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Les oiseaux sont ivres© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0091-3 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0090-5 (pour le livre imprimé)Colette Marti
Les oiseaux sont ivres
AUTOBIOGRAPHIE/MÉMOIRES(NONFICTION)…hecouldremenberhowthepeoplewereatdifferenttimes. Hehad
beeninitandhehadwatcheditanditwashisdutytowriteofit…
E. Hemingway
« Thesnows of Kilimanjaro »
(…il était capable de se rappeler comment étaient les gens à des
époques différentes. Il y avait été mêlé et c’était son devoir de
l’écrire…)
Mon premier souvenir. Je suis à genoux sur le
lit de mes parents. Je fais ma prière. Quelqu’un (ma-
man?) medemandededireau Petit-Jésus quejevou-
draisunpetitfrère. Quelquesjoursplustard,c’estune
petite soeur qui naît. On a préparé une grande boîte
blanchedoubléedebleu. Ilyadesdragéesàl’intérieur.
Ouest-cemondésirquimefaitvoircesdragées?
Une fois par semaine, on nous baignait dans la
baignoire que papa avait fait installer. Dans la bai-
gnoire, un petit banc -ou une planche- et chacune at-
tendsontour. L’eauestgrise,floconneuse. J’aifroid.
Jesuisàlamontagne,àRia. Jecrachedusangetle
docteurm’aordonnélamontagne. C’estmarrainequi
m’aaccompagnée. Elleestgrandeetforte,elleroulesa
tresse en chignon tous les matins et j’aime la regarder
faire. Elle m’explique : ne dis pas aux gens que tu es
malade,quetucrachesdusangsinonpersonnenevou-
dra être avec toi.
Jecrachebeaucoupetquandlacrisearrive,jeme
précipitedansl’escalierquimèneàlacave. Ilyfaitnoir.
Prèsdutasdecharbon,jepeuxcracherenpaixsansque
personne ne me voie. Parfois, marraine descend pour
me tenir la tête mais le plus souvent je suis seule car
je descend plus vite qu’elle et que le sang ne peut pas
attendre.
Une fois, c’est la voisine qui descend avec moi.
Unedamedéjàvieille. Ennoir,commemarraine. Mais
7Les oiseaux sont ivres
elle se trouve mal, tout à coup. Je crie pour demander
de l’aide.
Elle meurt deux ou trois jours plus tard. On
me porte sur son lit pour que je l’embrasse. Les gens
pleurentetonavoilédenoirlaglacedelacommode.
ARia,ilyaunefillequej’aime,quej’adore. C’est
la laitière. Elle passe dans la rue sur sa voiture à che-
val et je la guette. Elle est jeune et belle, toute douce.
Ellem’installecontreelle,sursonsiège. Ellemeparle,
elle m’embrasse, elle sent bon. Elle rit. Elle me dit :
n’aiepas peur,si lacrisearrive,jeteconduiraiviteàla
maison. Elle sait, elle, que je crache du sang mais elle
m’aime quand même.
Les amis de marraine m’ont emmenée à la mon-
tagne. Les femmes ontune sorte de petit banc où elles
s’agenouillent pour laver le linge au ruisseau. Elles
m’en ont prêté et je peux laver comme elles. L’eau est
fraîcheetcoulevite,entorrent. J’adorelasentircouler
sur mes bras, mes mains. Je suis triste quand il faut
partir. Ilpleutetonm’adonnéunsacpourm’abriter.
Chacune en a un pour s’abriter, sur la tête. C’est la
première fois où je suis habillée d’un sac de toile, ça
sent fort mais bon. J’aime la pluie à la montagne, elle
arrivesansqu’onl’attendeetpersonnemegrondesi je
me mouille.
Al’école,noussommesassisessurunbancdebois
sans dossier. La maîtresse nous fait répéter les lettres
écritesautableau: AA,PP,OO,PA,PA,PO,PO…elle
lesdésigneavecunlongbambou. lemêmebamboudont
ellesesertpournoustaperdessusquandnousbougeons
trop. Moi,jesuissage,jenebougepasmêmesij’aimal
audos. J’aipeurqu’onmerenvoieàlamaisonetqu’on
me trouve trop petite pour aller à l’école (Je dois avoir
trois ans à l’époque.)
8

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