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Les 100 mots de Venise

De
80 pages

Savez-vous comment devenir citoyen de Venise en période de crue ? Connaissez-vous la vraie recette du spritz et ce que le carpaccio de bœuf doit au peintre Carpaccio ? Savez-vous ce que sont les nizioleti, que vous rencontrerez pourtant à chaque coin de rue ?
Pour vous accompagner dans votre visite ou en guise d’invitation au voyage, Olympia Alberti, en amoureuse, en poète et en épicurienne, vous confie 100 clefs permettant d’apprécier dans toute sa splendeur l’art vénitien, qui est aussi un art de vivre.
Suivez le guide. Ici, on croise les fantômes de Byron et de Casanova, du Titien et de Véronèse, de Vivaldi et de Marco Polo. On apprend à maîtriser les codes du carnaval et à reconnaître le son de la Marangona, la cloche la plus grave du campanile. Au terme d’un parcours qui tient tous les sens en éveil, vous aurez percé quelques secrets de la Sérénissime, dont le mystère reste inépuisable...

Les 100 mots de l’Italie, Michel Feuillet
L’art italien, Michel Feuillet

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Que sais-je ?

Christian Bec, Histoire de Venise, no 522.

Michel Feuillet, L’art italien, no 3852.

Michel Feuillet, Les 100 mots de l’Italie, no 3976.

Michel Erman, Les 100 mots de Proust, no 3989.

À Enguerrand, à Elliot, qui un jour aimeront Venise.

« Royalement choyées, les fenêtres toujours

Voient ce qui quelquefois suscite notre effort :

La ville, qui ne cesse, à l’heure où un reflet

De ciel affleure à un soupçon de flot,

De se former, bien qu’elle ne soit pas. »

Rainer Maria RILKE, « À Venise le matin ».

Plan de Venise

Liste des mots

AMOUR

ACQUA ALTA

ADRIATIQUE

ALTANA

ANGES

ARSENAL

BACARO

BELLINI (VINCENZO)

BIENNALE (LA)

BLOND VÉNITIEN

BORA

BYRON

CA’ D’ORO

CALLE

CAMPO

CANAL ET CANAUX

CAPANNA

CARNAVAL

Bauta

Volto

Larva

Tabarro

Éventail

CARPACCIO (VITTORE), CARPACCIO (EN CUISINE)

CARTES À JOUER

CASANOVA

CASINO

CHOLÉRA

CIACOLE

CIAO

CICCHETTI

CIOCOLATTA

CORTE

DANIELI

DARSENA

DOGES

DOPOCENA

ÉGLISES

FENICE (LA)

FÊTES

FLORIAN

FONDAMENTA

FOURCHETTE

FRITTOLE

FUMAIOLI

GHETTO

GIUDECCA

GOLDONI (CARLO)

GONDOLE

GRAPPA

ÎLES

LAGUNE

LETTINO

LION

LOGGIA

LUXE

MARANGONA

MARCHAND

MARCHÉ

MARCO POLO

MARMORINO

MERLETTO

MORT

MOSCATELLO

MOTOSCAFO

MURRINA

NIZIOLETI

OMBRA

ORS

PALAIS DES DOGES (OU PALAZZO DUCALE)

PALINE

PEINTRES VÉNITIENS

Le Titien

Le Tintoret

Véronèse

Tiepolo

Canaletto

PESTE

PIAZZA

PIGEONS

PILOTIS

PONTS

PORTE DE L’ORIENT

PRISONS

QUADRI

REGATA

RIRE

RISI E BISI

SALUTE (LA)

SCUOLA

SÉRÉNISSIME

SESTIERE

SPRITZ

TORCELLO

VAPORETTO

VIEILLE DUCHESSE

VINS DE VÉNÉTIE

VIVALDI

VOGALONGA

ZATTERE


AMOUR

De l’ancien provençal, amor – qui viendrait du nom de Dieu, Amor, en latin.

Comment le premier mot de Venise ne serait-il pas… l’amour ? La prééminence absolue ne peut se réduire à l’ordre alphabétique ! Ainsi l’on me permettra de bousculer cette petite histoire de mots, pour raison hautement majeure, qui n’admet aucun passe-droit de logique, car le cœur a ses raisons, et ses puissances… et les grands enseignements spirituels disent qu’en l’humain le cœur symbolique, donc l’Amour, est le siège de Dieu. Quand on aime, on a l’impression bienheureuse de marcher sur les eaux. Cette ville mythique, qui semble un rêve porté par les flots embrumés du matin sur la lagune, y invite, et elle a inspiré des générations d’amantes et d’amoureux, de poètes et d’artistes, parce que cet écrin exceptionnel aux charmes renouvelés leur proposait une idée et une vision immortelles de leurs émois et, partant, de leur amour. Je me plais à jouer des analogies subtiles pour créer, souvent à mon seul usage, des étymologies parallèles : ainsi, il y a d’abord cette délicieuse rime qui vocalise un accord entre Venise et Vénus, la déesse de l’amour, et dans la langue française, merveilleuse, amour et âme semblent frère et sœur. Mais vérifier dans un dictionnaire de sémantique – qui ici fondera une part de mes voluptueuses recherches – qu’en latin Amor est l’autre nom de Dieu, voilà qui donne envie de lever sa coupe de champagne, son ombra de vino rosso ou sa coupe de spritz à la splendeur de la cité du Tintoret, de Tiepolo, de Vivaldi et du roux doré des chevelures les plus lumineuses.


ACQUA ALTA

Du latin aqua. Les « hautes eaux ».

Venise est une cité où il pleut comme au cinéma : ce qui tombe du ciel ne fait pas semblant. Quand des pluies incessantes font de la ville une noyée shakespearienne, surtout au printemps et à l’automne, et ajoutent au ciel bas et blanc une manière de vapeur épaisse, qui imprègne chaque souffle, il faut souvent traverser la Piazza et les campi sur des passerelles de planches surélevées afin d’éviter d’avoir à se mouiller jusqu’en haut des jambes. On a tout de suite l’impression d’entrer joyeusement dans l’aventure, parce qu’on s’ébroue pour ensuite se sécher et se réchauffer (prétexte irréfragable) d’un bon cioccolata. (Traditionnellement opposée à la secca, qui comme son nom l’indique est une période de sécheresse qui peut aller jusqu’à la suppression de toutes les communications, de tous échanges et de tous liens, puisque les canaux peuvent y être à sec.) Plusieurs causes, en plus de la pluie abondante, concourent à l’acqua alta : la marée haute, la pression atmosphérique, les influences de la lune, et les larmes des amoureux délaissés (écoutez la jolie chanson de Julien Clerc, « Elle voulait qu’on l’appelle Venise… »), tout mène vers les hautes eaux, et tout cet ensemble symphonique joue d’octobre à avril.

Métaphoriquement, l’abondance de l’énergie (des fluides) intérieure est épanouie et densifiée par l’Amour. Dans la Bible, un être en crue (foudroyé par le désir) est un humain attiré puissamment par l’être qu’il va aimer… Joli, non ?

Il est arrivé (et arrive encore) que la place Saint-Marc soit ensevelie sous au moins 50 centimètres d’eau, et plus encore. La lagune déborde, et toutes les places sont sous les eaux, ce qui donne encore davantage la sensation d’une irréalité, d’une ville onirique où tous les liens de la Piazza aux campi sont gommés, dissous et miraculeusement effacés, où les murs des palazzi se reflètent dans les eaux mouvantes, comme le ciel s’y couche et inverse toute chose.

On prend son parapluie, on chausse ses « vénitiennes » (entendez : ses bottes de caoutchouc) et on peut aller voir l’eau monter dans les canaux et s’infiltrer dans les maisons par les entrées. Là sont de sortie les paratie, qui bloquent le bas des portes. La sirène annonce l’importance de la montée des eaux. Et avec le nombre de notes, on est informé du niveau. Une longue tonalité plus une note, c’est 1 m 10, mais si, après la première tonalité, on entend trois notes, ce sera 1 m 30 ! Hors du chemin des passerelles, on peut ne plus distinguer parfois la berge du fondamenta (« quai ») de l’eau qui la recouvre… Et la tradition veut que si, lors d’une crue, l’on glisse alors dans le rio, on soit fait citoyen de Venise. Chiche ?


ADRIATIQUE

La mer Adriatique, que Rilke retrouvait avec le bonheur des méditants comblés chaque fois que Marie de La Tour et Taxis l’accueillait au château de Duino pour de longs séjours et les causeries préférées du poète (qu’elle surnommait Dottore Serafico), cette mer sépare la péninsule italienne de la balkanique, et forme un bras de la Méditerranée qui s’étend du canal d’Otrante jusqu’à Venise et la belle embouchure du Pô. Peu profonde, actuellement très polluée par forages et déversements divers, mieux vaut la regarder de loin, et ainsi pouvoir admirer ses bleus, ses verts sombres et ses moires captivantes au coucher. C’est tout de même l’espace maritime important pour Venise. Certains écrivains savent en rendre les couleurs particulières quand le jour commence et que Venise semble naître de la mer : « Au matin, tout est bleu de lait, bleu de lin, et pétales de rose. Il n’est point de ville plus fleur que celle-ci. La lagune rose est couleur de truite devant les palais1. »


ALTANA

Dérivé du latin alto, « haut ». (De l’enfance à la grande adolescence, jusqu’à mes dix-huit ans, j’allais deux soirées par semaine, de juin à octobre, voir des films en plein air dans la propriété d’Alec Weissweiller, où mon frère aîné officiait comme projectionniste. J’ai donc connu Cinema Paradiso avant la création du film où excelle Philippe Noiret. Dans les hauteurs d’Antibes, cette résidence superbe entourée d’un parc merveilleusement arboré avait été nommée L’Altana. J’en garde un souvenir ébloui, qui m’annonçait sans que j’en puisse avoir conscience, en manière de signe avant-coureur, mon lien, d’abord nostalgique puis créateur, à Venise.)

En effet, dans la cité des palais, on nomme altane les terrasses de bois posées sur les toits des maisons vénitiennes, le parquet recouvert de damasseries (tapis de Damas), et les ouvertures décorées le soir par des lampes aux fenêtres qui encadrent l’altana, avec leurs pendeloques tressées de fils d’or et de soie et, aux balcons, les lanternes scintillantes de miroirs, et ultime matérialisation de la beauté et du raffinement, pour les nuits de fêtes, des feux de Bengale… Terrasses de rêve, où l’on s’étend sur les lettini (transats ou chaises longues) qui permettent de somnoler après le déjeuner, d’admirer les paysages, l’horizon ou les sinueuses ruelles d’eau qui en bordent les murs. On retiendra dans ce nom poétique donné à une terrasse son étymon qui renvoie à sa position haute (de altiero, « fier »), sinon carrément altière.


ANGES

Du latin angelus et du grec ecclésiastique angelos, « messager de Dieu ».

Rilkéenne je suis et demeure, donc évoquer les anges de Venise est quasiment un devoir de ma fidélité au poète métaphysicien et à cette ville qu’il aimait entre toutes, et qui volent sur l’eau de toutes leurs ailes spirituelles. D’abord, je réitère une affirmation joyeuse : c’est qu’être dérangé, c’est être rappelé à la mémoire des anges. Puis, le lion de Venise a des ailes. Ensuite, ces ailes se multiplient partout, donnant la sensation que les murs, les églises, les passages, tout en est doté pour le plus grand bonheur du flâneur, qui aime à se perdre dans le labyrinthe des calle. Ne ratez pas les ailes, en haut du fronton de l’église des Gesuiti, qui déploient leur symbole de protection. Par jours de grand vent de mer, les anges semblent s’envoler, quitter le cœur de Venise pour aller se réfugier au cimetero de l’île des Morts, San Michele. Ils sourient, rarement, ou semblent déserter leur visage ; ils sont pensifs, absorbés, le regard au loin, contemplent le ciel, la mer ou une Face que nous ne pouvons capter ; ils règnent, invisibles et partout présents. Qu’ils soient devant ou dans les églises, comme des putti (petits angelots d’amour) sur la colonnette d’un giardino secrètement protégé de hauts murs, ou à l’angle d’une ancienne maison de maître, les séraphins ailés (l’ange qui brûle) ou les anges de pierre, de marbre, de bois doré (San Nicolo dei Mendicoli), de bleu ou de nacre, semblent sortir des tableaux de Giotto, de Raphaël, du Titien, ou d’une fresque de Tiepolo (palais Pisani Moretta) pour venir nous inviter à les suivre, à traverser les apparences et à nous saisir du profond message qu’ils nous délivrent si nous faisons assez silence, en nous, pour les accueillir et les entendre. Après les avoir longuement regardés, fermez les yeux, pour mieux recevoir leurs murmures sans hasard.


ARSENAL

Le nom arsenal viendrait de l’arabe, dâr-sinâ’a, « arsenal maritime », ou de l’ancien vénitien arzanâ, « atelier », « chantier de construction navale ». Le mot se serait croisé avec l’italien méridional et le mot génois de darse. Et il désigna d’abord l’arsenal de Venise.

À tout seigneur tout honneur, il fut aussi pompeusement appelé « arsenal de la république sérénissime ». Venise est une cité titrée, comme un alcool fort ! Construit en 1104 à l’instigation du doge Faliero, ce chantier naval multiplia par quatre la puissance navale de Venise, et son rayonnement sur les mers et les ports marchands. Sa production de navires impressionna le monde entier, et le mot pour désigner les chantiers navals fleurit alors dans une quinzaine de pays. L’arsenal participa aussi à la construction des célèbres galères pour les chevaliers de la quatrième croisade.

Les flottes vénitiennes, militaire et marchande, s’agrandirent, à la faveur du plus grand chantier industriel du monde – dès le XVe siècle, sa superficie atteindra 25 hectares ! À la fin du XIIIe siècle, et avec le retour de Chine de Marco Polo, elles faciliteront les échanges par ce qui fut appelé la route de la soie (qui fut aussi celle de la laine, en concurrence avec les drapiers flamands), la route des épices et des matières précieuses. Du XIVe au XVIIe siècle, l’arsenal de Venise put construire un navire par jour et maintint, en réserve de parfait fonctionnement, une centaine de galères militaires qui seront utilisées plus tard, aux enchères, comme navires marchands, et alors seront créés les fameux galions.

On ne va pas s’imposer un historique qui serait fastidieux, et que l’on peut approfondir ailleurs, mais reste qu’aujourd’hui les lieux, ceints de murs crénelés de briquettes rouges, valent d’être visités, utilisés pour des expositions d’art contemporain de la Biennale.


BACARO

Viendrait-il, celui-là, d’un vieux mot de bas latin, bacarium, « vase à vin »… ? Ce serait joli.

Pour passer un moment de détente et de partage gourmand avec des amis, le bacaro, bar vénitien, se révèle idéal : lieu vivant, chaleureux, de bonheur immédiat et de rencontre spontanée, c’est un plaisir inévitable, et il tient une place importante dans l’art de vivre à Venise. Taverne typique, on y va déguster quelques savoureux cicchetti (voir ici) avec un bon vin servi au verre, appelé traditionnellement un ombra (voir ici). Au Campo San Pietro, il y a un ancien bacaro, fameux… Et ailleurs, Da Cri Cri e Tendina, Osteria Zamei


BELLINI (VINCENZO)

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