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Chroniques Cleemen

De
295 pages
Malgré un ouragan nucléaire qui faillit faire disparaître le peuple Cleemen, ce dernier atteint lentement son apogée, dominant tour à tour chaque planète de son système solaire. Une modification génétique leur permettait maintenant d'accéder à un univers parallèle nommé entre-monde qui bouleversa les bases fondamentales de leur religion. Des récupérateurs appelés PSY faisaient le lien entre ces deux mondes. Mais le plus puissant d'entre eux devint incontrôlable et se proclama nouveau messie. Gaëlle, jeune femme désincarnée devra traverser l'espace et le temps pour aller chercher aux origines du peuple Cleemen le seul être capable d'affronter le tyran.
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2 Titre
Chroniques Cleemen

3Titre
Peter Stone
Chroniques Cleemen
Tome 1 : Retour aux sources
Roman de science-fiction
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02340-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304023404 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02341-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304023411 (livre numérique)

6 .
8
PLAN DU SYSTEME SOLAIRE
CLEEMEN


photo






















9
PRÉFACE
En quelques années, la nation Cleemen atteignit un
seuil critique de vitalité qui la poussa à chercher une so-
lution sérieuse de secours. L’ouragan nucléaire d’origine
encore inconnue qui balaya la planète mère, Terrana,
causa des effets dévastateurs aussi bien sur toute la sur-
face de la planète que sur le peuple lui-même, irradiant
toute la population. Dès ce jour, des centaines de mala-
dies cancéreuses firent leurs apparitions causant des mil-
liards de morts. Les catastrophes naturelles ainsi que la
raréfaction des ressources semblaient annoncer la fin de
ce peuple. Malgré tout cela, la descendance d’une poignée
d’entre eux réussit à traverser les âges et environ quatre
mille années plus tard, à repeupler toutes les planètes
de ce système, trouvant tour à tour les différentes techni-
ques scientifiques pour y arriver. En effet, chaque pla-
nète ayant sa particularité de température, de gravité ou
d’atmosphère il fallait à chaque fois trouver les moyens
pratiques d’y installer les bases interplanétaires. La so-
ciété Cleemen approchait lentement de son apogée.
“Un seul peuple, une seule nation. Un seul peuple,
une seule religion“, furent les paroles qui les menèrent
tout au long de ces millénaires. La religion était mono-
théiste et leur déité se nommait Gorn. Après avoir
11 Chroniques Cleemen
connus de grande difficulté, le fait des colonisations don-
na un regain de croyance sur les fidèles et l’église était à
ce jour plus puissante que jamais.
Petit à petit apparut la glande sytrophïde, organe si-
tué à l’extrémité du cerveau juste au dessous de
l’hypophyse et formant une grosseur à l’arrière de la nu-
que, résultat de l’évolution génétique de l’espèce Cleemen
et qui permettait d’accéder à un univers métaphysique
qu’ils nommèrent Entre-Monde. Malheureusement son
étude tout d’abord en pleine expansion fut stoppée net
sous l’influence directe du clergé qui craignit un engoue-
ment du peuple pour une nouvelle déité capable de voler
les privilèges et le pouvoir qu’ils avaient obtenus. Pour-
tant une telle découverte ne pouvait rester dans l’oubli.
Les militaires du D.M.C.( Défense Militaire Cleemen)
sous les ordres direct du gouvernement suprême basé sur
Terrana appelé U.M.C.(Union Mondial Cleemen) se
chargèrent de continuer les recherches séparant leurs
lieux d’études en deux grands sites d’activités. L’un sur
Terrana et l’autre sur Mérylis. Seulement étaient-ils
prêts à assumer la découverte qu’ils allaient faire...
12
CHAPITRE 1 : LA FUITE
Année 6065. Planète Mérylis, à seulement 58
millions de kilomètres du soleil.

Doucement, le gigantesque vaisseau nommé
Pélican approchait du point de rendez-vous que
lui avait donné son armateur. Dans cet espace
gigantesque l’appareil semblait se mouvoir au
ralenti alors que sa vitesse était de plus de vingt
milles kilomètres heures. Les six extrémités des
réacteurs à fusion crachaient leurs flots
d’énergie laissant une filante de particules lu-
mineuses. La forme de l’astronef rappelait va-
guement l’animal qui lui avait valu son nom et
que l’on trouvait, il y a encore quelques centai-
nes d’années, dans les réserves protégées de
Terrana, la planète d’origine du peuple Clee-
men. Malgré les traces de rouille qui gâtaient
peu à peu l’engin, on distinguait néanmoins le
noir opaque qui entourait la couleur jaune de la
carlingue. Une grande baie vitrée supportant
aisément la pression extérieure se trouvait à la
tête de l’appareil d’où l’on apercevait tout le
poste de pilotage. Suivant l’ellipse de la planète,
13 Chroniques Cleemen
une borne de guidage amenait les appareils vers
des pistes d’atterrissages protégées par de gigan-
tesques dômes aux reflets violets, seuls rem-
parts de protection contre les rayons mortels du
soleil. Les atterrissages se faisaient toujours sur
le versant qui se voyait plongé dans le noir. Une
tentative en pleine nitescence aurait eu comme
conséquence de transformer les appareils en
véritables fours géants, montant la température
à plus de mille sept cents degrés Celsius. Le ca-
pitaine Jim T. Coffield connaissait très bien les
risques d’une telle opération, cela faisait main-
tenant dix ans qu’il livrait quotidiennement les
installations scientifiques qui se trouvaient au-
dessous de lui; C’est donc pour cela que, depuis
sa sortie de la “fenêtre” à environ un million de
kilomètres de là, il ne cessait de voler dans
l’ombre de la planète. Il préférait ne prendre
aucun risque sachant le contenu de la livraison.
La majeure partie en était composée de tubes
d’hydrogène et de caissons de matériels scienti-
fiques de classe A, c’est à dire très dangereux à
cause d’une extrême instabilité. Une partie des
soutes avait été aménagée dans le seul but de
transporter de tels équipements.
L’investissement fut énorme mais nécessaire.
Les entreprises Prescet établissaient à elles seu-
les soixante cinq pour cent des livraisons du na-
vire et étaient donc indispensables à la survie
financière de ses occupants. Mais elles
14 La fuite
n’avaient pas été créées que pour de tels des-
seins. Le danger n’était pas juste une perte fi-
nancière en cas de défaut de livraison mais ve-
nait aussi du matériel transporté. Des parois ré-
frigérantes devaient maintenir une température
constante de zéro degré. Les tubes étant très
changeants à plus de quatre degrés, ces derniers
s’enflammaient ou parfois explosaient ce qui
entraînait irrémédiablement une réaction en
chaîne transformant le navire en véritable boule
de feu.
Dominant tout le poste de pilotage de sa po-
sition surélevée, le Capitaine, comme
l’appelaient simplement ses hommes, donnait
ses instructions à l’approche de la balise. Assis
dans son siège qui flottait librement en lévita-
tion à cinquante centimètres du sol, il regardait
le plafond, trop habitué par ces consignes pour
les commander d’une manière normale, en
ayant un oeil constant sur les écrans et parlant
de façon méthodique. Sa procédure était tout
autre. Bayant d’une manière peu discrète, il
aboyait ses ordres comme il savait si bien le
faire utilisant son langage des plus fleuris lors-
qu’il laissait la colère prédominer, son caractère
était trop impulsif et il négligeait ainsi la partie
classique de la commanderie. La gentillesse ainsi
que l’amabilité n’étaient pas son fort. Il savait
être juste et franc avec ses hommes, mais vou-
15 Chroniques Cleemen
lait ne montrer aucune faiblesse qui aurait pu le
discréditer auprès d’eux.
– Bill! Suis la trajectoire prévue, il ne nous reste que
vingt cinq minutes avant la surexposition solaire. Nous
avons pris beaucoup de retard sur Janis.
Dzhin! Prépare-toi à entrer les codes d’accès, la balise
devrait bientôt nous contacter.
– A vos ordres commandant! Répondirent en
cœur les deux pilotes. A peine finirent t’ils leur
phrasent, qu’un Bip se fit entendre sur le ta-
bleau de commande. La balise venait de les re-
pérer. Le co-pilote entra tout de suite les codes
d’identification. Il fallait faire vite. En plus du
danger de quitter l’ombre de la planète qui les
protégeait, Mérylis était en plus sous la respon-
sabilité des militaires qui étaient très vigilants
sur l’identification de tout appareil. Pas besoin
de chasseurs de combat pour défendre les ins-
tallations, le soleil suffisait à la garantie d’une
protection efficace. Si un engin approchait sans
aucune autorisation, aucun dôme ne s’ouvrirait
pour le laisser se mettre à l’abri. Aucun appareil
n’avait réussi à ce jour à se poser sans être dé-
truit par une extrême exposition. Doucement, le
Capitaine se mordit la joue intérieure, le seul
instant où il faisait vraiment attention. Ce mo-
ment des opérations lui donnait toujours quel-
ques sueurs froides qui coulaient le long de son
front et lui tombaient sur sa combinaison. Vis à
vis de ses hommes, impossible de laisser para-
16 La fuite
ître une seule émotion mais en lui-même un feu
ardent le brûlait. Le contrôle à cet instant lui
échappait et c’est cela qu’il redoutait le plus.
Être à la merci d’un autre Cleemen ou pire
d’une machine qui pouvait ou pas valider un
seul et simple code. Il gardait un oeil constant
sur l’écran principal qui se représentait en une
version d’hologramme sur la baie vitrée. Mais
que se passerait-il si jamais le code pour une
fois était erroné. Après tout il n’avait jamais eu
confirmation qu’ils ouvriraient les dômes. Un
vaisseau comme le sien coûtait dans les qua-
rante sept millions de bleeks, plus la marchan-
dise et sans compter la mort de l’équipage quoi
que, qui s’en soucierait?
A cette dernière question, il essaya de trouver
un nom ou deux. Il n’en avait pas. Le monde
avait bien changé.
L’espérance de vie était longue, environ cent
quatre vingt ans mais les chances de survie
étaient courtes. Doucement le peuple Cleemen
avait perdu tout repère sur sa civilisation et ses
principes fondamentaux. Le pouvoir de la pen-
sée moralisatrice avait depuis longtemps était
oublié et leur monde, après des milliers
d’années d’évolution, avait régressé subitement
pour retrouver ses instincts primaires:
La loi du plus fort était omniprésente et seul
le riche était puissant.
17 Chroniques Cleemen
– Est-ce donc nous qui sommes ainsi ou y a t’il
d’autres galaxie tels que nous qui connaissent de tels
malheurs?
Réfléchit-il.
Heureusement, tout était en règle et la sonde,
après analyse des données, indiqua par un fais-
ceau laser, la direction à suivre pour
l’emplacement de la piste ce qui le sortit de ses
questions insolubles.
– Parfait les gars, allez, on se dépêche d’atterrir et on
va se prendre une bonne pinte de bierka au premier bar
que l’on trouvera. Ce soleil me donne soif!
– Et un jus de tomatis pour Dzhin ou alors il va
encore tout nous vomir sur le pupitre de contrôle! Dit
Bill en collant une grande claque dans le dos du
jeune pilote, tout en étant pris d’un rire grotes-
que ressemblant à un moteur de chasseur stel-
laire sur le point de caler.
– Très drôle Bill, mais je n’aurais pas tout vomis si
tu ne m’avais pas fait goûter de ton rhum frelaté. Dit-il,
le regardant de coin, piqué dans son orgueil.
Le capitaine se mit à rire, il observa ses deux
hommes en se demandant lequel était finale-
ment le plus jeune. Il avait connu Bill il y a
maintenant quinze ans, il n’avait pas changé
d’un pouce, toujours cette allure d’armoire à
glace avec ce petit air espiègle dans le sourire
quand ce dernier allait sortir une “phrase qui
tue”comme il les appelait. Ce grand barbu de
maintenant quarante huit ans l’avait constam-
18 La fuite
ment suivi depuis qu’il l’avait engagé sur le Péli-
can. Il semblait moulé dans sa tenue comme le
reste de l’équipage, c’est à dire trente deux
hommes plus le capitaine, la combinaison anti-
feu était obligatoire. Cette dernière était d’un
noir onyx aux reflets teintés de vert. On la
comparait souvent au latex mais était à quatre
vingt dix pour cent insensible au feu, grâce à
une molécule modifiée en laboratoire. Il n’était
pas rare de découvrir après un incendie des
combinaisons remplies de cendres ou de restes
calcinés sans que celle ci en soit affectée. Seule
une température de plus de quatre mille degrés
pouvait commencer à la ronger. De plus elle
n’affectait en rien les mouvements et on pou-
vait à sa guise se déplacer dans toute atmos-
phère sans gène. Les talents de pilote de Bill
avaient été vantés par plusieurs confrères et il
leur prouva à plusieurs reprises qu’ils s étaient
avérés exacts. Il était l’un des rares pilotes de
tout le système solaire à pouvoir semer un
groupe de police spatiale en plein champ
d’astéroïdes. Son regard laissait apparaître une
sorte de jeunesse infantile mais ses yeux verts
cachaient un esprit plus vif qu’il n’y paraissait.
Son cerveau avait été modifié chirurgicalement
pour y ajouter des implants de cyberash, que
l’on appelait plus couramment les poussières
d’esprit. Ces implants lui permettaient d’être
plus vif et plus précis dans ses mouvements
19 Chroniques Cleemen
mais ils affectaient aux dires de ses détracteurs
l’esprit en lui-même rien cependant n’avait ja-
mais été prouvé. Quant à Dzhin, il était tout
simplement le frère du Capitaine. Ils avaient
exactement la même couleur de cheveux, noirs,
sauf que Jim était plus grisonnant. Leurs visa-
ges se ressemblaient comme des jumeaux. Leurs
nez fins, leurs yeux bleus, leurs sourcils touffus,
Comme deux photos à plusieurs années
d’intervalles. En plus de l’âge, une imposante
moustache broussailleuse pour le capitaine fai-
sait aussi la différence. Mais un signal de com-
munication le tira de nouveau de ses pensées.
Approchant à présent de la surface de la pla-
nète, les installations de couleur violette com-
mençaient à être visibles. La tour de contrôle
tentait d’entrer maintenant en contact.
– Bill, branche les haut-parleurs et le visioscope que
nous sachions ce qu’ils ont à nous dire.
Le pilote s’exécuta et pianota sur sa console.
Un vibrant larsen précéda la voix d’un des
hommes de la tour de contrôle, puis, par une
projection holographique, son visage apparut. Il
paraissait avoir une trentaine d’années et on
pouvait apercevoir en second plan un autre in-
génieur de commande. Il avait ces combinai-
sons rouges et jaunes que portent en général les
aiguilleurs du ciel et un casque flexible d’où sor-
tait un appareil de communication standard. Il
semblait sûr de lui voire même quelque peu au-
20 La fuite
toritaire. Un effet sûrement dû à son grade. Il
arborait celui de capitaine et semblait certaine-
ment sortir de l’école étant donné son jeune
âge. Le dessin de deux bras croisés sur sa poi-
trine formant un M couleur mauve sur un
écusson jaune triangulaire était le sigle de l’état
confédéré de Mérylis. Il toisa quelques secondes
le capitaine puis prit la parole.
– Bonjour à vous Pélican, cela fait plus de trente mi-
nutes que nous guettons votre approche, nous pensions
que vous aviez été attaqué par des pilleurs!
– Ne vous inquiétez pas, tour de contrôle, tout va
bien, nous avons juste perdu du temps sur Janis, les
contrôles y sont plus sévères. Répondit le Capitaine.
– Très bien, alors ne perdons pas une minute car il
ne nous reste plus beaucoup temps avant la surexposi-
tion solaire. Si vous perdez ce créneau horaire, il vous
faudra attendre neufs heures avant un prochain rendez-
vous en face diurne ou alors vous devrez acheminer votre
cargaison à la base suivante.
– Je prends le risque, tour de contrôle, nous avons
une faible marge de manœuvre mais c’est possible.
Acheminer les livraisons d’une base à une autre nous
coûterait plus cher que de le déposer nous même et ris-
querait de nuire à la réputation de notre service de quali-
té.
– Comme vous voulez, Pélican, finalisez votre appro-
che jusqu’à un contact visuel.
– Tour de contrôle, je vous distingue nettement sur le
radar, nous attendons comme prévu l’ouverture du dôme.
21 Chroniques Cleemen
Dit le Capitaine tout en jetant un coup d’œil sur
le cadran qui décomptait le temps restant de la
zone d’ombre. Il ne restait plus que dix-sept
minutes dont quinze seraient prises pour
l’atterrissage complet du vaisseau. Il n’aimait
pas les marges aussi serrées mais il n’avait pas le
choix. Il avait encore huit livraisons à faire
après cet endroit et chaque minute de retard
pour le déchargement faisait qu’une quantité
astronomique d’argent s’envolait avec elle. Il
savait que cette solution était la meilleure même
si elle comprenait plus de risques mais en ces
temps difficiles où la concurrence était si rude il
ne pouvait se permettre de perdre un seul
client.

*

Une “fenêtre”, la grande découverte Clee-
men. Depuis le cataclysme qui ravagea la pla-
nète mère causant mort, et désolation en taris-
sant les ressources naturelles, l’idée de coloniser
d’autres planètes ne fut plus un rêve mais une
priorité. Le peuple dû s’unir en un seul gouver-
nement appelé U.M.C (Union Mondial Clee-
men) et concentrer sa force sur ce nouvel ob-
jectif pour sauver leur race.
La lune, petite étoile morte qui se trouvait en
orbite autour de Terrana fut la première à être
colonisée, servant de base de lancement pour
22 La fuite
les futures conquêtes spatiales. La première
vraie planète conquise fut Marakis. Cette der-
nière devint la planète aux milles ressources
comme on aimait l’appeler car elle fut utilisée
pour palier aux manques nutritifs actuels. Elle
était jumelle de Terrana mais ne possédait pas
d‘oxygène. Heureusement, les progrès scientifi-
ques permirent de résoudre ce problème. Un
germe envoyé à la surface de la planète créa en
moins de soixante ans une atmosphère adé-
quate. Quant aux autres planètes que comptait
le système solaire, les considérables espaces les
séparant étaient un véritable problème. Il fallait
trouver un procédé pour gagner de la distance à
tout prix. Dans les siècles suivant, la date de
trois milles vingt fut celle où l’on trouva le
moyen de changer l’atmosphère de Vénustra
qui était, elle aussi, incompatible avec celle des
Cleemens, on découvrit sur cette planète un
nouveau minerai que l’on appela xiniom, dont
les éléments qui le composaient étaient extrê-
mement lourds. De longues recherches débou-
chèrent sur des applications très complexes
dont la principale appelée “bioms.”
Ce sont des billes biomécaniques qui déga-
gent un champ magnétique capable de varier
autour d’elles le niveau de gravité. Leur applica-
tion étant primordiale pour l’utilisation des fe-
nêtres. En effet, malgré leurs compétences pour
créer un mini trou noir débouchant à un endroit
23 Chroniques Cleemen
connu de leur système solaire en fusionnant xi-
niom et anti-matière et en le dosant savamment,
les Cleemens ne purent résoudre le problème
des puissances de variations de gravité qui ré-
duisaient en miette tout vaisseau les traversant.
Mais grâce aux bioms, logés dans des kits spa-
tiaux placés sur le fond de caisse de tout appa-
reil, ceux ci, à leur libération, étaient program-
més pour entourer l’engin telle une main pro-
tectrice et leur micro cerveau biomécanique,
calculaient à une vitesse incommensurable les
différentes variations de gravités aux millièmes
de micron prés; Palliant ainsi cette différence
en dégageant leur propre gravité. Bien sur, mal-
gré leur vitesse de calcul, des centaines d’entre
eux se voyaient détruits au cours d’un seul de
ces voyages et c’est pour cela que tous les deux
sauts dans une fenêtre, un renouvellement de
bioms était nécessaire.

*

“Doucement, l’espace sur quelques centaines de mè-
tres se mit à onduler puis à tourner sur lui-même, jus-
qu’à devenir aussi net qu’un siphon. Puis soudain, le
vide se déchira en son centre pour laisser apparaître un
autre espace, comme un regard sur une porte. Une éner-
gie luminescente se développa sur ce nouvel espace et
grandit jusqu’à atteindre la taille de cet oeil, puis se dé-
chirant comme une feuille de papier, elle accoucha d’un
24 La fuite
enfant métallique crachant des gerbes de feu et dispersant
des centaines de milliers de perles brillantes. L’appareil
venait de passer la fenêtre.”

Quelques morceaux de carlingue se détachè-
rent lorsque le vaisseau fit un virage à cent qua-
tre vingt degrés révélant un impact sur son côté.
Il avait une forme de triangle. On distinguait
une bulle de verre en son centre. Une puissante
énergie se dégageait de chaque extrémité de ses
ailes et de l’arrière de l’engin.
Mettant toute la puissance que pouvait en-
core fournir l‘appareil, ce dernier fila aussi vite
qu’il le pouvait, repassant devant l’endroit d’où
il venait de sortir. Alors qu’il s’en éloignait, trois
autres appareils d’une toute autre allure en sorti-
rent. On distinguait très bien les pilotes qui
étaient logés dans une sorte d’œuf de verre et
de métal. La technologie qu’ils possédaient était
différente. Les parois de verre qui entouraient
les navigants étaient recouvertes d’écritures lui-
santes et dorées basées sur une langue ancienne
oubliée de la majeure partie du peuple Cleemen
et dressant des cercles jusqu’au sommet de
l’astronef. Deux puissants réacteurs dégageaient
une couleur blanchâtre qui différé des moyens
de propulsion habituels que l’on trouve sur
chaque navire. Ils semblaient ne faire qu’un
avec leurs appareils, comme s’ils y étaient atta-
chés aussi bien physiquement que mentalement.
25 Chroniques Cleemen
Ils étaient tous trois reliés à un module de
forme étoilée qui leur permettait de ne faire
qu’un pour traverser l’espace. A leur sortie de la
fenêtre, après que leur kit spécial de Bioms ré-
cupéra les billes protectrices, ils se détachèrent
du module de navigation pour devenir tous
trois indépendants. Mais le vaisseau en fuite
n’avait pas le temps de se consacrer à une étude
détaillée de leurs appareils. Il savait très bien qui
ils étaient et pourquoi ils se trouvaient à ses
trousses. Ils étaient des Psy, des agents du gou-
vernement, le DMS, leur mission était de
l’éliminer. Ces agents spéciaux possédaient une
technologie bien supérieure à celle convention-
nelle et même leur aptitude physique était plus
élevée. Purement militaire, ils jouissaient d‘une
autorité dans tout le système solaire même si
leur utilisation était controversée. Rien ne les
arrêtait. De mémoire, aucune personne prise en
chasse par l’un de ces personnages n’avait réussi
à courir très longtemps. Il fallait bien un com-
mencement.
Une communication retentit à l’intérieur de
son cockpit. Une voix sombre et monocorde
retentit.
– sujet 254-324, rendez-vous sur-le-champ, vous
n’avez plus aucun moyen de nous échapper.
L’homme observa quelques secondes son ra-
dar qui se trouvait devant lui. Son visage était
complètement tuméfié. Une compresse tomba
26 La fuite
de son arcade sourcilière qui avait une légère
entaille. Malgré sa petite taille, elle laissait
s’échapper un flot important de sang. Il pianota
sur le tableau de bord de son appareil et un trait
lumineux cicatrisa en quelques secondes sa
plaie. Il avait certainement eu une masse de
cheveux importante mais une large bande de
peau brûlée en avait remplacé la moitié. Un oeil
restait ouvert tandis que le second était complè-
tement poché. Sa bouche laissait couler un lacet
de sang qui ne provenait pas que de sa lèvre dé-
chirée mais aussi d’une perforation de
l’estomac. Une alarme se déclencha. La combi-
naison qu’il portait détecta une perte sensible
des fonctions vitales avec un risque de franchir
un seuil critique. Il lui fallait des soins de toute
urgence où il ne survivrait pas. Si l’appareil
contenait un système de premier secours, ce
dernier se contenterait d’apporter des soins mi-
neurs au pilote. Il réfléchit quelques secondes,
puis, un sourire aux lèvres, éteignit son com-
municateur. Quelques secondes plus tard, une
explosion retentit, frôlant la carlingue de quel-
ques mètres seulement. Poussant les gaz à fond,
il vira subitement sur la droite, filant sur une
planète proche du soleil.
– On va bien voir si vous allez pouvoir me suivre...

*

27 Chroniques Cleemen
– Pélican, plus que cinq minutes avant la surexposi-
tion solaire. Nous avons encore du temps, ne vous in-
quiétez pas.
Le dôme ouvert, la lumière des installations
lançait un faisceau qui éclairait le Pélican qui
approchait à vive allure. Diminuant sa vitesse, il
commença sa descente, guidé par les ordina-
teurs de la tour de contrôle qui avaient pris le
relais des pilotes. Une alarme hurla d’un son
strident à l’intérieur des installations et fit sur-
sauter les hommes de la base. Le radar venait de
capter quatre signaux non identifiés qui
s’approchaient à grande vitesse. Leur direction,
si elle restait inchangée, passerait sur le couloir
prévu pour le Pélican. Trop tard pour dire au
cargo de faire demi-tour. Il fallait agir au plus
vite.
– Pélican, quatre appareils arrivent dans votre direc-
tion, ne vous inquiétez pas, nous contrôlons la situation,
le plan d’atterrissage reste inchangé, terminé.
– C’est une blague j’espère, dit le capitaine, fixant
ses hommes. De toute façon, nous n’avons pas le choix,
renchérit-il, il est trop tard pour faire demi-tour, nous
n’avons pas assez de temps! Dzhin! Ouvre-moi un canal
de communication avec ces idiots, il faut qu’ils empêchent
ces fous d’approcher!
Dzhin enclencha les haut-parleurs du poste
de commandement et provoqua un léger larsen
de quelques secondes puis ouvrit un canal direct
28 La fuite
avec la tour de contrôle. Le capitaine prit la pa-
role.
– Ici le capitaine Jim Coffield, messieurs, je vous
conseille de trouver une solution dans les plus brefs dé-
lais, je vous rappelle que nous transportons du matériel
de classe A et en très grande quantité. Si un des ces ap-
pareils nous touche, il va nous projeter contre la planète
et nous transformer en véritable bombe! Alors si vous ne
voulez pas que votre planète soit coupée en deux par une
explosion de mille mégatonnes, je vous conseille de vous
bouger ! Vous m’entendez? !
– Ne vous inquiétez pas Capitaine, nous avons la si-
tuation bien...
– Arrêtez vos putains de conneries! Coupa t’il, si
c’était le cas, ils auraient déjà changé leur trajectoire.
Il jeta un regard au décompte du temps, trois
minutes avant la surexposition solaire. Il ressen-
tit son dos se tremper de sueur.
L’homme de la tour reçut soudain une com-
munication. Un hologramme du visage d’un des
pilotes inconnus apparut. Il était équipé d’une
manière étrange. Il n’avait jamais vu de telles
tenues.
– Tour de contrôle, ici appareil d’interception du
DMS, nous sommes à la poursuite d’un fuyard, nous
vous demandons de ne pas intervenir.
– Mais que fait le DMS ici, en général il ne quitte
pas la planète mère? Dit-il à son second. Pilote du
DMS, l’accès aux hangars est encombré, faites demi-
tour sur-le-champ, risque important de collision!
29