Le vol de l'escargot

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Voilà un léger bestiaire de chats, de louve, de punaises.Ça va de la mouche de sieste à l'escargot qui vole.De l'hirondelle veuve à la corneille nue.Du lézard amoureux porté sur la boisson.Dans le poulailler maudit, les poules tombent comme des prunes blettes, et les cygnes jouent les édredons volants.Tandis qu'une grosse bête noire épouvante une toute petite fille choyée.Quelques feuillets roses, blancs, et très rarement, gris …Vingt petites notes de vie vraie.À mettre entre toutes les mains.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
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EAN13 : 9782748190700
Nombre de pages : 119
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2 Titre
Le vol de l’escargot

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Titre
Gisèle Nibert
Le vol de l’escargot
De la mouche de sieste au vol de
l’escargot
Écrits intimes
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9070-X (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748190700 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9071-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748190717 (livre numérique)

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. .

8 La mouche de sieste

LA MOUCHE DE SIESTE
Les murs blancs ont su garder un peu de leur
fraîcheur des premières heures.

Les volets sont clos, et dehors, en dehors des
cigales, tout ce qui vit économise souffle et
mouvement : un geste et c’est la plongée en
enfer. Même le vent frisquet du petit matin a
abandonné.

Canicule.

Le suffixe « cule » est associé à l’idée de
« petit » ; un animalcule est un petit animal, un
corpuscule… Déformation professionnelle
même en vacances. Même en retraite. Et pour
la canicule ? Non, ce n’est pas un petit chien,
c’est ridicule ! Et puis quelle importance
désormais… Je n’ouvrirai pas de dictionnaire.

Je somnole sans garde-fou dans ces pensées
débridées.

9 Le vol de l’escargot
Avachie sur le canapé du séjour, je suis
moins bien que sur mon lit, mais il est trop loin,
et la flemme est mon unique conseillère.

Alors je reprends la lecture du dernier roman
de… commencée depuis déjà quelques jours
(mauvais signe), et fronce les sourcils de
concentration (mauvais signe encore).
Peu à peu l’intérêt vient.

Elle a compris que c’était l’heure bénie.

C’est d’abord une approche discrète, un
frôlement d’ailes presque rafraîchissant, en tout
cas silencieux. Petit survol de reconnaissance.
Elle se pose nonchalamment sur le dossier et se
frotte les mains : vu la surface, elle va avoir du
travail, elle va s’en mettre plein la lampe.

Mais elle n’est pas pressée, le plaisir vient à
qui sait l’attendre, et elle s’envole pour se laver
la tête plus loin sur le mur blanc, histoire de
faire honneur à son hôtesse, et sans doute
reconsidérer son angle d’atterrissage. Par où
commencer ?

Ablutions terminées. Parée pour le décollage.

C’est d’abord le pied qui la tente. Coup
d’essai, pour voir… Je ne sens rien, le bouclier
10 La mouche de sieste

des callosités souvent douloureuses occulte
toute sensation. Oui, mais le morceau ne lui
semble pas bien choisi, de la vraie carne archi-
sèche, même si parfois l’odeur, vers le soir, lui
devient sympathique.

Alors, elle remonte mine de rien, centimètre
après centimètre. Aspire par petites succions,
comme l’enfant qui arrive au fond du verre
suçote la paille pour prolonger l’instant. Une
main distraite interrompt l’ascension. Bref
envol. Pas vu pas pris.

Elle a changé de cap. Le dessous du bras lui
paraît bien moelleux et, qui sait, peut-être
légèrement humide, un La Tour d’Argent des
mouches. Elle sait bien que c’est la saison des
moiteurs et que cette saison ne dure qu’un
instant. Carpe diem !

Une chatouille importune et mes yeux ont
repéré la gêneuse. La tape se révèle inutile. Elle
est bien loin déjà quand je me gifle bêtement le
gras du bras.

Deuxième plongée machinale dans un livre
qui ne m’inspire plus vraiment. Il me faut
retrouver la page, puis la ligne interrompue.

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