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Blue Blood

De
134 pages
Chris, un jeune adolescent bouillonnant de créativité, ambitionne de devenir une star mondiale du hard rock. Pour ce faire, il fonde un groupe de heavy metal au nom prometteur : Blue Blood. A force de persévérance et de bonne volonté, le groupe améliore son style et vient à bout de ses instruments de musique rebelles. Les amis de Chris, peu à peu contaminés par la fougue et la folie des grandeurs du jeune garçon, finissent par y croire pour de bon. Seulement, les parents de Chris, loin de partager son enthousiasme, veulent le remettre sur le droit chemin, en l’occurrence le chemin du lycée. Opprimé par son père, en panne d’inspiration, Chris sombre dans le désespoir. Le cœur ravagé, il entrevoit une issue salutaire : le suicide.
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Blue Blood
Chantal Beaumont
Blue Blood
Le Manuscrit www.manuscrit.com
Éditions Le Manuscrit, 2004. 20, rue des Petits-Champs - 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-4235-7(Fichier numérique) ISBN : 2-7481-4234-9(Livre imprimé)
CH A N T A LBE A U M O N T
Épisode 1Une famille modèle Chris fut réveillé par un raffut du tonnerre. Sa pauvre tête ensommeillée émergea à contrecoeur de la couche bigarrée de couvertures qui l’enveloppaient douillettement. Du bout de son index replié, il se gratta les cheveux, histoire d’élucider le mystère bruyant, il faut bien le dire, de ce tintamarre matinal. Faute d’imagination, il décida finalement d’inspecter la baraque. Il enfila lestement ses pantoufles et se dirigea sur la pointe des pieds vers la porte de sa chambre. Il l’ouvrit précautionneusement et continua son périple, les muscles tendus et tous les sens en éveil. - Parfait. Déposez-moi ce paquet ici. Non, pas là. Un peu plus loin. C’est bon, je vous remercie. Chris ouvrit des yeux ronds comme des billes devant le spectacle insolite qui s’offrait à son jugement d’ado à moitié endormi. - Maman, c’est quoi ça ? - Ah ! Chéri ! Tu es réveillé. Ça tombe bien parce que j’ai besoin de toi. Un sourire tout maternel illumina le visage radieux de la jeune femme. - Et moi, j’aurais besoin de roupiller, figure-toi. - Oh ! Je t’en prie ! Boude pas ! Tu vas changer d’avis quand tu auras vu la merveille que j’ai fait livrer. Ivre de joie, la mère de Chris s’ingénia à réduire à néant les morceaux de scotch qui fermaient les paquets, en usant de la précision inouïe de ses ongles vernis. Le pauvre garçon envisagea l’espace
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d’un instant, l’éventualité salutaire de filer en douce rejoindre son lit bien chaud. Mais c’était sans compter sur l’intransigeance de sa chère petite maman. - Chris, t’avise surtout pas de décamper ! Tu me connais quand je suis contrariée. - My God ! Je rêve ! - N’est-ce pas, trésor ? On se croirait vraiment en rêve ! C’est tellement beau ! Chris regarda la marchandise déballée avec une pointe d’incrédulité au fond des yeux. - M’man, c’est une salle à manger en kits, nan ? - Exactement. Et tu vas m’aider à rassembler toutes les parties de la table, d’ac ? - Mais, on en a déjà une de table ! - Oh ! Tu parles ! Son bois est tout vermoulu et puis, toutes les chaises sont cassées. Une vraie poubelle, quoi ! - Maman, il y a aucune chaise qui est cassée. - Mais c’est juste une question de temps, mon amour. Tout va s’écrouler, tu verras ! Chris poussa un long soupir excédé : son samedi était vraiment bien parti. - Juste une question. C’est quoi ces dessins débiles peints dessus ? - Des dessins débiles ?! On voit bien que t’y connais rien mon pauv’ chéri. Ce sont des arabesques : un vrai chef-d’œuvre de la calligraphie. Ça fait très recherché, tu comprends. Elle gesticulait dans tous les sens, comme pénétrée par la profondeur infinie de ce qu’elle disait. Chris bâilla un bon coup et s’approcha de la merveille tant vantée d’un pas nonchalant.
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- Je veux bien t’aider, pourvu que ça traîne pas. - Attrape ce truc, tu veux. Voilà, excellent. Pendant que le fils et la mère étaient tout occupés à donner corps et accessoirement âme à la table surchargée de courbes entortillées, le père fit son apparition. Fallait bien s’y attendre... - C’est quoi tout ça ? Vous êtes tombés sur la tête ou quoi ? La voix du papounet était pâteuse et endormie, si bien que personne ne crut bon de le prendre au sérieux. Sa question légitime ne recevant toujours pas de réponse, il s’entêta : - Allô ! Dites-le moi si je vous dérange ! - Mais enfin, chéri ! Tu t’es levé du pied gauche ou quoi ? T’es si désagréable ce matin ! - Nadine, t’es sûre que tu vas bien ? - Viens plutôt nous filer un coup de main au lieu de raconter des salades de bonne heure ! Chris, l’air indifférent, ignorait royalement la tension électrique qui surchauffait l’atmosphère ambiante. Ses vieux, il les connaissait comme ses poches : deux petites claques retentissantes et tout rentrait dans l’ordre. - Ben voilà, la table est parfaite ! Tu vois que tu peux te rendre utile quand tu le veux bien, Antoine. Ledit Antoine fixa la table aux couleurs chatoyantes d’un œil scrutateur où perlait un soupçon non encore confirmé. - Dis-moi, Nadine. La table, tu l’as pas achetée j’espère ? - Pff, t’espères toujours de travers ! Bien sûr que je l’ai achetée. Et je te rassure tout de suite : il y a aussi les quatre chaises qui vont avec.
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Chris, en fiston avisé, jeta un coup d’œil oblique sur ses parents adorés et prévoyant fort justement à la tête qu’ils faisaient que ça allait se corser, il prit l’initiative de se casser. Une fois en sécurité dans sa chambre, il enfonça ses écouteurs dans ses oreilles et tourna le volume à fond à la douce perspective de la baston parentale. Une tête blonde surmontée d’un bandeau rose apparut dans l’entrebâillement de la porte. Chris fit signe à sa sœur d’entrer en vitesse. - Qu’est-ce qu’ils ont, cette fois ? - M’man a un boulon mal vissé, je te jure. - Rien qu’un ! - Ecoute un peu la meilleure, Léa. Elle a acheté une nouvelle salle à manger ! - C’est tout ? Je m’attendais à quelque chose de plus spectaculaire. - T’oublies que le spectacle, c’est moi qui l’assure ! - Ouais, sûr. Tu me fais marrer, fils. Tu réunis une poignée de potes à toi. Tu leur dis que vous allez former un groupe de Heavy Metal. Ils disent ouais. Tu proposes un nom qui sonne cool : Blue Blood. Ils sont ok. Et après ? Chris haussa les épaules, visiblement froissé. - Et après, et après ! T’es qu’une rabat-joie, toi alors ! - Chuis réaliste, frangin. Y a une grande différence. - Réaliste, toi ?! Romantique, ouais ! T’es le genre poète qui plane au-dessus de nuages roses avec un ciel tout bleu en arrière-plan… Sans oublier le beau jouvenceau sur son destrier blanc, armé de sa
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lance argentée et fort de son regard de faïence qui laisse les donzelles transies d’amour ! Léa profita de l’immersion de son cher frère dans le monde coloré de la littérature médiévale pour lui envoyer son oreiller en pleine figure. Chris, désorienté, eut juste le temps de redescendre sur Terre pour esquiver une gifle fraîchement mijotée par la jeune blonde. - Imbécile ! Laisse-moi te baffer pour une fois. Tu le mérites ! - Tu plaisantes, j’espère ? Qui se laisserait gifler ? Ah, au fait. T’es en colère : ça prouve que j’ai raison. Chris croisa ses bras sur sa poitrine bombée de contentement et laissa s’échapper une série mélodieuse de « hum hum » provocateurs. La jeune fille résista tant bien que mal à l’envie impérieuse de l’étrangler. Respirant un bon coup et mettant un peu d’ordre dans ses cheveux défaits, elle se donna un air indifférent qui trahissait sa rage intérieure. - Hum hum toi-même, d’accord ? Je suis pas sensible à tes sarcasmes. - Oh ! La frangine a appris du vocabulaire. - Tu crois que tout le monde est illettré comme toi ? - Calme ta joie un peu. Je reste ton grand frère ! - Bien sûr, bien sûr. Je meurs de trouille. - Tu veux une claque ? Une lueur de pur défi illumina les yeux gris de Léa. - Mais vas-y ! Qu’est-ce t’attends ? Donne-la ta claque, qu’on en finisse !
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La jeune blonde tendit la joue, histoire de lui faciliter la tâche. Mais elle reçut une bise à la place. - Excuse-moi, Léa. Je voulais pas me moquer de toi. - C’est ma faute, va. Je t’ai dit que Blue Blood, ça valait rien. - Mais t’avais raison justement. J’ai les potes avec moi, c’est vrai. Mais Thomas s’y connaît pas trop en matière de guitare électrique. La batterie et la basse, c’est pas tout en Metal. Si la guitare n’y est pas, la chanson passe à côté. - Et les paroles, ça avance ? - Ouais, disons. Je travaille dessus mais le refrain n’est pas très bon et la musique ne suit pas. Ça donne que’que chose de pas très synchronisé. Tu vois ce que je veux dire. - Je comprends. Mais faut pas baisser les bras pour autant. - Tu devrais venir nous voir un de ces quatre chez Tom. Léa s’empourpra légèrement et détourna rapidement la tête. - C’est-à-dire que... c’est pas trop mon style... - La musique ou Thomas ? Le ton moqueur de Chris n’échappa pas à l’ouïe fine de Léa. - Voilà que tu recommences avec ça ! - C’est pas ma faute si ça m’amuse. Et puis, entre nous, il m’a confié que tu lui plaisais beaucoup l’aut’ jour… - N’importe quoi. - Il m’a même donné ce pendentif pour toi. Chris fourra sa main dans la poche de son
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