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Carnets 94

De
183 pages

Où l'on voit notre analyste parisien pris dans les filets de l'actualité à la fois internationale et personnelle.

Publié par :
Ajouté le : 16 juin 2011
Lecture(s) : 152
EAN13 : 9782748115147
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Carnets 94
Claude Taieb
Carnets 94
AUTOBIOGRAPHIE/MÉMOIRES(FICTION)
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748115155 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748115147 (pour le livre imprimé)
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Tout part d’un buisson. Tout est parti d’une hal lucination.
Je suis, je l’ai Ma seule patrie, mes seuls pères
dit et écrit de mille façons, déraciné. ma seule famille, mes seuls repères, se trouvent dans la Bible.
Mais cette formulation n’est pas tout à fait la bonne.
La Bible, c’est le nom qu’on donne en France à un ouvrage qui n’est pas la racine dont je parlais.
Lorsque je suis arrivé en France, j’étais étranger. J’étais vraiment ce qu’on appelle aujourd’hui un im migré, avec tous les problèmes de carte de séjour, de queues dans les commissariats, de demande de natu ralisation, etc.
Et de plus, ce qui n’est pas fait pour arranger les choses, je venais d’un pays où j’étais aussi un étran ger.
Ce petit détail m’a posé beaucoup de problèmes avec mes amis français. J’avais beau expliquer, il finissaient toujours par refaire la même erreur en me demandant si "chez toi", ou "dans ton pays".
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Je suis né dans un pays arabe et je n’étais pas arabe. Enfin, pas tout à fait, comme je ne suis pas tout à fait français.
Et le problème est tout simplement un problème de langue.
Bien que je parle en français, bien que je pense en français, bien que je rêve en français, je dis que ma langue c’est l’hébreu (et je le dirais même si je ne la connaissais pas).
Et mon livre est écrit en hébreu, il porte un nom hébreu, et il ne correspond pas tout à fait à ce que vous appelez Bible.
Mon livre s’appelle Torah.
C’est dans la Torah que je vais chercher mes ima gos parentales, c’est dans la Torah que je me sens chez moi.
Et je vous l’avoue, j’ose vous le dire, je pense que le christianisme dans son immensité et sa diversité vit le seul drame d’avoir perdu l’original des traduc tions qu’il possède.
Et nous, nous seulement d’avoir de dire qu’il s’agit ser de le partager.
avons cette outrecuidance non notre propre original, mais aussi aussi du vôtre, et de vous propo
Et si je m’adresse à vous avec le ton de quelqu’un qui croit savoir, et je sais ce que cela peut avoir d’agaçant pour l’autre, c’est que ce chemin, je l’ai fait.
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Je suis parti de la Bible, et je suis arrivé à la Torah. Je suis parti du français, et je suis arrivé à l’hébreu.
Bien sûr, la chose est plus difficile pour qui n’a pas eu une mère née à Jérusalem, une grandmère qui parlait arabe, et un père qui allait à la synagogue.
Mais langue. cessible
c’est juste une question d’aisance dans la La clé des problèmes fondamentaux est ac à tout le monde.
Ma porte d’accès, je l’ai trouvée dans ce buisson.
Vous connaissez l’histoire. Moïse faisait paître les brebis de son beaupère Jethro quelque part dans la montagne, et là il remarque un phénomène surpre nant : un buisson est en train de brûler sans se consu mer.
Il se dit, en bon scientifique qu’il est, il y a là quelque chose d’étrange, normalement, logique ment, le choses ne devraient pas se passer comme ça, je dois voir, je dois comprendre, ne seraitce que pour savoir si c’est pas dans ma tête que quelque chose ne va pas.
Et moi, il m’est arrivé un peu la même aventure devant quelque chose qui dépasse mon entendement.
Qui dépasse ma capacité d’entendre.
J’ai entendu une voix qui m’a dit :
"Je ne m’appelle pas Dieu"
Alors là, j’ai imaginé Devos, vous avez certai nement vu son numéro sur Dieu, et je me suis dit hou là là, si en plus il ne s’appelle pas Dieu, on est
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dans une belle galère, car depuis le temps où on crie "Mon Dieu !", depuis le temps qu’on se disputaille et qu’on s’étripaille pour savoir si Dieu existe, s’il nous a choisi, s’il va reconnaître les siens, depuis toute cette civilisation qui est celle de Dieu, si depuis Jé sus qu’on dit fils de Dieu, et si on s’était trompé de nom.
Dans la Torah, Dieu n’existe pas. Il est parfaite ment inconnu. C’est pour ça que je dis souvent que le judaïsme est un athéisme religieux, que Dieu est un blasphème.
Le titre d’un de mes derniers articles est exacte ment cela : "Pourquoi Dieu est un blasphème".
Chez nous, dans ce monde de la Torah, le nom a une extrême importance, un importance je dirais suprême.
La Torah est d’abord un monde de mots, de lettres.
Parmi tous ces mots, certains ont une statut parti culier. On dit que ce sont des noms.
Et ces noms sont la condensation du projet d’en gendrement et ils ont une fonction fondamentale dans ce qu’on appelle identité.
C’est à dire que, pour prendre un exemple concret, Isaac veut dire "il rira", c’est à dire que sa vie sera placée sous ce signe, qu’il l’accepte ou qu’il en pleure, mais aussi ce nom est né du rire de sa mère à l’annonce de sa grossesse future.
Mais lorsque j’ai voulu savoir qui était Dieu, j’ai vite vu que ce n’était pas une mince affaire.
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