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D'Artagnan, Capitaine des mousquetaires du Roi

De
148 pages

Charles Samaran a en grande partie écrit ce livre pour les lecteurs des Trois Mousquetaires. À la plupart d'entre eux, il apprenait la vie réelle du héros d'Alexandre Dumas. Et quelle vie !

Grâce à son exceptionnelle érudition, il a réussi à démêler le vrai du faux, partant à la recherche de son héros dans les archives, un univers qui lui était familier, rectifiant la chronologie quelque peu fantaisiste voulue par le romancier, et si, en certains cas, les textes restent muets, il ne dédaigne pas de donner la parole au romancier.

Rien d'ordinaire, ni de banal dans la vie du vrai d'Artagnan, mais bien au contraire, du panache et de la gloire ! Jeune cadet de Gascogne, né à Lupiac (Gers), au temps du roi Louis XIII, prêt à défendre son honneur et celui de son roi à la pointe de sa rapière, homme de confiance de Mazarin, d'Anne d'Autriche, de Louis XIV, qui n'hésitaient pas à le charger des missions les plus délicates, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires à cheval de la garde du roi, homme de guerre ayant pris part aux principales campagnes de son temps, jusqu'à sa mort glorieuse au siège de Maastricht, le 25 juin 1673, Charles de Batz de Castelmore d'Artagnan n'a rien à envier à son double de légende.


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Charles Samaran

 

 

D’Artagnan

 

Capitaine des mousquetaires du roi

 

 

Histoire véridique d’un héros de roman

 

 

Préface de Jean Favier

Avant-propos de Odile Bordaz

 

 

Illustration de couverture :

Maison du Roi, mousquetaires, Louis XIV, 1663

David Gustave

Paris, Musée de l’armée, Dist. RMN

 

ISBN : 978-2-350683-42-3

© Cairn, 2012

 

www.editions-cairn.fr

 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Les nombreux articles de presse parus en 1912, lors de la publication du livre de Charles Samaran, D’Artagnan, Capitaine des Mousquetaires du Roi. Histoire véridique d’un héros de roman, révèlent l’inquiétude qui avait saisi, de prime abord, bien des journalistes en découvrant le titre et le sous-titre de l’ouvrage. À témoin, ces propos dans Le Figaro du 15 janvier 1912 : « Allons, bon, voilà encore un gêneur qui va se mêler de démolir une légende et de nous raconter de froides et grises vérités », ou encore, deux mois plus tard, ceux d’un journaliste du Temps : « Avant d’ouvrir le livre, j’étais navré ; la lecture faite, je respire ; notre d’Artagnan national, celui du père Dumas, nous est conservé. »

Un jugement unanimement positif salua la biographie que le jeune chartiste venait de consacrer avec bonheur à son célèbre compatriote. On appréciait le ton léger du livre, qui en rendait la lecture agréable, tout autant que les informations solides qu’il contenait, car l’auteur n’avait pas donné dans la facilité et la presse reconnaissait en lui le biographe le plus consciencieux que l’on pût trouver, un historien professionnel, homme de vérité s’il en fût.

Comme il l’a lui-même déclaré, Charles Samaran avait en grande partie écrit son livre pour les lecteurs des Trois Mousquetaires. À la plupart d’entre eux, il apprenait l’existence du héros d’Alexandre Dumas. Et quelle existence ! « À quelques anecdotes près, c’est la même aventure, qui se termine par une mort sublime, que l’Histoire raconte après le roman », soulignait le journaliste du Temps.

L’existence de d’Artagnan avait été révélée à Dumas par la lecture des Mémoires de M. d’Artagnan, ouvrage apocryphe d’un romancier du siècle de Louis XIV, Gatien Courtils de Sandras. Charles Samaran s’était donc trouvé face à trois d’Artagnan : celui de Courtils, celui de Dumas et celui de l’Histoire ; c’est ce dernier qui l’intéressait et qu’il voulait replacer dans le contexte de son époque. Grâce à son exceptionnelle érudition, il a réussi à démêler le vrai du faux, partant à la recherche de son héros dans les archives, un univers qui lui était familier, rectifiant la chronologie quelque peu fantaisiste voulue par le romancier, ne dédaignant pas à l’occasion de prendre comme point de départ de ses recherches quelques passages du récit de Courtils de Sandras, qui a eu le mérite de fournir une trame historique la plupart du temps exacte. En bref, si le vrai d’Artagnan a bien commencé sa carrière dans la compagnie des mousquetaires sous le règne de Louis XIII, il en a accompli l’essentiel sous le règne de son successeur, le Roi Soleil.

Prenant des faits attribués au mousquetaire par les romanciers, Charles Samaran, à la lumière des documents, s’est attaché à rétablir la vérité, et si, en certains cas, les textes restent muets, il ne dédaignait pas de donner la parole à ces conteurs hors pair que sont les deux romanciers, non sans en prévenir le lecteur, lui offrant ainsi la liberté de juger par lui-même. Comme l’a souligné un journaliste de La Liberté dans son article du 16 mars 1912 consacré au livre de M. Samaran et dans lequel il évoque également l’ouvrage de Jean de Jaurgain, Troisvilles, d’Artagnan et les Trois Mousquetaires, paru quelques années plus tôt :

« Alexandre Dumas aura donc rendu à l’Histoire ce double service de lui assurer un public innombrable et de fournir aux chercheurs d’excellents sujets d’études. »

Un personnage hors du commun, attaché à d’Artagnan par des liens familiaux, a rendu un hommage tout particulier au travail de M. Samaran. Il s’agit du poète, prince du Tout Paris de la Belle Époque, le comte Robert de Montesquiou-Fezensac.

À la sortie de son livre, Charles Samaran lui en avait adressé un exemplaire. Comme nous le savons grâce à l’échange de correspondances qui s’ensuivit, le poète, fort accaparé par sa vie mondaine, les brillantes réceptions qu’il ne cessait de donner, ses voyages, ses séjours dans son ancestral château d’Artagnan, en Bigorre, n’avait pas répondu à l’envoi de l’auteur. La guerre était arrivée, les éloignant l’un et l’autre de Paris. C’est au cœur de la tourmente de la première guerre mondiale, que « rédigeant quelques notes familiales et familières » en sa demeure d’Artagnan, Robert de Montesquiou avait retrouvé cet ouvrage rangé dans sa bibliothèque. Pris de remords, il avait aussitôt adressé à son auteur une carte de remerciements et de félicitations, l’invitant, si l’occasion s’en présentait, à aller le voir à Artagnan. « Nous causerons à l’abri d’une ombre, celle de « La grand plume au vent de son feutre exhumé. »

C’était au mois de novembre 1915…

Les éditions Calmann-Lévy firent parvenir la missive à son destinataire, alors sur le front. Deux mois plus tard, le 25 janvier 1916, Charles Samaran lui en accusait réception depuis « son gîte creusé dans le fossé d’une route d’Artois ». Il reconnaissait que les malheurs du temps l’avaient quelque peu éloigné de son héros :

« Mon petit volume sur M. d’Artagnan, 1914, comme tout cela est loin ! Après dix-huit mois, j’ai quelque peine, je l’avoue, à me souvenir que je fus jadis l’indigne historiographe de ce Gascon avisé, de ce rude soldat. Mais avec quel plaisir je me rafraîchirai la mémoire s’il m’est donné, après la guerre, de répondre à votre aimable invite et d’échanger avec vous quelques propos paisibles sous les ombrages d’Artagnan ! »

Artagnan en val d’Adour était le berceau de la famille maternelle du futur mousquetaire, les Montesquiou, seigneurs d’Artagnan, en Bigorre, une famille à laquelle il doit un nom qu’il prit dès son arrivée à Paris.

En 1918, Robert de Montesquiou dut se défaire du château de ses ancêtres, devenu pour lui une trop lourde charge. La maladie, puis la mort, l’éloignèrent définitivement des terres de son illustre parent. Néanmoins, l’histoire ne s’arrête pas là…

Dans ses Mémoires posthumes, Les pas effacés, parus en 1923, Robert de Montesquiou a consacré un chapitre à d’Artagnan. Il y parle de cet illustre ancêtre, passé à la postérité grâce au plus célèbre roman de cape et d’épée et il s’interroge :

« Est-il admissible, est-il désirable, de voir un personnage de fiction l’emporter sur son modèle, au point de le reléguer à l’arrière-plan, et presque de se substituer à lui dans la mémoire des hommes ? Qu’il faille l’admettre, c’est de toute évidence, puisque nous le voyons. Que l’on doive s’en accommoder, c’est moins obligatoire. »

Pour Robert de Montesquiou, il n’y avait aucun doute, le personnage dans sa réalité historique était hautement préférable à celui du roman, d’où son enchantement à la lecture du livre de Charles Samaran. Avec le lyrisme du poète, Montesquiou n’hésitait pas à comparer cet ouvrage à un flacon précieux :

« Et ce flacon, il me paraît avoir revêtu la forme, précise et ornée, de l’intéressant et charmant volume, dans lequel M. Samaran a concentré l’élixir d’une mémoire, qui ne s’évaporera plus jamais.

« Ce flacon, il ressemble à ceux qui sont des chefs-d’œuvre de souffleurs de verre et renferment, filées sous leur transparente paroi, les reproductions détaillées d’un combat naval ou d’une cellule de carmélite. Celui-là contient une vie d’homme, offerte en exemple, et qui n’a besoin, pour briller, ni de clinquant, ni de paillettes. »

Rien d’ordinaire, ni de banal, en effet, dans la vie du vrai d’Artagnan, mais bien au contraire, du panache et de la gloire ! Jeune cadet de Gascogne, né à Lupiac (dans l’actuel département du Gers), au temps du roi Louis XIII, prêt à défendre son honneur et celui de son roi à la pointe de sa rapière, homme de confiance de Mazarin, d’Anne d’Autriche, de Louis XIV, qui n’hésitaient pas à le charger des missions les plus délicates, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires à cheval de la garde du roi, homme de guerre ayant pris part aux principales campagnes de son temps, jusqu’à sa mort glorieuse au siège de Maastricht, le 25 juin 1673, Charles de Batz de Castelmore d’Artagnan n’a rien à envier à son double de légende.

Charles Samaran a su réconcilier l’Histoire et le roman. Avec érudition et talent, il a mis en scène la vie de ce personnage exceptionnel, riche d’une humanité fort bien dépeinte par Alexandre Dumas, mais qui, d’après les témoignages mêmes de ses contemporains, nous apparaît doté d’une envergure insoupçonnée, largement supérieure en tout cas à celle d’un simple héros de roman, si brillant soit-il.

Qu’il me soit permis d’ajouter ici un souvenir plus personnel, empreint d’une infinie gratitude. Ayant rencontré M. Samaran alors que j’étais étudiante en Histoire à la Sorbonne, puis au tout début de ma carrière de conservateur du patrimoine, au pays de d’Artagnan, j’ai eu la chance de bénéficier de ses conseils et de ses encouragements. C’est lui qui m’a incitée à reprendre des recherches sur le mousquetaire ; « il y a encore des archives à étudier et des choses à découvrir et à dire sur d’Artagnan », m’assurait-il. C’est ainsi que je me suis lancée à mon tour dans l’aventure des biographes de d’Artagnan.

 

Odile Bordaz

 

 

Préface

 

 

En cent ans, l’homme a le droit d’avoir plusieurs visages. Charles Samaran les a eus, mais c’est dans le même temps qu’on a connu le viticulteur gascon soucieux de ses vendanges et l’infatigable piéton de Paris, l’homme de cabinet et le grand voyageur, le « rat de bibliothèque », ainsi qu’il se définit sur la médaille qu’on lui consacra, mais le villageois heureux de transmettre son savoir à tous : on l’entendit souvent à la radio, et l’on n’a pas oublié à Cravencères le temps qu’il prenait pour des causeries sans ambition dans une salle municipale. Et l’on sait aux Archives que l’on doit à ce savant prudent et fidèle à la tradition d’avoir été un précurseur quand, avant 1930, il élargissait la notion même de patrimoine de l’État en faisant admettre que les archives privées pouvaient avoir autant d’importance que les archives publiques.

Deux moments de son histoire l’ont à jamais marqué : le phylloxera et la Grande Guerre. L’un le fit historien parce que les vignes étaient ruinées et qu’il fallait bien faire quelque chose du fils. Il en garda un sens aigu de l’économie. Au moins lui ouvrit-on la voie d’études qu’il n’eût, disait-il, pas faites si l’armagnac n’avait été compromis. L’autre, cette guerre qu’il fit dans l’arme des paysans qu’était l’infanterie, lui enseigna au creux des tranchées la solidarité des modestes. Il en garda le sens de l’humain. Aussi le directeur des Archives qu’il fut en la guerre suivante savait-il qu’il n’est pas nécessaire d’être au premier plan pour faire son devoir et garder le sens de l’honneur. Ceux qu’il sauva de la réquisition n’ont pas oublié les risques qu’il prenait après 1941 en inventant des affectations fictives. Quant aux documents qu’exigeait l’occupant, celui-ci dut s’accommoder de ce qu’on ne pouvait les retrouver : ils étaient non à leur place dans le dépôt des archives mais dans le tiroir du directeur.

Un mariage qui fut heureux le fit entrer dans une famille de musiciens. La musique n’avait pas fait partie de son éducation. Il fut touché par la grâce. Il allait, plus tard, vivre au rythme des concours du Conservatoire. L’une de ses fiertés fut de voir l‘une de ses filles conduire un orchestre.

Il avait eu toutes les curiosités. Si l’intérêt pour d’Artagnan semblait normal à un Gascon que l’on vit déguisé en d’Artagnan lors du carnaval de 1902 à Rome, celui qu’il porta à Casanova n’appartenait qu’à une ouverture d’esprit. Ayant organisé pour lui à la radio une émission que j’avais baptisée « J’étais étudiant au dix-neuvième siècle », je ne pus le faire parler de ses maîtres et de ses études. Il en revenait toujours à : « Le soir, on allait à Tabarin ». Il n’hésitait pas, pour corser le souvenir, à dire qu’il avait vu « un petit bonhomme qui crayonnait le portrait de la Goulue. J’ai su depuis que c’était Toulouse-Lautrec ». Il n’accepta jamais que le portrait fût achevé quand il avait douze ans en Gascogne. Il avait rencontré les plus grands savants. Sa gloire était d’avoir vu la Goulue. Pour me venger de ce propos historiquement douteux, je lui avouai que j’avais, moi, fait un faux en emmenant mes enfants voir, rue Férou, la maison d’Athos, et que mon fils avait, vingt ans plus tard, montré aux siens la maison d’Athos.

C’est après avoir passé son siècle qu’il commença de sentir les années. Pour tout dire, il se dit vieux. Il n’en croyait rien. À vrai dire, il ne cessait d’étonner et même d’amuser, car il ménageait ses effets. Sur l’estrade des notables, au soir de ses cent ans, on avait disposé un fauteuil. Il y fit asseoir un confrère septuagénaire. « Il vieillit », me dit-il. Lorsque je l’avisais par téléphone du décès d’un collègue qu’il avait connu de près, il laissa tomber que c’était prévisible : « II ne marchait pas assez ». Par un hiver assez dur, il me démontra que, sur le verglas, mieux valait le vélo que la voiture. Il est vrai qu’il se plaignait de l’incommodité des nouveaux autobus parisiens : « On ne peut plus les prendre en marche ».

Il avait pris goût à découvrir le monde. Ayant pris part à un congrès à Moscou, il avoua avoir fait « un petit détour » pour rentrer. Le petit détour était par Samarcande. Il se justifia par le fait qu’il ne connaissait pas Samarcande. Annonçant à ma femme qu’à son âge il ne voyagerait plus, il repartait le mois suivant pour Athènes. « Athènes, dit-il, ce n’est pas un voyage ».

Il ne donnait à sa verdeur qu’une explication : dans sa famille, on vivait longtemps. Un jour de réalisme, il concéda cependant qu’une tante était morte à quatre-vingt-quatorze ans. Elle avait une excuse. « Depuis son enfance, on la savait de complexion fragile ».

Quand en 1976, lors du centenaire de l’École française de Rome, il nous quitta à dix heures du soir en me glissant « Ces choses-là ne sont plus de mon âge, je vais me coucher », nous le retrouvâmes dans un restaurant connu des Farnésiens où, avec une dame d’âge raisonnable, il arrosait de velletri un plat de spaghetti alle vongole. Le lendemain, il crut devoir me préciser qu’il avait rendez-vous avec une amie de sa fille.

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