curiosités tardives

De
Publié par

Paul Héger, ancien bâtonnier et professeur émérite à l'université, découvre pas à pas les avancées des sciences contemporaines et résume les ouvrages qu'il lit, tentant d'aller à l'essentiel et de l'exprimer simplement. Ni savant, ni théologien, ni philosophe, il convoque cependant hommes de foi ou hommes de science dans une discussion captivante. Du Big-bang à la question du temps, de l'apparition de la vie à la question de la conscience et de la liberté, l'auteur a le regard candide d'un novice avide de réflexion. Un carnet de notes, un "texte à casser" à l'usage du lecteur soucieux d'être un "honnête homme" du XXIème siècle.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 115
EAN13 : 9782748187588
Nombre de pages : 285
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

2 Titre
Curiosités tardives

3

Titre
Paul Héger
Curiosités tardives
Promenades dans le dédale des
sciences
Essai
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8758-X (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748187588 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8759-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748187595 (livre numérique)
6





. .

8 AVERTISSEMENT

AVERTISSEMENT
Durant tant d’années, le temps s’était écoulé.
Tout ce temps avait été focalisé sur mes centres
affectifs et professionnels, sans dispersion
intellectuelle. Dès lors, les déserts de l’ignorance
s’étaient installés aux alentours, inexplorés
durant toute cette longue période.

J’avais quitté les toges d’avocat et de
professeur d’université, que j’ai portées avec
tant de plaisir et d’intérêt, sans attendre que les
sonneries finales retentissent. Les enfants,
devenus des adultes, étaient partis et
construisaient leur vie. Très rapidement la
tentation d’aller voir ailleurs s’était installée. Il y
avait toutes ces contrées du savoir qui
m’invitaient au voyage, un désir d’approfondir
la condition des hommes, et partant la mienne,
de savoir avec un peu plus de précision où en
étaient les sciences et surtout si leurs
découvertes récentes n’avaient pas, sans que je
le sache, bouleversé les fondations de mon
édifice, sapé les fondements de mes
9 Curiosités tardives
conceptions. Ces découvertes n’avaient-elles
aucune incidence sur l’idée que je me faisais de
la liberté de l’homme, de la mienne par
conséquent, de sa responsabilité à l’égard de lui-
même et des autres, de ma responsabilité
personnelle également, de ma foi en Dieu, du
contenu des dogmes, du jugement, peut-être à
l’emporte-pièce ou mal fondé, que je portais sur
des questions d’éthique ou de société, sur
l’avenir de la terre et sur tant d’autres choses ?

A plus de soixante ans et sans bagages, est-il
possible de pénétrer dans ces forêts vierges ?
Est-il possible de trouver là où il faut, dans une
masse considérable, les informations adéquates
et ceux qui éclaireront mon esprit en friche ?
Même avec toute l’humilité qui s’impose, ne
suis-je pas présomptueux ?

On comprend mieux les choses et on
structure mieux sa pensée quand on s’impose
d’écrire ce qu’on a lu. C’est pour cela que j’ai
écrit mon carnet de voyage. Il ne serait que
pour moi seul, m’étais-je dit, et peut-être pour
l’un ou l’autre de mes proches s’ils le
souhaitaient.

Et puis, j’ai pensé que bien d’autres que moi,
dans la même situation, avaient eu, sans doute,
la même envie. J’ai pensé que ces notes
10 Avertissement

pourraient être comme « un texte à casser »,
pour eux, ce texte que chacun peut amender,
modifier, corriger à l’envi et dont ensuite il ne
reste rien ou presque rien C’est possible, me
suis-je dit, d’élargir ainsi le cercle des lecteurs
pour autant qu’ils soient mis en garde contre
mon incompétence et les erreurs qui en
découleront nécessairement.

Voilà d’où vient ce texte.

On n’y trouvera donc sur le plan scientifique,
que l’information, émanant d’auteurs
spécialistes dont les ouvrages m’ont attiré,
nécessairement mal traduite, que je résume en
indiquant chaque fois mes sources pour en
permettre la vérification et au besoin la
correction, et, sur le plan des idées, que celles
d’un intellectuel, statut que je m’attribue sans
vergogne, venu d’autres disciplines et marchant,
une lanterne à la main, en quête d’une certaine
lucidité.

Et enfin, vint tout naturellement la question
de la survie qui est si intimement liée à la vie.
L’ « au-delà » n’est pas dehors. S’il est la suite de
la vie, il en est surtout le centre : la vision même
de la vie et sa signification dépendent de sa
réalité. Où est la plénitude de la vie ? Dans ces
quelques décennies, dans cette finitude de notre
11 Curiosités tardives
écorce qui nous donne tant de joie mais qui,
tout autant, nous étouffe ? Dans une nécessaire
rupture finale avec tous ceux que nous aimons
et qui, pour nous, seraient définitivement morts
quand nous le serons ? Les certitudes de la
science contemporaine nous y condamnent-
elles ? La technique, en tous cas, qui est sa fille
et son bras ne pourra nous empêcher de
basculer dans le vide ou dans l’éternité. Là où la
science ne fournirait pas de réponse, la pensée y
supplée-t-elle et peut-on s’y fier ? Même d’un
point de vue bassement utilitaire, la question est
primordiale. Alors, bien que je ne sois ni
philosophe, ni théologien mais simplement un
croyant, par un bonheur gratuit d’ailleurs, allais-
je prendre le risque, en me frottant aux
connaissances des autres, de perdre le peu que
je possédais ?
Je l’ai fait. Le lecteur verra ce que tout cela a
donné. De ces propos sur un au-delà, plus
encore que de ceux qui concernent la science, il
n’attendra pas la lumière ; l’éclairage reste celui
de ma lanterne, rien de plus.

En fin de compte, n’est-ce pas à une seule
question que je souhaitais avoir réponse :
l’homme, et partant moi-même comme chacun,
une fois sa machine démontée par toutes ces
sciences, n’est-il qu’un pantin manipulé qui,
12 Avertissement

l’ignorant, croit en Dieu et se croit un demi-
dieu ?
J’espère de toutes mes forces que non.
C’est mon dernier aveu, celui de ma
subjectivité.
13 Curiosités tardives
CHAPITRE 1
À ZÉRO HEURE ET QUELQUES POUSSIÈRES
1Avant propos
Comme tout était simple !
La Genèse nous expliquait la Création du
monde. Dieu aurait mis six jours pour le faire…
à son aise. Une tâche par jour lui suffisait
Le premier jour, il séparait la lumière des
ténèbres,
le second jour, il était le grand architecte de
l’univers,
le troisième, il séparait la terre et les eaux,
le quatrième, il créait les plantes,
le cinquième, les étoiles et les astres,
le sixième les animaux et l’homme.
Et puis, le septième, il était fatigué et il se
reposait.

Le travail qu’il avait fait était immense, il est
vrai, mais delà à imaginer Dieu, épuisé, étendu

1. Cet avant propos porte sur les deux premiers
chapitres.
15 Curiosités tardives
et dormant du sommeil du juste, le chapeau sur
les yeux…

La terre était évidemment le centre de
l’univers.
L’homme était le roi de la terre aussi
naturellement que le lion était le roi des animaux.
Le Moi était grand et fort. Nous étions le
maître absolu de nos actes et de nos pensées.

Le bien et le mal, l’esprit et la matière, l’âme et
le corps, tout était distinct comme le sont le noir
et le blanc.

Et puis vinrent les premières secousses.

C’est Copernic qui a commencé, suivi par
Galilée qui, d’ailleurs, a été condamné à réciter
sept psaumes une fois par semaine pendant trois
ans. A cause d’eux, la terre n’était plus et pour
longtemps, le centre du monde.

La terre étant détrônée, il restait à remettre
l’homme à sa place. Darwin s’est souvenu sans
doute que les animaux et l’homme avaient été
créés le même jour, le sixième, et que partant, ils
devaient provenir de la même pâte… Il a fait
basculer notre statue. Nous ne descendions plus
que d’un animal.

16 À zéro heure et quelques poussières
Enfin, Freud nous révéla qu’on était bien peu
de choses. Notre moi dont nous étions si fier,
qui était la source de nos qualités et de nos
défauts, n’était plus que le serviteur d’un
inconscient dominateur.

L’Eglise y alla aussi de ses petites mises à
jour.
Les théologiens avaient remarqué depuis
longtemps les contradictions de la Genèse : le
récit de la création du monde en six jours était
très différent de celui de la création d’Adam et
Eve. Dans le second, on assistait à la création
de l’homme-mâle tout d’abord et d’un jardin
ensuite. Adam y voyait défiler les animaux et
devait les nommer. Il était déçu. Pour mettre fin
à sa solitude, Dieu lui donnait alors une
compagne. C’était Eve, de même nature que lui,
morceau de lui même.
Mais il y avait pire encore. Les textes des
Psaumes et des Prophètes y allaient
joyeusement pour introduire d’autres
différences dans les récits. Tout cela faisant un
peu désordre, les chrétiens, dès lors, à l’inverse
des juifs, laissèrent ces textes de côté. Seuls les
prêtres et les érudits en gardaient le souvenir.
Le bon peuple, quant à lui, se contentait
d’écouter avec ravissement, une fois par an, un
brave paroissien lire à la messe, avec son accent
17 Curiosités tardives
du terroir, le premier récit de la Genèse rythmé
comme un texte de Péguy.
C’est donc un peu contrainte et forcée, bien
qu’elle en ait fait ses choux gras pendant si
longtemps, qu’en 1950, dans l’encyclique
Humani generis, l’église catholique renonça, au
profit des chercheurs chrétiens, au caractère
historique de la Genèse et même à l’histoire
d’Adam et Eve. C’était une fenêtre qui s’ouvrait
enfin, laissant entrer des courants d’air frais
dans un univers trop renfermé.

C’est d’ici que nous partons.
Le Big-bang ou les premiers matins du monde ?
La science a ses limites. Elles varient avec le
temps. Ceux qui croient que le progrès est
infini, pensent que ces limites reculeront sans
cesse. D’autres pensent qu’elles seront arrêtées
1un jour par notre finitude. Le mur de Planck
semble leur donner raison. Mais sait-on jamais ?
Même les astrologues y perdent la carte. !

1. Max Planck, au début du vingtième siècle remit en
cause, par cette constante, les certitudes de la physique
mécanique. La physique quantique constate notamment
l’existence de seuils et limites infranchissables dans les
domaines de l’énergie, du temps de l’espace. La manière
de voir la réalité est dès lors toute différente de ce
qu’elle était auparavant. On y reviendra.
18 À zéro heure et quelques poussières
Le « big-bang » correspondrait aux trois
premiers jours du récit de la Genèse mais ce
n’est qu’une opinion parmi d’autres.

Comme chacun le sait, Monseigneur Georges
Lemaitre, de l’université de Louvain, émit
l’hypothèse d’un univers ponctuel unique et
depuis lors la vision du monde a basculé !

Par dérision, le savant anglais Fred Hoyle a
donné ce nom à une théorie à laquelle il ne
croyait pas. Il lui assura, malgré lui, son succès
aux quatre coins du monde : Bang n’est-il pas
l’onomatopée qui exprime l’explosion dans
toutes les langues… mais aussi celle qui
accompagne la chute de tous ceux qui
trébuchent ?

1Selon cette théorie , énoncée en 1948, par
l’américain Gamow, l’univers serait issu d’une
énorme explosion, survenue il y a quinze
milliards d’années. On ne sait rien de ce qui l’a

1. Le big-bang reste une théorie. Bien qu’elle ait été
confirmée par de nombreuses observations ultérieures,
elle ne convainc pas tous les scientifiques. Ainsi
Prigogine émet des doutes à son sujet alors qu’elle ne
semble pas mettre en cause ses découvertes majeures,
celles du rôle du chaos et « des structures dissipatives »
dans l’évolution. On reviendra à Prigogine car il a
ébranlé une autre certitude scientifique, le
déterminisme…
19 Curiosités tardives
précédée ni de ce qui s’est passé à l’instant
précis où elle s’est réalisée. On ne connaît que
ce qui l’a immédiatement suivie.

Certains comme Hubert Reeves doutent que
les choses se soient passées comme cela ; une
boule de feu de matière concentrée qui
emplirait l’espace ne peut se concevoir, dit-il,
que s’il existait un autre espace que celui qu’elle
occupait, un espace vide et froid qu’elle aurait
envahi de sa matière et de sa lumière. Pour lui,
le big-bang se passe dans un seul espace, sans
autre espace que le sien, peut-être infini, et s’il
faut garder l’image de l’explosion, il faut
considérer qu’elle a lieu en chaque point de
celui-ci, dans cet espace tout entier. Nos
représentations à l’échelle humaine sont
inadaptées. Il n’y a pas de métaphore adéquate
pour nous aider à imaginer ce qu’ont pu être
des explosions à chaque « point », encore que ce
mot soit lui-même une métaphore, d’un espace
peut-être infini…

Mais faisons fi de ces divergences qui nous
dépassent. Que l’explosion fût unique ou
multiple, peu nous importe. Dans la deuxième
hypothèse, y aurait-il d’ailleurs autre chose que
dans la première si ce n’est la multiplication des
mêmes phénomènes ?

20 À zéro heure et quelques poussières
D’autres savants, et ceci me parait plus grave,
contestent l’existence du Big-bang. Ainsi,
Einstein ne voulait pas l’admettre, Stephen
Hawking, dans sa célèbre Brève histoire du
temps mais aussi dans sa mise à jour parue en
2005 et Eddington, pour des raisons
différentes, proposent un monde sans
commencement ni fin.

Le Big-bang reste néanmoins l’explication
généralement admise.

Autre point important, mais on l’a déjà dit :
tous conviennent qu’on ne peut pas définir le
big-bang ou ce qui en tient lieu, comme le
début du temps et de l’espace. La science, en
effet, prend, si on peut dire, le big-bang en
chemin. C’est par facilité qu’on le considère
comme l’ « instant zéro » de l’univers.
Cependant, c’est le début de notre histoire et de
celle de tous, vivants et non-vivants. Et c’est
une création mais au second sens du mot. Un
artiste crée son œuvre. Partant d’une matière, de
mots ou de sons, il fait une chose nouvelle, une
musique, un poème, un tableau, qui se sont
détachés du matériau utilisé. Dans ce sens là, le
big-bang est création. C’est lui qui crée la
matière de l’univers, son espace et son temps et
partant les nôtres et tout ce qui en découlera.

21 Curiosités tardives
Voyons d’abord, le déroulement de ce big-
bang, avant de tenter d’en savoir plus sur ce qui
aurait existé avant lui.
Chronométrage
Très schématiquement, dans l’hypothèse du
big-bang unique, les choses se seraient
1déroulées comme ceci :

0,000000000000000 000 000 000 000 000 00
0 000 000 000 001 seconde après le big-bang (à
10 exposant -43 seconde donc un temps des
milliards de milliard de fois plus petit qu’une
seconde), l’univers est contenu dans une sphère
de 10-33 centimètre. (1 précédé de 33 zéros,
alors que l’atome mesure beaucoup plus : 10-
13 ; l’univers à cet instant précis était donc des
milliards de milliard de fois plus petit qu’un
2atome).

1. Selon G. et I. Bogdanov in Dieu et la Science de Jean
Guitton, chez Grasset
2. Notre imagination est tellement sollicitée par les
astrophysiciens qu’elle ne trouve plus de repère ni dans
le temps ni dans l’espace. Que représente, en effet, ces
micro-secondes et ces micro-espaces, pour nous qui
n’avons jamais compté au mieux que par millimètre et
par seconde. Notre seule référence familière, c’est le
travail inconscient fait dans le passé à propos de
l’ « infiniment petit » de Pascal. Reeves explique que
tout cela est cependant rigoureusement exact et repose
22 À zéro heure et quelques poussières
La température est de 10 exposant
+32 degrés. A cette température, l’énergie est
monstrueuse. La matière est une soupe de
particules, les particules X, qui interagissent
toutes de la même manière car les interactions
1fondamentales, la gravitation, la force
2 3électromagnétique , la force forte et la force
faible, n’existent pas encore. C’est le règne de la
4gravité extrême, inaccessible à toute

au delà des observations sur un système mathématique,
la relativité générale d’Einstein. Nous nous consolerons
plus tard en apprenant que même l’image d’un atome
est nécessairement inexacte !
1. La gravitation : à ce stade, les souvenirs de l’école
suffisent : « deux corps s’attirent avec une force
proportionnelle au produit de leur masse et inversement
proportionnelle au carré de leur distance ». La force
gravitationnelle est la force attractive qui s’exerce entre
toutes les particules de l’univers.
2. Electromagnétique : interaction entre courant électrique
et champs magnétique (le champs magnétique crée des
actions à distance : c’est le champs magnétique de la
terre qui oriente l’aiguille aimantée d’une boussole)
C’est l’interaction électromagnétique qui unit les
électrons au noyau de l’atome.
3. La force forte est celle qui assure la cohésion du noyau
atomique tandis que la force faible est principalement
responsable de la désintégration de certaines particules.
(radioactivité).
4. Gravité extrême : on imagine qu’à pareille température,
une si petite « chose » a une cohésion qui puisse tout
exclure, y compris, mais ce n’est pas scientifique, une
vision intellectuelle de ce qui s’y passe.
23 Curiosités tardives
1investigation humaine. Le mur de Planck
s’élève entre ce monde et nous.

Entre 10 exposant – 35 seconde et
10 exposant – 32 seconde, l’univers si
minuscule au départ atteint déjà la taille d’une
pomme. Durant un laps de temps si court, il a
grandi bien plus qu’il ne le fera par la suite pour
atteindre sa « taille » actuelle. (10 exposant
50 contre 10 exposant 9 ! ). Son expansion est
liée à son refroidissement.

A 10 exposant – 31, l’univers est un gros
ballon. Les particules X donnent naissance aux
particules qui composent la matière : les
2quarks , les électrons, les photons, les neutrinos
et leurs antiparticules

A 10 exposant – 11 seconde, la force
électromagnétique se détache de la force faible.
A – 31, la force forte s’était déjà détachée. Les
quatre forces fondamentales sont donc
dorénavant différenciées.


1. Le mur de Planck est un des seuils infranchissable cités
sous la note 2.
2. Les quarks sont des particules à partir desquels sont
formés les protons et les neutrons, en d’autres termes,
le noyau de l’atome. On distinguent des quarks U et des
quarks D.
24 À zéro heure et quelques poussières
1A 10 exposant – 5, les quarks se sont
associés en neutrons et protons. Les particules
de l’univers actuel sont donc en place.

200 secondes après le big-bang, les particules
2s’assemblent pour former les isotopes des
noyaux d’hydrogène et d’hélium.
Le monde se met donc en place à toute
vitesse, mais épuisé, comme l’athlète qui
commencé sa course trop vite, il reprend
longuement son souffle, avant de la poursuivre
plus lentement.

10 à 12 milliards d’années plus tard, des
nuages d’hydrogène se condensent en se
réchauffant. Ils finissent par constituer des
fours qui fabriquent les noyaux des premiers
éléments lourds. Ce sont les premières étoiles

1. Comme chacun le sait l’atome est la plus petite partie
d’un corps simple susceptible d’entrer dans une
composition chimique. Son noyau qui représente
99,95 % de sa masse est formé de protons chargés
positivement et de neutrons non chargés, liés par la
force nucléaire (voir ci-dessus), autour duquel gravitent
des électrons en une ou plusieurs couches qui chargés
négativement tournent sur eux même et créent ainsi un
effet d’aimant.
2. Isotope est le nom donné à des atomes qui ont une
masse atomique différente de celle des autres. Certains
isotopes sont instables et sont dès lors radioactifs : ils
émettent des radiations.
25 Curiosités tardives
géantes. Quelques millions d’années plus tard,
ces étoiles géantes explosent, projetant dans
l’espace les matériaux qui serviront à former des
étoiles plus petites et des planètes.
La terre commence sa propre histoire.

Mais, au passage, situons la, telle qu’elle est
dans l’univers, par de simples chiffres :
– la terre est à 150 millions de kilomètres du
soleil,
– 100 milliards d’étoiles dont le soleil
forment la voie lactée,
– la voie lactée n’est qu’une galaxie parmi
quelques 100 milliards d’autres galaxies,
– le rayon de l’univers s’étend sur
115 milliards d’années-lumières .

Tout cela est en mouvement :
– la terre tourne autour du soleil à la vitesse
de 30 km/s,
– le soleil tourne autour du centre de la voie
lactée à 230 km/s,
– la voie lactée tombe vers la galaxie
d’Andromède à 90 km/s,
– le groupe de galaxies dont la voie lactée et
Andromède font partie tombe vers l’amas de la

1. Faut-il rappeler qu’une année lumière est la distance
parcourue par la lumière en une année et que sa vitesse
est de 300.000 km/s ?
26 À zéro heure et quelques poussières
Vierge et vers le superamas du Centaure à
600 km/s

Et reprenons notre souffle et nos esprits…
Un univers avant le big-bang ?
« Avant » le Big-bang ? C’est, en termes
terrestres, une question stupide. Puisque le
temps que nous connaissons n’existe pas sans
l’univers dont il est un élément constituant,
avec l’espace et la matière, il n’y en a pas
« avant » lui.

La question revient donc à celle d’un pré-
univers, inscrit lui aussi par sa matière dans la
durée, un autre univers que nous ne
connaissons pas actuellement, mais dont il
serait permis d’espérer, en raison d’une
ascendance commune à tout qui remonterait en
deçà du big-bang, avoir un jour les clefs ? Un
pré-univers auquel le nôtre serait relié. Le
professeur Prigogine répond par l’affirmative. Il
considère que le big-bang n’est, sans doute,
qu’une « fluctuation » de ce qui le précédait,
tout comme la vie ne serait qu’une fluctuation
de la matière qui l’a précédée. L’univers serait
27 Curiosités tardives
1né d’un pré-univers, un vide quantique sans
particule, ni excitation, mais où elles étaient en
puissance. Une fluctuation de ce vide quantique
aurait fait basculer les choses en l’état où nous
les avons vues après le big-bang. Une autre
théorie récente attribue l’origine de l’univers au
choc de deux grandes surfaces. Ces grandes
surfaces appelées « branes » auraient circulé
dans un hyper-espace. Lors du choc de deux
d’entre elles, notre univers, collé à l’une d’elle,
s’en serait séparé !

Oserais-je a priori réfléchir à ce que pouvait
être cette « matière » qui l’a précédé, cet hyper-
espace ou ce chaos qui s’est mis alors en
marche pour créer un univers immense qui
s’étend depuis quinze milliards d’années, qui
s’affine, s’équilibre, s’harmonise et qui a fait la
vie et l’homme ? Comment et pourquoi on-t-ils
existé ? Etaient-ils éternels ? A quoi
ressemblaient-ils ?

Oserais-je, plus encore, réfléchir à ce
qu’aurait été le « premier matin du monde », de
ce monde là ? Par quoi remplacer le spectacle
de ce que Dieu, se reposant le chapeau sur les
yeux, laissait voir à notre imagination d’enfant ?

1. On reviendra amplement sur « le vide quantique », le
vide limité, en d’autres termes, qui ne serait pas
totalement vide, selon la physique du même nom.
28

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.