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BOURGES élémir (1852-1925)

On peut avancer qu'Élémir Bourges, ce solitaire, n'eut pas d'existence en dehors de la littérature. Né à Manosque, il monte à Paris en 1874 et collabore comme journaliste à diverses publications, dont La Revue des chefs-d'œuvre (1881-1886). Il se lie d'amitié avec Mallarmé et fréquente les mardis de la rue de Rome. Cependant, il se retire bientôt à Samois et, à l'écart de tous les mouvements littéraires, il vit dans une solitude méditative. Deux de ses romans connurent un assez large succès, et Élémir Bourges siégea dès lors à l'académie Goncourt. Le Crépuscule des dieux (1884) met en scène une famille de princes exilés à Paris. Il s'agit d'une sorte de drame mystérieux où la décadence apparaît sur fond de passion ; l'influence de Wagner est évidente dans ces pages brillantes où se mêlent des réflexions sur l'esthétique et sur la métaphysique. De son roman Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent (1893), se dégage un pessimisme profond : le bonheur est impossible et seule la retraite peut procurer la paix. Mais c'est dans sa grande œuvre, La Nef, publiée en deux parties (1904 et 1922), qu'Élémir Bourges mit toute sa foi. Dans cette épopée métaphysique, véritablement orchestrée comme un opéra, Prométhée, ayant quitté son rocher, tente de sauver les hommes. Le chœur des Argonautes ponctue cette quête de son hymne à l'amour et à la justice. Prométhée va libérer l'humanité de ses maux, mais les hommes refuseront alors de le suivre, regrettant leurs dieux et leurs croyances. Dans la deuxième partie, le duel entre Prométhée et Zeus se poursuit. Prométhée refuse de devenir l'égal des dieux et quitte ce monde sur le navire Argo, à la recherche d'un monde meilleur pour son fils. Dans ce roman toujours savant, parfois grandiloquent, Élémir Bourges reste prisonnier de son érudition. Le symbolisme cosmique de sa nouvelle mythologie n'émeut pas. Faute d'avoir su être le romancier du symbolisme, ce reclus restera dans sa correspondance celui que Gide nommait « le plus grand charmeur depuis Mallarmé ».

Auteur: ANTOINE COMPAGNON