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Le Procès de l'absurde

De
242 pages

Belko est un jeune avocat brillant. Il est empêtré dans une affaire complexe, une histoire vieille de 26 ans, l’assassinat d’un fou sous un pont d’Abidjan. Une affaire qui lui tient particulièrement à cœur, car il connaissait ce marginal pas comme les autres . Pour résoudre cette enquête sans précédent, Belko doit user de tout son talent d’avocat... et faire appel à un témoin oculaire alors âgé de 14 ans, atteint de troubles de mémoire et hospitalisé à Paris...


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Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01824-6

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

Un fou est assassiné…

26 ans après, une enquête est menée, le procès s’ouvre…

Un adolescent de 14 ans est appelé à la barre comme témoin oculaire…

Dédicace

 

« Je voudrais remercier le Dr Ibrahima Fanny et ma petite nièce Ramatou Baradji, pour leurs observations et encouragements à la suite de la première relecture de ce roman. Mes remerciements vont également à Mme Fatou F. Coulibaly, juriste, pour ses conseils avisés ».

1- Ma photo pour ma biographie

Le texte de ma biographie est le même que celui que j’ai produit pour mon 1er roman « L’AMOUR 4è DIMENSION »

Et ci-dessous :

Une idée de l’image de la couverture à réaliser par vos graphistes :

Cette couverture comprendra entre autres, selon l’inspiration de vos créateurs de e-cover, impérativement l’image d’une Balance avec

Le plateau de gauche (le passé) plus bas que le plateau de droite qui supporte un bonhomme

Stylisé avec un “ ?” au-dessus de la tête.

Cette image est plus en adéquation avec le titre du roman ; l’absurdité y est évidente parce que le plateau (gauche) de la balance sans aucun poids visible semble plus lourd que le plateau (droit) qui comporte un poids bien visible (le bonhomme qui pourrait être le témoin oculaire).

L’ensemble de cette image est présenté comme un véhicule qui navigue (effets graphiques du mouvement) dans un ciel étoilé, entre les météorites (qui représentent les écueils de la vie), pour traverser le temps (de la gauche vers la droite).

Ci-dessous une représentation “grossière” de la couverture, à peaufiner par vos graphistes.

Cordialement

SM BARRY
Mob : 225-01191199 / skype : sm.barry

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1

Octobre 2034…

Au premier jour de la rentrée scolaire, les étudiants dans la cour de l’Université d’Abidjan allaient et venaient, certains avec leurs cartables sous l’aisselle, d’autres tenant le leur à bout de bras. D’autres encore portaient un sac à dos bien accroché aux épaules par les sangles de soutien. Ils étaient diversement habillés. Les tenues occidentales faisaient bon ménage avec les tissus africains tels que le bogolan (1), le tanni (2), et le kita (3) ; certains portaient des jeans en patchwork avec des morceaux de pagne africain plaqués en guise de poche. La tenue des filles était plus soignée ; la majorité d’entre elles arboraient le style occidental.

Chacun rejoignait sa salle de cours. Un jeune étudiant, Belko, bel homme à la peau noire luisante, double menton, avoisinait le mètre quatre-vingt-dix. Les mains dans les poches, il marchait allègrement en compagnie d’une jeune fille, Danielle. Cette dernière, de teint clair, avec de grands yeux marron, des cheveux noirs brillants et longs, tenait ses livres et ses cahiers serrés contre sa poitrine généreuse. Ils se dirigeaient tous deux vers une salle de classe. À quelques mètres de l’entrée, ils se séparèrent. Danielle franchit le seuil de la porte. Et Belko pressant le pas pour rattraper le retard accusé dans des causeries galantes, fut rejoint par une autre étudiante. Ils échangèrent un sourire complice qui les conforta mutuellement. Ils franchirent le pas de la porte de leur classe, Belko occupa un siège au fond de la salle, à côté d’un autre étudiant.

Le professeur, Monsieur Guignou, un expatrié français, la quarantaine passée, taille moyenne, les yeux vert bouteille et les cheveux châtains, était déjà là, face aux étudiants. Le cours avait commencé. Au tableau était écrit le sujet du cours : « LES CRIMES CÉLÈBRES IMPUNIS DE L’HISTOIRE CONTEMPORAINE ». C’était le prélude au cours de criminologie. Le professeur en citait quelques-uns :

« N’oublions pas l’affaire du meurtre du Président Kennedy qui n’a jamais été élucidée depuis1963, année de son assassinat. »

Un élève leva la main et le prof acquiesça de la tête.

« Si on avait mis l’inspecteur Colombo dessus, l’affaire Kennedy serait résolue depuis longtemps ! »

Il s’ensuivit des éclats de rire, et le professeur esquissa un sourire. La jeune fille venue en retard leva le doigt. Le prof lui donna la parole et elle se leva pour s’exprimer :

« Il y a aussi le cas du pasteur Martin Luther King qui a été assassiné en avril 1968 à… »

Le prof lui coupa la parole.

« Si vous étiez venue à l’heure, vous auriez su qu’un de vos camarades en avait déjà parlé. »

Puis il se leva de sa chaise, prit un feutre sur la table et allait se retourner pour faire face au tableau quand le jeune Belko claqua des doigts…

« Encore un retardataire ! Oui Belko !

– C’est tout pour les crimes impunis ?

– Vous êtes là pour y répondre. C’est difficile de les citer tous. Seuls les cas célèbres qui ont défrayé la chronique nous intéressent dans le cadre de ce cours. Vous en connaissez d’autres ?

– Sans aller chercher loin, dans notre ville ici, il y a 20 ans de cela, un crime a été commis et l’affaire est restée sans suite. Elle a fait la une des journaux de l’époque.

– Hum ! De quel crime s’agit-il ? fit le prof, dubitatif, avant de déposer le feutre pour s’appuyer sur la table, les poings fermés, le front plissé, l’air perplexe, tout ouïe.

– Vous n’avez sans doute pas entendu parler du crime perpétré contre la personne d’un fou sous le premier pont de la Lagune Ebrié, dans notre capitale.

– Uuun fou ? » dit le prof interloqué par cette réponse inattendue.

À cet instant précis, les élèves qui n’étaient pas encore concentrés sur le cours, ou ceux qui bavardaient, sursautèrent pour prêter l’oreille.

« Oui, un fou que j’ai connu, ou plutôt un soi-disant fou. »

Le prof et les élèves éclatèrent de rire, d’un rire sarcastique.

« Tu étais à peine né, fit remarquer le prof.

– Je n’étais pas encore né ! »

Des éclats de rire fusèrent de partout dans la classe. Très vite, ces rires firent place à un sentiment de crainte. Et le prof de traduire tout haut ce que toute la classe pensait tout bas.

« Est-ce que ça va là-dedans ? lança le prof à l’adresse de Belko, tout en tapotant à plusieurs reprises la tempe.

– Ça va là-dedans ! Je ne me suis jamais porté aussi bien qu’aujourd’hui, affirma Belko, tout en imitant le geste du prof.

– C’est une histoire de fous que tu nous racontes là, fit le prof d’un air un peu condescendant.

– C’est bien une histoire de fou puisqu’il s’agit d’un fou qui a été tué ! »

Le prof, vexé par cette évidence exprimée sur un ton ironique, lui intima l’ordre de s’asseoir, ce à quoi Belko ne put se résoudre et insista pour continuer son histoire.

« J’étais sur les lieux du crime quand cela est arrivé.

– Tu vas la fermer à la fin ! Tu veux nous faire croire que tu as assisté à une scène alors que tu n’étais pas encore de ce monde ! »

Belko, ne réalisant pas l’énormité de ses assertions, ne se rendit pas compte de l’effet bouleversant de ses propos sur le prof et ses camarades de classe. Il continua de parler.

« Vous ne pouvez pas comprendre. Des fois, j’ai du mal à dissocier…

– Ah oui ! ça suffit comme cela. Nous, nous n’avons aucun mal à dissocier la fiction de la réalité. Tu ferais mieux de voir un psychiatre », coupa sèchement le professeur.

Le silence de ses camarades profondément tristes le perturba quelque peu, et l’amena à s’asseoir. Son voisin de table déménagea séance tenante sur la table voisine. Belko se retrouva seul, la tête prise entre les deux mains, les coudes appuyés sur sa table. Puis brusquement, il se leva pour dire avec force :

« Vous ne pouvez pas comprendre, mais il faut que justice soit faite et elle sera faite un jour. »

Le prof, très irrité…

« Belko ! Pour la énième fois, de grâce arrête. La plaisanterie a assez duré. Dehors ! Sinon ce sera avec une camisole de force. »

Belko s’exécuta sans se faire prier davantage. Sur le pas de la porte, il se retourna et jeta un dernier regard sur ses camarades de classe en espérant croiser le regard compréhensif de quelques-uns d’entre eux, ce qui l’aurait réconforté. Ils avaient tous le même regard fuyant. Belko s’éloigna et alla se mettre sous un arbre, quelque part dans la cour de l’université.

À la fin de son cours, Danielle allait rejoindre Belko comme à l’accoutumée. Elle était postée devant l’entrée et ne vit point son compagnon. Un étudiant se rapprocha d’elle et lui susurra à l’oreille.

« Si c’est Belko que tu cherches, il est devenu fou !

– Si c’est un canular, ce n’est pas drôle du tout ! Il y a une heure, il était sain d’esprit.

– Eh bien, sache que depuis un quart d’heure, il ne l’est plus. Tiens ! Regarde, il est là-bas, seul sous l’arbre, comme un pestiféré », dit l’étudiant tout en pointant le doigt dans la direction de Belko.

Tandis que Danielle se précipitait dans cette direction pour rejoindre Belko, un autre étudiant vint le chercher pour le conduire au bureau de l’intendance. Les autres camarades prenaient la tangente, évitant de le rencontrer. Les commentaires allaient bon train dans la cour de récréation. Comme une traînée de poudre, la nouvelle se répandit dans toute l’université.

Belko était à présent dans le bureau de l’intendant.

« Ça va Belko ? lui demanda l’intendant, tout en lui faisant signe de s’asseoir, lui-même étant à une distance respectable de la largeur d’une table en bois massif imposant.

– Oui ! Ça va monsieur l’intendant. Je ne voudrais plus qu’on parle de cette histoire qui est entrain de me porter préjudice.

– Ça va Belko ? réitéra l’intendant pas très sûr de l’état de santé mentale de Belko compte tenu de ce qui lui avait été rapporté par son professeur de criminologie.

– Je vous ai répondu que ça va et je suis en forme pour suivre le cours de balistique, monsieur l’intendant.

– Aaah non ! Tu ne pourras pas assister au cours de balistique ni à aucun autre cours aujourd’hui. Tu dois te reposer. Ta mère viendra bientôt te chercher.

– Quoi ! Vous avez osé raconter des sornettes à ma femme ? »

Danielle était derrière la porte entrouverte ; elle l’entendit et se sauva aussitôt toute bouleversée. La mère de Belko manqua d’être renversée par le mouvement réflexe de Mlle Danielle qui s’enfuyait. Quant à l’intendant, surpris par les paroles de Belko, lesquelles achevèrent de le convaincre sur son état mental, il ironisa :

« Aaah ! Tu es marié maintenant. Bon ! Va rejoindre ta femme ! Ta mère est là pour te ramener à la maison. »

Quand Belko se retourna, il vit sa mère sur le pas de la porte, les bras ouverts tendus vers lui. Il se jeta dans ses bras en essayant de l’embrasser sur la bouche. Sa mère esquiva ce geste inconvenant, sans être vexée pour autant :

« Allons ! Mon fils, ressaisis-toi ! Tu n’es pas ton père voyons ! »

Puis, elle se détourna de Belko pour s’adresser à l’intendant :

« Merci monsieur l’intendant. Il a besoin de se reposer, il pourra bientôt reprendre les cours. »

Sur ces paroles apaisantes à l’endroit de l’intendant, la mère de Belko sortit avec son fils. L’intendant se tint sur le pas de la porte, les mains dans les poches, et lança :

« En tout cas, je l’espère bien pour lui car c’est un élève très brillant ! Ce serait vraiment dommage que tant d’intelligence soit gâchée à cause d’une histoire de fou. »

La mère de Belko se retourna pour acquiescer de la tête, et répliquer :

« C’est pour bientôt ! Il n’est pas malade, il est tout simplement surmené.

– Maman, tu crois à ce qu’ils disent ?

– Non Belko ! Je sais de quoi il retourne. Tu tiens toujours à venger ton ami le fou ?

– Oui maman, plus que jamais !

– Tu auras du pain sur la planche. Personne ne voudra te suivre dans cette histoire qui frise l’extravagant.

– La Vérité m’aidera.

– Espérons-le. Mais… promets de ne plus parler de cette histoire au premier venu. »

Belko et sa mère marchèrent en direction du parking où était garée une petite voiture japonaise à bord de laquelle ils prirent place. Sa mère était aux commandes, elle manœuvrait pour quitter le parking et sortir de l’université. Belko se retourna comme par réflexe de quelqu’un qui se sentait épié, et s’aperçut qu’un groupe d’étudiants était là, debout, en train de les observer. Il sortit la main pour l’agiter en signe d’au revoir. Quelques mains se levèrent dans le groupe, guère plus hautes que les épaules, et s’agitèrent timidement pour rendre à Belko son geste amical.

La japonaise était maintenant lancée à vive allure sur la grande voie qui menait au centre-ville.

« Tu me déposes à mon garage, je vais récupérer ma « dodoche ».

– Qu’est-ce qu’elle a cette vieille caisse ?

– Problème de freins !

– Ce n’est pas étonnant avec l’âge qu’elle a. Il serait temps qu’on la change.

– C’est un héritage de mon père, tu le sais bien ! Je la garde en souvenir des meilleurs moments que nous avons passés ensemble, le jour de notre mariage. »

Belko regardait sa mère qui soutenait son regard qui se faisait insistant… Deux jeunes mariés étaient à bord d’une 2CV décorée avec des guirlandes et des fleurs. Ils étaient confortablement installés à l’arrière et se regardaient amoureusement, les yeux dans les yeux. La mariée, c’était la mère de Belko, plus jeune, le visage ovale, les traits fins, le teint clair.

Le jeune marié portait au majeur de la main droite, une bague en argent, marquée des initiales bB en or. Il avait une balafre sur la joue gauche. Il leva le voile blanc de la mariée pour dégager son visage et lui donna un baiser sur la bouche. Un photographe qui se tenait là ne manqua pas de figer cette image sur la pellicule. Le baiser était tellement appuyé sur les lèvres de la mariée que les siennes en furent tachées de rouge.

Cette image qui devint une belle photo encadrée, trônait sur le bureau de Belko, à côté d’un ordinateur. Sally, la sœur aînée de Belko aux fossettes charmeuses sur les deux joues d’un visage rond, était confortablement installée dans le bureau en train de pianoter sur le clavier de cet ordinateur ; elle préparait un devoir de français à soumettre à ses élèves…

La japonaise était à présent à un feu rouge. Quand la mère de Belko tourna à nouveau la tête, elle s’aperçut que son fils continuait à la regarder fixement.

« Allons Belko qu’est-ce qui t’arrive ? Tu disjonctes réellement ! »

Pour toute réponse, Belko se contenta de lever la main droite pour saisir le rétroviseur intérieur afin de l’ajuster pour se mirer. Quand un chauffeur qui les suivait sur la voie rapide klaxonna nerveusement, ils sursautèrent. La mère de Belko retrouva son calme et se concentra sur sa conduite. Quant à Belko, il tira sa langue qui frétillait entre ses lèvres légèrement écartées et ignora le chauffeur indélicat qu’il venait de narguer par cette mimique enfantine. Puis, il tint fermement le rétroviseur intérieur de la main gauche, face à lui, et se mit à frotter vigoureusement ses lèvres avec deux doigts de la main droite, pour tenter d’y enlever quelque tache indésirable. Ce geste n’échappa pas à sa mère qui réagit.

« Tu vas me dire enfin ce qui ne va pas ?

– Non ! Ce n’est rien. J’avais l’impression d’avoir du rouge sur mes lèvres.

– Il viendrait d’où ce rouge ?

– De notre passé lointain.

– Je me demande finalement si l’intendant n’avait pas eu raison de te donner ce repos forcé. »

Au garage, la « dodoche » de Belko était sur cales. Après avoir échangé quelques mots avec le garagiste, il comprit que sa voiture ne descendrait pas sur ses roues de sitôt. Il avait une préoccupation qu’il soumit à sa mère.

« Je compte faire sortir Foulkir, pour aller prendre une glace…

– C’est vrai qu’aujourd’hui il ne va pas à l’école. Ça lui fera certainement plaisir. Il est si gentil ce garçon.

– Je voudrais t’emprunter ta voiture pour faire cette course…

– Oui bien sûr, mais fais attention ; ce n’est pas une 2CV. Et puis… évite de parler de ton histoire de fou au petit Foulkir. »

Belko et Foulkir étaient à présent à bord de la japonaise.

« Pourquoi tu n’as pas été au cours aujourd’hui ?

– J’ai eu des problèmes d’incompréhension avec mon prof de criminologie.

– Et alors ?

– Alors, ils me disent d’aller me reposer à la maison.

– Parce que tu serais fatigué ?

– Parce que je serais surmené, selon eux. »

La japonaise roulait silencieusement sur une grande voie bitumée. Belko la conduisait de main de maître, traversant ponts et échangeurs. Le long des routes défilaient des immeubles imposants par leur hauteur.

Belko se garait à présent sur le parking de l’un des meilleurs hôtels de la ville d’Abidjan, l’hôtel Ivoire.

« Descends Foulk, nous sommes arrivés ! »

Belko aimait appeler Foulkir par ce diminutif de sa trouvaille. Il éprouvait tant de sympathie et d’amitié à l’égard de ce jeune garçon de 8 ans. Tous les deux marchèrent côte à côte et franchirent le portail de ce grand hôtel luxueux où grouillait toujours du monde. La plupart étaient des hommes d’affaires et des touristes. Cet établissement abritait également des manifestations culturelles et autres activités promotionnelles de grands artistes peintres qui venaient y exposer leurs œuvres.

« As-tu déjà visité cet hôtel ? demanda Belko à son jeune ami.

– Oui, une fois avec mes parents. C’était à l’occasion de la remise des prix de mon école. J’avais raflé tous les prix de la première place. »

Belko tapota l’épaule de son jeune ami en guise de félicitations. Ils étaient à présent devant le comptoir du glacier. Foulkir pointa du doigt les glaces qu’il voulait avec les parfums de son choix. Belko fit de même… Les deux étaient maintenant assis en équerre, devant leur coupe de glace.

« Qu’est-ce que tu comptes faire pendant ce repos forcé ?

– À ma place qu’est-ce que tu ferais ?

– Je reviendrais ici tous les jours prendre une glace.

– Ça, je n’en doute pas, mais… je vais me reposer… comme on me l’a recommandé.

À la maison des Belko, Sally était en conversation avec sa mère.

« Qu’est-ce que Belko va faire maintenant dans cet état ?

– Pour son état ne t’inquiète pas, ce n’est que passager. Tel que tu le connais, il va refuser de voir un psychiatre comme l’a exigé l’université.

– Cela serait-il une décision sage ?

– Ton frère, quand il s’engage dans une voie, on ne peut pas l’en détourner ! »

Sally fit un geste approbateur de la tête, et sa mère continua de parler :

« Je suis donc entrain d’envisager son départ pour la France. Mon frère Samuel serait heureux d’être son tuteur là-bas. »

Au glacier de l’hôtel…

Juste une petite allée séparait le glacier d’une librairie. Foulkir avait l’attention fixée sur l’intérieur de la librairie où des clients faisaient la queue devant une caissière. Parmi ceux-ci, une femme habillée d’un grand boubou bleu au col et aux manches brodés, tenait par la main une petite fille portant des couettes sur la nuque, et qui souriait, la tête tournée vers le glacier.

Belko se rendit compte que l’attention de Foulkir était ailleurs et suivant son regard, il tourna lui aussi la tête et aperçut la petite fille au sourire angélique. Il lui rendit son sourire et se tourna vers Foulkir :

« Foulk ! »

Foulkir resta silencieux. Belko qui l’interpella de nouveau :

« Foulk ! »

Belko jeta un coup d’œil sur sa montre et fit signe au garçon de service de venir, puis se tourna encore vers Foulkir.

« S’il y a quelque chose dans cette librairie qui t’intéresse, dis-le-moi. Si je peux te l’offrir, je n’hésiterai pas.

– Oui certainement ! Regarde comme elle est belle ! »

La petite fille, convaincue qu’elle était l’objet de tant d’admiration, trémoussait sur place dans sa petite jupe rose.

« Peut-on savoir ce qui te subjugue tant dans cette librairie ?

– Oui bien sûr ! Suis-moi Belk ! »

Foulkir était le seul à appeler Belko ainsi. Ce diminutif était sa trouvaille et exprimait tout l’attachement qu’il avait pour son grand ami dont l’âge se situait très loin après le sien ; douze ans d’expérience intellectuelle et psychologique les séparaient, un gap non négligeable, et pourtant, ils se plaisaient toujours l’un en compagnie de l’autre. Et joignant le geste à la parole, Foulkir se leva de table pendant que Belko réglait la note. Ils quittèrent le glacier et entrèrent dans la librairie. Foulkir s’arrêta au niveau d’une étagère où étaient exposés des livres. Il en prit un sur l’étagère et le tendit à Belko.

« Voilà l’objet de mon admiration. Elle est belle n’est-ce pas cette photo ?

– Assurément waih. Tu veux devenir pilote de chasse ? »

Foulkir ne dit mot. Il avait les yeux rivés sur la couverture qui comportait la photo de plusieurs avions de chasse, sur fond d’étoiles scintillantes. Ils sortirent de la librairie avec un paquet en main. Belko regarda sa montre de nouveau. Pour sortir de l’hôtel, Belko et son jeune ami passèrent devant les galeries dont les portes étaient ouvertes sur l’allée de circulation.

« La prochaine fois on fera une sortie avec ma dodoche. Elle n’est pas aussi solide que cette japonaise, mais tu apprécieras son confort dandinant. »

Belko observa un silence, laissant le temps à Foulkir de réagir. La réaction ne venant pas, il continua de parler.

« Le zoo. Ça te plairait ? »

Foulkir ne réagissait toujours pas. Belko se retourna et ne vit point de Foulkir. Un peu affolé, il rebroussa chemin en jetant un coup d’œil dans chacune des salles ouvertes le long de l’allée, non sans bousculer les personnes qu’il rencontrait sur son passage.

Dans la galerie de présentation des tableaux d’un peintre africain, Belko vit du monde. Parterre, il remarqua un emballage qui semblait contenir un livre. Il reconnut le paquet-cadeau qu’il venait d’offrir à Foulkir. Il s’avança donc vers le groupe de personnes qui étaient debout et admiratives devant un tableau accroché au mur…

Le vent soufflait en soulevant la poussière, et avec elle, des touffes de paille et des morceaux de feuilles mortes tombées de quelques arbres, disséminés sur une étendue de plaine où se dressait un campement, dans un paysage de savane.

Une case ronde au toit conique en paille tressée se dressait là. Une tête baissée s’engagea dans une petite ouverture qui tenait lieu de porte. Un homme en sortit et se dressa, la tête droite, enturbannée, la bouche et le nez protégés d’une partie de ce turban. La poussière tourbillonnait au gré du vent qui sifflait de plus en plus fort. Il balaya du regard la rangée de cavaliers qui se tenaient là, en arc de cercle, au-delà d’un mur de paille qui les séparait.

Un palefrenier conduisit un cheval tout blanc devant cette case. L’homme y monta, en prenant appui dans les mains croisées du palefrenier qui avait fléchi les genoux, le buste légèrement penché en avant. Ce cavalier fit quelques pas sur le dos de son coursier, en s’éloignant de sa case. Un autre cavalier monté sur un cheval noir le rejoignit. C’était son griot, son compagnon inséparable. Un autre cheval, en lieu et place du cavalier portait des bagages bien ficelés sur le dos. Le griot tenait ses rênes pour le guider. Huit cavaliers, officiers de la garde rapprochée du souverain noir, prirent position autour d’eux.

Une troupe de cavaliers, des sofas, les suivaient en trottant à quelques mètres de distance. Les cases qui avaient abrité cet homme et son armée, furent brûlées. Des colonnes de fumée montèrent dans le ciel et l’assombrirent. Le palefrenier enfourcha son cheval. Un jeune homme s’installa sur la croupe et s’accrocha de ses deux mains à ses épaules. À présent, toute cette cavalerie s’éloignait, enveloppée d’un nuage de poussière soulevé par les sabots des chevaux qui martelaient à un rythme de plus en plus rapide, le sol aride de cette plaine qui s’étendait à perte de vue…

Toute cette image fondit soudain dans un tunnel étroit qui aboutit dans l’œil gauche de Foulkir qui se tenait là, debout, rêveur, les yeux écarquillés. Autour de lui plusieurs visiteurs dans cette galerie d’art semblaient émerveillés par le même tableau accroché au mur. Belko, qui faisait partie du groupe d’admirateurs, était juste derrière Foulkir. Il avait une main posée sur l’épaule droite de son ami et dans l’autre main, il tenait le paquet-cadeau qu’il venait de ramasser à ses pieds.

« Accroche-toi fiston ! Il nous faut rattraper les autres ! » cria soudain Foulkir, euphorique.

Belko, s’apercevant que Foulkir s’était fondu dans l’objet de son admiration, ce chef-d’œuvre artistique, tapota à plusieurs reprises ses frêles épaules. Foulkir sursauta et se retourna pour constater la présence de Belko, et tous ces yeux qui le regardaient comme un objet de curiosité.

« Foulk ! Foulk ! La récréation est terminée ! » lui dit Belko.

Foulkir ferma les yeux et les frotta les poings fermés, comme s’il venait de se réveiller d’un long sommeil.

« C’est beau ce tableau, mais à présent, il faut qu’on rentre. Allez ! Viens ! » dit Belko, impératif, en saisissant Foulkir par le poignet pour le tirer vers la sortie.

Foulkir le suivit presque à contrecœur. Une fois dans le couloir, Belko lui remit son livre dans son emballage cadeau.

« Tu te souviens, je t’avais dit le jour de notre première rencontre que toi et moi, notre amitié ça remontait à Samory (4), marmonna Foulkir.

– Oui et alors ?

– Alors, on était encore ensemble tout à l’heure, à dos de cheval…

– Allons… allons… Foulkir, c’est Samory qu’on a vu à dos de cheval. Je reconnais que ce tableau est magnifique, il a dû te marquer au point que tu t’es identifié à lui.

– Non pas du tout ! J’étais avec toi sur le même cheval et on était tous derrière lui, ton oncle ; j’étais son palefrenier », répondit Foulkir avec plus d’assurance dans la voix ».

Foulkir fit une pause, l’air inquiet, surpris par les mots qu’il venait de lâcher lui-même…

« Palefrenier moi… ? Hum ! » murmura-t-il sur un ton interrogateur implicitement désapprobateur.

Et Foulkir se mit à pleurnicher. Cette réminiscence d’une vie passée avait ressurgi dans sa vie présente avec tant d’acuité qu’elle semblait prendre sa place.

« Foulkirrr… tu as une imagination débordante. Tu n’es pas un palefrenier. Tu es un élève brillant et gentil. Nous sommes à Abidjan, pas à Bissandougouuu…

– Aaah oui ! C’était à Bissandougou effectivement. Mais comment le sais-tu si tu n’y étais pas toi aussi ? »

Belko ne répondit pas. Ils étaient à présent sur le parking. Ils montèrent dans leur voiture et prirent la direction de la maison.

« Belko, tu penses que je disjoncte en ce moment ?

– Non ! Pas du tout ! Je pense seulement que ce tableau t’a si fortement marqué que ton imagination t’a transporté sur ses ailes dans un voyage extraordinaire, dans le monde de Samory.

– Alors, si tout cela est imaginaire, comment as-tu su que c’était à Bissandougou, hein, dis-moi Belk ! Il faut que je sache si j’étais dans les nuages ou pas !

– Foulk ! Laissons tomber cette conversation, veux-tu. Retiens que tu n’as jamais été palefrenier de qui que ce soit. Tu es un enfant beau, gentil et voué à un brillant avenir. Concentre-toi sur tes études et oublie tout ça. N’en parle pas à tes parents, encore moins à tes camarades d’école. Compris Foulk ?

– Oui Belk ! »

L’objet qui fit « décoller » Foulkir dans cette galerie d’art était un tableau qui occupait une grande surface murale et représentait cette figure emblématique africaine qu’était Samory Touré. Ce personnage historique était majestueusement assis sur un cheval superbe, un cheval tout blanc, du nez à la queue. Il était dans sa tenue d’homme de savane, la tête enveloppée dans son turban qui en faisait le tour en passant par le menton, puis un détour par l’arrière du cou avant de retomber sur la poitrine du côté droit. Une colonne de fumée se dressait sur le fond du tableau, rappelant la technique de la terre brûlée affectionnée par ce grand stratège guerrier.

Belko et Foulkir roulaient toujours en direction de la maison.

« À notre prochaine sortie, je voudrais que tu m’emmènes faire de l’équitation, s’il te plaît, Belk.

– Tu n’as pas peur des chevaux ?

– Après tous les soins que je leur ai apportés, j’attends le retour de l’ascenseur !

– Tu as une imagination débordante Foulkiiir ; tu pourrais écrire plus tard des œuvres de fiction.

– Ma vocation, c’est pourtant d’être pilote !

– Eh bien tu seras pilote écrivain de fiction ! »

Foulkir ne répondit pas. Il se contenta de regarder Belko avec ses grands yeux noirs bien écarquillés. Ils étaient à présent entrain de garer sur le parking de la maison…

Deux semaines plus tard…

Belko considéré comme fou, se vit refuser l’accès de l’université malgré les explications de sa mère. L’administration de l’établissement lui exigea un certificat médical délivré par une autorité compétente attestant sa bonne santé mentale. Belko se refusa à rendre visite à un psychiatre quelconque, arguant qu’il n’était pas malade.

Il dut s’expatrier en France pour continuer ses études. Sa mère les lui paya sur la fortune héritée de son père. Après son Certificat d’aptitude à la Profession d’avocat, et quelques expériences acquises en la matière, Belko revint s’installer à Abidjan, dans un cabinet pour exercer en tant qu’avocat.

2

Novembre 2040…

À Abidjan, à l’occasion de la remise des diplômes du doctorat en criminologie dont l’un de ses promotionnaires était le récipiendaire, Belko fit une rencontre inattendue. Le sourire aux lèvres, ses yeux brillaient. L’interlocuteur avec lequel il conversait comprit qu’il n’était pas la source de tant de bonheur, et quand il se retourna, il comprit les raisons d’un tel débordement de joie. Il s’éclipsa alors pour laisser place à une ravissante jeune fille qui affichait un sourire éclatant ; elle était habillée dans une robe bleu électrique, une partie de son beau visage couverte par ses longs cheveux noirs qui descendaient à l’arrière jusqu’à la chute des reins. C’était Danielle qui n’avait d’yeux que pour Belko, et réciproquement.

« C’est Belko que je vois là ?

– Madame…, répliqua promptement Belko, attendant que Danielle complète avec un nom.

– Madame Célibataire ! Ça te va ?

– Voilà qui est parfait ! se réjouit Belko, dans une explosion de joie indicible.

– Célibataire mais…

– Mais quoi ?

– On en reparlera.

– Non, pas plus tard que maintenant !

– J’ai eu un gosse entre-temps !

– De qui ?

– Peu importe, puisqu’il ne sera pas mon époux. »

Belko resta silencieux un instant. Cette nouvelle jeta un froid sur leur conversation. Danielle prit l’initiative de rompre ce silence qui devenait intenable. Elle se jeta tout d’un coup dans les bras de Belko, comme pour se faire pardonner.

« Où en étions-nous il ya six ans ?

– À l’université quand j’ai été mis à la porte, toi aussi tu as foutu le camp.

– Et ma rivale ? lança Danielle pensant pouvoir donner le change.

– Ta rivale ! Tu n’en as point !

– Est-ce possible, pendant tout ce temps ?

– Je suis le genre fidèle jusqu’à la tombe. »

Sally était dans le salon en train de corriger les devoirs de ses élèves ; elle venait de finir la dernière copie qu’elle déposa au sommet d’une pile entassée sur le coin de la table à manger. Cette table en bois massif ciré lui servait de bureau en dehors des heures de repas. Sur l’autre bout de la table se trouvait son dictaphone que son frère Belko lui avait offert à l’occasion de son trentenaire. Elle le fit glisser sur la table en le tirant vers elle-même. Puis, elle le mit en marche pour enregistrer les grandes lignes des préparations de son prochain cours. Elle les transcrivait ensuite dans son ordinateur par l’intermédiaire d’un logiciel de reconnaissance vocale, pour les imprimer par la suite.

La mère de Belko venait d’arriver à la maison, les mains chargées de victuailles.

« Belko n’est pas encore rentré. Il est en retard sur son heure habituelle, s’inquiéta Séraphine qui avait gardé toute sa fraîcheur malgré ses deux maternités.

– Peut-être qu’il a fait une rencontre inattendue à cette cérémonie », risqua Sally comme réponse, pour rassurer sa mère.

Belko et Danielle continuaient d’échanger sur le registre de la confidence.

« Au fait qui t’a soigné ?

– Je n’ai jamais été malade ! Enfin pas de la maladie dont j’ai été affublé. Et si tu venais travailler dans notre cabinet, pour être mon assistante…

– Travailler avec un jeune avocat qui a un vernis de criminologue… c’est à voir. Pour l’instant la conversation est ailleurs… Je veux comprendre pourquoi… »

Et l’image de la scène dans le bureau de l’intendant resurgit de ses souvenirs. « Vous avez osé raconter des sornettes à ma femme. » Cette phrase prononcée par Belko l’avait martyrisée pendant tout ce temps.

« Nonnnnn ! Oublie tout çaaaa ! C’est une histoire trop lonnnngue ! Tu comprendras plus tard puisque tu vas m’aider à débrouiller cette affaire du fou du pont.