoir comme une personne à part entière, sans qu’il ne parvienne totalement à établir une saine fusion amoureuse qui lui aura tant manqué. Il devra également ne pas rester passif afin de sortir de son état de victime réelle et innocente. La culpabilité qu’il aura prise sur lui, à la place de son bourreau, le contraindra à devenir lui-même pour cesser d’imiter l’autre en se punissant. L’idéal à atteindre sera d’apprendre à abandonner la colère, la rancœur, la violence, celle qui libère sur le moment mais qui, 9

en fait, ne fait que réveiller le lien fusionnel dysfonctionnel. Un niveau difficile à atteindre, voire utopique. Dans ces situations graves d’abus de pouvoir, de violence physique, de harcèlement psychologique, d’abus sexuels et ou de chantage affectif dans le registre desquels Julie s’est trouvée, pour au moins quatre révélés, la fuite restera la meilleure solution. Se faire aider s’imposera comme une nécessité, à la fois pour arrêter la spirale de l’intolérable mais aussi pour accéder à la réalité fondatrice à partir des laquelle on peut se reconstruire et se revitaliser. « Qu’est-ce qui fait courir Julie ?», est un livre qui fait le récit d’une maltraitance infantile non identifiée et de ses conséquences à l’âge adulte. Il offre, au lecteur concerné par le sujet, la possibilité de faire un travail de guérison ; au lecteur épargné, celle d’exercer un devoir de vigilance. C’est pourquoi, je suis très fier de préfacer l’ouvrage de MarieFrance Rothé qui, par son expérience, sa compétence et ses valeurs humaines, met à profit son combat pour que cesse toute violence envers les enfants. Très agréable à lire, avec un style qui permet de rentrer progressivement dans les personnages, j’ai été très interpellé par les passages sur la perversion. Par ailleurs, la mise en évidence de la nécessité de couper les liens lorsqu’ils détruisent et la transmission de cette violence à l’ensemble de la fratrie, si elle ne fait pas un travail personnel ou n’accepte pas celui d’un des leurs, est percutante. Dans ce récit de vie où le traumatisme s’est déroulé avant l’âge trois ans, et où il a été alimenté de façon permanente pour ensuite être relayé, l’enfant a totalement été formaté pour être une superbe victime de pervers, eux-mêmes formatés, à la recherche de proies faciles. Cette histoire entre en parfaite résonnance avec les propos d’Alice Miller dans son livre « C'est pour ton bien » qui traite les racines de la violence dans l'éducation de l'enfant. Et avec ceux de Rosa Jaitin, dans « Clinique de l'inceste fraternel » où il est dit : que le groupe familial fonctionne sous la domination du principe de 10

répétition dans lequel la recherche de la fusion est une tentative d’éviter la dépression, liée à la séparation vécue comme un arrachement. Selon A. Ruffiot : on est issu avant d’être tissu … la famille préexiste au sujet. Cela est totalement vrai, Julie l’illustre parfaitement. Très éducative sur l’inconscient familial, il va sans dire que cette autographie pourra aider des tas de gens, des Julie qui courent aussi vers une vie épanouie. Et surtout pour ne plus souffrir à la place des autres. Merci Marie-France pour votre courage et votre force de vie, ce témoignage est superbe… Bravo. Régis GROSDIDIER Docteur en médecine, allergologue, nutritionniste Ex médecin de l’ambassade de France en RAY Lauréat de la faculté de médecine de Nancy

11

AVANT-PROPOS
Au nom de son père, au nom de sa mère, au nom d’ellemême, Julie s’est tricoté un cancer. Au nom de son père, au nom de sa mère, au nom d’elle-même, elle remaille sa vie. Dans une ville où Pierre Loti fit son nid, Julie décide de naître. L’histoire se passe dans un contexte d’après-guerre, non loin de la mer. A cette époque, une autre guerre sévit entre son père et sa mère. Julie naît dans le chaos, y compris à la maternité où, ce jour-là, la sage-femme égare son identité. Est-ce l’amorce du premier secours de son ange gardien pour la conduire vers un autre destin ? Tentative avortée par la mémoire recouvrée de l’accoucheuse qui la fait, promptement, retourner dans son berceau avec sa mère pour fardeau. L’histoire commence, celle d’un humain qui va prendre en main son destin au sein d’un labyrinthe où murmurent beaucoup de plaintes. L’histoire d’une enfant puis d’une femme qui tournera longuement en rond dans la périphérie de sa vie. L’histoire de Julie qui entreprendra de comprendre d’où elle vient, pour savoir où elle va, au prix de la cruelle mise au jour d’une mère infanticide, parfaitement dissimulée sous les traits d’une madone dévouée. En psychiatrie on qualifie cette conduite de Syndrome de Münchhausen par procuration, dans la vie ordinaire on se fait entièrement rouler dans la farine par son caractère pervers.

13

En effet, quoi de plus sidérant que l’habileté d’un parent constricteur qui sévit en cachette, tout en se montrant accablé par les résultats de ses brutalités ! Pour se déraciner de ce monde des morts, Julie devra alors s’extraire d’un sarcophage dont le poids du couvercle requerra une énergie colossale, alimentée par l’amour de la vie, sous une pluie d’épreuves identiques couronnées de disgrâces visant à la faire taire. « Si le père, ou la mère, suit une trajectoire infantile, égoïste, le respecter c’est reconnaître que c’est sa trajectoire, et qu’à partir d’un certain point elle se sépare de la vôtre. Cette séparation signifie que vous ouvrez un nouveau compte, le vôtre... » Daniel Sibony Les trois monothéismes, Editions Points, Paris, 1997, p. 350.

14

chapitre 1

JULIE ET SES PARTENAIRES
Présentation de Julie A sa conception, chaque être humain se voit doté d’une paire d’aiguilles à tricoter sa vie avec trois pelotes aux couleurs du père, de la mère et de lui-même. Julie est une femme qui remaille sa pelisse rongée par des assemblages mités. Un leitmotiv répété par sa petite fille, nous irons à la chasse à l’ours, nous irons en chasser un gros, la vie est belle, nous n’avons peur de rien, instruit son ouvrage. Julie est née d’un père tendre mais alcoolique et d’une mère étrange qui s’approprie le malheur de ses proches – dans un rôle de soignante autodidacte colportant les mauvaises nouvelles – afin d’attirer l’attention sur elle. Aucun sujet de conversation autre que la maladie, la souffrance et la mort ne semble l’intéresser. Son visage lisse, quasi-angélique, trahi par une bouche mince à débit constant de lamentations, exerce une emprise sur l’auditeur lambda qui finit toujours par compatir à ses plaintes. Elle se présente comme une mère aimante et douce, en répétant la question suivante : quelle maman n’aime pas son enfant ? Ce qui – immanquablement – amène cette réponse : aucune, toutes mères aiment leurs enfants ! Durant son enfance et à contrecœur, Julie se sentait obligée d’adhérer au consensus de la « bonne » mère. Le silence du père, l’éloquence de son regard, le poids de ses actes, lui procuraient beaucoup plus de sécurité que la reconnaissance sociale de celle qui tentait – en vain – de détourner l’enfant de 15

son père par des critiques basées sur les problèmes du couple ! D’une manière générale, la crédibilité de cette femme s’appuyait sur des faits visibles, remaniés à ses fins. En effet, quoi de plus évident qu’un nez au milieu de la figure, à partir de l’extrémité duquel on peut mener le monde ! Cadette d’une sœur et d’un frère soumis à la même mère, mais aux comportements différents, Julie souffrait de solitude. Impression bizarre qu’elle ne parvenait pas à refouler, aggravée par la chronicité d’une colère non partagée dont elle avait honte ! Coupable de cet état guerrier, qu’elle métamorphosait en conduites espiègles, cette enfant difficile - qualifiée de terrible petite dernière qui n’en ratait pas une dès que la mère avait le dos tourné - se manifestait bruyamment auprès des adultes (côté maternel) vis-à-vis desquels la « madone » jouissait de vénération quasi iconographique. Julie avait envie de leur crier : vous vous trompez, message implicite qu’ils blâmaient après tout ce que sa mère avait fait pour elle. Bon an mal an, – exception faite de son arrière-grand-mère – elle finit par adopter une attitude d’éviction à l’égard des femmes de cette famille avec qui sa sœur partageait de longs moments et dont les compagnons ne semblaient pas donner satisfaction : ah ces hommes vous savez bien comment ils sont ! Julie ne savait pas mais la curiosité allait l’inciter à mieux les connaître. Son frère que le matriarcat rendait - verbalement offensif, avec de longs discours révolutionnaires sur la société et les femmes, lui faisait peur. Son état rebelle rejoignait le sien dont elle voulait se débarrasser. Selon lui, la société était injuste, les femmes des « salopes », comme si le féminin était connoté de malin. A maintes reprises Julie eut envie de légitimer ses croyances en lui jouant des tours hasardeux, voire dangereux. Sous des apparences lisses et tronquées, l’ambiguïté maternelle les divisait ! Prisonniers de leur mère – au-dessus de tout soupçon – dont ils avaient besoin, ils se rejetaient une faute dont ils n’étaient qu’aveugles et sourds témoins. Les six années qui la séparaient de sa sœur avaient la dimension d’une génération. Quand l’une jouait à la poupée, 16

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.