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Les femmes explorent le Sahara

De
176 pages
On a consacré aux hommes qui se lancèrent à l'assaut du Sahara des dizaines de volumes, mais, curieusement, on a oublié les femmes qui se sont aventurées sur les pistes surchauffées du désert et qui ont réussi à surmonter seules des épreuves dans un Sahara à peine pacifié. Isabelle Eberhardt, Aurélie Picard, Rosita Forbes ou Pierrette Bideau, pour ne citer qu'elles, furent chacune dans leur domaine (arts, sociologie, sciences et technique) des pionnières. C'est leur histoire qui nous est contée ici.
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SOMMAIRE

INTRODUCTION .............................................................7 ALEXANDRINE TINNÉ 1835 - 1869...........................15 ODETTE du PUIGAUDEAU 1894 - 1991 ....................37 ISABELLA BIRD 1831 - 1904 ......................................59 ISABELLE EBERHARDT 1875 - 1904 ........................75 ROSITA FORBES 1920 - 1921......................................97 AURÉLIE PICARD (épouse TIDJANI) 1849 - 1933 ..105 IDA PFEIFFER (née REYER) 1795 - 1858 .................139 Madame CITROËN, en 1923 ........................................149 PIERRETTE BIDEAU 1936 - 1939 .............................155 Sœur Angèle ANGUY 1900 - 1942..............................163 AUTRES EXPLORATRICES.......................................171 Madame DELSOL, en 1900 ..........................................171 Marie-Édith DE BONNEUIL, en 1932 : .......................173 CONCLUSION..............................................................175

INTRODUCTION
On a consacré aux hommes qui se lancèrent à l’assaut du Sahara, des dizaines de volumes afin de glorifier leurs actions et de fixer leurs exploits pour le futur, mais, curieusement, on a oublié les femmes qui se sont aventurées sur les pistes surchauffées du désert et qui ont réussi à surmonter des épreuves qui suscitent de nos jours notre étonnement et notre admiration. Au tout début du XXème siècle, les communications devenant plus faciles, ont généralisé le goût de l’habitude des grands voyages : des femmes ont donc voulu avoir leur place au panthéon des explorateurs, et, malgré les préjugés de leur époque, elles se sont engagées courageusement dans des régions désertiques synonymes de peur et de soif. Les motifs qui les poussèrent à entreprendre leurs périlleuses expéditions furent très variables : pour les unes c’était l’impulsion de la curiosité, chez d’autres ce fut la soif du changement, pour certaines c’était une sincère volonté de faire progresser les sciences, ou bien encore plus simplement, une rébellion contre la banalité et la monotonie de l’existence. On peut diviser en général les voyageuses ou exploratrices en deux groupes : celles qui découvrent et qui veulent pénétrer dans des régions que l’européen n’a pas encore touchées et qui désirent enrichir toutes les sciences de nouvelles données, et celles qui suivent les traces de précurseurs afin de recueillir à leur suite des précisions indispensables à une connaissance approfondies des régions sahariennes du Maroc, de la Mauritanie, de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Égypte ou de la Libye.

On constate cependant que les premières femmes qui se lancent sur les chemins de l’aventure sont issues de familles bénéficiant de revenus substantiels, mais très vite, celles dont les seules richesses sont le courage exceptionnel et la volonté à toute épreuve, réussirent à s’imposer dans une société masculine, qui, à cette époque, ne leur est guère favorable. Notre ouvrage n’a pas pour but d’évoquer la vie, les épreuves ou les découvertes de toutes les exploratrices, qui, jusqu’au début du XXème siècle, réussirent à surprendre leurs contemporains par leur courage : il nous faudrait plusieurs volumes !... Il n’est pas un pays, pas une région du monde qui n’ait été parcouru par une de ces ardentes voyageuses. Nous allons parler uniquement des premières exploratrices du Sahara, qui, avec des réussites diverses, se lancèrent souvent seules dans un Sahara à peine pacifié. De l’Égypte à la Mauritanie, le vaste désert fut exploré par des aventurières qui montrèrent toujours un sang-froid et une énergie digne d’éloge. Sous le rapport de l’énergie morale et physique, elles se sont montrées les égales des hommes. Le courage, la fermeté, la décision ne leur manquent pas, et souvent, elles possèdent en plus des qualités qui firent parfois défaut à leurs compagnons hommes : la patience pour tout supporter, et le talent de s’accommoder aux circonstances ; leur sourire leur assurait un avantage, celui de leur favoriser un accueil cordial et un respect surprenant de la part d’hommes du désert qui reconnaissaient leur valeur et s’ingéniaient à favoriser leur entreprise. Le SAHARA du Nord de l’Afrique, est cet immense territoire désertique qui s’étend sur 5 700 Km d’Est en Ouest, des bords du Nil, jusqu’au rivage de l’océan Atlantique, et du Nord au Sud, sur 2 000 Km, depuis les

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pentes Sud de l’Atlas Saharien jusqu’à l’apparition des premières plantes de la steppe, au Sud. Ce vaste SAHARA, dans sa presque totalité, constitue un domaine aride de 8 600 000 Km2 qui couvre en totalité ou en partie, une dizaine de pays du Nord de l’Afrique. Jusqu’au XIXème siècle les européens ne connaissait ce monde fermé que par de vagues renseignements indirects qu’on voulait bien leur communiquer : ce pays de la soif semblait échapper aux lois qui régissent la vie de la nature et des hommes. Des caravanes, traversant ces régions mystérieuses, apportaient dans leurs bagages des produits curieux et recherchés, et les chameliers évoquaient alors des cités fabuleuses dont les fondouks recelaient des richesses inouïes… Ils parlaient également de vents de sable et d’attaques de mystérieux guerriers qui faisaient la loi dans leur domaine montagneux… Il n’en fallut pas plus pour exalter l’imagination des premiers explorateurs qui se sont lancés sur les pistes de ces pays inconnus afin d’essayer de percer les secrets du monde de la sécheresse, du soleil, du sable et du vent… Du XVIème au XIXème siècle, les escales et les comptoirs se sont multipliés le long des côtes de l’Afrique, mais toujours l’intérieur du pays est demeuré fermé à cause bien entendu des difficultés naturelles qui se dressaient devant les explorateurs, mais surtout, à cause de l’hostilité permanente des grandes tribus sahariennes qui ne désiraient pas que l’on vienne troubler leurs activités plus ou moins licites. Malgré cela, malgré les dangers permanents et la mort qui guettait les prospecteurs les plus audacieux, des hommes et des femmes, toujours très jeunes en général, se sont aventurés, souvent seuls, sur des pistes inconnues qui conduisaient vers des cités énigmatiques qui étaient 9

souvent des escales du grand commerce qui reliait les deux rives d’un Sahara beaucoup plus vivant que l’on pensait. 1825 : LAING, 1826 : CLAPPERTON, 1828 : René CAILLIÉ, 1850 : BARTH, 1862 : DUVEYRIER, 1865 : ROHLFS, 1845 : RICHARDSON… furent les premiers dont les exploits sont parvenus jusqu’à nous… Les troupes étrangères se lancèrent ensuite à la conquête de ces terres que l’on venait à peine de découvrir… Cependant, il ne faut pas croire que l’occupation du Sahara s’est effectuée en douceur. Si parfois, nous avons eu la chance d’être aidés par une confrérie telle que celle des TIDJANIYA, le reste du temps, les Sahariens ne nous ont pas ouvert les portes de leurs villes avec empressement et il faut renverser ce mythe de l’accueil favorable des tribus sahariennes heureuses de pouvoir goûter à la joie de la paix retrouvée grâce aux armées française, espagnole, italienne ou anglaise. Les premiers contacts furent toujours sanglants et on pourrait citer des dizaines de combats qui avaient pour but d’interdire aux européens de fouler une terre islamisée : 1852 : Prise de LAGHOUAT 1881 : Massacre de la mission FLATTERS 1893 : Prise de TOMBOUCTOU 1899 : Prise d’IN-SALAH 1903 : Combat de TIT (Hoggar) 1915 : Révolte des nomades sahariens La présence européenne ne fut jamais acceptée avec plaisir et cela donne encore plus de valeur à ces hommes

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et à ces femmes qui ont voulu s’introduire dans des régions de plus en plus éloignées et qui ont affronté des difficultés innombrables : on pense toujours à la soif, à la faim, aux maladies, on n’oublie de parler de l’hostilité et des mauvais traitements. Si les hommes qui s’aventurèrent à l’intérieur du désert étaient téméraires et audacieux, les femmes qui accomplirent les mêmes prouesses avaient encore plus de mérite. Voici donc, présenté pour la première fois, les exploits d’une dizaine de ces dames au cœur de chevalier. Nous évoquerons leur vie, puis les motifs de leur décision de partir et enfin les épreuves qu’elles durent affronter pour satisfaire leur rêve de réussir leur entreprise dans un environnement pour lequel elles n’avaient pas été préparées… Nous aurions pu évoquer des femmes courageuses qui accompagnèrent leur mari et effectuèrent de remarquables et dangereuses explorations en Afrique Noire : - Mary LIVINGSTONE qui parcourut l’Afrique du Cap jusqu’aux chutes Victoria, de 1841 à 1850, et qui mourut de la malaria en 1862. - Florence BAKER qui remonta le Nil en 1863 et arriva au lac du Prince Albert, passa 2 ans avec son mari dans cette région, et rejoignit Khartoum en 1865. - HELMORE et PRICE qui s’associèrent pour visiter la vallée du Zambèze en 1859 avec leur femme et leurs enfants. Etc… Nous aurions pu également glorifier ces femmes exceptionnelles qui s’élancèrent en Afrique Noire, comme Mary KINGSLEY en Afrique de l’Ouest… Mais il faut faire un choix, et nous avons limité notre étude au SAHARA. 9 femmes marquèrent durablement ce vaste territoire, certaines par leur courage, d’autres par leur autorité, et 11

d’autres enfin par les connaissances scientifiques ou ethnologiques qu’elles en rapportèrent, il s’agit de : 1. Ida PFEIFFER - 1850 - Égypte 2. Alexandrine TINNÉ - 1866 - Égypte 3. Aurélie PICARD - 1870 - Sahara algérien 4. Isabelle EBERHARDT - 1900 - Sahara algérien 5. Madame DELSOL - 1900 - Sahara algérien 6. Isabella BIRD - 1901 - Maroc 7. Rosita FORBES - 1920 - Égypte 8. Sœur Angèle ANGUY - 1925 - Algérie 9. Madame CITROËN - 1923 - Sahara algérien 10. Marie-Édith DE BONNEUIL - 1932 - Libye 11. Odette DU PUYGAUDEAU - 1934 - Mauritanie 12. Pierrette BIDEAU - 1936 - Tanezrouft Toutes ont donné raison à Voltaire qui a écrit :- « Elles ont plus de courage qu’on ne croit ! »

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ALEXANDRINE TINNÉ 1835 - 1869
Il arrive parfois que des guerres aient des conséquences heureuses sur la vie de quelques personnes. C’est ce qui se passa en 1795 lorsque la Hollande fut conquise par les troupes françaises. Un homme n’accepte pas la défaite de son pays et préfère s’exiler au Suriname, nommé alors « Guyane hollandaise » depuis 1668 : il se nomme Philip Frederick TINNÉ. A DÉMÉRARA, il fait défricher des milliers d’hectares de forêts et cultiver des immenses plantations de cannes à sucre et de bananiers. Il devient en quelques années un des planteurs les plus riches de la colonie hollandaise. Revenu dans son pays d’origine, Philip TINNÉ, qui possède la plus grande fortune des Pays-Bas, épouse la fille d’un baron : Harriett VAN CAPELLEN, et c’est en 1835 que naquit une belle petite fille prénommée Alexandrine, que ses proches surnommèrent très vite Alexine et même Ali. Alexandrine a vécu une jeunesse dorée. Élégante et fine, elle obtient tout ce qu’elle désire car ses parents se plient sans discuter à tous ses caprices. En 1840, à l’âge où toutes les petites filles jouent à la poupée, Alexandrine visite l’Europe dans une berline particulière… Les étapes sont prises dans des palaces les plus selects où les domestiques les plus stylés sont aux ordres de la fillette.

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Monsieur Philip TINNÉ décède dans un hôtel Suisse en 1842, mais cela n’arrête en rien son épouse qui, une fois les obsèques terminées, continue son tour d’Europe avec sa fille… A l’âge de 12 ans, Alexandrine peut déjà s’exprimer en trois langues, malheureusement, son éducation de princesse gâtée l’a rendue arrogante, dédaigneuse et fière. Son adolescence la conforte dans son rôle de jeune fille hautaine et méprisante, d’autant plus qu’elle sait maintenant que la fortune de son père est colossale. En 1854, elle a dix-neuf ans et sa mère Harriett lui fait comprendre qu’elle devrait songer à choisir un mari. Cette perspective la fait sourire : elle qui est libre comme le vent ne se sent pas prête à obéir à un homme ! Un jour, le jeune Comte Adolphe De KÖNIGSMARK, âgé de 25 ans, lui fait comprendre qu’elle ne lui est pas indifférente… mais Alexandrine, un soir de bal, quitte brusquement le Comte Adolphe et jure qu’elle ne veut plus le revoir !... Est-ce pour oublier ce fiancé perdu ? Toujours est-il qu’à partir de cette date, Alexandrine va se lancer dans des voyages de plus en plus lointains, extravagants, et même dangereux jusqu’à la fin de sa vie, et c’est elle seule qui décidera de la date, des parcours et lieux où il faudra s’arrêter ! Le premier voyage se déroulera en Égypte en 1856. Au milieu du XIXème siècle, ce pays n’était pas encore très connu, et cela ne faisait qu’une trentaine d’années que Champollion avait déchiffré les hiéroglyphes de la pierre de Rosette. On paraît encore l’Égypte à cette époque, de tous les mystères de l’Orient.

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Arrivées au Caire, Alexandrine et sa mère louent un bateau qui remonte le Nil jusqu’aux célèbres temples d’Assouan et de la vallée des rois. Elles profitent de leur présence dans la méditerranée orientale, pour visiter Suez, Jaffa, Jérusalem, Damas, Beyrouth et, de retour à La Haye, les deux femmes obtiennent un immense succès populaire. La reine mère elle-même les invite dans son château royal. Alexandrine s’est mise à lire : elle se documente avec avidité sur toutes les découvertes géographiques qui s’effectuent à cette époque, elle brûle à son tour d’un désir tout neuf : monter une expédition qui la conduira à la découverte des sources du Nil !... Personne en Europe ne sait où elles se trouvent ! Et les grands explorateurs qui parcourent l’Est de l’Afrique effectuent en vain des milliers de kilomètres avec leurs porteurs. James Bruce, Richard Burton, John Spere, se posent tous la même question : - « Où sont les sources du Nil ? » Alexandrine décide de se lancer dans la course, et elle organise une expédition qui ressemble plus à un voyage de vacances au bord de la mer qu’à un périple risqué dans des contrées hostiles et même dangereuses. Elle fait l’achat de lits de camp, de tentes, de matelas avec draps, couvertures et oreillers, un service à thé, une ménagère en argent, un stock de livres, un appareil photo avec matériel de développement, du matériel pour peindre les paysages, des cartons à chapeaux, des habits pour toutes les saisons, etc. etc… Alexandrine n’écoute ni les membres de sa famille qui lui déconseillent une pareille aventure, ni les grands voyageurs, découvreurs de terres vierges, qui pensent qu’un bon fusil est plus utile qu’un carton à chapeau ! Elle n’écoute personne ! Sa décision est prise ! Mais qui va l’accompagner ? Sa mère est décidée à partir avec elle !... 17