L'autonomie des femmes en question

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Le postféminisme affirme que le temps du féminisme est dépassé : l'égalité entre les sexes serait un fait accompli. Comment analyser ces réactions antiféministes ? A l'heure de la mondialisation néo-libérale, où en est leur autonomie matérielle ? Quelle est l'évolution de la scolarisation et de la salarisation des femmes et du contrôle, par elles-mêmes, de leur sexualité et maternité ? Quelles résistances offrent les mouvements féministes à la vague de fond réactionnaire ?
Publié le : mercredi 1 mars 2006
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EAN13 : 9782336269429
Nombre de pages : 244
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L'AUTONOMIE

DES FEMMES

EN QUESTION

ANTIFÉMINISMES ET RÉSISTANCES EN AMÉRIQUE ET EN EUROPE

Bibliothèque du féminisme
Collection dirigée par Gristelle Bonis, Dominique Fougeyrollas, Hélène Rouch

l'Association

publiée avec le soutien de nationale des études féministes (ANEF)

Les essais publiés dans la collection Bibliothèque du féminisme questionnent le rapport entre différence biologique et inégalité des sexes, entre sexe et genre. Il s'agit ici de poursuivre le débat politique ouvert par le féminisme, en privilégiant la démarche scientifique et critique dans une approche interdisciplinaire. L'orientation de la collection se fait selon trois axes: la réédition de textes qui ont inspiré la réflexion féministe et le redéploiement des sciences sociales; la publication de recherches, essais, thèses, textes de séminaires, qui témoignent du renouvellement des problématiques; la traduction d'ouvrages qui manifestent la vitalité des recherches féministes à l'étranger.

Sous la direction de

Josette Trat Diane Lamoureux Roland Pfefferkorn

L'AUTONOMIE DES FEMMES EN QUESTION

ANTIFÉMINISMES ET RÉSISTANCES EN AMÉRIQUE ET EN EUROPE

L'Harmattan 5-7, me de 1"École-Polytechnique ; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. ,des Sc. Sociales, Pol. et Adm.. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti. 15 10124 Torino ITALIE VHarmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- ROC

Le projet de ce livre est né dans la foulée du colloque international organisé par Josette Trat en octobre 2004 sur le thème « Rapports sociaux de sexe: retours en arrière et résistances », à l'université de Paris 8, à Saint-Denis. Toutes les interventions n'ont cependant pu être retenues pour l'édition de cet ouvrage. Par ailleurs nous avons adjoint d'autres contributions. Nous tenons à remercier pour leur participation au colloque: Suzan BaIl (université de Paris 8) ; Eleonore Kofman (université de Nottingham), Irina Mysliaeva (université d'État de Moscou) et Monique Trancart (journaliste). Nos remerciements vont également aux institutions qui ont apporté leur soutien au colloque et leur concours à l'édition de cet ouvrage: le laboratoire Genre et rapports sociaux (GERS), unité mixte de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l'université Paris 8, et le Conseil scientifique de Paris 8. Nous tenons enfin à remercier tout particulièrement Monika Wator et Hélène Le Doaré qui ont assuré les traductions, MarieHélène Zylberberg-Hocquard qui a consacré de nombreuses heures à la réécriture de certains chapitres, Émmanuelle Lada et DanIèle Senotier qui ont mis la dernière main aux corrections du manuscrit.

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-00323-0 EAN : 9782296003231

Sommaire

Introduction: Conservatismes et résistances des femmes à l'ère néolibérale ............................

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1re partie: Chapitre

L'Amérique 1 : Les nouveaux visages de l'antiféminisme en

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Amérique du Nord Diane Lamoureux

...

...

31

Chapitre 2 : Le féminisme sous la démocratie au Chili Sophie Stoffel Chapitre 3 : Féminicide et impunité à Ciudad Juarez, Mexique ... ... ... ... ... ... ... ...
Marie France Labrecque

51

71

Chapitre 4 : Le mouvement féministe au Brésil. Avancées et impasses, 1994-2005 Maria Lucia da Silveira

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2~ partie:

L'Europe

... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

111

Chapitre 5 : Les femmes polonaises entre famille et marché: une « conciliation» difficile Monika Wator

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Chapitre 6 : Les femmes bulgares: de « l'émancipation» proclamée à « l'égalité des chances» ... Katia Vladimirova Chapitre
A vancées

133

7 : Les femmes dans la société irlandaise.
et fre ins. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . 149

Marie-Jeanne

Da Col Richert

Chapitre 8 : Politiques familiales et participation des mères au marché du travail en France et en Allemagne Jeanne Fagnani Chapitre 9 : Les transformations contradictoires des rapports entre hommes et femmes en France.. . ... ... ... Roland Pfefferkorn Chapitre 10 : Entre néolibéralisme et ordre moral, les féministes divisées... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Josette Trat
Les -auteur-e-s. .. ... ... .... .. ... ... .. .. ..... .. . ... ...... ... ... ...

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213

239

Table

des matières...

... .. . ... ... .. . ... ... .. . ... ...... ... ... ...

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Introduction Conservatismes et résistances des femmes à l'ère néolibérale
Dans la foulée des « révolutions conservatrices» de Reagan et de Thatcher au cours des années 1980, on a parlé à la fois de backlash antiféministe et de postféminisme. Ces deux énoncés mettaient l'accent sur deux phénomènes différents qui pourtant concouraient à dégrader la situation des femmes dans les pays capitalistes avancés. En 1991, lorsque Susan Faludi insiste sur la notion de backlash, elle fait référence à une attaque en règle contre le féminisme qui prend les formes suivantes: une objectivation des femmes en fonction des fantasmes masculins; une remise en cause des gains féministes des décennies précédentes au nom du dualisme sexuel, de la complémentarité et de la hiérarchie entre les sexes; une offensive idéologique orchestrée par la droite conservatrice et les intégrismes religieux qui met l'accent sur les valeurs familiales; une remise en cause de l'autonomie matérielle et de la liberté reproductive des femmes. Le postféminisme quant à lui insiste sur le fait que le féminisme n'a plus sa raison d'être et que la poursuite du mouvement ne pourrait que faire naître une « guerre des sexes », préjudiciable autant aux femmes qu'aux hommes, du moins dans une logique hétérosexiste. Pour les postféministes, l'égalité entre les sexes est désormais un fait accompli: études, travail, reproduction, sexualité, les luttes féministes ont porté leur fruit et les inégalités statistiques que l'on peut encore constater entre les hommes et les femmes sont appelées à disparaître sous l'effet de l'évolution « naturelle» des sociétés occidentales. Faludi avait bien vu que les deux mouvements se rejoignaient. Pour elle, le backlash antiféministe ne vient pas du fait que l'égalité entre les hommes et les femmes aurait été réalisée,

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mais plutôt du fait que cet objectif pourrait être atteint. En somme le backlash relève d'une logique de «guerre préventive ». Certes, la situation des femmes, sous l'effet des luttes féministes des années 1960 et 1970, s'est profondément transformée dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord: liberté reproductive, autonomie personnelle, réussites scolaires et accès au marché du travail sont à mettre au compte des acquis du féminisme. Mais ces transformations n'ont pas produit les résultats escomptés, ni en ce qui concerne l'égalité entre les femmes et les hommes, ni en ce qui concerne la liberté des femmes. Durant la même période, la chute des régimes de type soviétique en Europe centrale et orientale et le démantèlement de l'URSS allaient entraîner une remise en cause importante de l'idée d'égalité dans ces régions, y compris celle de l'égalité entre les hommes et les femmes. Certes, là aussi l'égalité était plus un mythe et un instrument de propagande qu'une réalité. Il n'en demeure pas moins que les années 1990 ont été marquées par une offensive idéologique pour réduire les femmes à leur fonction maternelle, par un chômage massif dont les femmes on~.fait les frais, par une réduction draconienne des services publics - dont les services de garde des jeunes enfants -, par un repli sur la sphère privée, par le développement de nationalismes machistes et par une influence idéologique et politique croissante des Églises. Bref, l'époque n'était guère à la fête, même si la vague de consolidation démocratique dans le sud de l'Europe (chute des dictatures en Espagne, au Portugal et en Grèce) entamée à la fin des années 1970 et dans les pays du cône sud de l'Amérique latine (Brésil, Argentine, Chili) dans la décennie suivante, a ouvert un espace politique pour un mouvement féministe qui a su se développer et enregistrer des gains importants. Les « Mères de la Place de mai» ont joué un rôle important dans la chute de la dictature argentine. Plus largement, les mouvements de femmes ont largement contribué à mettre en cause les pouvoirs responsables des atteintes aux droits humains.

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Il

Le rôle ambigu des institutions
Dans les années 1970, l'Organisation des Nations unies (ONU) avait un peu surpris en prenant l'initiative, suite aux pressions des Organisations non gouvernementales (ONG) féministes occiden-tales, d'une « année» et puis d'une « décennie» de «la» femme. Si, dans un premier temps, cette prise de position a contribué à donner une crédibilité aux revendications féministes et à favoriser leur développement ailleurs que dans les pays capitalistes avancés, les réseaux féministes internationaux ne se sont pas développés sans heurts (Druelle 2004). Il n'en reste pas moins que les forums des ONG, en marge des conférences de l'ONU, ont constitué des occasions importantes d'internationalisation des luttes féministes et d'échanges d'expériences entre les femmes des divers continents. Mais les progrès des féministes dans les institutions internationales semblent suivre le mode du « un pas en avant, deux pas en arrière ». Alors que la troisième conférence de l'ONU à Nairobi (1985) permettait aux féministes du Sud de prendre leur place et de préciser leur agenda politique, que la conférence de Vienne sur les droits humains reconnaissait cette évidence que les droits des femmes sont des droits humains, la conférence du Caire sur la population mettait en lumière que les intégrismes religieux (toutes religions confondues) entendaient bien se mobiliser contre la liberté reproductive des femmes. Un tournant se dessine lors de la conférence de Beijing sur les femmes en 1995. Le langage devient plus policé et l'on se contente de parler d'inégalités de genre. En même temps, on se lance dans la logique du mainstreaming des enjeux féministes qui n'est pas sans conséquence sur les politiques suivies par les États. En effet, plusieurs États, dans les années 1970, suite au développement de la deuxième vague féministe et aux pressions des organisations féminines plus traditionnelles, avaient mis en place divers mécanismes chargés soit d'enquêter sur la situation sociale des femmes, soit de corriger les discriminations

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présentes dans les lois, soit encore de suggérer des mesures en faveur de l'égalité entre les sexes. C'est ainsi que la plupart des États occidentaux ont réformé les lois du mariage allant dans le sens d'une égalité entre les conjoints (de sexe différent), ont rendu plus aisé l'accès au divorce, ont modifié leur législation concernant la contraception et l'avortement, ont instauré la mixité scolaire là où elle n'existait pas et ont mis en place divers mécanismes tendant à favoriser l'accès des femmes au travail rémunéré. Dans la foulée, on a vu se mettre en place des bureaux des droits des femmes ou d'autres organismes du même acabit qui fondaient leur existence sur le fait qu'il existait une discrimination systémique à l'encontre des femmes et que l'État avait la responsabilité de faire en sorte de la corriger. Une telle interprétation de la responsabilité effective des États dans la promotion de l'égalité entre les sexes découle d'ailleurs de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme adoptée par l'ONU en 1948 et ..sanctionnée par la plupart des États membres de cette organisation. C'est cela qui est remis en cause aujourd'hui, au nom du postféminisme. Dans certains cas, les structures étatiques ont tout simplement disparu. Dans d'autres, les organismes de «droits des femmes» ont été transformés en bureaux de l'égalité. À première vue, il semble qu'il n'y a pas vraiment de différence puisque les organismes de «droits des femmes» avaient la charge de promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes. Mais derrière ce changement de dénomination, il y a des transformations essentielles: exit désormais l'idée de la discrimination systémique à l'encontre des femmes au profit du constat de l'inégalité entre les sexes, ce qui fait que tantôt ce sont les femmes, tantôt ce sont les hommes qui font face à des situations d'inégalités, sans que la question des rapports de pouvoir entre ces deux groupes sociaux soit posée. Le danger d'une telle position n'est pas seulement théorique. Depuis plusieurs années aux États-Unis, on assiste à une attaque en règle contre les politiques d'action positive (affirmative

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action) sous prétexte qu'elles seraient discriminatoires. Au Canada, l'article 15.1 de la Charte des droits de la personne, qui interdit la discrimination fondée sur le sexe au nom du droit à l'égalité, a principalement été utilisé par des hommes pour invoquer des cas de discrimination, que ce soit pour contester les programmes d'action positive ou des décisions concernant la garde des enfants lors de divorces. Cette évolution n'est pas sans lien avec le développement du néolibéralisme à l'échelle planétaire. Celui-ci ne se limite pas à la mondialisation accrue et la financiarisation de l'économie, la remise en cause des lois protectrices du travail au nom de la flexibilité ou l'exploitation d'une nouvelle main-d'œuvre, principalement féminine dans un premier temps, dans les maquiladoras ou autres zones économiques franches. Il comporte aussi une vision du social qui se résume bien dans cette boutade de Margaret Thatcher «there is not such thing as society », ce qui signifie qu'on ne prend pas en considération les rapports sociaux. Exit donc les rapports sociaux de classe, de genre ou de « race» au profit d'un monde où il n'y a que des individus, dont certains sont certes mieux lotis que d'autres, qui n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes pour expliquer leurs malheurs ou leurs bonheurs.

L'autonomie matérielle remise en cause
Un des principaux acquis de la deuxième vague féministe a été de consacrer l'autonomie des femmes, tant sur le plan matériel que personnel ou symbolique. « Une femme sans homme c'est comme un poisson sans bicyclette» disait un slogan de l'époque dont le sens dépassait largement le milieu lesbien. Il montrait aussi l'absurdité de définir les femmes comme des êtres relatifs qui ne prennent de sens que rapportés à d'autres êtres; c'est là le sens de la fameuse altérité dénoncée par Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe. En revendiquant l'accès à l'emploi rémunéré, aucune femme ne cautionnait l'exploitation salariale ou la double journée de

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travail. Ce dont il était question d'abord et avant tout, c'est d'un accès individuel à l'argent et aux couvertures sociales, gage de l'autonomie personnelle dans une société marchande et dans l'État-Providence. Les transformations du marché du travail et des politiques publiques sous l'impact de la mondialisation néolibérale viennent largement éroder cette autonomie conquise souvent de haute lutte et de fraîche date. Dans le domaine de l'emploi, l'offensive néolibérale a affecté les femmes de diverses façons, selon les diverses zones économiques de la planète. Dans les pays de l'ancien bloc soviétique, ce qui a prévalu, c'est un chômage massif provoqué par le démantèlement des structures étatiques et la disparition de la garantie d'emploi (la fiction du plein emploi de l'ancien régime). Dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord, ce qui prévaut, c'est la précarisation, la tlexibilisation et le développement massif du temps partiel. Les emplois en contrat à durée indéterminée (CD!) sont en nette régression au profit d'emplois de plus en plus précaires et atypiques. Par ailleurs, la régularité de l'horaire de travail fait de plus en plus place à des horaires à la carte, rendant encore plus périlleuse la conciliation entre responsabilité parentale et emploi rémunéré. Les emplois offrant des bons salaires et des avantages sociaux intéressants se font de plus en plus rares, remplacés par des « petits boulots» précaires qui ne garantissent même pas de pouvoir échapper à la pauvreté ou de pouvoir se loger convenablement. Bref, l'emploi, quand il existe, est de moins en moins gage d'autonomie financière. Les femmes font également les frais de la remise en cause de la fonction publique et de l'État social et ce, à trois titres principalement. Comme travailleuses de ces secteurs, elles font face à une dégradation de leurs conditions de travail, quand ce n'est pas à la disparition pure et simple de leur emploi sous l'effet de la privatisation ou des mouvements de compression de personnel. Comme bénéficiaires de certains programmes sociaux, elles font également les frais de la disparition ou de la détérioration de ces programmes; l'exemple le plus criant est

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probablement le remplacement du welfare par le workfare dans plusieurs pays, mais on peut également mentionner la disparition de certains services, comme les services de garde des jeunes enfants dans les pays de type soviétique, essentiels à la combinaison des responsabilités familiales et de l'exercice d'un emploi rémunéré. Comme substituts aux services publics, les femmes doivent également assumer une part croissante des soins aux personnes dépendantes (enfants, personnes âgées, personnes handicapées, malades) du fait de la diminution de l'offre de service étatique. En outre, la mondialisation a considérablement développé la mobilité internationale de la main-d'œuvre domestique, principalement des femmes, qui se retrouvent souvent à la merci de leur employeur, lorsqu'elles ignorent la langue et la législation du travail du pays d'accueil. Ce secteur d'emploi se situe dans une zone grise de la migration internationale de la maind'œuvre, conjuguant les traits du salariat, du trafic international des femmes, de la servitude et quelquefois de l'esclavage sexue 1.

L'autonomie personnelle remise en cause
S'il n'est pas vraiment question de remettre en cause le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes, ni de l'égalité juridique des femmes mariées dans les pays occidentaux, dans ce domaine des reculs sont malgré tout enregistrés à la marge. Le Traité constitutionnel européen ne prévoyait pas de garantir le droit au divorce, même s'il s'élevait contre les mariages forcés. Par ailleurs, la possibilité d'avoir recours à des traditions juridiques autres que la loi générale pour établir les conditions financières des divorces et les gardes d'enfant, comme cela existe déjà en Ontario (Canada), fait craindre le pire pour certaines femmes, principalement pour les immigrantes venant de pays de religion musulmane. Cependant, le droit à la contraception et à l'avortement, élément décisif de l'autonomie personnelle des femmes, dans la

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mesure où cela permet de dissocier durablement « femmes» et « mères », est remis en question dans nombre de pays, sous l'impact des droites religieuses. En Irlande, au Portugal, en Pologne, au Chili, au Mexique et en Espagne, l'Église catholique mobilise contre la liberté d'avortement. Aux États-unis, les Églises protestantes font de même et reçoivent un soutien accru des autorités politiques fédérales et locales. Des voix s'élèvent même contre le pouvoir «indu» des femmes de contrôler leur fécondité et arguent en faveur des droits des pères putatifs. Une requête a même été présentée à la Cour suprême du Canada à cet égard, heureusement rejetée par cette institution. Mais la liberté d'avortement est toujours absente de la Charte européenne des droits. Par ailleurs, dans beaucoup de pays, la législation contient encore des dispositions qui font des femmes d'éternelles mineures, ne pouvant se passer de la tutelle d'un père, d'un mari ou d'un frère. Les mariages forcés, la polygamie, la répudiation, les mutilations sexuelles sont encore le lot de nombre de femmes. Dans certains pays, la liberté de déplacement des femmes est entravée de toutes sortes de façons, allant des contraintes vestimentaires à l'interdiction de prendre le volant d'une automobile. Dans plusieurs pays la possibilité pour les femmes d'échapper à l'institution du mariage s'amenuise. Ceci est lié aux mesures multiformes qui mettent en cause directement l' autonomie financière des femmes ou le service public dans le domaine des soins aux personnes. Sans compter tous les pays où les protections sociales minimales n'existent pas ou plus, l'État se déchargeant sur l'aide internationale de sa mission sociale. Dans tous les cas, c'est aux femmes qu'il revient le plus souvent de remplir un rôle de soutien. Qui doit réduire ses heures de travail, parfois quitter son emploi, pour prendre soin de ses vieux parents, d'un enfant handicapé ou de jeunes enfants? Mais ceci est également lié à la transformation des programmes de welfare en programmes de workfare, principalement en Amérique du Nord, mais aussi de plus en plus en

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Europe. Lorsque l'État ne propose plus des emplois suffisamment payés pour que les intéressé-e-s puissent penser échapper à la pauvreté, il n'a d'autre ressource que de conseiller fortement à une mère monoparentale de se trouver un conjoint qui puisse la prendre en charge ainsi que ses enfants. Les législateurs étasuniens ont même défendu la transformation du welfare en workfare dans ce pays en se posant comme les défenseurs des vraies valeurs familiales. Les violences contre les femmes sont également un phénomène de plus en plus remarqué. Difficile de dire si c'est imputable à une augmentation de ces violences proprement dites ou à une moins grande tolérance à la fois personnelle et sociale qui fait que ces violences sont nommées, comptabilisées et que, parfois, elles donnent lieu à une poursuite au pénal de leurs auteurs. Il n'en reste pas moins que l'ampleur du phénomène est alarmante et témoigne de l'atmosphère misogyne qui prévaut dans nombre de sociétés. Quant aux politiques concernant les immigrant-e-s et les réfugié-e-s, elles sont de plus en plus restrictives et habituellement teintées de sexisme. La réunification familiale est souvent interprétée comme la possibilité pour un travailleur immigré de faire venir sa femme et ses enfants, ce qui accentue leur dépendance par rapport au mari et père, puisque très souvent leur possibilité de séjour légal dans le pays d'immigration est liée au maintien du lien avec le demandeur du regroupement familial. Le statut de réfugié, dans la plupart des pays, ne tient pas compte des violences contre les femmes ou de la discrimination à l'égard des lesbiennes. Et il aura fallu attendre la guerre en exYougoslavie pour que le viol puisse être reconnu comme crime de guerre, alors que les témoignages écrits attestent qu'il se pratique au moins depuis la guerre de Troie.

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La montée des nationalismes religieux

et des conservatismes

En plus des remises en cause de l'autonomie acquise de haute lutte par les femmes, il est à remarquer que le développement des nationalismes de type xénophobe a largement contribué à essayer de ramener les femmes à un rôle purement privé de mères, quand ce n'est pas de poules pondeuses de la nation. Le phénomène a été particulièrement marqué en exYougoslavie mais il se fait sentir dans la plupart des pays de l'ancien bloc soviétique. Quant à la montée des conservatismes religieux, elle a pour effet de vouloir maintenir les femmes dans une position de sujétion et à l'intérieur d'une stricte délimitation des rôles féminins et masculins. Ces rôles sont définis comme complémentaires, ce qui est fortement teinté d'hétérosexisme, et surtout hiérarchisés. De plus, loi divine et loi naturelle se confondent pour assigner les femmes au féminin et les hommes au masculin. Dans les pays de l'ancien bloc soviétique, la double montée des nationalismes et des conservatismes religieux a eu pour effet de cantonner les femmes à un statut de « mère» et à rendre suspect celui de « travailleuse ». Le retour en force de l'Église catholique en Pologne s'est accompagné d'une campagne de dénonciation de l'avortement et en faveur des familles nombreuses. L'Église orthodoxe en Bulgarie, en Russie et en Roumanie a également mené campagne pour la restauration de la famille traditionnelle, entendre le retour au foyer des femmes qui travaillaient à l'extérieur. Mais dans plusieurs pays, c'est surtout le nationalisme qui a eu une influence majeure en assignant aux femmes un rôle dans la reproduction de la nation, gardiennes de l'authenticité nationale et cibles privilégiées de la haine de l'autre comme on a pu le voir dans les guerres de l'exYougoslavie alors que le viol des femmes de la nation « ennemie» a été utilisé systématiquement pour contrer l'authenticité de l'ennemi.

INTRODUCTION

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Aux États-Unis, la montée des conservatismes protestants s'est accompagnée d'une levée de boucliers contre l'avortement, la contraception, la sexualité hors mariage et l'homosexualitél. Tout cela au nom des valeurs familiales, c'est-à-dire de l'image d'un père pourvoyeur, d'une mère nourricière et de leur progéniture. L'avortement et la contraception sont perçus comme des outils qui contribuent à l'indifférenciation sexuelle, en ne soumettant plus l'exercice de la sexualité féminine à la crainte d'une grossesse non désirée, tandis que l'homosexualité est perçue comme une dégradation parce que « contre-nature ». On retrouve un discours similaire dans la hiérarchie catholique. En 2004, dans sa lettre sur les rapports entre les hommes et les femmes le cardinal Ratzinger, depuis monté en grade et devenu pape, se basait à la fois sur un discours anthropologique de l'invariant de la différenciation sexuelle pour condamner le féminisme, à l'origine d'une «guerre des sexes» et surtout I'homosexualité qui introduit une indifférenciation sexuelle et qui s'avère donc contre-nature. Lorsque le pape Paul VI a interdit l'usage de la pilule contraceptive aux catholiques et que le pape Jean-Paul II a préconisé l'abstinence sexuelle comme moyen le plus sûr d'éviter les maladies transmises sexuellement, l'Église catholique a connu une désaffection importante, notamment parmi les jeunes. Mais ces positions vaticanes ont aussi conforté les courants intégristes catholiques tels ceux présents dans l'organisation «pro-vie» violemment hostile au droit à l'avortement. Et d'un point de vue féministe, il importe de s'inquiéter de la montée des courants traditionalistes islamistes, tant dans les pays à majorité musulmane que dans une partie de l'immigration de plusieurs pays d'Europe. Le double standard sexuel qui en résulte pour les filles et les garçons, les violences éventuelles pour faire respecter ce double standard, la dichotomie entre la « mère» et la « putain », comme seules façons de
1 Lundi 23 janvier à Washington, plusieurs dizaines de milliers de manifestants contre le droit à l'avortement, ont reçu le soutien du président Bush.

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concevoir les femmes, qui en résulte, tout cela contribue à enfermer les femmes dans l'univers familial. À côté de ces discours religieux, il est un autre discours normatif qui renforce le dispositif de la différence hiérarchique des sexes et de l'hétérosexualité, c'est celui développé par certains psychanalystes. Au nom de l'invariant de la différence des sexes, de la nécessité de l'identité sexuelle stable et d'une Loi du Père laïcisée, ceux-ci nous assènent un discours pernicieux sur les identités sexuées qui relèveraient de la nature humaine et non de la construction sociale et seraient par conséquent intangibles. On ne saurait non plus passer sous silence l'impunité dont jouissent les meurtriers de femmes dans plusieurs pays, que ce soit lors des crimes dits «d'honneur» ou encore dans des situations comme celle qui prévaut à Ciudad Juarez au Mexique, où l'on peut parler de féminicide, Le. d'une violence de genre qui s'exerce principalement à l'égard de femmes travaillant dans les maquiladoras de cette zone frontière entre le Mexique et les États-unis. Comme quoi, les droits des femmes ne sont pas encore tout à fait des droits humains... Le développement des résistances des femmes

Il faudrait cependant se garder de penser que les femmes assistent passivement à toutes ces remises en cause. Le féminisme, que l'on donnait parfois pour mort à la fin des années 1980, a connu des développements importants et a induit des changements sociaux profonds partout sur la planète. La mondialisation de l'offensive anti-femmes a permis également la mondialisation des résistances, comme en témoignent la Marche mondiale des femmes, les luttes des femmes dans plusieurs pays tant du Nord que du Sud, la participation des femmes aux mouvements altermondialistes et la présence des femmes qui ont aussi été à l'origine de certaines transformations décisives dans le monde associatif ou dans le monde syndical.

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C'est d'ailleurs l'ampleur de ces résistances qui permet de comprendre pourquoi l'offensive antiféministe des dernières décennies n'a pas nécessairement conduit à des reculs majeurs dans plusieurs pays. C'est aussi ce qui a permis aux femmes d'améliorer leur situation dans certains cas. Car, outre les mouvements féministes organisés, plusieurs femmes sont entrées en ,résistance face à cette offensive patriarcale soit directement, soit indirectement, se battant pour ouvrir ou maintenir des écoles, pratiquant clandestinement des avortements, luttant contre les violences, aidant les travailleuses domestiques, etc. Les femmes ont souvent joué un rôle de premier plan dans les luttes syndicales pour la défense de l'emploi et pour l'équité salariale, en plus de se battre pour le maintien ou la création de services publics de qualité dont elles ont besoin. Les luttes se sont également développées sur la question des violences et on a pu voir des avancées significatives sur ces questions récemment en Espagne. Enfin, la stabilisation de la forme démocratique dans la plupart des pays d'Europe et d'Amérique a favorisé l'émergence de mouvements pour l'égalité des femmes dans la représentation politique. Un des objectifs de ces mouvements, c'est la possibilité d'utiliser l'appareil d'État pour réguler les rapports sociaux de sexe et faire en sorte que l'État promeuve l'égalité entre les sexes et mette en place des programmes sociaux permettant d'y parvenir.

Un tableau d'ensemble contrasté
Les contributions qui suivent permettent à un public de nonspécialistes de prendre connaissance de l'évolution de la situation des femmes, de l'état des rapports de forces entre conservateurs et féministes dans diverses sociétés sur deux

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continents: l'Amérique (du Nord et du Sud) et l'Europe (de l'Est et de l'Ouest), dans leur diversité2. Diane Lamoureux ouvre ce livre par un tableau précis et contrasté des nouveaux visages de l'antiféminisme en Amérique du Nord qui combine à la fois une description détaillée des rapports de force et une analyse théorique qui permet d'éclairer la réflexion d'ensemble qui court tout au long de cet ouvrage. Elle distingue deux types d'antiféminisme. Un antiféminisme anti-égalitaire qui s'est développé aux États-Unis depuis l'arrivée de Reagan aux affaires, au début des années 1980 et d'un gouvernement conservateur au Canada en 1984. Cet antiféminisme prend la forme d'un « conservatisme» arc-bouté sur la défense des valeurs familiales traditionnelles, qui prend appui notamment sur la mobilisation de forces religieuses intégristes. Cet antiféminisme est d'autant plus virulent aux États-unis et au Canada hors-Québec que le mouvement féministe y est « faible et dispersé ». Au Québec, par contre, « l'antiféminisme prend la forme du masculinisme, sorte de mouvement de défense des hommes victimes». Face à un mouvement féministe «structuré», l'antiféminisme tente alors de remettre en cause les acquis du féminisme, non pas de manière frontale mais en contestant «l'existence du sexisme comme système social inégalitaire», en se présentant comme une simple force de rééquilibrage face au pouvoir jugé «excessif» des femmes aujourd'hui. Selon Diane Lamoureux le backlash est incontestable, dans cette région du monde. Les trois autres chapitres concernent la partie latine de l'Amérique. Sophie Stoffel nous propose une analyse toute en nuances sur les «paradoxes de la démocratisation chilienne» et l'enlisement du mouvement féministe dans les années 1990. Après les années de dictature au cours desquelles les féministes et le mouvement des femmes ont été très actifs, la mise en place
2 L'absence d'articles sur l'Afrique ou l'Asie dans ce volume, ne témoigne pas de notre désintérêt pour la situation des femmes et des mouvements féministes dans ces régions du monde mais de la nécessité de faire des choix ainsi que des limites de nos contacts universitaires.

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de gouvernements civils de centre gauche et la création d'un Service national de la femme (SERNAM) depuis 1991, ont permis une certaine prise en compte des demandes émanant du mouvement des femmes. Comme au Brésil, cette institutionnalisation s'est traduite par une certaine «diversification», voire une «atomisation» des féministes, partagées entre plusieurs stratégies, les plus modérées défendant une certaine « autocensure» à l'égard des revendications féministes les plus radicales, comme celles mettant en cause le modèle de la famille traditionnelle. Cette autocensure s'explique, selon l'auteure, par la crainte de mettre en danger la coalition gouvernementale rassemblant les démocrates-chrétiens et les socialistes et par la «peur d'un retour aux temps dictatoriaux». Pour Sophie Stoffel, par-delà les limites de la transition, les difficultés majeures du mouvement féministe chilien découlent toujours du pouvoir considérable du «secteur conservateur de l'Église catholique (dont l'Opus Dei)), de l'emprise du «modèle néolibéral et juridique hérité de Pinochet» et de « la monopolisation de la presse par les secteurs de la droite ». Marie France Labrecque centre son analyse sur les meurtres de femmes dans la ville de Juarez au Mexique3, où près de 400 cadavres de femmes assassinées, violées et mutilées ont été retrouvés depuis 1993. Il s'agit pour l'auteure et les associations de défense des droits humains, comme Amnesty international, d'un véritable féminicide, resté à ce jour totalement impuni. Marie France Labrecque met ces assassinats en rapport avec les caractéristiques socioéconomiques de cette ville: «Ciudad Juarez se caractérise par la présence d'un important cartel de la drogue, qui règne en maître sur la ville, y compris sur certains corps policiers. La ville est aussi marquée par la présence d'un nombre exceptionnellement élevé de maquiladoras (usines transnationales d'assemblage) qui ont eu une
3 Ce chapitre a été rédigé avant la parution en France du premier livre consacré à ces meurtres de femmes.

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préférence marquée pour la main-d'œuvre féminine mais qui, surtout, ont pu accaparer une grande partie des ressources normalement destinées aux infrastructures, y compris aux mesures de protection des travailleurs et travailleuses, pour les mettre à leur propre service ». Ses conclusions sont sans appel: « Ciudad Juarez est pratiquement livrée aux intérêts du crime organisé et des compagnies internationales ». En définitive, elle met en cause la « démission» de l'État mexicain et se pose la question de savoir «si le premier meurtrier n'est pas, après tout, l'État lui-même ». Dans le chapitre suivant, Maria Lucia da Silveira présente un bilan détaillé du mouvement féministe brésilien au cours des années 1990, une décennie d'« avancées et d'impasses ». Comme nous le rappelle l'auteure, les féministes et plus largement les femmes impliquées dans les partis, les syndicats et les mouvements populaires ont largement contribué au processus de démocratisation du Brésil dans les années 1980 qui a été sanctionné par l'adoption d'une nouvelle constitution en 1988. Cette période fut également celle au cours de laquelle les féministes se sont battues pour faire reconnaître leurs revendications. Ces dernières portaient principalement sur le droit à l'avortement et à la contraception, le droit à la santé, la lutte contre les violences faites aux femmes, leur place dans la vie politique, etc. En comparaison avec les dix années précédentes, le bilan de la décennie 1994-2005 est moins enthousiasmant. Comme au Chili, au cours des années 1990, le mouvement des femmes a dû faire face à un processus d'institutionnalisation qui l'a en partie paralysé et au développement des politiques néolibérales qui ont aggravé les conditions de vie et de travail des milieux populaires, et des femmes en particulier. L'auteure conclut son article en évoquant la mobilisation des travailleuses rurales en 2001 et 2003 pour l'accès à la terre et la réforme agraire promise par le président «Lula », ainsi que le succès de la Marche mondiale des femmes à Sao Paulo en mars 2005, en faveur du droit à l'avortement et pour un autre monde.

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La deuxième partie de l'ouvrage porte à la fois sur l'Europe orientale et occidentale. Comme dans l'ensemble des pays de l'ancien bloc soviétique, en Pologne, la marche forcée vers l'économie de marché s'est traduite par une augmentation brutale du chômage, en particulier celui des femmes. Comme le montre très bien Monika Wator, la «délégitimation» de l'activité professionnelle des femmes est d'autant plus forte que l'État polonais s'est désengagé financièrement des services collectifs, notamment des crèches qui sont «à l'abandon ». Comme le rappelle l'auteure, le modèle de la « Matka polka» (Mère polonaise), lié à l'histoire nationale du pays, a toujours été très enraciné dans les représentations collectives. Dans ce pays l'influence de l'Église catholique, qui sort renforcée des dernières élections de l'automne 20054, pèse aussi lourdement contre l'autonomie des femmes. Le chapitre suivant consacré à la situation en Bulgarie met également en évidence l'aggravation des discriminations subies par les femmes, notamment sur le plan professionnel, au cours des quinze dernières années. En effet, pour les femmes bulgares, comme pour leurs consœurs polonaises ou russes, l'entrée dans l'économie de marché se paie au prix fort. Certes, la situation antérieure était loin d'être rose. Katia Vladimirova rappelle le décalage considérable qui existait entre le discours pseudo-égalitariste développé par l'ancien régime et la réalité d'une division traditionnelle des rôles et du travail domestique. L'auteure montre bien aussi comment, par le biais de la scolarisation et une formation professionnelle de haut niveau, les jeunes nés après la Seconde guerre mondiale, notamment les filles, ont connu malgré tout, des possibilités de «promotion sociale» inespérées comparées à celles réservées antérieurement à leurs parents, ouvriers dans l'agriculture ou l'industrie. Cet alliage entre un modèle patriarcal traditionnel et le
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Tant les législatives que les présidentielles ont été remportées par le parti

Justice et Foi qui regroupe les intégristes catholiques.

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développement de l'activité professionnelle se traduisait pour les femmes par une double journée de travail particulièrement lourde. Katia Vladimirova montre enfin que le nouveau discours libéral de « l'égalité des chances» contraste avec les difficultés croissantes des femmes à pouvoir occuper un emploi leur assurant l'autonomie matérielle. Cette rhétorique est encore plus éloignée de la mise en œuvre de mesures conduisant vers l'égalité effective entre les hommes et les femmes que le discours convenu antérieur d'une émancipation vidée de tout contenu réel. Dans le chapitre qu'elle consacre à la situation irlandaise, Marie-Jeanne Da Col Richert témoigne de la montée des forces antiféministes dans un pays - l'Irlande - connu pour ses succès économiques depuis son entrée dans l'Union européenne en 1973. Si les féministes, aux côtés d'associations de femmes plus modérées sont parvenues à faire «nettoyer» la législation de ses articles les plus rétrogrades concernant l'emploi ou le statut des femmes mariées, elles ne sont jamais parvenues à faire reconnaître le droit à l'avortement. Elles se sont heurtées à cette occasion à la fois à l'Église catholique très influente en Irlande (comme en Pologne), ainsi qu'au souci de maintenir une forme de «consensus» de la part des forces politiques et des associations féminines modérées majoritaires. On retrouve là des ingrédients conduisant à la stérilisation de la vie politique également décrits par Sophie Stoffel à propos du Chili. L'auteure présente par ailleurs les thèmes favoris de la rhétorique antiféministe, particulièrement virulente depuis dix ans, que l'on retrouve plus largement dans le monde anglosaxon. Les trois derniers chapitres du volume sont consacrés à la France. Leurs angles d'approche et leurs tonalités sont volontairement assez différents. Dans le premier, Jeanne Fagnani mène une comparaison détaillée des politiques familiales mises en œuvre depuis la Seconde guerre mondiale par la France et l'Allemagne, dans ses deux composantes (Ouest : ex-RFA et Est: ex-RDA). Au-delà de certains traits

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