Mémoire de rêves

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Depuis longtemps le rêve intrigue. Tout un chacun peut en faire l'expérience au matin en se remémorant, venus du sommeil, les lambeaux d'un univers parallèle, à la fois étrange et familier. Depuis l'Antiquité on cherche à comprendre. On cherche des codes, des symboles, la Clef des songes. De nos jours l'approche par associations d'idées, métaphores et métonymies, a démultiplié presque à l'infini le champ des significations possibles. Tout peut se dire et veut dire n'importe quoi. On en est là. Les rêves ne cessent pas de générer du sens. Les rêves c'est le sens. Ce que j'ai fini par savoir, depuis des années de pratique, c'est que tout rêve, sitôt apparu, est perdu et n'est pas racontable. Moyennant quoi ce qu'il peut en rester parfois c'est un écrit qui restitue le sens.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782748101744
Nombre de pages : 155
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Mémoire de rêves
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748101758 (pour le fichier numérique) ISBN: 274810174X (pour le livre imprimé)
Alain Tacaille
Mémoire de rêves
TÉMOIGNAGE
CHAPITRE UN.
1 Rêve d’abandon
Je suis condamné à faire de la prison, pour une courte peine d’un jour seulement. Je m’en tire à bon compte. Toutefois je crains d’en avoir perdu mon travail. Je ne vois qu’une solution : l’exil. J’ai le sentiment de devoir quitter l’Amérique.
Je mes sens délaissé, abandonné de tous. Personne ne s’occupe de moi. Je suis seul avec mes problèmes. Tout le monde s’en fiche.
Je m’éveille.
Souvenir de petite enfance : Ma mère m’emmenait autrefois à l’école mater nelle, à bicyclette. Elle me juchait dans un panier sur la roue arrière et me faisait découvrir le monde en rou lant. En passant devant la grande école, bordée de pau lownias qui rosissaient au printemps, elle tournait vers moi sa tête échevelée disant : "Tu iras là plus tard quand tu seras grand". Je scrutais les environs du regard dans la direction qu’elle m’indiquait. Je n’avais guère sous les yeux qu’un mur. Un long mur de briques rouges. Oui c’était là. Je le vois encore. Je suis entré bien sûr à la grande école un an plus tard par la porte d’entrée comme tout le monde. Je ne me suis naturellement pas rendu compte de la prouesse
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Mémoire de rêves
d’avoir franchi un mur quelconque. Il m’entourait. Du coup son souvenir m’en est resté intact comme le sym bole d’un destin qui m’était promis, "Tu iras là plus tard", et qui ne s’est jamais réalisé. Le mur est là, devant moi, faisant écran. Ce qui devait se passer derrière, je ne le sais toujours pas. J’at tends qu’on s’occupe de moi et qu’on me le dise. J’attends. J’ai vu des murs ; mur de prison, mur d’hôpital, mur d’enceinte, mur de jardins clos, je les ai regardés de loin, du point de vue de l’enfance. Bientôt, je fran chirai leurs crêtes, j’irai de l’autre côté. Je les longe sans impatience en attendant cette heure qui ne vient pas. Le temps a passé. Il me semble avoir vécu une vie sans passages. Je ne me souviens pas de grandes étapes décisives. Ma vie est un parcours plat. Bien sûr j’ai subi des épreuves, des examens, des changements sont intervenus, mais je n’ai pas l’impression d’y avoir réellement pris part ou d’y avoir été pour grand chose dans les résultats obtenus. J’ai évité tous les enrôlements. Il me reste le sentiment d’une vie distraite qui s’est déroulée sans que j’y pense.Je n’y suis pour rien ; une vie dont les faits s’éparpillent sans repères ni points fixes. J’en maîtrise si peu le parcours qu’elle semble presque ne plus me concerner. Elle s’échappe en zones d’extériorité qui ne m’appartiennent pas, qui me sont étrangères. Ce n’est pas moi. Je me sens en dehors d’elle, délaissé. Je ne suis pas dans ma vie… Je me tiens devant ou sur le côté. J’ai quitté l’enfance un beau jour et me suis re trouvé adulte sans heurt, sans àcoup, sans l’avoir voulu. Le mur était derrière moi, depuis longtemps dépassé. Je n’ai pas fait attention.
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2Rêve d’eau
Alain Tacaille
Mon rêve débute par l’image d’une chrysalide, lieu d’une méta morphose d’où jaillit le papillon. J’en vois un qui virevolte dans les airs. Soudain ma sœur attire l’attention sur une silhouette à forme humaine qui semble se dissimuler derrière une haie de joncs et de rose aux. En regardant bien, on aperçoit un homme, il est grand, maigre et vêtu correctement d’un costume. Je crois le connaître. Quand no us approchons, mon père et moi, pour le voir, il recule. Il nous tient à distance. Il semble craintif et s’éloigne à mesure que nous avançon s. Il nous regarde. Il ne cesse pas de nous regarder. Derrière lui il y a une étendue d’eau. Il peut s’agir de la mer ou d’un marais. Finalement, je cours, je veux l’attraper. Il s’enfuit en s’enfonç ant progressivement dans l’étang où il finit par s’engloutir dans un siphon d’écume. Il reste à la surface de l’eau une sorte de cocotte en papier qui tourne en rond aspirée par le centre du tourbillon. Je l’attrape. Une fois dépliée la cocotte délivre un message : "Je n’ai pas eu le destin qu’on m’avait promis, mais toi tu l’auras".
Je m’éveille.
D’aussi loin qu’il m’en souvienne, je ne pense pas avoir jamais éprouvé pour mon père l’envie de lui res sembler. Je ne l’ai pas choisi pour modèle et n’ai pas cherché à l’imiter. Il avait le sens du devoir et du dé vouement, je ne me sentais pas concerné par les obliga tions et ses sacrifices. Il n’offrait pas l’image d’un homme facile à aimer. Ses marques de tendresse étaient raidies de formalisme. J’ai fui très tôt ses embrassades, seules marques d’affec tion que nous échangions de loin en loin, contraints par les circonstances. C’était un homme qu’on disait chaleureux, mais sa chaleur n’a pas eu la vertu commu nicative de se propager jusqu’à moi.
Il m’est venu à l’idée que j’étais un mauvais fils.
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Un fils décevant et qui n’a pas su se montrer à la hauteur de ses espérances. Mais qu’estce qu’il es pérait ? Je me dis qu’il m’aurait préféré autre que je n’étais. Je ne saurais dire à quel autre il s’attendait, mais je garde cette impression de n’avoir pas su correspondre à son attente. J’aurais aimé sans doute en savoir un peu plus sur le genre de progéniture qui l’aurait rendu fier. Mais en ce domaine il n’a guère laissé échapper qu’un sentiment général d’accablement.
Ma soeur aînée sans doute y était pour quelque chose et a beaucoup servi d’excuse. Elle lui a fourni les raisons de se plaindre et de se montrer définitivement insatisfait. Elle était lourdement handicapée. Nous, les autres enfants, quoi que nous fassions, quoi que nous devenions, nous n’aurions pu faire contrepoids à un si grand sujet de désolation. Par contraste notre santé, notre joie de vivre, notre intelligence ne faisaient qu’ag graver son malheur. Nos mérites ajoutaient au déses poir. Il n’y avait rien à faire, la famille était marquée du sceau définitif de l’affliction, les dés du bonheur, dès le départ, étaient pipés.
Mon père a montré « son » enfant débile, il l’a poussée en avant, il l’a exhibée presque. Il a orienté, organisé toute sa vie en fonction d’elle, elle a occupé tout l’espace, justifié tous les sacrifices et validé tous ses choix. Derrière elle, il se dérobait. Il n’a rien laissé rien de luimême. D’humeur changeante, il brouillait les pistes, n’étant jamais là où l’on croyait, ni tout à fait ailleurs, il n’était plus le même, abandonnant le monde parfois qui semblait ne plus l’intéresser. Il semblait avoir des défaillances. Peutêtre avaitil une secrète fo lie à cacher. Peutêtre auraitil pu perdre la tête ?
J’allais vers lui en pure perte. Il ressemblait à cet homme qui se cache derrière la haie et recule quand on avance. Il fuyait mes questions, s’enfermait dans un
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