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Gos d'Atura Catalá

De
373 pages
Depuis sa plus tendre enfance, des chiens ont accompagné l'auteur et sa famille : caniche, berger allemand, griffon, setter irlandais... un vrai panel ! Confidents et partenaires des jeux de l'enfance, mais aussi compagnons ô combien fidèles de l'adolescence, les "4-pattes" ont indéniablement marqué de leur amour l'existence de cette "2-pattes" qui le leur rend bien ! Les hasards de la vie lui ont fait rencontrer un drôle de chien, au drôle de nom, et ce fut le début d'une merveilleuse aventure qui dure encore...
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2 Titre
Gos d'Atura Catalá

3Titre
Florence Cauliez
Gos d'Atura Catalá
Histoire d’une passion
Ecrits intimes
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00168-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304001686 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00169-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304001693 (livre numérique)

6 .
8






À ma petite mère,
qui a toujours été
ma première lectrice,

Pour toi, Geo,
parti bien trop tôt

Merci ma Véro,
pour l’élan que tu
as su me donner…
9
1
Je voudrais partager avec vous mon amour
pour le Chien de Berger Catalan, ou Gos
d’Atura Catalá.
Depuis que ce chien est entré dans notre vie,
je n’envisagerais pas de me priver un jour de sa
présence ; l’existence nous paraîtrait bien fade,
je pense.
Ce chien a toutes les qualités (mais si, ça
existe !)… Il allie beauté physique et grandes
qualités de caractère ; sa taille moyenne
convient à bien des foyers, mais il a besoin d’un
jardin ; son intelligence vive lui permet une
complicité extraordinaire (et sans laquelle il se-
rait le plus malheureux des chiens) avec son
maître ! Il comprend (presque) tout, et sait très
bien se servir de toute une gamme de sons pour
communiquer.

Mais revenons en arrière…

Tout commença au treizième anniversaire de
notre petit caniche gris, Chulo (signifie
11 Gos d'Atura Catalá
« Frimeur » en espagnol, et se prononce
« Tchoulo »)…
Petit « biquet », qui avait su m’empêcher, il y
a bien longtemps, de prendre une fort mauvaise
décision. Très déprimée, je m’étais retrouvée à
marcher le long d’une route fort passante. Il
était niché contre moi, et son petit coeur chaud
battant contre le mien m’avait donné ce qui me
manquait alors cruellement : de l’amour et une
immense confiance…

Lors de la visite annuelle chez le vétérinaire,
ce dernier me dit gentiment :
« Vous savez, treize ans c’est un bel âge.
Commencez à vous faire à l’idée que vous ne le
garderez pas éternellement… »
Une caresse et un regard affectueux au petit
mouton blotti dans mes bras, puis il ajouta :
« Ce sont des “bêtes à chagrin”… Leur dé-
part fait toujours souffrir. »

La perte d’un compagnon est une déchirure,
je l’avais déjà vécue à plusieurs reprises…
Et comment adopter un nouveau compa-
gnon sans éprouver cette culpabilité intolérable
de « remplacer » celui qui nous a quittés ?
Mais d’un autre côté, comment accepter
l’idée de vivre sans chien ?
Plus de présence discrète, comme une se-
conde ombre, et ô combien fidèle ? De regard
12 Gos d'Atura Catalá
où l’on est sûr de croiser tout l’amour du
monde ?
Plus de complicité si absolue qu’on se com-
prend sans rien dire ?
Plus de fourrure douce où laisser courir ses
doigts ?
Plus de prétexte pour aller marcher dans les
bois, faire un tour à pied au village ?
Plus de destinataire pour les croûtes de fro-
mage après le repas ?
Impossible !

La solution s’imposa d’elle-même : il fallait
adopter un chiot du vivant de Chulo !
D’une part, cela pouvait donner un coup de
jeune à notre « petit papy » et d’autre part, au-
cune trahison ne serait commise après son dé-
part vers le paradis des toutous.

Venait ensuite LA question : vers quelle race
se tourner ?

Depuis mon enfance, il y a toujours eu un
chien dans la famille : caniche, berger allemand,
griffon, setter irlandais, races plus ou moins cer-
tifiées, voire purs produits d’amours libres… un
vrai panel !
De son côté, Thierry, mon mari, avait déjà
goûté aux Briards (il avait même fait faire deux
portées à la belle Tifaine), et son dernier com-
13 Gos d'Atura Catalá
pagnon à 4 pattes, Mademoiselle Isatis (son
1S.D.F. recueillie au refuge) avait quelque chose
du fox terrier et du ratier.

Pour faire le meilleur choix, nous commen-
çâmes par coucher sur le papier les critères qui
nous semblaient incontournables.
Il nous faudrait un chien sympa, avec une
bonne bouille, du genre poilu, mais sans trop
d’entretien.
Pas de coupes d’oreilles ni de queue, un
chien tel quel.
De taille moyenne, il faudrait qu’il soit rusti-
que, gentil avec les enfants, mais montrant tout
de même des qualités de gardien.
Son caractère devrait être franc, intelligent,
docile, mais pas sans personnalité…
En somme, le chien idéal, la perle rare !

Restait à savoir s’il existait quelque part sur
notre bonne vieille Terre.

Divers ouvrages sur les chiens quittèrent les
étagères de la bibliothèque, et nous nous plon-
geâmes au creux de leurs pages…
«Tiens, regarde celui-là !
– Non, il est trop grand ! Et celui-ci, qu’en
penses-tu ?

1 Sans domicile fixe. Ici, chien sans famille.
14 Gos d'Atura Catalá
– Mmmm… trop petit. Et puis tu as vu ce
qu’ils disent de son caractère ?
– Tu as raison, ce n’est pas le bon !
– …Et celui-là ?
– Poil long… avec trop d’entretien. Ce n’est
pas celui-là non plus.
– Le Gos d’Atura Catalá… Qu’est-ce que
c’est que ce chien ? Tu connais ?
– Non, fais voir ! Un peu trop rustique, peut-
être…

Mais après avoir feuilleté d’innombrables pa-
ges, nous en revenions toujours à ce chien au
nom étrange, avec une frimousse craquante,
une fourrure à vous donner envie d’y plonger
les doigts pour des grattouilles sans fin, doté
d’un caractère bien trempé, d’une solide intelli-
gence, dévoué à son maître… et à son trou-
peau !
« Ah ! C’est un chien de troupeau !
– Oui, le chien de berger de Catalogne, ou
également berger catalan… dont il est dit qu’il
est également un chien de famille épatant !

Nos regards se croisent, un sourire
s’ébauche… Ça y est ! Nous tenons enfin NO-
TRE chien !
«Bon ! Et où peut-on trouver ce Gos d’Atura
Catalá ?
15 Gos d'Atura Catalá
– L’article dit qu’on en compte approximati-
vement 200… en France, et que la race a bien
failli s’éteindre ! Un chien rare !
– Cela risque de ne pas être tout simple à
chercher !
– Oui, mais cela peut également être pas-
sionnant !

En fait, il nous fallut plus d’un an avant
d’accueillir nos deux premières toutounes,
Plume et Phanie !
Nos enfants, Geoffrey (que j’appelle souvent
Geo), Julien et Clémence, considéraient nos re-
cherches avec des sourires amusés et un petit
air de connivence… Ah, ces adultes !

À force d’arpenter les expositions canines à
la recherche de notre rêve à quatre pattes, nous
avons fini par rencontrer à Saint-Lo, dans le
département de la Manche, la productrice de
Plume et Phanie (résidant pourtant dans notre
région, en Haute-Normandie).
Elle nous certifia que l’une des chiennes
qu’elle présentait ce jour serait Championne de
France l’été suivant. Thierry craqua pour la
fourrure sable de Noé, le mâle, et moi pour
celle de la future championne, houppelande
noire émaillée de longs poils argentés. Cette
couleur porte le nom de « gris catalan ». Pour ne
16 Gos d'Atura Catalá
pas avoir à choisir, décision fut prise d’adopter
une petite chienne de chaque couleur !
Eh oui ! Deux filles, avec, en filigrane, l’envie
de rejoindre les rangs des passionnés de cette
race exceptionnelle, et exceptionnellement
rare…

Une fois que la belle eut décroché son titre, il
nous fallut attendre qu’elle veuille bien se met-
tre en chaleurs avant d’espérer trouver notre
bonheur parmi ses petits. Deux filles, et de cou-
leur différente… Le coeur battant, je comptais
les semaines. Les portées, chez le Gos d’Atura
Catalá, sont en moyenne de cinq à sept chiots,
plus rarement neuf.

Pour tromper notre impatience, nous com-
mençons par nous rapprocher du Club de Race,
afin d’en apprendre davantage, et faire ainsi déjà
partie de la famille des « mordus » de ce chien
hors du commun.
Première découverte, la R.A.C. P. (Rassem-
blement des Amateurs de Chiens Pyrénéens,
fondée en juillet 1923) regroupe… les quatre
races pyrénéennes ! Deux françaises : le Berger
des Pyrénées, petit lutin faisant merveille avec
son troupeau, et le Montagne, grand seigneur
des Pyrénées et compagnon de Sébastien dans
le feuilleton de notre enfance.
17 Gos d'Atura Catalá
Côté Espagne, notre cher Gos d’Atura Cata-
lá, et l’imposant Mâtin des Pyrénées, encore
plus grand que le Montagne, et dont la robe
blanche se pare de taches claires ou foncées.
1Nous apprenons que les premiers gossos ont
traversé la frontière pour être exposés en
France dès les début des années 70, mais de
manière très épisodique. Monsieur Gérard CA-
LENDRIN, passionné de la première heure,
membre fondateur du club de race catalan dans
2les années 80 et traducteur du standard de la
race, a été le premier à l’élever en France sous
3l’affixe « de la Folie Myosotis ». (Vous pouvez
retrouver le Standard de la Race en fin
d’ouvrage.)
Le berger Catalan fait son entrée officielle à
la R.A.C. P. en 1986, et n’a jamais déçu ceux qui
se sont laissés prendre au charme de ses beaux
yeux d’ambre.

1 Pluriel masculin de « Gos ».
2 Description de l’aspect idéal du chien dans sa race.
3 Sorte de « signature » ajoutée au nom du chien, qui
indique chez qui il est né.
18 2

2
Mayola, la belle au pelage « gris catalan » finit
tout de même par se mettre en chaleurs, et fut
honorée par Noé, qui avait également décroché
le titre de Champion de France (reportez-vous
au chapitre « Les expositions » en fin d’ouvrage
pour plus de précisions).

Deux mois, c’est peu de chose dans une vie,
mais quelle longue attente pour voir des chiots
venir au monde !
Première déception, seulement trois chiots
dans la portée de Mayola : un mâle fauve, et
deux femelles noires. Notre Phanie est née, il
nous faudra encore attendre pour notre
deuxième bout de chou…
Par chance, Odona, la demi-soeur de Mayola,
avait elle aussi reçu les hommages de Noé, et on
attendait la naissance de ses chiots pour la se-
maine suivante.
Et là, ô joie, sept chiots de teinte fauve plus
ou moins charbonné, ou plus ou moins clair.
19 Gos d'Atura Catalá
Petit bémol : seuls deux chiots, un mâle et
une femelle, possèdent les fameux doubles er-
1gots aux pattes arrières , condition sine quoi non
pour être confirmés, et recevoir le précieux pe-
digree leur permettant d’envisager une carrière
en exposition, et, naturellement, en reproduc-
tion !
Pour nous, le cadeau est parfait, car Plume a
également pris corps !

Pour prendre le temps de bien grandir, et
commencer l’apprentissage de la socialisation
grâce aux soins aimants, attentionnés et compé-
tents de l’éleveur, les chiots ne doivent pas quit-
ter leur lieu de naissance avant la fin de leur hui-
tième semaine.
Incapable de supporter l’attente, je fais cha-
que semaine, seule ou avec Thierry, la route
pour aller voir nos filles, les sortir de leur local,
leur parler, les caresser, les câliner jusqu’au
grand jour. C’est l’occasion de photos tendres,
comme celle de petite Plume à treize jours, ou
Thierry en « heureux papa », nos deux bébés 4-
pattes dans les bras !



1 Reportez-vous en fin d’ouvrage pour découvrir le
standard de la race, où le chien de berger catalan doit
avoir un ergot double à chacune de ses pattes de der-
rière.
20 Gos d'Atura Catalá
Samedi 19 février

Enfin, enfin, nous pouvons repartir avec nos
deux bouts de filles !

Phanie, qui est de loin la plus remuante dans
le chenil, nous fait la surprise de se tenir abso-
lument sage dans la voiture, alors que Plume,
qui avait toujours été la plus sage et la plus ten-
dre dans nos bras, s’affole et pleure.

Elle doit faire le rapprochement avec le
voyage en voiture qu’elle a fait le matin même,
pour aller chez le vétérinaire et y recevoir son
premier vaccin et son tatouage…
Au bout d’un moment, elle se calme et se pe-
lotonne contre Phanie qui, entre mes genoux,
regarde alternativement Thierry qui conduit et
ce qui se passe par la fenêtre, ne perdant pas
une miette de ce qui l’entoure.

En arrivant à la maison, elles apprécient de se
dégourdir les pattes jusqu’à la porte, et nous les
installons dans la cuisine, avec paniers, croquet-
tes et eau fraîche.
Une fois la porte fermée, Phanie pousse un
ou deux aboiements, puis c’est le silence.
Extinction des feux pour tout le monde,
deux et quatre pattes.

21 Gos d'Atura Catalá
Le lendemain matin, Thierry débarque le
premier dans la cuisine… pour tomber sur une
vraie zone sinistrée : « crottodrome », « pipi-
drome », en plus des croquettes éparpillées au
sol…
Premier nettoyage avant de prendre une
douche et le petit déjeuner.
Je descends plus tard, empoigne ma caméra
pour immortaliser la découverte du jardin par
les filles. Elles gambadent vers l’enclos que
nous leur avons construit, suivies de Chulo qui
ne sait pas trop ce qu’il doit penser de ces deux
jeunettes qui lui arrivent !
– Elles ont la même taille que moi, mais en
plus costaud se dit-il tout en dansant sur ses
pattes fines, le pompon de sa queue fièrement
dressé, à la manière d’Henri IV et de son blanc
panache.

Plume se montre plus aventureuse que Pha-
nie : elle se lance à la découverte de son nou-
veau domaine, Phanie sur ses talons. Elle
trouve tout de suite à quoi servent les marches à
l’entrée de leur chalet, et montre à sa copine
comment aller chercher les croquettes que j’ai
disposées à l’intérieur, à côté de l’écuelle d’eau.
Sera-t-elle la meneuse ?

Elle se gratte un peu l’oreille droite : son ta-
touage doit la démanger.
22 Gos d'Atura Catalá
Un petit nettoyage au désinfectant, une ca-
resse de pommade dans son oreille et la voilà
partie à gambader avec Phanie ! Elles ont envie
de tirer sur tous les cordons de mon anorak, et
sautent pour attraper mes cheveux.
C’est l’heure du jeu : on lance des objets, et
les filles, Phanie en tête, cette fois, commencent
à comprendre qu’on peut courir après !
On ne ramène pas encore, mais ça viendra !
Les haltères en caoutchouc rouge sont plus
faciles à prendre dans la gueule que le hérisson
vert…
Mais ce qui est le plus intéressant, ce sont les
peluches. Légères, faciles à mordre, on les pro-
mène aisément dans le parc. Le lapin a même
perdu une oreille.

Au moment du repas, les trois chiens trou-
vent chacun leur place, autour de nous, ou sous
la table, parfois sous une chaise, les filles se
conduisant comme si elles faisaient depuis tou-
jours partie de la maison.

Le berger catalan est un chien essentielle-
ment sociable, et nos deux filles rivalisent de
tentatives pour amadouer le « petit vieux » qui a
l’air de tenir énormément à son territoire, et le
manifeste bruyamment !
Phanie, plus brusque que Plume, est davan-
tage portée sur les éclats de voix. Autant que
23 Gos d'Atura Catalá
Plume, elle a envie de se rapprocher de Chulo,
mais n’y met décidément pas la forme. Deux
coups de patte pour inviter au jeu, ce que Chu-
lo, terrifié, assimile à une attaque. Dès qu’il gro-
gne, Phanie se met à aboyer à tout rompre. Ce
qui n’arrange rien côté Chulo.
Plume, beaucoup plus douce, vient genti-
ment flairer le petit copain. Moins apeuré, il ne
dit rien, et accepte beaucoup plus facilement de
se laisser approcher.

Première promenade : on met les colliers
(heu… on peut même faire deux tours, avec les
colliers. Je ne sais pas si ce sont les chiens qui
sont trop petits… ou les colliers qui sont un
peu trop grands… ? Il doit y avoir des deux !),
on attache les laisses, pendant qu’on met son
harnais à petit Chulo.
Allons-y ! trois chiens en vadrouille avec
leurs maîtres…

Sur les trois chiens, heureusement qu’il y en a
un qui sait marcher sagement, les deux petiotes
en prendront de la graine !

D’ailleurs, il y a peu à redire, compte tenu de
la jeunesse des minettes…

Elles tirent un peu de droite et de gauche, es-
saient de passer entre les jambes, refusent tout
24 Gos d'Atura Catalá
d’un coup d’avancer ou veulent passer la vitesse
supersonique, mais assimilent rapidement le
principe de la promenade.
Sur le petit chemin, dès que c’est possible,
nous lâchons notre mini-meute, et tous en
chœur, les voilà cohabitant le mieux du monde.
On explore tous les creux du chemin, se
mouillant le ventre à l’herbe haute, gardant tou-
jours un œil sur « le petit vieux », pour ne pas le
quitter d’une semelle…

Chulo, impérial, joue à fond le rôle des vieil-
les troupes qui connaissent déjà si bien tout le
chemin !
25 3

3
L’une des caractéristiques si attachantes du
Gos d’Atura Catalá est son besoin de symbiose
avec son maître, et son envie de faire plaisir.
Il ne baisse jamais les yeux, tant il essaie de
deviner ce que pense son 2-pattes, pour faire les
choses avant même qu’elles lui soient deman-
dées !
C’est un chien qui a une présence et une per-
sonnalité indiscutables, certains disent même
qu’ils croisent l’âme de leur catalan dans son re-
gard.
Sa grande intelligence nécessite une éduca-
tion construite, afin de meubler son adorable
tête, car il ne demande que cela… Revers de la
médaille, si on le laisse livré à lui-même, il ap-
prend, de toute façon, mais à SA façon !

Séance de jardinage : dans la matinée, planta-
tion de rosiers et d’arbustes à fruits rouges.

Thierry au « louchet » (bêche) et à la pioche,
Flo (c’est moi !) à la fourche-bêche et aux
27 Gos d'Atura Catalá
doigts, pour creuser et émietter la terre autour
des racines des plantes.

Les filles, curieuses, nous entourent, et vien-
nent délicatement, à tout petits coups de patte,
grattouiller dans la terre que j’ai sortie du trou,
tout en me lançant des coups d’œil pour quêter
mon approbation…

On voit bien la différence d’une semaine en-
tre Phanie et Plume : Phanie assimile très vite
les commandements « assis » et « non » lors-
qu’elle veut mordiller tiges et racines, alors que
Plume, fatiguée, va faire un brin de sieste, puis
revient s’en prendre aux tiges des framboisiers
sans avoir l’air d’entendre mes « non ! Plume,
non ! » indignés.
Je fais donc la même chose que « Maman-
4 pattes » : je la soulève du sol par la peau du
cou et la secoue gentiment pour lui indiquer
qu’elle a mal fait.

Mine de rien, sous ses airs de gentil bébé,
c’est tout de même une petite chipette aux idées
bien arrêtées !

Dans l’après-midi, nous les habillons de leurs
colliers et de leurs laisses (ce qui ne donne plus
lieu à la lutte de la veille, preuve que
28 Gos d'Atura Catalá
l’assimilation se fait vite !), et les emmenons en
voiture pour voir le club d’agility.

Dans la voiture, Plume comprend très vite
qu’il faut se coucher à mes pieds, alors que
Phanie essaie d’en profiter pour grimper sur
mes genoux. Après plusieurs tentatives infruc-
tueuses, elle admet de s’asseoir et se tient relati-
vement tranquille… Il faut souvent l’empêcher
de prendre la tête de Plume pour un siège, ou
de lui marcher dessus lorsqu’elle veut changer
de position ! Aucun égard pour ce qui n’est pas
elle !

Arrêt devant le club, et marche jusqu’au ter-
rain où des « grands » de toutes races font des
exercices d’obéissance. Il y a de tout : bergers
allemands, bouvier des Flandres, quelques
« cocktails d’amours » ou « croisés porte et fe-
nêtre », bouledogue français, Yorkshire, Pins-
cher, etc !
Chaque fois que l’un d’eux approche de trop
près le grillage derrière lequel nous les regar-
dons, les filles tentent d’attirer son attention !
Le vent aigre les fait trembler, et comme je
m’accroupis pour les entourer de mes bras, elles
se roulent en boule entre mes pieds… sans
pour autant perdre de vue ceux qui s’exercent !
Dans la vie de tous les jours, Phanie est plus
obéissante, plus éveillée que Plume. Elle répond
29 Gos d'Atura Catalá
bien à son nom, s’assied spontanément à nos
pieds. Elle utilise énormément sa truffe pour
pister le moindre bout de croquette tendre de
Chulo, ou tout autre chose pourvue d’un fumet
intéressant.
Elle observe avec attention tout ce qui est
nouveau : assise à mes côtés lorsque je mets
l’ordinateur en route, elle penche la tête à
droite, à gauche, intriguée par les bruits divers
et variés émis par l’imprimante et l’unité cen-
trale, ses yeux grands ouverts.

Plume est plus maligne. Moins rapide que
Phanie, elle sait cependant l’empêcher de lui
subtiliser un jouet ou son morceau de « se-
melle » (lamelle de peau de bœuf à mâcher) en
tournant rapidement sur elle-même. Phanie lui
tourne autour, puis finit par lâcher prise.
Elle répond moins bien à son nom, et reste
un gros bébé dans son comportement.

Au cours de la semaine, l’apprentissage du
pipi dehors se fait doucement, ce qui oblige à
sortir avec elles dès qu’elles se réveillent ou
viennent de boire.

Deux promenades à pattes sont organisées
au cours de la semaine. Les colliers semblent à
chaque fois moins grands. Elles attendent sa-
gement assises que j’aie fini de les « habiller ».
30 Gos d'Atura Catalá
Phanie, risque-tout intrépide et curieuse,
truffe de droite et de gauche sur le petit chemin
de Chulo.
Plume se fait un peu traîner en « tirant au re-
nard » au bout de sa laisse.
Mais une fois détachée, trotte un peu, ma
fille !
Les trois toutous s’en donnent à patte-joie !

Au retour, Plume est toujours bien plus fati-
guée que Phanie, qui trotte avec fierté à côté de
Thierry. La petite apprécie de finir le trajet dans
mes bras, et s’endort comme une masse en ren-
trant à la maison.
C’est vraiment un gros bébé.
Geoffrey lui donne d’ailleurs le surnom de
« petit Plumeau » !
Plus pitchoune, Plume reçoit un complément
sous forme d’une demie tranche de jambon,
dont on donne quelques lamelles à Phanie, ve-
nue aux nouvelles, et à Chulo, qui ne compren-
drait pas qu’on l’exclue de la distribution…
Du coup, elle répond plus volontiers à son
nom et revient en trottinant d’un petit air co-
quin, avec sa bouille de bébé réjoui.


Nouvelle expérience : une promenade en voi-
ture doit leur faire découvrir les joies d’une ba-
31 Gos d'Atura Catalá
lade dans la petite ville de PONT AUDE-
MER…
Je prends Chulo sur mes genoux, récupère
Plume sous le ventre pour la faire grimper, puis
Phanie, qui se fait un peu tirer l’oreille. Au mo-
ment où je crois avoir chargé tout le monde,
Chulo se retrouve, je ne sais comment, de nou-
veau sur l’allée, en dehors de la voiture !
Hop ! en voiture, « jeune homme » !
Plume se couche sagement à mes pieds, mais
Phanie n’est pas heureuse.
Elle essaie plusieurs fois de mettre les pattes
de devant sur mes genoux, avec Chulo.
Elle a le mal de voiture, alors que Plume ne
semble pas en souffrir.

Pont-Audemer est un terrain de jeu passion-
nant pour Phanie qui n’en finit plus de prome-
ner sa truffe sur tout ce qui peut avoir une
odeur !
Elle apostrophe même un énorme chien
genre doberman en lui jappant au nez.

Petite Plume désolée de se trouver loin de
son enclos et de sa maison, s’assied sur son ar-
rière-train et pleure sur un coin de trottoir !
Chulo montre une nouvelle fois aux débutan-
tes comment on doit déambuler dans les rues
de la ville, le pompon conquérant…
32 Gos d'Atura Catalá
Plume n’apprécie que peu l’expérience…
Trop de pieds, trop de bruits, trop de voitu-
res…
Elle tire sur son collier, refuse d’avancer,
mais finit tout de même par répondre à mon
sifflet.
Elle essaie d’en prendre son parti, mais
pleure quand même souvent.


Les filles apprennent chaque jour une ou
deux nouvelles choses. Thierry éduque Phanie
dehors, et je m’occupe de Plume à l’intérieur,
avec Chulo, qui, bien entendu, participe
d’autant plus activement qu’il y a distribution de
biscuits secs à la clé !

Elles ont appris le sens du mot « couché », et
s’exécutent de bonne grâce.

Thierry aimerait bien que Phanie soit mieux
disposée au rappel, mais notre boule de poils
une fois partie à galoper et à fureter dans le jar-
din, se soucie fort peu des appels de son maî-
tre !
Il lui apprend également le lancer d’objet,
avec rapport… pas simple.
Par contre, l’expérience a montré qu’elle ne
reconnaît que Thierry comme chef de meute.
Une balade où Julien m’a accompagné (pour
33 Gos d'Atura Catalá
cause de profs en grève au collège), s’est soldée
par une conclusion fort simple : si ce n’est pas
la grosse voix de Thierry qui la rappelle, elle
n’en a cure, et elle n’accepte pas de marcher
tranquillement à côté de Julien. Elle va de gau-
che à droite, grimpant sur le talus, lui filant en-
tre les jambes pour repasser derrière, bref, un
vrai poison !

Quant à Plume, à mon grand étonnement,
elle a tiré comme une sotte tout au long de la
promenade sur son collier : plus de bébé-chien
qui s’assied par terre pour pleurer son enclos et
son panier… !
À plusieurs reprises, j’ai été obligée de
l’arrêter afin qu’elle reprenne son souffle.
Ce ne furent que galopades dans les flaques,
et roulades dans la boue !
Du coup, elles passent à la douche en ren-
trant !
Une épreuve terrifiante, si l’on en juge par
leurs efforts désespérés pour sauter hors de la
baignoire, et leurs aboiements poignants ! Ceci,
bien que j’aie adouci le jet de la pomme de dou-
che entre mes doigts, et que Julien les tienne
tout en les caressant.
Plume, passée la première, a droit au sèche-
cheveux, banal pour Chulo, mais qui déclenche
une nouvelle vague de hurlements. Pour ne pas
la traumatiser, je décide de l’emmailloter dans
34 Gos d'Atura Catalá
un drap de bain, et Julien l’amène à Thierry
pour finir de sécher entre ses bras.
Phanie, bénéficiant du passage de Plume et
de ses peurs, échappe au sèche-cheveux, mais
manque plusieurs fois de nous échapper des
mains, tant ses bonds terrifiés face au jet de la
douche, ont de puissance !
Frottée d’importance dans un immense drap
de bain, puis emmaillotée d’office, elle retrouve
vite sa liberté pour rejoindre Thierry et Plume
d’un petit trot un peu de travers !

Les filles n’ont pas le même pelage : Phanie a
un poil long et doux, alors que celui de Plume
est plus court et plus raide.
Deux adorables « petites bonnes femmes », à
la fois inséparables et rivales en tout : câlins,
courses et jeux dans le jardin, essuyer ses pattes
en entrant dans la maison, mimiques enjôleuses
et moments tendresse, apprentissage de la vie et
de la marche à la laisse, surtout câlins !

Distribution de jambon le soir.
Les filles apprennent à s’asseoir gentiment
pour avoir leurs morceaux.
Puis je leur offre à chacune une lamelle à mâ-
cher.
Comme Chulo en demande également une,
les voilà tous les trois avec un chewing-gum !
35 Gos d'Atura Catalá
Plume se fait chiper sa lamelle par Phanie, et
aimerait bien avoir celle de Chulo. Forte de
l’expérience du jambon, elle s’assied gentiment
devant le petit caniche, attendant qu’il la lui
donne… !
C’est vraiment trop mignon !

Elle aime beaucoup Chulo. Et elle sait se
faire douce et câline.
Lorsque je me trouve dans la cuisine avec
notre « papy-chien » (j’ai nommé Chulo), Plume
nous y rejoint, laissant Phanie aux pieds de
Thierry dans le salon. Elle se couche gentiment
à ceux de Chulo, puis se retourne sur le dos,
montrant son petit ventre, et tend une patte
vers le petit « biquet » gris… qui n’en fait pas
toujours cas. Cependant, s’il rejoint à présent
plus souvent les filles sur le tapis, le soir, c’est à
côté de Plume qu’il s’installe le plus volontiers.
Plume est fort impressionnable ! Elle a peur
des voitures, et de tous les nouveaux bruits en
général. Le mixer l’a fort apeurée. Julien a ter-
miné le mixage de la pâte à crêpes, pendant que
je tenais notre gros bébé à la hauteur de la table,
la rassurant.
Le lave-vaisselle a été plus vite banalisé, le
chuintement de la centrale vapeur ne lui a fait ni
chaud ni froid. Elle progresse.
36 Gos d'Atura Catalá
Seuls l’orage et les feux d’artifice continuent
à déclencher des inquiétudes en la jetant dans
mes bras.
Elle attrape souvent le hoquet : est-ce parce
qu’elle grandit ?

Phanie reste malgré tout la plus éveillée des
deux. Elle n’a peur de rien et tient énormément
à ses propres points de vue. Elle a également la
dent facile ! Elle mord promptement et sévère-
ment. Le visage qui descend vers elle, les doigts
qui s’avancent pour la caresser, ou la gorge de
Plume à chaque fois que l’occasion se présente.
Sinon, elle lui attrape solidement une patte ou la
queue entre ses dents. Cette vitalité dévorante
se calme un peu après avoir couru à perdre ha-
leine.

Elles ont un énorme besoin de se dépenser
physiquement, et les chiens des voisins ne les
impressionnent nullement. Elles n’hésitent pas
à aller leur dire copieusement ce qu’elles pen-
sent en se glissant prestement derrière la haie de
cyprès !
Elles nous font souvent rire lors de leurs
courses ventre à terre… si « ventre à terre », que
les pattes arrières continuent de courir alors que
l’avant est déjà affalé ! Tout à fait dessin animé !
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